Le matin d'Eylau

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1807, Napoléon s'englue dans les boues de Pologne. Sous le soleil d'Italie, un jeune développe une arme capable de changer la face de l'Europe, et les services secrets autrichiens et anglais tentent de s'en emparer. Louis de Sallanches, ingénieur géographe au service de l'Empereur, se lance dans une course contre la montre qui l'amène à se confronter au comte d'Antraigues, l'espion de Louis XVIII. Son chemin le conduit des îles Borromées à Varsovie en passant par Lucques et Paris...
Publié le : mercredi 2 décembre 2015
Lecture(s) : 19
EAN13 : 9782336397719
Nombre de pages : 278
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Jacques Sudre
Le matin d’Eylau
Une aventure du colonel de Sallanches, ingénieur géographe au service de l’Empereur
Romans historiques e Série XIX siècle
Le matin d’Eylau
Romans historiques Cette collection est consacrée à la publication de romans historiques ou de récits historiques romancés concernant toutes les périodes et aires culturelles. Elle est organisée par séries fondées sur la chronologie. BONNERY(André et Michèle),Il faut détruire Carthage, 2015. PINTAUX(Philippe),Vous reviendrez à Berlin-sur-Meuse, 2015. RODHAIN(Claude),Fanquenouille. Un gueux à la cour de Louis XV, 2015. RUIZBOTELLA(Rodrigue),Thibaud sur les routes de l’an mille, 2015. e DUFOURCQ-CHAPPAZ(Christiane),Une lignée de verriers au XIX siècle. Itinéraires de petits-bourgeois, 2015. CHAUVANCY(Raphaël),Soundiata Keïta. Le lion du Manden, 2015. MONTAGU-WILLIAMS(Patrice),La guerre de l’once et du serpent. Nordeste brésilien. Septembre 1939, 2015. JOUHAUD(Fred),Le dernier vol du Capricornus. Un hydravion dans la tourmente, 2015. SALAMÉ(Ramzi T.),Les rescapés. Liban 1914-1918, 2015 MAAS(Annie),Le fils chartreux de Barberousse, 2015. JOUVE (Bernard),Le maréchal de Richelieu ou les confessions d’un séducteur, 2014. IPPOLITO (Marguerite-Marie),Mathilde de Montferrat, Comtesse de Toscane, 2014. Ces douze derniers titres de la collection sont classés par ordre chronologique en commençant par le plus récent. La liste complète des parutions, avec une courte présentation du contenu des ouvrages, peut être consultée sur le site www.harmattan.fr
Jacques Sudre Le matin d’Eylau
Une aventure du colonel de Sallanches, ingénieur géographe au service de l’Empereur
© L’Harmattan, 2015 5-7, rue de l’Ecole-Polytechnique, 75005 Paris http://www.harmattan.fr diffusion.harmattan@wanadoo.fr ISBN : 978-2-343-07825-0 EAN : 9782343078250
A Claudine, Camille et Alix
Chapitre 1 Le Salon de 1808 à Paris au Louvre La foule ondulait lentement sous la lumière d’un doux soleil d’automne parisien. Cent, deux cent personnes, peut-être, se pressaient devant l’entrée du Salon. Cet agglomérat était d’ailleurs plaisant à l’œil du spectateur. Les pelisses légères et fourrées des dames offraient des variations de gris qui partaient de l’ambré et s’étiraient jusqu’au perle rosé, çà et là relevés par de plus froids verts d’eau. Dans ce nuage de pastels sourds et nuancés, quelques uniformes apportaient un heureux contre-point. Le vert impérial d’une veste de chasseur à cheval côtoyait ainsi le bleu de France d’une kurtka de lancier et les ors de leurs lourdes épaulettes comme l’argent des dolmans achevaient de ponctuer ce camaïeu précieux. C’est en observant cette riche palette que l’on pouvait se dire que Paris était bien redevenue la capitale de la mode. Avec cette abondance de soies, de plumes et de fourrures, Leroy avait définitivement éclipsé le souvenir de Rose Bertin, la modiste de la malheureuse Marie-Antoinette. Bien sûr, les robes à panier avaient cédé la place à ces fourreaux à l’antique mais peu s’en souvenaient et moins encore les regrettaient. Grâce au Journal des Dames et de la Mode qui paraissait tous les cinq jours, l’élégance avait repris ses droits dans la capitale et ce que vous aviez adoré le lundi pouvait être maintenant oublié sans remord dès le samedi. Ainsi ce gros vert qui vous avait tant plu madame serait instamment remplacé par un rouge ponceau ou, mieux, par un fumée de Londres alors que ce dos de puce qui était apparu il y a quinze jours avait encore quelques chances de survivre dans la semaine qui venait. En fait, les fanfreluches de Leroy, de mesdames Germon, Raimbaut ou Lesueur, comme le luxe des nouveaux uniformes, faisaient oublier les années noires de la terreur encore plus sûrement que le récent abandon du calendrier révolutionnaire. Robespierre, Couthon, Saint Just, le Directoire, tous, étaient maintenant perdus dans les oubliettes de l’Histoire. C’était sans doute pour cela que les maris restaient aussi bénévolents face aux dépenses de leur épouse.
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L’homme qui se faisait ces réflexions contourna la foule et se présenta, à 200 pas de là, à une entrée gardée par un factionnaire qui lui présenta les armes comme on le doit à un légionnaire. Louis-Marie de Sallanches arborait, en effet, sur son habit-veste, sa croix de chevalier de la légion d’honneur. Le drap bleu impérial aux parements aurores marquait quant à lui son appartenance au corps des ingénieurs géographes et ses doubles épaulettes d’or son rang de colonel. Sa stature de haute taille était encore accrue par son bicorne et son plumet dont le somment devait ainsi culminer à deux mètres trente. Accompagné de son fils Charles-Louis, en uniforme de lycéen, il présenta un billet à l’un des douze gardiens du musée du Louvre. Celui-ci conduisit les Sallanches par un petit corridor et ouvrit une porte discrète en souhaitant une agréable visite à ces messieurs. Immédiatement les deux visiteurs furent happés par la foule compacte qui se pressait dans les salles d’exposition. Le Salon avait ouvert le 14 novembre. On avait choisi la date de manière à la faire coïncider avec le second anniversaire de la bataille d’Iéna. Comme par le passé, il s’étendrait sur douze jours pour fermer ses portes le 25 et ne rouvrir que deux ans plus tard. Si le Salon avait perdu sa périodicité annuelle, l’évènement était en revanche sorti du petit cercle dans lequel le confinait l’Ancien Régime. Songez que plus de 30 000 livrets de présentation avaient été imprimés pour l’occasion, près de 800 œuvres étaient accrochées et l’évènement allait être commenté par plusieurs centaines d’articles dans la seule presse parisienne. Enfin le 22 octobre, honneur insigne, il avait reçu la visite de Sa Majesté l’Empereur. Le Salon était tout simplement devenu à la fois un passage obligé de la vie de l’artiste, un évènement mondain et un acte politique. Pour arriver à ce point, le Salon reposait sur une mécanique administrative dont la commission du gouvernement constituait la pièce centrale. Cette dernière rassemblait, outre le représentant de l’Empereur, deux amateurs et trois artistes, et ses avis étaient sans appel ; elle seule pouvait délivrer le sésame espéré par l’impétrant et lui permettre d’être exposé. Aujourd’hui, cette organisation bien huilée permettait d’enrôler près d’un demi-millier d’exposants et le double d’œuvres. Comme toujours se posait la lancinante question des conditions d’accrochage des toiles. Préalablement, il fallait déménager les
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collections permanentes du Muséum et retirer les œuvres de la galerie d’Apollon et d’une partie de la Grande Galerie, excusez du peu ! Ensuite, combien de crises de nerfs, combien de rancœurs, combien d’intrigues suscitaient le choix des emplacements… Par grappes entières, les toiles montaient à l’assaut des cimaises dans un atroce mélange de couleur, de style, de genre et de taille. Les plus infortunés auteurs se trouvaient aspirés vers les sommets, les plus heureux accrochaient l’œuvre de leur vie à hauteur d’homme. Le Salon formait ainsi, au premier coup d’œil, un hallucinant kaléidoscope où l’esprit peinait à retrouver une quelconque logique. Le visiteur approchait avec difficulté les toiles, les entrevoyait fugitivement entre l’ondoiement d’une aigrette de héron et le mouvement du plumet d’un bicorne de grenadier. Dans cette houle allant et venant, impossible évidement de trouver le bon angle de vue, de capter la bonne luminosité. Enfin après s’être cassé en deux pour observer les toiles proches des cimaises, le torticolis était assuré. Bref, une cohue digne d’une soirée à l’opéra ou aux Tuileries où moins que voir, il fallait être vu. -Bon courage Sallanches, c’en est trop pour moi, je m’en retourne vers mon antre solitaire! -Bonjour vicomte, répondit Sallanches, à un homme encore jeune, dont le maintien altier tenait beaucoup à ce port de tête inimitable, à ce nez fin et droit, à ce large front sous des cheveux bruns, bouclant en bataille. Même s’il n’était pas en armure, tout respirait le parfait chevalier Français dans la personne de François-René Vicomte de Chateaubriand. Mais ce qui retenait l’attention, c’étaient les yeux. Bleus, sombres, froids comme l’acier avec pourtant ces éclairs fugitifs qui révélaient les grandes passions. -J’ai appris que vous aviez été fort souffrant ces dernières semaines, reprit Sallanches, et j’ai plaisir à constater que vous semblez complètement remis, cher ami. Mais je n’ai point encore vu ni votre portrait ni Atala. Ces œuvres répondent-elles à vos espérances ? On en dit grand bien en tous les cas ! -Oui sans doute, répondit le futur grand homme. Girodet montre par sa technique qu’il est de première force ; je vous laisse les découvrir. Mon portrait n’a pas plu à l’Empereur, ce qui, de vous à moi, est plutôt bon signe. Lors de sa visite, il n’a eu de cesse de le chercher ; mais toujours aussi rancunier il a
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