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Le monde arabe dans les albums de Tintin

De
178 pages
Hergé est un auteur fasciné par l'aventure exotique, qui projette sa vision influencée par l'orientalisme sur des contrées qu'il n'a jamais connues. L'image qu'il donne de son Orient imaginaire dérive de sa conception du monde, marquée par une personnalité complexe et évolutive, son milieu catholique et traditionaliste et l'époque coloniale, durant laquelle il a composé les aventures arabes de son héros. Analyser la façon dont Hergé présente le monde arabe et ses habitants révèle bien les ressorts du rapport de l'Europe à l'Orient au XXe siècle.
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LIN
Louis BLIN
LE MONDE ARABE DANS LES ALBUMS DE TINTIN
Préface d’Henry LAURENS Professeur au Collège de France
C omprendre le M oyen-O rient
Le monde arabe dans les albums de Tintin
© L’Harmattan, 2015 5-7, rue de l’Ecole polytechnique, 75005 Paris
http://www.harmattan.fr diffusion.harmattan@wanadoo.fr harmattan1@wanadoo.fr ISBN : 978-2-343-06146-7 EAN : 9782343061467
Louis Blin
Le monde arabe dans les albums de Tintin
Préface d’Henry Laurens Professeur au Collège de France
L’Harmattan
Comprendre le Moyen-Orient Collection dirigée par Jean-Paul Chagnollaud
Nicolas TENEZE,Israël et sa dissuasion, histoire et politique d'un paradoxe, 2015. Inan SEVINÇ,L’exécution des arrêts de la Cour européenne des droits de l’homme par la Turquie, 2015. Mesut BEDIRHANOöLU,La conception turque de la laïcité, à l’épreuve du standard européen de société démocratique, 2015. Ibrahim Ö. KABOGLUet Eric SALES, Le droit constitutionnel truc. Entre coup d’État et démocratie, 2015. Gérard FELLOUS,Daech – « ». CancerÉtat islamique d’un monde arabo-musulman en recomposition. Un conflit international long et incertain, 2015. Mamduh NAYOUF,Vers le déclin de l'influence américaine au Moyen-Orient ?,2014. Hillel COHEN,Les Palestiniens face à la conquête sioniste (1917-1948). Traîtres ou patriotes ?,2014. Pierre JAQUET,L’Etat palestinien face à l’impuissance internationale, 2013. Firouzeh NAHAVANDI,L’Iran dans le monde, 2013. Aline KORBAN,L’évolution idéologique du Hezbollah, 2013. Samy DORLIAN,La mouvance zaydite dans le Yémen contemporain, 2013. Gamâl AL-BANNA,L’islam, la liberté, la laïcité et le crime de la Tribu des "Il nous a été rapporté",2013. Daniel CLAIRVAUX,Iran : la contre-révolution islamique,2013. Naïm STIFAN ATEEK,Le cri d’un chrétien palestinien pour la réconciliation. Pour une théologie palestinienne de la libération, 2013. Céline LEBRUN, Julien SALINGUE (dir.),Israël, un État d’apartheid ? Enjeux juridiques et politiques, 2013.
Préface
Comme on le sait, Malraux dansLes chênes qu'on abat rapporte cette boutade du général de Gaulle : "Au fond, vous savez, mon seul rival international, c'est Tintin ! Nous sommes les petits qui ne se laissons pas avoir par les grands. On ne s'en aperçoit pas à cause de ma taille..."
Une autre anecdote, souvent rapportée sans indication de provenance, mentionne une conversation de table en 1958 entre le général et madame Salan en 1958. De Gaulle lui aurait demandé ce qu’elle lisait : « Spirou et Tintin, mon général » et en réponse il aurait dit : « Tintin, je veux bien, mais qu’est-ce que vous lui trouvez à Spirou ? »
Cela démontre d’abord que de Gaulle était plutôt insen-sible à l’humour et au génie animalier de Franquin, qui, il est vrai n’avait pas alors atteint sa pleine maturité, et qu’au contraire, du vivant même de Hergé, Tintin avait atteint, au moins en Europe, un immense succès avec la vente de plusieurs dizaines de millions d’albums. Pourtant, à l’occasion du cinquantième anniversaire de la première publication de Tintin, en décembre 1978, Hergé se prêtait à l’exercice de faire parler Tintin de son père, c’est-à-dire
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1 d’Hergé lui-même . Sa naissance était due au hasard d’une commande d’éditeur de presse :
« Pour lui c'était vraiment sans importance, ce n'était pas un événement capital, et il ne pensait pas que j'existerais plus de six mois. Hergé se destinait au journalisme et à la photographie et c'est pourquoi il a fait de moi un reporter. A l'époque l'archétype du journaliste, c'était quelqu'un s'embarquant sur un grand paquebot à destination de l'Asie, le journaliste c'était un grand voyageur, c'était Albert Londres ou Joseph Kessel et mon père a voulu que je sois un peu leur sosie rêvé. Mais pour lui mon existence n'avait pas plus d'importance qu'un rêve et jamais, au dé-but, il n'a pensé qu'il vivrait de mes aventures. Je suis né comme on fait une blague entre copains oubliée le lende-main. Et ce n'est que quatre ou cinq ans après ma nais-sance que mon père m'a vraiment pris "au sérieux" si j'ose dire. »
C’est seulement à la fin des années 1940, à l’occasion de la première publication des albums couleurs et du journal portant son nom, que Tintin a été diffusé en dehors de la Belgique et a commencé sa carrière internationale.
Si Tintin est un grand reporter sur le modèle d’Albert Londres et de Joseph Kessel, il est aussi un boy scout de quatorze ans. En un demi-siècle de publication, il a pris trois ans de plus. Il se définit ainsi :
« Je suis un journaliste qui a l'esprit boy-scout. Avoir l'es-prit boy-scout, c'est avoir une certaine curiosité pour la vie, la nature, les animaux et les êtres humains ; c'est aussi un certain sens de la débrouillardise ; et c'est enfin une certaine fidélité dans l'amitié. Tout cela est peut-être un peu naïf, mais c'est ainsi et je ne le regrette pas. » 1 http://www.lexpress.fr/culture/livre/tintin-s-explique_479047.html.
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Toujours selon le personnage, le voyage et l’exotisme sont les dimensions complémentaires du reportage et du scou-tisme :
« Ce qui compte pour moi, c'est l'exotisme. Et la France ce n'est pas l'exotisme, même s'il est vrai qu'on peut trouver de l'exotisme partout, par exemple dans certains quartiers de Bruxelles. Mais, d'une manière générale, ce qui était important pour moi et pour mon père, c'était le voyage : toujours cet esprit de reportage d'un Joseph Kessel ou d'un Albert Londres partant au bout du monde pour voir ce qui s'y passe. »
Il est même encore plus affirmatif, ce qui compte est le voyage en soi et non l’arrivée.
Dans cette auto-analyse, Tintin se montre particulièrement subtil dans l’interprétation à faire du voyage, qui est à la fois décor extérieur et démarche intérieure :
« Peut-être. Mon père pense que la précision du décor donne beaucoup plus de crédibilité aux personnages et qu'ils prennent d'autant plus de poids et d'épaisseur que les engins qu'ils utilisent ou les pays qu'ils visitent sont proches de la réalité. Et j'ajouterai un point important : pour que mon père lui-même croie à mes histoires et à mes aventures, il faut qu'il m'entoure d'un maximum de crédi-bilité. Mon père s'est servi de moi découvrant le monde pour se découvrir lui-même. »
Dans cet entretien, Tintin remarque que son succès repose sur le fait que s’il a été lu au départ par des enfants, ce sont ces derniers devenus adultes qui continuent à le lire. Il surestime d’ailleurs l’âge de ses premiers lecteurs, qu’il pense être le même que celui de Tintin.
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