Le Message de Jacob

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Inversant l'ordre de la trilogie patriarcale, l'auteur développe une sage familiale articulée autour de la figure emblématique du héros originel, Jacob, parti seul de son village dans l'Atlas marocain, à 14 ans. Il s'agit là d'un récit épique et d'un roman initiatique sur l'exil, le désir d'enracinement et l'idée que celui-ci ne trouve sa complexe réalisation que par des efforts et une obstination inébranlables.
Publié le : jeudi 1 septembre 2011
Lecture(s) : 27
EAN13 : 9782296465985
Nombre de pages : 250
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© L’Harmattan, 2011 5-7, rue de l’Ecole polytechnique, 75005 Paris http://www.librairieharmattan.com diffusion.harmattan@wanadoo.fr harmattan1@wanadoo.fr ISBN : 978-2-296-55272-2 EAN : 9782296552722
LE MESSAGE DE JACOB
Du même auteur
Face au traumatisme, approche psychanalytique : études et témoignages
Gérard Boukobza
LE MESSAGE DE JACOB
Roman
L’Harmattan
A Danielle, pour son éclairage et ses encouragements. A toutes les femmes évoquées sans lesquelles les héros de cette histoire n’auraient pu se réaliser.
Prélude
epuis trois semaines, il les avait quittés. Il avait résisté à D toutes les pressions familiales et personne n'avait pu le dé-tourner d'un projet ébauché il y a longtemps. Il n'avait reculé devant aucun écueil, élaborant et organi-sant avec beaucoup de soin son voyage vers une destination qu'il ne voulait surtout pas aborder comme un lieu de villégiature et de tourisme. Ses études terminées, il n'avait pas envisagé de chercher un emploi : Il lui fallait éviter d'être pris dans de nouveaux liens qui l'auraient retenu. Il avait passé plusieurs mois dans la prépa-ration méticuleuse de son départ. Rien ne devait gêner sa réus-site. Il était parti seul, mais enthousiaste, malgré la tristesse af-fichée par ses amis et la plupart des membres de sa nombreuse famille. Tous étaient, cependant, admiratifs devant sa passion et son courage. Chacun, repris par les espérances perdues du passé, enviait sa capacité à réaliser un rêve si ancien, toujours actuel.
Ses parents, ses grands-parents et, avant eux, plusieurs générations de ses ancêtres auraient aimé réaliser un tel projet. Leurs engagements professionnels, leurs attaches familiales, les contraintes multiples les avaient arrêtés. Mais surtout la peur et la mauvaise conscience de devoir tout lâcher et tout recommen-cer. Car, si nombre d'entre eux avaient dû changer de lieu d'ha-bitation, de ville ou de pays, ce fut toujours par obligation ou dans la précipitation. Personne, comme lui, n'avait pu planifier et mettre en œuvre aussi méthodiquement une pareille entreprise.
8LEMESSAGE DEJACOBDinah, sa mère, souffrait en silence de cet éloignement. Discrète et bienveillante, elle ne se plaignait à quiconque. Elle avait toujours soutenu son fils dans ses projets et ses initiatives. Maintenant, encore moins qu'auparavant, elle ne formulerait ni reproche ni critique. Dinah combattait la douleur de cette séparation en se ré-fugiant dans les souvenirs. Restant de longues heures à rêvasser, elle se remémorait les innombrables séquences de son bonheur maternel auprès de son fils, tout au long de son enfance et de son adolescence. En consultant ses albums de photos, elle revisitait et revivait tous ces événements essentiels ou ces instants insigni-fiants, mais tellement bouleversants. Et dans ce défilé nostal-gique, la constellation familiale s'animait sur plusieurs filiations. Enfants, parents, grands-parents, arrière grands-parents surgis-saient sur les clichés dans un théâtre qui mêlait toutes les généra-tions. Ce carrousel d'acteurs familiaux évoquait mille et une séquences de vie. Même si celle de son fils constituait une sorte d'aboutissement, il semblait, pourtant, que s'y racontait toujours la même histoire. Une histoire de voyages et de migrations provi-soires et incomplètes. De rêves inassouvis et d'espérances brisées. Toujours en luttant farouchement. Une histoire se relayant de père en fille et de mère en fils. L'histoire d'une famille dont le cycle s'était déroulé sur à peine plus d'un siècle. Une histoire encore vive dans la mémoire du père de Dinah qui lui avait ra-conté comment son propre grand-père maternel avait quitté son village...
I : JACOB
1
l marchait depuis le petit matin... Deux ou trois heures déjà... I Il s'en était allé, une sacoche à la main, une gourde d'eau en bandoulière et la tête remplie d'enthousiasme et de conviction malgré son jeune âge. Vêtu d'un large pantalon de toile grise semblable à un sa-roual et d'une veste bleue dont toutes les poches étaient bourrées de provisions et d'objets divers, Jacob avançait d'un pas alerte sur une route caillouteuse. Son regard noir et suspicieux, scru-tant l'horizon devant lui, lui conférait une sévérité qui contrastait avec la douceur de ses traits juvéniles dans un visage imberbe. Il n'était ni très grand ni très fort et semblait peu apte à résister aux tempêtes de sable, à la fatigue ou aux brûlures du soleil. Pour-tant, il paraissait vigoureux et, malgré une cadence soutenue, il se retournait souvent, guettant l'âne ou la carriole qui pourrait le transporter plus vite, plus loin que n'y parvenaient ses frêles jambes. Jacob ne fuyait pas, non, simplement il partait vers une destination inconnue et il se hâtait de s'éloigner de son village... Un petit vent frais, venu des collines voisines, avait atté-nué la chaleur et stimulé encore son allure. Le ciel bleu et déjà lumineux l'aspirait vers une perspective sans fin, vers un espace sans limite.
10LEMESSAGE DEJACOBBientôt, le soleil, déjà haut, réchauffait son corps fatigué par l'effort et avide de repos et de fraîcheur. Sa démarche s'alourdissait, sa tête s'inclinait davantage mais sa détermination ne fléchissait pas. Les portes et les fenêtres s'ouvraient une à une sur son passage, comme si chacun voulait le saluer, lui faire ses adieux, lui souhaiter bon voyage. La traversée du village n'avait pas été aussi discrète qu'il l'espérait. Malgré l'indifférence qu'il suscitait habituellement, sa présence dans la rue, si tôt le matin, intrigua les quelques per-sonnes croisées. Il ne put éviter le regard surpris du boulanger affairé dans son échoppe ni les commentaires en aparté de pay-sans transportant fruits et légumes vers la place du marché. Une voisine secouant ses draps par la fenêtre, lui lança même sur le ton d'un reproche maternel : — Tu es déjà dehors ? Il fait à peine jour et tu traînes dans la rue ! Jacob bredouilla une réponse inaudible et poursuivit son chemin, l'air faussement désinvolte. Il était rare qu'un adulte l'interpelle sans lui demander de l'aide. L'heure matinale chan-geait vraiment les comportements. —Je rapporte du pain à ma tante Aïcha qui est fatiguée et ne pas peut sortir, avait-il répliqué à une autre question insi-dieuse. — Je vais chercher des œufs à la ferme de mon oncle, avait-il dit avant même qu'un troisième passant ne s'adresse à lui. Jacob disposait certes de quelques répliques préfabri-quées mais, il savait qu'il devait éviter de prolonger les échanges qui le mettraient vite dans l'embarras. Il lui fallait esquiver et, surtout, ne pas alimenter la curiosité de tous ceux qui s'intéres-saient subitement à lui. Même s'il se répétait tout au long de son chemin des bribes d'explications crédibles, il lui était difficile de
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