Le Pacte d'Hécate

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Les amours divins ne sont pas de tous repos, loin s'en faut !

Publié le : mardi 3 mai 2016
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EAN13 : 9782373830002
Nombre de pages : 15
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Le Pacte d’Hécate

Depuis l’orée de la forêt, Hécate regardait le couple s’enlacer. La femme lui tournait le dos et sa chevelure claire tranchait avec la noirceur de la grotte d’où l’homme était sorti – une caverne à la gueule béante, prête à les punir de leur impudent bonheur. L’homme étreignait sa compagne, enfouissant son visage dans la cascade de boucles blondes. Avec un sourire amer accentuant ses rides, l’observatrice comprit que Perséphone était consentante. Amoureuse même. Éperdument amoureuse d’Hadès.

Cachée derrière un chêne séculaire, Hécate discernait parfaitement les traits comblés de bonheur de la jeune déesse, ou encore ses doigts gracieux caressant la poitrine mate du maître des Enfers. Dans la main droite de Perséphone brillait une grenade, mûre à point et à peine entamée. Ce fruit, c’était Hécate elle-même qui l’avait donné à sa parente, juste avant qu’elle n’aille rejoindre son amant.

Le dieu souleva de terre sa bien-aimée et s’enfonça avec elle dans les profondeurs souterraines. L’aïeule ne pouvait plus les voir. Elle entendit néanmoins le hennissement d’un cheval, et devina la suite. Hadès emmenait Perséphone ; la mort emportait le printemps chez lui.

Le galop infernal s’estompa : le couple venait de franchir la frontière séparant les vivants des défunts. Hécate sortit alors de son refuge et s’approcha de l’entrée de la grotte.

À présent, elle devait agir ; laisser Déméter s’interroger, s’alarmer et chercher son enfant par elle-même, puis venir témoigner. Laisser le temps à l’inquiétude de tourner à la folie… et à Perséphone de goûter au fruit des morts.

* * *

Le couple trônait sur une estrade d’ébène. Aux pieds d’Hadès, Cerbère dormait, ses trois têtes ronflant en chœur. Perséphone siégeait à côté du maître. Dans la pénombre glacée des Enfers, ses cheveux prenaient un éclat blanc. Au loin, de l’autre côté du Phlégéthon, les ténèbres du Tartare créaient un halo de noirceur sous le pâle soleil du monde souterrain. De l’autre côté de la plaine, les Champs Élysées, séjour des bienheureux. Comme il se devait, le palais d’Hadès se situait entre les deux, face à l’unique route par laquelle les morts devaient cheminer pour atteindre leur ultime séjour.

Sous un manteau de plumes d’un noir luisant, le péplos de la jeune déesse, en soie vert d’eau, offrait une touche de couleur à ce monde monochrome.

Hécate se tenait face à eux, debout dans la brume lactescente du royaume infernal.

- Hadès et Perséphone. Vous formez un couple étrange, mais mieux assorti que je ne l’aurais imaginé…
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