Le non du pont d'Asnières

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Chris a vingt ans. Le monde qui l'entoure l'ennuie. De Paris à Beyrouth, il traîne sa soif de vivre et se retrouve happé par une aventure qui le dépasse. Le non du pont d'Asnières est l'histoire d'un mercenaire de l'idéal dont on se demande pourquoi il s'est engagé dans une cause perdue. "J'ai jeté mon mégot et levé la tête. Je pensais au cimetière de Levallois surplombé par une usine de jambon. J'ai souri, j'ai repensé la scène et j'ai dit ou plutôt murmuré "Non". J'étais prêt pour mon destin. (...) Personne ne m'a entendu". Docteur en droit, l'auteur s'intéresse aux conditions de vie des enfants dans les quartiers pauvres des villes latino-américaines.
Publié le : jeudi 1 janvier 2009
Lecture(s) : 70
EAN13 : 9782296216365
Nombre de pages : 184
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Le non du pont d'Asnières

Du même auteur

Biographie
Cultivons la Paix, Editions Desclée de Brouwer, Paris 2000, traduit en espagnol, Deriva Editorial, Barcelone, 2007.

Essai
ldentidad y reconversion en las ciudades mineras de Lata y Coronel, Cepas Editorial, Chili, 2001.

Philippe de Dinechin

Le non du pont d'Asnières

roman

L'Harmattan

L'Harmattan, 2008 5-7, rue de l'Ecole polytechnique, 75005

@

Paris

http://www.librairieharmattan.com diffusion.harmattan@wanadoo.fr harmattan 1@wanadoo.fr

ISBN: 978-2-296-07460-6 EAN : 9782296074606

Chapitre 1

ssis sous un pont, je m'ennuyais. L'odeur du lieu évoquait l'haleine de mon ancien professeur de philosophie. De lui, je n'ai gardé qu'une phrase: «Tout est distraction ». L'homme fumait en classe. Nous l'admirions. Pas pour ses maximes mais parce qu'il éteignait son mégot entre ses doigts jaunis par les Gauloises sans filtre et le rangeait dans une boîte en fer blanc. Je ne le comprenais pas. De quoi fallait-il se distraire? C'était il y a quelques années. il était six heures du soir, cette journée de février était fade. A Asnières, les lampadaires publics et les phares des voitures s'allumaient. J'avais rendez-vous avec Yannick, un ami breton. Quand je ne voulais voir personne, j'allais retrouver Yannick. Les mots du professeur résonnaient. Yannick ne vient pas. Le froid m'engourdit. En l'attendant, je roule une cigarette, les doigts maladroits et le dos appuyé contre une pierre. Je ne voyais pas l'autre rive et je distinguais mal les piliers du pont. J'entends les trains passer dans un fracas métallique. Qu'un professeur fasse l'éloge de la distraction peut surprendre. Lorsqu'il prononçait sa maxime, le ton de sa voix était léger comme s'il voulait dire: « Heureusement que tout est distraction ». Le pont, le froid, la fumée, le professeur et Yannick qui ne vient pas. Je m'ennuie sous ce pont et ce n'est pas à cause de l'attente.

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Une scène de violence ordinaire avait occupé mon après midi. Je marchais près du pont de l'Alma, rive droite, lorsqu'au moment où le feu orange vire au rouge, une voiture de sport pile devant moi alors que je m'apprêtais à traverser la chaussée, précédé par trois jeunes. Le grand était noir, le moyen arabe et le blanc petit. Surpris par le freinage du véhicule, le petit blanc donne un coup de pied dans le pare-choc et le groupe a continué comme si de rien n'était. À travers le pare-brise, j'ai observé l'attitude du chauffeur. Son visage se décomposait. Mon regard s'est alors porté sur le pare-choc. La chaussure de sport n'a laissé aucune marque. Le feu restait rouge. Le chauffeur, en quelques secondes, a mis le frein à main, a jailli de l'habitacle, abandonnant sa passagère. il a rattrapé le jeune homme, l'a retourné avec violence. il ne l'a pas frappé mais l'a insulté et l'a secoué. La femme n'a pas bougé. Interloqué, l'agresseur devenu alors victime a fait mine de ne pas comprendre. Le chauffeur paraissait sorti d'un film de James Bond, ses pectoraux saillaient, preuve d'une vie passée au grand air ou dans les gymnases. Je lui aurais donné la cinquantaine. La surprise passée, le groupe est passé à l'action. il a encerclé le quinquagénaire. Aux insultes répondent les coups. L'homme ne résistait pas au nombre. La femme est sortie de la voiture et lui a crié: « Reviens, reviens ». Pas fou l'artiste, il tente de résister aux coups tout en reculant. Au moment où il jette un dernier regard de fureur, il reçoit dans l'œil gauche un glaviot du plus grand qui met un point final à l'altercation, comme une signature au bas d'un contrat. Sous un concert de klaxons (la scène avait duré deux ou trois feux rouges), il

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est rentré », piteux, dans son habitacle et a démarré. Les trois jeunes sont repartis en riant. J'ai de la scène une vision confuse. Voitures et passants s'entrechoquent. Victimes et agresseurs se confondent. Les passants engoncés dans indifférence notable ont tissé quelques liens. J'ai pu saisir dans le brouhaha des commentaires. Certains spectateurs soutenaient une position qui se résume par quelques soustitres dans les hebdomadaires à sensation: « Les jeunes d'aujourd'hui sont des canailles. Il n'y a plus d'éducation. Parents démissionnaires. Ça se croit tout permis ». D'autres disaient: « Le vieux l'a cherché ». Je n'arrivais pas à distinguer la victime de l'agresseur, le coupable de l'innocent. Moi, sur le coup, je n'ai rien fait et je n'ai rien dit. Je me disais qu'un coup de pied qui n'avait laissé aucune marque ne méritait pas ce tintamarre. Un regard de haine aurait été proportionnel au dommage commis. Je me disais aussi que c'est le jeune, le petit blanc, qui avait commencé. Bref, je cherchais des excuses aux uns et aux autres. Ce n'est qu'après, une fois les badauds dispersés, que j'ai remarqué que je n'étais pas intervenu. Un dégoût mesuré s'insinue. Je le refoule. Mon aide aurait été inutile, je ne sais pas me battre. Je cherche des motivations à leur acte: leur enfance imprégnée de bagarres, de coups de couteau, de violence gratuite ou payante. Puis, mes pensées se dirigent vers l'homme mûr. Son visage montrait qu'il avait vécu plus d'un assaut et que cette rixe surprise ne pouvait être qu'un événement insipide de sa vie. Il s'en tirerait avec trois points de suture et une entaille à!' orgueil. L'inaction des passants m'avait agacé. J'étais irrité car je n'avais pas bougé le petit doigt et toutes les

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explications qui se bousculaient dans ma conscience ne faisaient pas le poids en face de gestes ou de paroles qui auraient dû être incarnés. Comme le héros d'un livre dont je n'avais plus que la musique en tête, je ne bougeai pas. À cause de l'obscurité ou d'une myopie spontanée, je n'arrive pas à accrocher mon regard sur l'autre rive, dominé par cette petite histoire et ces petites pensées, qui n'étaient, ce soir, que les reflets d'une médiocrité générale dans laquelle je m'embourbais. La famille, la fac, le fric, ça ne pouvait pas être que ça la vie. Je voyais la mienne de loin, avec une tendresse lâche. J'allais à la fac dans un grand immeuble gris avec du verre. On y étudiait l'économie et le droit et on aurait aimé être encore insouciants. Mais avec du poil au menton l'insouciance c'est de la bêtise, alors je faisais semblant de croire que j'étais à ma place. J'avais perdu l'habitude de bouger, écrasé par l'indifférence de mes semblables qui n'aspiraient qu'à être semblable. Je rejoignais la cohorte de ceux qui ont plus de réponses que de questions. J'avais quitté l'enfance presque par mimétisme. Mon immobilité devenait insupportable et je la supportais, affalé sous le pont. Combien de glaviots mon chauffeur aurait-il dû recevoir pour que je dise non. Un, trois, dix? Quelques cailloux se détachaient du pont. J'ai jeté mon mégot et levé la tête. Je pensais au cimetière de Levallois surplombé par une usine de jambon. J'ai souri, j'ai repensé à la scène et j'ai dit ou plutôt j'ai murmuré «Non ». J'étais prêt pour mon destin, pas pour une vie médiocre de bouchon ballotté dans une mer de glaviots. Je me suis levé et j'ai redit: « Non! Non! Non! ». Personne ne m'a entendu. Était-ce un non au onzième glaviot, un non

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à la sentence d'un professeur crasseux? Un non au énième cours de macro économie ? Je ne sais pas. Je sais en revanche que ce non qui venait des tripes, ce soir-là, m'a donné la chair de poule. J'étais prêt pour la comédie à condition d'y avoir un rôle. Yannick n'est pas venu.

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' habite place de l'Opéra dans un appartement au luxe défraîchi. Les meubles sont, je crois, d'époque; mais de laquelle? Quelques-uns ont été volés pendant les périodes estivales par des visiteurs désoeuvrés. Deux pendules ont échappé à leurs larcins. Une seule fonctionne. La seconde, aujourd'hui silencieuse, est la plus petite des deux. Elle a une histoire. Le balancier en forme de soleil est hors d'usage. Enfant, je m'amusais à le tapoter du doigt pour lui redonner vie. Plusieurs tableaux miniatures et ovales ornent les piliers de la vieille horloge. Ils représentent des femmes assises en rond qui cajolent des bambins d'ivoire. Je leur prêtais mille désirs et inventais des aventures pour les réveiller. J'y croyais, autrefois. Dans le salon, deux miroirs se dévisagent. Je m'amusais à m'insérer entre les images infinies qu'ils renvoient. J'étais plusieurs et j'étais fasciné. Adolescent, je me plantais encore devant eux et ils ne comprenaient pas que je me cachais dans un corps d'adulte. Je suis sans doute trop fier de ma personne, conçue sur une plage de la Méditerranée. Je peux l'affirmer parce que Jean, mon père, aime raconter les histoires de la conception de chacun de ses enfants, ce qui met Jacqueline, ma mère, dans un état de nervosité émouvant. Lorsque c'est mon tour, il insiste sur la plage et termine toujours en clamant: «Et quand je pense que j'ai dépensé mon meilleur spermatozoïde pour donner ça ! » Un parquet ciré couvre la plus grande partie du sol, habillé dans le salon par

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deux tapis persans sûrement, qui, nous rabâche Jean valent plus d'une brique. C'est ce que lui a dit le démarcheur qui les lui a refilés, lui qui n'avait rien de persan. Pour les tapis, un doute s'est instauré quant à leur authenticité. L'air vif de Paris presse mon pas. Le traditionnel repas du vendredi soir en famille est au bout du chemin. Jacqueline prépare en cette occasion des plats mijotés avec amour. Si par hasard ils sont trop cuits, elle s'excuse en disant: «Je l'ai préparé avec beaucoup d'amour ». Mon regard s'arrête sur les affiches de cinéma. J'arrive devant la porte cochère en bois peint. Deux à deux, je grimpe les marches qui conduisent au quatrième. Brutalement, je plonge dans le vacarme familial. Les enfants accourent. Jean crie: «Encore en retard Christophe» et Jacqueline m'embrasse. Mon blouson atterrit par adresse sur le portemanteau. Laurence, l'aînée de la famille, beauté sensuelle d'une trentaine d'années, lance: «Ca va les amours? » TIfaut dire que c'est sa spécialité, les amours. Elle a promis le mariage à une demi-douzaine de prétendants et ne leur a donné que sa vertu. Actuellement, elle vit avec Dick, Américain de Louisiane qui lui a fait une fillette pour jouer avec Gabriel, fruit d'une passion éteinte. «Oh la vie ça va...» Je réponds de façon machinale, encore sous l'empire de mes sensations nocturnes que j'avais décidé de taire. Et les cris et les rires, et les conciliabules m'étourdissent. Tourmenté par l'étrange non que j'ai murmuré près du pont d'Asnières, je reste silencieux. Je ne sais pas encore à qui ou à quoi il s'adresse, mais j'ai l'intuition que je dois le protéger des cris et des rires.

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Laurence rayonne de ses parfums, de sa voix, de sa présence. Elle se livre à une rétrospective de sa jeunesse avec Mélodie. Depuis son adolescence, elle touche à tout. Ses peintures baroques décorent les cheminées des tantes et des grands-mères. Chaque jour, entre un biberon et une leçon, elle écrit une page de roman, esquisse un dessin. Son malheur est d'avoir cinq enfants. Bien sûr ils sont ravissants, mais les couches sont difficilement compatibles avec le pinceau. Elle élève cette marmaille avec Richard, homme d'affaires de talent qui, si j'ai bien compris, rachète des petites sociétés en faillite, les remet sur pieds, vire la moitié du personnel, les revend en tirant un bénéfice important. C'est le modèle de la famille dynamique. Sur le canapé recouvert d'un tissu dont les motifs s'effilochent, Violette et Cécile discutent. Violette, une autre sœur, prône la liberté sexuelle et une information large sur ce sujet. Elle souligne l'importance de la pilule pour homme. «On partage le plaisir, on partage les emmerdements », dit-elle. Cécile est offusquée; Un peu bigote, ne se résout pas à dissocier le sexe de l'amour. Violette lit autant que Jean mange, avidement. Au fil du temps qui passe, les bibliothèques rose, verte, rouge et or ont été remplacées par des œuvres plus classiques, puis par des ouvrages dont les auteurs me sont inconnus. Sa force est de faire vivre ses lectures. Après sa rencontre avec Gandhi, elle a pris son billet d'avion pour Calcutta. Elle devient suicidaire avec Montherlant, angoissée avec Maupassant et comédienne avec Molière. Son caractère reflète ses lectures. Aujourd 'hui, elle a trouvé un équilibre instable avec Michel, jeune politicien mi-classique, mi-mystique, qu'elle a

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rencontré dans la bibliothèque de la rue Cujas. TIlit aussi, mais plus lentement. De ce couple, est né un garçon, Jacob. Cécile, en revanche, est le pur produit d'une pension de jeunes filles. Elle est ordonnée, rigoureuse et gourmande. Ses prises de position sont rythmées par une morale chrétienne, teintée parfois d'humour, mais pas souvent. Droite, méthodique, elle rêve de prince et de carrosse. De toutes mes sœurs, elle me paraît la plus fragile comme si elle vivait constamment dans l'attente d'un conte de fées qui n'arrivera jamais. Quelques notes de banjo percent les murs du salon. Mon frère Edouard-Jeanne, dès son retour des Etats-Unis, s'est mis en tête de jouer de la country. Autodidacte en musique, je lui suggère souvent de perfectionner son art musical au Conservatoire. Son prénom lui vient de Jacqueline. À une enfance de pleurs fréquents, succédait une adolescence bercée par le grondement des motos. Aujourd'hui il est grand et me ressemble, radotent en chœur les vieilles tantes increvables, mais il a conservé une délicatesse qui s'exprime davantage dans son art que dans la vie. Sur la table, des rondelles de saucisson sec sont entourées par des tranches de jambon fumé de Bayonne parsemées d'olives pimentées. Comme d'habitude, Jean attaque simultanément les victuailles et la conversation. Il se sert abondamment, verse du bourgogne dans les verres vides, oublie quelques femmes. À mesure qu'il vieillit, les plaisirs de la table revêtent plus d'importance. «Chaque repas peut être le dernier », aime-t-il à répéter. Jacqueline le récrimine, mais elle est ravie de le voir si jovial. Habitué à ce spectacle, nous nous servons tour à tour. Un chapon rôti

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suit de près le hors-d'œuvre. Les conversations privées s'estompent. Dans ma famille, on ne dialogue pas, on fait des discours. Jean a pris fait et cause pour Cécile et une politique sexuelle stricte. Il a commencé sa diatribe en soulignant le comportement irréprochable de nos aïeux Pastthegi, nobles Florentins, qui vécurent non loin de la ville et émigrèrent en France au début du seizième siècle. Il paraît même qu'ils combattirent Bayard et les armées de François 1er. Attirés par l'or du roi de France et par la pauvreté intellectuelle de ses armées, ils décidèrent de les suivre afin d'exercer leurs talents de peintres, d'architectes et de musiciens. L'entourage de François, désireux de se cultiver, avait été généreux. Catapultés avec femmes et enfants dans un monde paillard, ils apportèrent leur savoirvivre. «Nous devons », affirme Jean, «suivre leur exemple. Nous avons hérité de nos glorieux ancêtres Pastthegi d'abord du nom, ensuite de cette potiche florentine que vous m'avez ébréchée et de leurs qualités humaines dont tous, je l'espère, saurez saisir la portée ». Ce discours m'ennuie, les enfants s'amusent. Jean est comme cela. Il se laisse entraîner dans de longs monologues et peut les interrompre à tout moment. Il cherche l'approbation du public. Et il avait cherché, dans sa vie de chercheur, sans jamais vraiment trouver. Les rentrées annuelles nous ont permis une vie aisée sans luxe. De temps à autre, il y a longtemps, les dimanches, Jean m'emmenait à Vincennes ou à Longchamp « pour voir les chevaux », disait-il à Jacqueline. C'est vrai que je voyais les chevaux. Il omettait de signaler qu'il pariait des sommes qui, une fois perdues,

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mettaient en péril le budget familial. Comme pour me faire complice de son péché mignon, il m'offrait une petite bouteille de Coca-cola. J'ai donc commencé tôt à fréquenter les bars. Maintenant, Jean ne va plus « voir les chevaux », il me demande de l'accompagner au PMU du coin en me priant de l'attendre à l'entrée du local. « Chris, ce n'est pas un lieu pour toi» me dit-il en guise de refrain. Je l'attends patiemment. TI ressort de «ce lieu de perdition» une fois « ses petites affaires faites ». Je les aime bien tous, mais la famille, ce n'est pas la vraie vie. Depuis quelques heures et dans cette ambiance trop vécue, je me sens ailleurs. Ce non imprévu continue de chatouiller mon imagination. Ce n'est quand même pas un chauffeur humilié qui allait décider de ma vie. Pourtant le ronronnement de Jean, et les visages aussi, m'insinuaient d'un air moqueur que je devenais un spectateur passif de mon ascension planifiée vers l'âge adulte. Jean en était à décerner un hommage a à la Vierge Marie «qui sut rester pure malgré le charme viril du charpentier juif ». TIfaut signaler que Jean aime pointer les Juifs. Ce penchant lui vient d'un oncle antidreyfusard, mort au champ d'honneur, la tête éclatée par un obus prussien. TIprovenait, dit Jean de la grosse Bertha, le fameux canon. TIa tendance à rattacher chaque épisode familial à une page d'histoire nationale. Parce qu'elle commençait à trouver le discours récurrent ou simplement pour me taquiner, Mélodie m'a lancé: « Alors Chris, on écoute pas son père ». J'ai répondu d'une voix forte: «Acteur de l'histoire, je serai un acteur de l'histoire ». J'ai cela à voix haute sans me rendre compte

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