Le petit monsieur du quatrième

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Depuis 15 ans, nous vivions à côté de lui et le croisions presque toutes les semaines dans l'ascenseur, sans rien savoir de lui. Le hasard de la vie le sortit de cet anonymat lorsque nous fîmes certaines découvertes. La dernière guerre avait caché à cet homme toute une partie de sa vie, celle de ses origines. C'est de cette pelote de nouages que deux voisins journalistes tirèrent les fils et mirent à jour les membres d'une famille, éclatée par l'antisémitisme nazi, qui put enfin se retrouver.
Publié le : samedi 5 mars 2016
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EAN13 : 9782140004339
Nombre de pages : 112
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PierreGeorges Despierre
Le Petit Monsieur du Quatrième
ROMAN Le petit monsieur du quatrième
Le petit monsieur du quatrième
Pierre-Georges DESPIERRELe petit monsieur duquatrièmeRoman
© L’Harmattan, 2015 5-7, rue de l’Ecole-Polytechnique, 75005 Paris http://www.harmattan.fr diffusion.harmattan@wanadoo.fr harmattan1@wanadoo.fr ISBN : 978-2-343-08043-7 EAN : 9782343080437
Ou le livre : «My father » (Ed. J. Hermann)
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L'homme du quatrième L'homme était petit, sans âge, il habitait là depuis toujours. Les locataires du premier comme ceux du sixième ainsi que la gardienne l'appelaient "Le petit monsieur". On ne connaissait pas son nom, ou plutôt on l'avait oublié depuis le jour où il avait été vu sur un des rares courriers de sa boite aux lettres. Celle-ci restait d'ailleurs vide le plus souvent sauf de multiples prospectus que tous les matins en sortant il retirait pour les jeter dans la poubelle qui attendait les éboueurs sur le trottoir. Le week-end il semble qu'il ne sortait pas, mais le lundi dès la première heure il descendait les escaliers d'un pied alerte. Jamais on ne le vit dans les ascenseurs, il vidait sa poubelle à l'étage dans le vide-ordure, il se faisait, dit-t-on, invisible. Solitaire, timide et célibataire, on ne savait rien de lui. Son métier restait mystérieux, partant tôt le matin vers sept heures trente et revenant le soir vers six heures. Il repartait dès la nuit tombée, à huit heures ou neuf heures selon les saisons, toujours sa petite sacoche à la main. Les jours de fête il portait un chapeau anglais, un bowler-hat,le reste du temps un chapeau mou bien fendu au milieu. Un jour je crus le voir, il portait une casquette à carreaux comme un jockey, c'était à Roissy en attendant mon avion pour Oslo, puis j'ai perdu de vue sa silhouette et pensais avoir halluciné.
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L'été il porte un costume trois pièces sombre et sobre, noir ou gris foncé, l'hiver il a une redingote fourrée au col et une écharpe en laine à rayures aux couleurs des anciens élèves de Cambridge. Au printemps dernier, il disparut, on ne s'en serait pas aperçu si ce n'est qu'à son retour environ un mois plus tard on le vit tout bronzé, avec un chapeau gris clair, ce qui attira l'œil de tout l'immeuble, les gens se mirent à en parler en se saluant dans l'ascenseur. Puis la routine revint comme les saisons et on ne fit plus attention à lui. Il y a un mois on entendit des bruits insolites dans son appartement, la gardienne apprit à tous qu'il faisait faire des travaux. Lesquels ? On ne sait pas bien mais des ouvriers utilisèrent une sorte de marteau-piqueur très bruyant pendant deux jours. Ensuite plus rien sauf une vague odeur de peinture fraiche qui se propagea dans tout l'étage. Lorsque je réfléchis aux années qui passent je suis surpris de ne pas le voir vieillir, quel âge peut-il bien avoir aujourd'hui ? On l'a connu il y a vingt ans. Il devrait avoir soixante ans environ, mais il les a depuis toujours. Ce mystère me fait penser au Golem de Prague. Pourquoi ? Je ne saurais le préciser, un mystère en appelle un autre et c'est peut-être ça l'association d'idées. Il ressemble un peu à ces rabbins qui fréquentent lesschules,écoles rabbiniques, réglés comme une horloge. La gardienne, curieuse, prétend qu'il n'a pas la télévision car il ne s'est pas abonné au câble, il n'aurait pas non plus de téléphone chez lui, peut-être un simple portable.
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Il y a fort longtemps qu'il n'aurait pas reçu de courrier. La semaine passée quelqu'un s'est empressé de raconter qu'il l'aurait vu sortir un soir de l'Opéra au bras d'une jeune femme, jolie brune, le quidam revenait du même spectacle et s'attarda sur cette vision mais ils disparurent dans un taxi. Le mystère augmente à chaque anecdote de ce genre, mais il n'y en a que peu dans l'année. L'homme aux chapeaux, ou plutôt le petit monsieur du quatrième étage. Un fantôme ou un espion ? Ou bien un homme simplement plus discret que les autres, mais alors pourquoi ? Lorsque l'actualité est pauvre, on s'occupe de lui, sinon il passe aux oubliettes. L'autre soir il avait du mal à ouvrir son parapluie et ça tombait tout dru, il faillit être trempé, c'est là que j'ai tenté une approche en lui offrant un instant le mien avant de rentrer, c'est la première fois que j'entendis sa voix, un merci très vieille France. Comme les autres je suppose, je fantasme que c'est peut-être un artiste qui travaille le soir dans un cabaret, à moins qu'il soit le propriétaire d'une boite de nuit ? Il doit voyager, car un matin où je m'étais levé tôt, six heures environ, un taxi l'attendait, il monta avec une valise à roulette format cabine. Je ne sais plus si on l'a revu de la semaine, tellement il est transparent, un peu comme dans ces films anciens en noir et blanc où il y a un personnage qui est tantôt visible tantôt invisible. Tout comptes faits, je me mis à bien l'aimer ce petit monsieur. Où mange-t-il ? On ne le voit jamais faire ses courses ni personne les faire à sa place. Chez le
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