Le mystère de la Chesnaie

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La Bretagne et ses croyances populaires, ses modes de vie, les guerres lointaines sont le théâtre de cette histoire qui se déroule en partie sous le règne de Saint Louis et à la fin du XXème siècle. Quelle en est l'intrigue ? L'intendant d'un château décède d'une mort étrange une nuit d'automne 1243. Toute une série d'événements s'en suivra, qui se concluront 700 ans plus tard. L'ouvrage montre l'évolution de la vie dans les campagnes de Bretagne.
Publié le : lundi 1 octobre 2007
Lecture(s) : 194
EAN13 : 9782336258546
Nombre de pages : 268
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Le mystère de la Chesnaie

Du même auteur :

Faire face– Mémoires d’un chef d’état-major,
Éditions Jean Picollec,1996.

Le général qui pensaitcommeun civil,Éditions
JeanPicollec,2005.

© L'HARMATTA,2007
5-7, rue de l'École-Polytechnique; 75005Paris

http://www.librairieharmattan.com
diffusion.harmattan@wanadoo.fr
harmattan1@wanadoo.fr

ISBN: 978-2-296-03845-5
EAN: 9782296038455

Jean FLEURY

Le mystère delaChesnaie

Une légende bretonne

L'Harmattan

Roman historique
Collection dirigée par MaguyAlbet

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AnIIAnIII,2007.
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Afrique,2007.
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MarcelBARAFFE,Contede laneige etduvide,2007.
PaulDUNEZ,L’écuyerduColisée féodal,2007.
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Marie-FranceROUVIERE,Cornelia,mèredes Gracques,
2006.
ClaudeDUMAS,Lecrépusculeduchapultepec,2006.
DanièleROTH,L’annéede fête,l’annéedeLou,2006.
ColetteBURET,Le survivant:BaseureAdrienJérômeCornil,
2006.
ClaudeBOURGUIGONFRASSETO,Complotsàl’îled’Elbe,
2006.
JeanMAUMY,La Valette,2006.
DanielGREVOZ,Tombouctou 1894,2006.
ClaudeLEIBENSON,Jonathan, des steppesd’Ukraineaux
portesdeJérusalem,la citébleue,2006.
AnnieCORSINIKARAGOUNI,L’AutreMinotaure,2005.
IsabellePAPIEAU,Lesclochesdebrume,2005.

À ma mère, Blanche Marie,qui,
quandj’étais enfant,
m’aracontécette légende,
ainsi que les histoiresde famille
et lesanecdotes rapportéesdanscet ouvrage,

Àmon épouse, Madeleine,
qui m’aencouragéàécrirece livre,

Remerciements

Je remercie le département«Armée de
l’air » duService historique de ladéfense pour
les documents fournis sur lacampagne de
Suezetlamédiathèque centrale deVannes
pour l’aideapportée dans mes recherches sur
l’histoire de la Bretagne.

Avertissement aulecteur

Les évènements dece roman se déroulentsuivant
deuxpériodes, lapremièreauMoyen-âgeaucours du
ème
13siècle, ladeuxième plus récente, en 1985.
Le cadre général de lapremière période suitcelui
des histoires deFrance etdeBretagne.Par contre les
détails rapportés sontde pure imagination.
À l’inverse, pour ladeuxième période, les
anecdotes racontées correspondentàdes évènements réels,
àdes récits ouàdes histoires localestels que l’auteur lesa
entendus,voirevécus. Cependant, des noms etcertains
lieuxontété modifiésafin d’évitertoutrapprochement
volontaire ouinvolontaireavec des situations réelles.
Le cadre général reste de pure fiction,touten
montrantlatransformation en quelques décennies d’une
Bretagneancestrale enune région moderne.

Chapitre I

Le retour de Thomas

C’est la fin d’un hivertrop long. Les nuages gris
courentdansun ciel lourd.Lapluietombe en gouttelettes
fines etperle sur l'herbeverte. Àtravers lagrisaille, les
chênes dépouillés de leurs feuilles etalignés le long des
champs semblentdes silhouettes menaçantes.Les bois de
pins quialternentavec les parcelles cultivées formentdes
masses sombres impénétrablesauxregards.Le long de
l'un entre eux,un homme marche d'un pas lourd.
Il estsobrement vêtu:un bonnetde laine, des
chaussures de cuir montantes etlacées, des braies noires et
un surcotde coton bleufoncéusagé mais en bon état.Il se
protège de labruine grâceàune peaudevachetannée
qu’il porte sur ses épaules. Courbé sous son sac, il évite
les chemins creuxauxprofondes ornières etàlaboue
épaisse etpréfère cheminer en bordure des champs.Sa
démarche laissetransparaîtreune légère claudication.
En ce mercredi 15avril 1242,ThomasMadurec
rentreaupays.Bonàrien dans sajeunesse, il s'estfait
soldatcombattantpour le plus offrant.Thomasaété de
bien des batailles sans qu'aupays on ne sachetrop pour
qui il se bat.
Notre hommearriveàl'orée dubourg deSaint
Cado ets'arrête devant une grande masure couverte de
chaume, l'auberge locale, la Taverne des druides.Aprèsun
instantd'hésitation, il pousse laporte, franchitlamarche
duseuil etpénètre dans lasalle en léger contrebas.Un bon
feupétille dans lacheminée etprojette ses lueurs sur les

9

murs.Une femme portant une longue robe etchaussée de
sabots s'active dans lapièce pourymettreun peud'ordre.
Lestables etles bancsattendentles clients.
«Salutla Marie, mevoilàde retouraupays.Par le
temps qui faitdehors, se réchaufferaucoin dufeune sera
pointdetrop.
-Tudieu, mon cousin, quelle surprise !Depuis le
temps, on disaitdans les chaumières quetuétais passéà
trépas.
-Etbien non,tu vois, je suistoujoursvivant, bien
qu'un peuestropié.J'ai heureusementévité le pire etj'ai
toujours majambe.Notre duc n'apasvoulugarderun
boiteuxde monâge etpuisunaccordaététrouvéavec le
roi deFrance.Laguerre estfinie etje suis de retour.
Quelles sontles nouvelles dupays ?
-Gilles etmoi ontientcetteauberge dontilahérité
de ses parents, mais la vie estdifficile.Avectoutes ces
guerres, les passants se fontrares etsontregardantsàla
dépense.Et toi, qu’es-tudevenu?
-C’est une longue histoire.Commetusais, j’ai
quitté le pays, ily abien longtemps.C’étaitladisette etil
fallaitbien faire quelque chose.Levicomte dePorhoët
recherchaitpour sacompagnie quelques gars costauds
n’ayantpas peur de labagarre.
-C’est vrai quetun’as jamais eupeur de faire le
coup de poing.Je me rappelle que pour lafête de saint
Cado quand notre procession rencontraitcelle deSaint
Congard,tun’hésitais pasàdéclencherun pugilaten
l’honneur de notre patron,Cado le protecteur des soldats.
Et tuen sortaistoujoursvainqueur, même situ avais
récolté quelques mauvais coups !Notre saint voyait ainsi
saréputation pleinementjustifiée !
-Le combatne m’ajamais faitpeur etc’estpour
celaque je suis parti quand l’occasion m’enaété donnée.
Mais cela aété duraudébut. «Il fauts’entraîner et tenir

1

0

le courépép. »taitnotre sergent!Etchaque jour il fallait
faire de longues marches épuisantes.Notre capitaine disait
que le plus important àlaguerre étaitde pouvoir faire des
1
lieues etdes lieues sans fatigue.Il rajoutait: «C’estla
seule façon de pouvoir surprendreun ennemi. »
J’apprenaisaussiàme servir d’une pique qu’il
fallaitgarderacéréeauboutde lahampe :viser entre les
quatre membres de l’adversaire etlui porter le coup fatal
sans qu’il puisse le dévier, n’estpas facile dans lamêlée.
Il faut avoir force etcoup d’œil.Etpuis, ily avaitles
exercices de conquête de fortifications : quand l’ennemi se
retire derrière des murailles, il faut aller le chercher.On
approche en se protégeantde ses flèches par des boucliers
oudes planches.Puistandis que lesarchers décochent
leurstraits sur les défenseurs de la villeassiégée, il faut
rapidementplacer les échelles que l’ona apportées,
grimper etsauter sur lesadversaires.Ce n’estpas enun
jour que l’onacquiertla vigueur indispensable !Ensuite il
y ala technique pour s’entraider :àdeuxc’estplus facileà
condition de bien réagiraumême moment.
Avec mes camarades, nousapprenionsaussià
marcherauxcôtés des cavaliers, nous préparant aucombat
en rase campagne.
-En 1221, quandtues parti,tu venais d’avoir21
ans etce n’étaitpas encore laguerre !
-Non, heureusement.Elle n’acommencé qu’unan
après.Celam’adonné letemps de me faireaumétier. »

Pour laBretagne, lapériode s’étendantdumilieu
e e
du XIIsiècleàcelui du XIIIestparticulièrement
troublée.Lapossession duduché estdisputée entre les
couronnes d’Angleterre etdeFrachnce :aque épisode
successoraltantpour l’Angleterre que pour l’Armorique

1
Lalieue,
kilomètres.

unité de distance de l’époque, faitenviron quatre

1

1

donne lieuàdes combats etàdes retournements de
situation dontla Bretagne faitles fralesis :armées des
combattantsvontrégulièrementdévaster seszones
frontalières etparfois s’attaqueraux villes de l’intérieur.
Les retournements d’alliance ne manquentpas, les
traîtrises non plus.
Ainsi, en 1196,RichardCœur de lion, de retour de
lacroisade,apprend que laduchesseConstance, duchesse
deBretagne,arépudié son mariRanulph deChester que
son pèreHenryII avaitforcéàépouser pour ramener la
province dans le giron desPlantagenêt.Il invite donc
Constanceàvenirà Bayeuxau titre de l’amitié fraternelle.
Maisàpeine celle-ci est-elle entrée sur lesterres
normandes duroi d’Angleterre que son ex-épouxlafait
prisonnière.Tenantlamère,Richard dit«Cœur de lion »
exige que lesBretons lui remettentle filsArthur,
c'est-àdire l’héritier.LesBretons refusentetle souverainanglais
ravage la Bretagne pour essayer de se saisir dujeune
homme.Envain, car il estbattuà Carhaix, ce quiamène le
roi deFrance,PhilippeAuguste,àprendre sous sa
protection le jeuneArthur.Richard doitalors signer la
paixetremettreConstance en liberté.
MaisRichard décède sans enfanten 1199 et, le22
mai 1200,PhilippeAuguste signe letraité duGouletavec
le plus jeune fils d’HenryII,Jean sansTerre.Ce dernier se
faitreconnaître les possessions de son frèreaînéà
l’exception de l’Auvergne etduBerry, la Bretagne étant
laisséeà Arthur.
Les disputesayantrepris entre les rois d’Angleterre
etdeFrance, le duc deBretagne doitreprendre lesarmes.
er
Le 1août1202, par latraîtrise d’un capitaine français,
Arthur estfaitprisonnier parJean sansTerre.Il refuse de
céder ses droits etle2avril 1203,Jean sansTerre le noie
de ses mains dans la Seine.Il faitrépandre le bruitd’un

1

2

décès paraccident, maisuntémoin, écœuré partantde
cruauté raconteratoute lascène.
LesBretons refusent toujours de sevoir imposer
une suzeraineté étrangère etélisentAlix, fille deGuyde
Thouars comme duchesse.Le roi deFrance, quiarepris
les hostilités contre l’Angleterre, prend de faitle contrôle
duduché eten 1212marieAlixà Pierre deDreuxditle
2
Mauclerc .Celui-ci, comme beaucoup, s’attacheàla
Bretagne etdevientplus breton que lesBretons.Il dirige le
duché d’une main de fer, s’opposantauxexcès des barons
etautres seigneurs qui pressurentleursvassaux.
Laremise en ordre de la Bretagne etlamiseaupas
des châtelains luivalenten 1222 une révolte de lapartde
ces derniers.UnAngevin,AmauryduCraon, profite de la
situation pour réclamer lachâtellenie dePloërmel.Celle-ci
avaitété donnéeàson père,Maurice deCraon, par
PhilippeAuguste dans des conditionstrès contestables et
non reconnues par le duc deBretagne.Avec l’aide des
Français,AmauryattaquePierre deDreuxen ravageantles
marches bretonnes.Devantcetteagression, les seigneurs
se regroupentsous lahoulette duduc et viennentassiéger
Châteaubriantoùsetrouve duCraon etsesalliés français,
normands etmanceaux.
«Mapremière batailleaeulieudevant
Châteaubriant, reprendThomas.Nous n’étions pas fiers,
car lesFrançais etleursalliés étaientbeaucoup plus
nombreuxque nous.Mais notre duc étaitpatient.Il savait
que lesassiégés ne resteraientpastoujours enfermés dans
la ville.Leur cavalerietentaen effet une sortie.C’était, je
crois, le3mars 1222.Nous étions en position dans la

2
Pierre deDreuxestditleMauclerc car, destinéausacerdoce, ilavait
renoncéauxordres.Toutefois, certains historiensavancentque ce
surnom lui futdonné en raison de ses combats contre lesabus
temporels de l’Église.Quoi qu'il en soit, il se révéla un excellent
gestionnaire duduchéamenantdesannées de prospérité.

1

3

campagneaumilieudesvignobles qui entourentlaville.
Celaleur futfatal.Les chevauxne pouvaients’élancerà
travers les rangs de gros plantetrestaientlàempêtrésau
milieudes champs.Nosarchers s’en sontdonnésàcœur
joie,tirantsur les chevauxqui s’écroulaient, précipitantles
chevaliersà terre.Ceux-ci chutaientlourdementsur le sol
et,avec leurs pesantesarmures, ils ne pouvaientpas se
relever.Avec nos piques nous pouvions lesachever sans
trop de difficultés.Devantle carnage, lesNormands ont
été les premiersàs’enfuir, ouvrant une brèche dans le
dispositif ennemi.
Nosarchers en ontprofité pour s’insérer dans cette
brèche, caràpied, ils manœuvraientplus facilementque
les chevaux.Ils ontcontinuéàdécimer lesFrançaisainsi
que lesManceauxquiàleurtour se sontenfuis, donnantle
signal de ladébandade générale.Ce fut une grande
victoire etle chef des rebelles,AmauryduCraonaété fait
prisonnier etenvoyé dansune geôleà Nantes.
-Et tun’as pas eupeur, demandeMarieLe
Duard ?
-Pas pendantlabataille.On estpris par l’action.Il
fautsauver sapeauetdonctuer pour ne pas êtretué.On
est trèstendu ;on ne réfléchitpas.Pire,aprèsun certain
temps, on devientcomme enragé,avec le goûtdusang.Il
faut tuer,tuer,tuer.Mais quandtoutestfini, on en ressent
unvrai dégoût, en se demandantcommentonapudevenir
ainsi.Aufond de chacun, ily a, je crois,une brute qui
sommeille etque labataille réveille.En mêmetemps, on
estfier d’êtreallé bravement aucombatetd’avoir montré
qu’on était un homme courageux.On estmême prêt à
recommencer.Ona ainsiàlafois des sentiments qui
s’opposent.L’homme est unanimal curieux!
Lapeur, c’est avantl’action.La tripe estnouée, car
on saitquevotre dernier jour estpeut-êtrearrivé.Ce sont
des momentstrès durs, mais ily ales chefs quivous

1

4

encouragent.On neveutpas paraîtreun couardaux yeux
des camarades.C’estcelasans doute ce quivous donne le
courage de maîtriservotreanxiété.On se soutientlesuns
lesautres et, lors de l’engagement, on crie, plus pour se
donner ducourage que pour effrayer l’adversaire. »

Le calme revenuenBretagne,Mauclerc gèreavec
sagesse le duché,apportantainsiune période de prospérité
pour ses sujets.Larévolte des seigneursayantété matée
après le retournementde situation causée par le
comportementd’AmaurydeCraon,Pierre deDreux veille
àce que les impôts restentdans lalimite duraisonnable.Il
en faitde même pour lestaxes prélevées par les évêques et
les recteurs lorsque celles-ci sont trop élevées pour leurs
pauvres ouailles.En représailles le clergé faitfrapper
d’interditlaprovince, ce qui conduira àn’avoir ni messe
ni mariage enBretagne durant troisannées.
Étantresté fidèleàson hommage personnelà
PhilippeAuguste puisàson filsLouisVIII(qu’ila
accompagné en 1224 dans sacampagne de reconquête de
la Saintonge), le duc deBretagne écritàce dernier,avec
plusieursautres seigneurs, pour lui demander d’intervenir
vis-à-vis des ecclésiastiques en raison desvexations qu’ils
subissentde leur part.Il menace même le souverain
français d’une interventionarmée en cas de non-réponse.
Envain.Les relationsavec le roi deFrance se distendent
etlors dusacre deLouisIX,âgé de 12 ansàlamortde son
père,PierreMauclerc ne se rend pasà Reims pour la
cérémonie.Avec larégente,Blanche deCastille, la
situation ne s’améliore pas.
Les barons français reprochentégalement àla
couronne de ne pas leur laisser les mains libres dans leurs
fiefs.Ils n’apprécientpas non plus l’influence de lareine
mère dans lesaffaires duroyaume.Ils proposentdoncau
duc deBretagne de prendre la tête de larébellion.Ce

1

5

dernieraccepte.Convoqué par le roià Melun,Pierre ne
s’yrend pas etLouisIXouvre les hostilités enattaquantla
3
place forte deBjellême enanvier 1229.Les fortifications
s’écroulentsous les coups de boutoirs desassaillants, mais
l’armée royale doitse retournervers le sud puis l’estde la
France oùles rébellions contre l’ordre royal se multiplient.
À l’été 1231, le roi de France reprend sacampagne contre
laBretagne, mais il échoue devant SaintAubin du
4
Cormier oùMauclerc,une fois de plus, se couvre de
gloire.

« Avectamalice,tun’es pas restétoutcetemps
simple soldat, reprendMarie.
-Non bien sûr.J’ai gagné manominationausiège
deSaintAubin. Ah! Celan’apas étéune minceaffaire.
Nous nous étions retranchés dans laplace devantles
armées duroi de France.Les murailles étaientsolides et
avec mes camarades nous défendions la ville duhautdes
remparts. À cette époque, je n’étais pasarmé d’une pique
mais d’unearbalète. C’est unearme redoutable pour qui
saits’en servir et un carreaubienajusté peut transpercer
une cotte de mailles.
-Je croyais que l’usage de l’arbalèteavaitété
interditpar le pape.
-En principe, oui pour les combats entre chrétiens.
Le pape devantson efficacité ne l’autorisaitque contre les
infidèles.Mais nécessité faitloi etnous n’hésitions pasà
nous en servir car dans labataille, lamortestsoitpourtoi
soitpourtonadversaire.Le choixestsimple.Je préfère
restervivantetdemander l’absolution que mort avecune
auréoleau-dessus de la tête !

3
Localité située dans le sud-estde l’actuel départementde l’Orne.
4
Localité situéeausud deFougères enIlle-et-Vilaine.

1

6

5
-Tun’as pas changé.Le recteur , s’il le pouvait,te
tireraitencore les oreilles.
-Plus d’une fois, les ennemis ontmené desassauts
furieuxcontre nos remparts,arrivanten masse etse
protégeantcontre nos flèchesavec des planches, puis
dressantles échelles contre les murs.D’autresavec des
béliers essayaientd’enfoncer les portes.Mais nousavons
résisté chaque fois etnotre duc était toujours là, le premier
dans labataille, nous encourageantde lavoixetdirigeant
les renforts làoùladéfense fléchissait.Là aussi j’aivu
bien des soldatstomber etj’ai dûmême remplacer notre
sergentquivenaitd’êtretué.Ayantredonné courageàmes
camarades, j’aiainsi repousséuneattaque.J’ai été félicité
par mon capitaine etj’ai été nommé sergentpuisque
j’avais pris cette placeaucombat. À lafin, lesarmées
françaises,voyantque laplace n’étaitpas prenable, se sont
retirées.Les combats étaientfinis.Unetrêve detroisansa
été signée. »

Lacessation des hostilités ouvertes n’empêche pas
les dissensions entre le duché etlacouronne royale :ainsi
le roi empêche le mariage de lafille deMauclercavec le
comteThibaud de Champagne.Peuavantlafin de la
trêve,LouisIXdemandeà un certain nombre de seigneurs
de rejoindre l’ostroyal.Mauclerc reprend les hostilités
maisabandonné par sesalliés, lâché par le roi
d’Angleterreàqui ilademandé des secours, il doit
capituler.Il prête hommageà LouisIXets’engageà
confier le duchéàson filsJean leRouxdès qu’ilatteindra
21ans.
Le nouveauduc sauraéviter les conflits en
louvoyantentre les rois de France etd’Angleterre.Pour les

5
Le curé des paroisses bretonnes était appelé le recteur. Cette
appellation demeure encore dans certainsvillages.

1

7

chevaliers bretons, laprochaineaventure seracelle de la
ème
7croisade.

«Si les opérations militaires se sontinterrompues,
reprendMarieLeDuard, commentas-tueu tablessureàla
jambe ?
-Une stupidité, lors d’un exercice.J’apprenaisà
mes gars commentalleràl’assautd’une fortification.
J’avaistrouvéunevieille porte qu’ils devaient
teniraudessus de leurstêtes.Ils sontbien partis, mais l’un d’euxa
trébuché.J’étaisàcôté etlaporte est tombée brutalement
en biais sur majambe qui n’apas résisté.Crois-moi, j’ai
eubougrementmal etje me suis évanoui sous ladouleur.
Quand je me suis réveillé, j’étais dansune charrette en
route pour l’hôpital deRennes. À chaque cahot, je criais
de douleur.Quand on m’asorti de làetamené surun lit,
celan’apas été mieux.Lorsque le médecin m’apalpé puis
remis les osàpeuprès en place, je me suis évanouià
nouveau. Auréveil, j’avais lajambe bandée et tenue par
deuxplanches placées de chaque côté.Lasœur de garde
m’aditque j’enavais pourun bon moisaulit, mais que je
m’en sortaisàbon compte. C’était vraiàcôté de ce que
j’avaisvulors des combats, mais j’ai mauditmes
imbéciles de soldats pour leur maladresse.
Un mois plustard, j’étais debout, mais mapauvre
jambe était torse !Encoreun mois etje marchaisàpeu
près.Mon capitaine est venumevoir.Il m’aditque l’on
ne pouvaitplus me garderàl’armée comme celaetque
l’onallaitme réformer.Avecun petitrire, ila ajouté que
j’avais plus de chance que les chevauxréformés que l’on
abat, car j’allaisavoirun petitpécule en remerciementde
mes bons etloyauxservices.
Etici, quelles sontles nouvelles ?repritThomas.
Depuis que je suis parti, letempsadûpasser.

1

8

-Oh!C’est toujours pareil;notre maître, monsieur
Jehan, est toujours là.Il estprès de nous,veillantaubon
entretien desterres, mais soucieuxdubien-être de ses
métayers.Ilaencore son régisseur,Thibaud,un bien brave
homme, même s’il ne fautpas lui en conter.L’un comme
l’autre ne sontplus jeunes maintenant.Comme noustous,
ils ontpris de l’âge.Notre maîtreasurtout vieilliaprès le
décès de son épouse, madameAnne.Il enaeubien du
chagrin.
-Quand est-elle décédée ?
-Ily alongtemps.Je pense quetu venais de quitter
le pays.Elle estmorte en couches, en donnantnaissanceà
un beaupetitgars,MonsieurGeoffroy.Ilvientde faire ses
20 ans etserabientôtchevalier.
-Etil ne s’estpas remarié ?
-Non.Il n’y aplus que son fils qui compte pour
lui.En plus, l’entretien dudomaine etcelui duchâteau
occupent une bonne partie de sontemps, sans oublier la
chasse.
-Cette grande bâtisse de laChesnaie est toujours
debout?
Oui, bien sûr.C’estdusolide etles murs ne sont
pas près de s’effondrer.Les fondations sontbien faites et
les caves évitent àl’humidité de remonter comme dans
beaucoup de nos masures.Et toi quevas-tufaire ?
-Je n’en sais rien encore.Sans douteacheterun
boutdeterrainavecune bonne cabane etm’yinstaller.
Peut-être bien me marier si jetrouveune fille quiveut
bien d’un boiteux.Mais il me fautd’abordtrouveruntoit.
Y aurait-il quelque chose dans les parages ?
-Non, je nevois pas.Ah !Siaufait,àla Pierre qui
vire, ily a un champavecune petite maison qui estlibre et
un petitbois de pins.Elle étaitoccupée par le pèreLenoir
qui estdécédé l’année dernière.Il estpartiàlasuite d’une
mauvaise fièvre.La terre estfaite par les serfs duchâteau

1

9

mais la maison est vide. Il se pourraitbienque monsieur
Jehanveuille lalouer.Je crois qu’ilyaun problème de
succession, mais je ne sais pas de quoi il s’agit.Mais
surtoutpersonne neveuthabiter dans cette maison.
-Pourquoi ?
-C’estla SoizicGourac’h qui habiteàcôté.On
n’aime pas en parler dans le pays.On ditqu’elle jette des
sorts etque, peut-être bien, elle estpour quelque chose
dans le décès du vieuxLenoir.Samortaparususpecteà
plus d’un.
-Toutça, c’estdes racontars de bonne femme.
Aprèstoutce que j’aivu, ce n’estpas moi quivais en
avoir peur.Jevaisallervoir monsieurJehan, etla Soisic,
j’en fais monaffaire.
-C’estplutôtThibaud, le régisseur, qu’il fautaller
voir.Il s’occupe detoutetMonsieurJehan lui fait
confiance.
-C’estentendu.Mais enattendant, il fautque je
me loge.Aurais-tu une chambre pour moi ?
-Oui bien sûr etGilles serad’accord.Nous
pouvons mêmete prendre en pension etnouste feronsun
prix.
-J’accepte bienvolontiers.Alors, montre-moi mon
nouveaulogis. »

2

0

Chapitre II

La poudre parle

En ce débutd’août1985,JacquesDugommier
vientprendre quelques jours de repos dans lapropriété
familiale de la Chesnais.Au volantde savoiture, il suitla
route ombragée qui montevers lademeureancestrale.La
lumière quitraverse le feuillage des hêtres donneune
impression de fraîcheur quitrancheavec ses souvenirs
d’Algérie.Chaque fois que je prenais cette route en
rentrantde congé, j’étais frappé par cetteverdure,
pense-til.Il est vrai que celale changeaitde lasécheresse des
djebels.Jacques, officier de l’Armée de l’air, étaitresté6
ans enAfrique du Nord, mais étaitpratiquementrevenu
chaqueannée passer quelques joursà SaintCado.
Accompagné deSophie, son épouse, etde ses deux
enfants,Loïc etGaston, ilarrive devantlamaison et
parque la voiture devantlaporte d’entrée.Tous les quatre
se précipitentdans le grand hall d’entrée pour embrasser
leur père etgrand-pèreLouisDugommier.Celui-civitseul
depuis le décès de son épouse,unevieille bonne lui faisant
lacuisine etle ménage.La venue des enfants etdes petits
enfants leur procuretoujoursautantde plaisir en mettant
de l’animation dans lagrande maison.
«Vousvoilàenfin, s’écrie le grand-père.Je
commençaisàm’inquiéter.Placez vosvalises etnous
passonsà table, le déjeuner estprêt.
-Nous nous sommes levés de bonne heure, mais en
raison des départs envacances, laroute étaitencombrée.
Etpuisavec les enfants, nous évitons de fairetrop de
vitesse.

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-Vousavezraison, on n’estjamais assezprudent
de nos jours. Maisdépêchez-vous devous installer sivous
nevoulezpasvous faire gronder parAnna.Elle estàla
cuisine depuis de bonne heure ce matin pourvous préparer
un déjeuner dontelleale secret.
-Jevaisallertoutde suite l’embrasser, celalui fera
plaisir. »

Annaétaiten effetauservice de lafamille depuis
longtemps etavait vugrandirJacques.Celui-ci lui sauta au
couetlacomplimentasur sabonne mineainsi que sur la
délicieuse odeur qui sortaitdes marmites.
Aprèsavoir pris possession de leurs chambres, les
arrivants descendentdans lagrande salleàmanger qui
donne sur le parc etpassentàtable.
«Toutd’abord, papa, commença Jacques comment
vas-tu?
-Fortbien, si ce n’estque depuis quelquetemps,
j’a: ji des insomnies’entends comme des bruits dans la
maison etcelame réveille.
-Des souris sans doute,voireun hiboudans le
grenier : cesanimaux-làsontloin d’être silencieux ;quand
ils se déplacent, on dirait vraimentquelqu’un qui marche.
À moins que ce soit une fouine : quand elle saute surune
souris, elle réveilleraitn’importe qui, même moi !
-Non, celanevientpas dugrenierau-dessus de ma
tête.S’ily avait une effraction oudes disparitions
d’objets, je penseraisàdesvoleurs, mais ce n’estpas le
cas.
- À propos devoleurs, interrompit Sophie,tu
pourrais raconter ce qui nous est arrivé. »

Le ménage habitait unevilladans labanlieue
parisienne et avaitété cambriolé peudetempsauparavant.

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« Celas'est passé, il n'y a pas longtemps. Je
dormais dusommeil dujustequandSophie m’aréveillé.Il
yadumonde dans lamaison, m’a-t-elle dit, j’ai entendu
quelqu’un déclarer «Rentre donc, couillon, il n’ya
personne ».Il étaitenvironune heure dumatin.
J’entrouvre péniblement unœil et vois de lalumière
filtrantsous laporte.J’avais éteintavantde me coucher et
donc quelqu’unavaiteffectivementpénétré dans lavilla.
Je me lève etprudentje prends mon revolver,un
357magnum.J’ouvre laporte : personne;je descends les
escaliers etarrivéaurez-de-chaussée, j’entends dubruità
gauche etàdroite.Je n’aime pas être pris entenaille.Je
me recule donc etàcetinstant,un inconnusortdudessous
l’escalier etfonce sur moi.J’avoue que j’ai eupeur etj’ai
tiré par réflexe.Heureusementpour levoleur, il nevenait
pas su: ilr moiabrutalementobliquévers laporteàma
gaucheaumomentouj’appuyais sur ladétente.Je l’ai
ainsi manqué.
Je le suis et voisun deuxièmevoleur entrain de
fouiller dansun buffet.Jetireun deuxième coup, cette fois
en l’air puisque mavie ne me paraissaitpas menacée.
C’étaitidiot, car j’ai fait untrouauplafond.Mais le
cambrioleuraeulapeur de savie :un coup de357
magnum dansun espace clos, celafaitdubruit!Ilafait
un départde 100mètres comme j’enai rarement vu,àtel
pointqu’ilalaisséune de ses baskets sur place.Je l’ai
suivi maisavec son collègue, ilavaitdisparudans lanuit.
Je n’ai puque constater que lafenêtreavaitété brisée et
lesvolets de fer forcés.
Je suisalorsalléau téléphone pour prévenir la
police;l’appareilàlamain, j’aivudestraces de sang sur
le sol.Mavoixdevaitêtre quelque peuémue.Lapolice est
venuetoutde suitile :yavaiteudes coups de feuavec
manifestementblessure.Elleaprocédéauxconstatations
d’usage etles policiers ontsaisi monarme :je leurai

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montré mon autorisation de détention, mais il paraîtque
c’estlaloi.J’ai donc obtempéré.Le procureuradonné son
accord le lendemain pour qu’elle me soitrendue.J’ai
ensuite réalisé que le sang sur le sol étaitle mien: étant
pieds nus, je m’étais blessé sur les éclats deverre devantla
fenêtre fracturée.Avec l’émotion, je n’avais rien senti.
Pendantque les policiers sontlà, le chef d’équipe
regardantpar laportevoitdeuxhommes devantlagare qui
faitfaceàmon domicile. «Oh, me dit-il, ces deux-là
m’ontl’air bizarre !Jevaisaller lesvoir. »Avecun
collègue ily vaet trouve mes deux voleurs qui n’arrivaient
plusàrespirertellementilsavaientcouru vite.De plus
l’un des deuxavait un pied nuetl’autre chaussé d’une
basketassortieàcelle qui étaitrestéeàlamaison.
J’ai dûensuiteallerauposte pour faire ma
déposition.Mais le chef d’équipe décidade lui-même de
laisserun policier garderSophie etles enfants,tantque je
seraisabsent.Tous lestrois, ilsavaientassistéauspectacle
etentendules détonations.Unwesternàlatélé, c’estbien,
maisàlamaison celaémeutquelque peu.De plusavec la
fenêtre brisée, n’importe qui pouvaitrentrer.Je dois dire
que j’aiapprécié cette initiative.
Auposte, pendantque je faisais madéposition, les
policiers passaientdevantlaporte etavec le pouce levé me
montraientcombien ilsappréciaientlafrousse que j’avais
donnéeàces deuxapprentis cambrioleurs :ils lesavaient
déjàétéarrêtés deuxfois, mais les deuxfois lesavaient
vus partir, relâchés par lajustice !
Le lendemain j’ai envoyéune lettre de
remerciements etde félicitationsaudirecteur
départemental de lapolice :intervention rapide, efficacité
etsoutienauxcitoyens honnêtes méritaientpour le moins
untémoignage de reconnaissance.Inutile de dire que
depuis, je suis devenupopulaireauprès de lapolice locale.
Les remerciements doiventen effetêtre plus rares que les

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protestations:le Français n’estime pasutile de remercier
mais ilaime râler.
-Finalement, intervientLouis, ces deuxjeunes
abrutis onteude lachance, mais ils ne méritaientpas la
mort.Parailleurs, mêmeavec lalégitime défense, ilvalait
mieuxpourtoi quetune les blesses pas.
-Je partage bien ce pointdevue et une fois
l’émotion passée, c’estlaremarque que je me suis faite.
J’espère qu’ici les nuits serontmoins mouvementées.
-Je l’espèreaussi, continue le grand-père. Àvrai
dire, les cambriolages sontplus rares dans nos parages.La
maison n’aeuqu’une fois desvisiteurs imprévus.J’étaisà
Vannes pour quelques jours etil n’yavaitpersonne ici.Le
notaire estpassé pour mevoir.Toutétaitfermé, sauf les
volets d’une fenêtre dusalon.Ilaregardé etavudes
jeunes dupays entrain de s’amuser.Il estrentré luiaussi
par lafenêtre etlesafaitdéguerpir. Comme il les
connaissait, ila averti les parents etm’afaitprévenir. De
retour, j’ai constaté qu’il ne manquaitrien.Ilyavait
seulement un peude désordre.L’affaire en estrestée là.
Sur le momentles enfantsavaientpassé dubontemps,
mais cela adûêtre ensuite leur fêteàlamaison !
-Je n’ai pasamené mon revolver, ditJacques, car
je ne pensais pasavoiràm’en servirànouveau.Maistuas
toujourstes fusils de chasse ?
-Oui, bien sûr, etj’ysuisattaché.Quand ils sont
arrivés en 1940, les Allemands ontordonné de donner
toutes lesarmes détenuesàlagendarmerie.J’ai remisune
veille pétoire dontje ne me servais pas etj’ai conservé
ceuxauxquels jetenais.Je lesai soigneusementemballés
dans lagraisse etensuite cachés derrièreun mur dans
lequel desanneauxde feravaientété scellés, ilya
longtemps, pourattacher les chevaux. Cesanneaux
auraientexpliquéune éventuelle détection de métal.

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-Jeme souviens de nombreusesperquisitions
effectuées par lesAllemands, continua Jacques, mais je ne
me rappelle pas lesavoirvusavec des détecteurs de
métaux.
-Non, carvraisemblablement, ils cherchaientdes
résistants etnon desarmes.Ils devaientsavoir qu’ils
s’étaientinstallés dansun châteaudes environs, mais
ignoraientlequel.En fait, lesFFIétaient à Sainte
Geneviève,àquelques kilomètres de lapropriété.Mais
c’étaitici que les occupants les cherchaient.Le pot aux
roses n’aété découvertque le 18 juin 1944avec les
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combats deSaint Marcel .
-C’estpour moiun grand souvenir, dit Jacques.
Cela apétaradé durtoute lajournée etje me souviens
même de l’intervention de deuxchasseursanglais, des
Typhoon je crois,venusaider le décrochage des résistants.
Peut-être est-ce celaqui m’adonné envie d’êtreaviateur
un jour.Après lalibération nous sommesallésvoir la
propriété dans laquelle lesFFI avaientinstallé leur camp.
Tout avaitété brûlé.Les douillesvides comme celles
encoreutilisables jonchaientle sol.Je me rappelle en
particulier le coffre fortdes propriétaires quiavaitété sorti
de lamaison etouvertd’un coup de37m/manti-char.
Pour l’ouverture cela avaitété efficace.Pour la
conservation ducontenu, je n’en dirais pasautant.
-Je me souviens surtoutdes bêtises quetu as faites
avectoutl’armementque l’ontrouvaitpartoutdans la
campagne, dit Louis.
-C’est toi, papa, quiavaistrouvé ce fusil
automatique russeabandonné par lesAllemands et avec
lequel je chassais les écureuils.Je ne suis donc pas le seul

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Saint Marcel, hautlieude larésistance bretonne dontle maquis joua
un rôle importantlors de lalibération de laBretagne.Découverts par
lesAllemands le 18 juin 1944, les résistants conduisirent un combat
acharné qui durajusqu’aulendemain matin.

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