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Le Patriarche

De
148 pages
Tabba est un chef de communauté nomade. Polygame, il est marié à quatre femmes, mais reste hanté, obsédé, par une cinquième qu'il rêve d'épouser. Cette cinquième femme lui reste interdite dans la réalité parce qu'elle est une « femme-vision » qu'il ne rencontre que dans son sommeil, et par sa religion, car il n'est autorisé à épouser que quatre femmes. C'est au sein d'une montagne très haute que la cinquième femme lui rend visite pendant son sommeil. Il la poursuit alors à travers cette montagne difficile et encombrée d'une forêt insondable. La poursuite finit toujours au détriment de Tabba, et la femme reste toujours à conquérir.
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Ahmad T
Le patriarche
C o l l e c t i o n
Le patriarche
Encres Noires Collection fondée par Maguy Albet et Emmanuelle Moysan  La littérature africaine est fortement vivante. Cette collection se veut le reflet de cette créativité des Africains et diasporas. Déjà parus Bah (Malal),C’est moi qu’il épousera, 2016. Dia (Hamidou),Les sanglots de l’espoir, 2016. Ali Ahmed (Youssouf),Le mystère du second temple, 2015. Batumike (Cikuru),De fil en exil, 2015. Ambassa Olinga(Philippe),Ayangma, 2015. Wa Bwanga (Bwanga), Tumultes mémoriels. Debout Congo ! Il est temps de se ceindre les reins, 2015 Costa (Aurore),La complainte de l’Iroko, 2015. Kingué (Angèle),Pour que ton ombre murmure encore..., 2015. Wekape (Lottin),Je danserai pour toi ce soir,2015. Gnaama (Bali Banka),L’homme de cuivre,2015. Kavungu (Aristote),Il ne s’est presque rien passé ce jour-là, 2015. Sermé Tiémoko (Rémy),Pleurs dans la nuit, 2014. Ces douze derniers titres de la collection sont classés par ordre chronologique en commençant par le plus récent. La liste complète des parutions, avec une courte présentation du contenu des ouvrages, peut être consultée sur le sitewww.harmattan.fr
Ahmad TABOYE
Le patriarche
Du même auteur, chez L’Harmattan Panorama critique de la littérature tchadienne en langue française», série Études littéraires,, collection « Culture africaine 2016. Au pays des démocrates ou « La débrouillardise », collection « Théâtres», 2016. © L’Harmattan, 2016 5-7, rue de l’Ecole-Polytechnique, 75005 Paris http://www.harmattan.fr diffusion.harmattan@wanadoo.fr harmattan1@wanadoo.fr ISBN : 978-2-343-09777-0 EAN : 9782343097770
I
Le Biltine est une vaste succession de plaines herbeuses, parsemées d’épineux, très verte en saison de pluies, et de couleur or en saison sèche. C’est une région circonscrite à l’intérieur d’un cercle de montagnes hautes et généreuses. Elle semble soustraite à la nature environnante et confiée aux montagnes qui l’entourent entièrement. Ici cohabitent des communautés diverses que l’on peut désigner très simplement. Il y a essentiellement des éleveurs de bétail nomades et des agriculteurs sédentaires. Des tensions fréquentes surviennent entre les deux communautés, quand arrive la période des transhumances. Ce déplacement de troupeaux de chameaux, de bovins, de caprins et d’ovins, obligeant les nomades de migrer en saison sèche, vers les régions du sud, par delà les montagnes, pour trouver plus de pâturage et de l’eau, mais aussi au moment du retour, quand surviennent les premières pluies de l’hivernage. Les animaux du Sahel ne supportent pas l’humidité extrême et les insectes qui éclosent en ce moment. Abou-Chanab, cheikh des Chouggours, l’une des communautés des éleveurs, a passé toute sa vie à souder les tribus entre elles. C’est un grand cheikh, un patriarche.
Il force le respect et l’on s’accorde volontiers autour de ses sagesses. Abou-Chanab devient vieux et il pense alors à sa succession, à la région et à l’avenir de son peuple. Il porte son choix sur son fils aîné, Tabba pour le remplacer. D’ailleurs, on se plaît affectueusement et respectueusement à appeler le vieil homme « Abou-Tabba. » Tabba signifie littéralement « celui qui se lève brusquement », le « soupe au lait » quoi ! L’histoire disait que Tabba a gardé jusqu’à l’âge adulte, toutes ses dents de lait, et qu’il s’est levé et a marché dès qu’il a appris à se tenir sur le séant. Plus tard, adolescent, il a toujours montré beaucoup de spontanéité dans le caractère et l’action. C’est un homme de taille respectable, pas très grand, environ un mètre soixante-dix. Il a des épaules d’athlète qui s’ouvrent sur une large poitrine. Son teint clair, et son visage aux traits fins, sont agrémentés d’une longue chevelure qui se termine sur une barbe magnifique. Sa démarche imposante, mesurée et majestueuse, lui donne l’élégance et la noblesse d’un félin. Son regard très attentif, vif et perçant, présage de son intelligence incontestable et de sa grande disponibilité d’homme de volonté et de pouvoir, habitué à diriger. Sa prestance le distingue du commun des hommes. Tabba ne passe jamais inaperçu. Tout son être respire l’exception et l’élection et fait de lui aussi un patriarche. Le choix d’Abou-Tabba va donc tout naturellement à ce premier fils qui sort de l’habituel. Il a coutume de dire de lui : « celui-là, n’aura pas eu seulement la peine de naître. »
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Comme son père et avant lui, son grand-père, il a acquis un très grand sens de la mesure et de la patience à écouter les autres, à analyser les situations, pour se faire une opinion juste des positons des gens qui l’entourent. Il a été éduqué dans la rigueur et l’endurance. Il garde donc dans toutes les circonstances, un courage inébranlable devant ses adversaires. Son amour pour les hommes et sa grande générosité le poussent à être présent partout où il y’a nécessité. Il est connu de tout le monde, et même par ceux qui ne l’ont jamais rencontré. L’évocation de son simple nom suffit. Tout le monde sait que le vieux cheikh voit d’un bon œil ce passage du flambeau, et tous s’y accordent et se sentent soulagés. Tabba, ce fils charismatique du cheikh des Chouggours, une des tribus de Bédouins comme il en existe dans cette contrée, n’est en réalité pas novice dans cet exercice. Il assure depuis toujours le pouvoir en remplacement de son père. Il fait beaucoup de déplacements dans les Farighs, c’est le nom que l’on donne au campement des nomades. C’est lui qui prend la direction de la tribu pendant les transhumances et fait les visites qui s’imposent. Il est toujours reçu avec les honneurs dans les campements et les différents villages des autres communautés. Le soir au farigh, à la tombée de la nuit, il se lève et crie comme le ferait un muezzin, à l’adresse de toutes les mères et femmes au foyer : — Écoutez-moi bien, femmes, que celle chez qui est arrivé un étranger de passage, le déclare et qu’elle l’envoie à la case commune ! Gare à celle qui laissera chez elle dormir quelqu’un, avec la faim au ventre, son châtiment sera la répudiation ! J’ai parlé et j’en ai fini !
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