Le Piano Aphone

De

Roman court fantastique pour un public de douze ans et adulte.

Si vous n’avez jamais contemplé de coucher de soleil sur Mars ou encore pêché dans un lac en papier. Si vous n’avez jamais eu l’occasion de discuter musique classique avec un fantôme ou de voler le vaisseau spatial du père Noël. Si vous n’avez pas de machine à écrire les rêves sous votre oreiller ou de séchoir à larmes dans votre salle de bain pour eff acer vos chagrins. Si vous n’avez jamais rencontré de cigale violoniste ou de chocolatier itinérant. Si vous vous demandez qui a bien pu grignoter la lune. Si vous ne connaissez personne qui aime assez les bonbons pour avoir des larmes sucrées. Si vous n’êtes pas encore au courant que l’on installe des hôtels dans les anacondas ou encore si vous ne savez pas à quoi peut bien servir un piano aphone.



Alors ce livre peut vous aider à rattraper le temps perdu.

Illustration Wolfy d'Arkan

Illustration interne : Alice Farina


Publié le : samedi 12 octobre 2013
Lecture(s) : 5
Licence : Tous droits réservés
EAN13 : 9782369760108
Nombre de pages : non-communiqué
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Pierre BENAZECH
Le Piano Aphone
Lune Ecarlate Editions
Semitam Tenebris / Fantastique
Young Adult
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© 2013 Pierre BENAZECH Illustration © 2013 Wolfy d'Arkan Illustration Interne © 2013 Alice Farina. Édité par Lune-Écarlate 66 rue Gustave Flaubert 03100 Montluçon, France. Tous droits réservés dans tous pays. ISBN 978-2-36976-010-8 Le code de la propriété intellectuelle interdit les copies ou reproductions destinées à une utilisation collective. Toute représentation ou représentation intégrale ou partielle faite par quelques procédés que ce soit, sans le consentement de l’auteur ou de ses ayants droit, est illicite et constitue une contrefaçon au terme des articles L,122,-5 et L,335-2 et suivant du code la propriété intellectuelle. Visitez notre site : http://www.lune-ecarlate.com
Pour A.
19 h 18…
Chapitre Premier
Train de nuit
La bruine vient lécher la ville. Je traverse un rideau de perles d’eau en quasi-suspension. On dirait des mini cosmonautes aquatiques en exercice d’apesanteur. Je les sens pétiller doucement sur mon visage, ce qui me donne l’impression de galoper dans une bouteille de limonade cosmique. J'aperçois la gare. Les deux grosses aiguilles de la grande horloge me signalent qu’il ne me reste plus que cinq minutes avant le départ. Il faut que je me dépêche car mon train serait capable de m’oublier et de partir sans moi. Les deux portes automatiques du bâtiment ferroviaire m'entendent arriver et s'ouvrent timidement, comme les mâchoires d'un monstre lors de son premier rendez-vous chez le dentiste. Je saute dans sa gueule et celui-ci m'avale tout cru. Je dégringole maintenant les escaliers et m'engouffre dans les profondeurs de la gare. Après quelques pérégrinations souterraines endiablées, j’accoste tambour battant sur les quais. La brume nimbant la gare m’accueille d’une caresse vaporeuse. Je m’arrête un instant, mêlant la fumée de mon souffle à celle des quais. La voie presque déserte dévoile un silence reposant, comme si la brume avait ouaté tous les bruits désagréables ; même les trains semblent somnoler sur des coussins en coton de cumulonimbus. Je remets mes jambes en marche et nage dans cette écume nuageuse en direction de ma locomotive. Je me rends compte que j'ai oublié de regarder le numéro de la voie. Une goutte de doute perle dans mon esprit. J’adresse quelques mots embués à une dame qui semble se diriger vers le même train que moi. — Excusez-moi, ce train va bien à C. ? Elle sourit. — J'espère bien ! Rassuré, je monte dans le train. Ivre de fatigue, je titube dans le tube digestif du wagon à la recherche d’une place libre. De nos jours, les sièges vides sont devenus des proies de choix pour les voyageurs. Heureusement, je suis un prédateur expérimenté et je parviens rapidement à dénicher l’oiseau rare. Je me laisse doucement tomber sur mon trône de voyageur, comme si c'était un nuage. Je m'enfonce de tout mon poids dans le siège et j'entends la mousse du fauteuil crisser sous mon dos. Mes paupières s’embrassent et un mistral de fatigue s’échappe de ma bouche : « Pfffff ». Qu’il est bon de s’asseoir ! Grblll... Un orage miniature se déclenche dans mon ventre, alarme me signalant que la faim est entrée par effraction. J’ouvre alors la fermeture éclair de mon sac à dos, plonge ma main dans sa gueule, farfouille dans son obscurité éparse et y retire un paquet de sucreries multicolores en forme de crocodile. Le rituel gourmand peut alors commencer. Je déchire, tout d'abord, le sachet sauvagement avec mon armée de dents. Puis, je le penche doucement vers ma main afin d'y déverser un bout de l'arc-en-ciel sucré qu'il contient. Je me délecte enfin des quelques rayons colorés recueillis, envoyant les crocodiles miniatures dévorer ce terrible monstre que l'on nomme craintivement « la faim ». À mon avis, ce monstre-là doit être un sacré rancunier ! 1 Même après une raclée, il réapparaît toujours rapidement, à l’instar d’un phœnix . Si la faim est vraiment un oiseau fantastique, je comprends qu'il lui arrive d'être de mauvaise
humeur car il ne doit pas y avoir beaucoup de place pour voler dans nos estomacs. Le sifflet de départ se fait entendre et la locomotive quitte paresseusement ses starting-blocks sur mesure. Je regarde à travers la vitre. La brume se fait de plus en plus clémente, emmitouflant la gare dans son duvet dentelé de nuage. La nuit commence déjà à tomber ; les rares personnes encore présentes sur la voie apparaissent comme des ombres mouvantes et éphémères. La brume et la distance les dérobent peu à peu à mon champ de vision. Le train prend de la vitesse, faisant défiler les paysages nocturnes à la manière d’une pellicule de film. Le court métrage d’aujourd’hui présente la quiétude d'une ville s'ensommeillant peu à peu. J’aperçois quelques voitures, celles-ci prennent des allures fantomatiques, semblant flotter sur une mer de brume. On ne voit bientôt plus que leurs deux gros yeux briller à travers le brouillard. Roulant ou volant prudemment, elles se suivent scolairement les unes derrière les autres dans des rangs vaporeux. Je détourne mes yeux du spectacle extérieur et jette un regard vers mes compagnons de voyage. Habituellement, lorsque je m'ennuie dans un lieu public, qu'il soit mobile ou non, un de mes passe-temps favoris consiste à observer mes comparses humains ou objets et d'imaginer quelle peut bien être leur vie ou leur histoire. Évidemment, quand on aime s'amuser et que l'on a de l'imagination, on s'éloigne rapidement du plausible et cela plus ou moins consciemment. Ainsi, chaque cobaye de mon imagination se voit doté d'un destin hors du commun qui doit assurément être à quelques années-lumière de la réalité. Par exemple le vieil homme moustachu sur ma droite, celui qui se sert de la vitre comme d'un oreiller, eh bien, malgré son imperméable et son parapluie noir, je doute que ce soit un agent secret à la retraite ayant sauvé sept fois le monde d'une fin tragique. Et son parapluie n'a sûrement pas de fonction hélicoptère, lance-flamme, bouclier à ultra-sons ou encore l'option très pratique de tire-bouchon. Enfin, je suppose qu'il le protège très bien de la pluie. Et puis, au moins, il n'y a aucun risque lors d'une soirée pluvieuse et arrosée entre amis de confondre la fonction antipluie et hélicoptère (car cela doit être plutôt gênant de s'envoler brutalement à la sortie d'un restaurant). Mes yeux continuent à balayer le compartiment. Chacun semble baigner dans un langoureux silence, doucement bercé par le léger ronronnement du train, véritable tigre mécanique. Le seul effort se résume à tourner les pages d'un livre. Alors moi aussi je me laisse porter, emporter par cette paresse bienfaisante. Et je m’imagine sur le dos d’un tapis volant ayant le royaume des rêves pour destination. Une page se tourne. Mes paupières se ferment.
ChapitreDeux
Quai des brumes
Mes yeux s'allument doucement. Je réalise que le train est arrêté. Je passe mes mains sur mon visage et refais surface petit à petit. Mes phares optiques balayent le wagon, celui-ci semble vide. Ma tête retombe sur le dossier, un souffle de lassitude accompagne sa chute. Pff, j'ai dû dormir jusqu'au terminus. Il va falloir reprendre un train et donc acheter un nouveau billet pour arriver à C. J'espère seulement avoir assez d'argent. Bon, où ai-je bien pu atterrir ? J'essaye de regarder à travers la vitre embuée du train, les mains en abat-jour des deux côtés de ma tête afin de ne pas être gêné par les reflets des soleils artificiels éclairant l'intérieur du wagon. Ça m'a l'air d'être une toute petite gare, je ne distingue que deux voies. Concernant les quais, il n’y a personne. Je n'arrive pas à lire le nom de la gare à cause de la brume qui fait office d'un véritable voile, comme si elle voulait préserver un certain mystère. Hum, j’ai sûrement atterri dans une petite ville perdue. Bon, dépêchons-nous, je n'ai pas envie de passer la nuit ici. Je prends mes affaires et quitte mon compartiment. Je parcours le train, qui décidément s’avère aussi vide que l’estomac d’un artiste d’avant-garde, et parvient au sas de sortie situé entre deux wagons. J’appuie sur le bouton d'ouverture automatique, à la fois excité et inquiet. J'ai l'impression d'être un voyageur intergalactique dont le vaisseau spatial s'est échoué sur une terre inconnue. Je descends prudemment du wagon. La gare entière est nimbée de brume et de nuit. Les quais exigus ne semblent pas pouvoir accueillir beaucoup de voyageurs, comme si peu de personnes partaient d'ici ou s'y arrêtaient. L'infrastructure se limite à un banc en bois escorté à quelques pas par un étrange réverbère rouge en fonte. Avec sa tête carrée, composée de quatre fenêtres en verre, soutenue par une courbe façon Hector Guimard, ce luminaire semble sorti d'un autre temps, celui des becs à gaz de la Belle Époque. Cet aspect désuet lui donne un certain charme, un côté rassurant et nostalgique à la fois. On dirait une personne âgée emplie de gentillesse et de souvenirs. Bon, j'arrête de me prendre pour un psychanalyste de lampadaire et m'assois sur le banc. Je dois appeler mes parents pour les prévenir de mon éventuel retard. Je sors mon téléphone portable et compose le numéro. Je tourne la tête pour lire le nom de la gare et donc de la ville par la même occasion. Le bâtiment ferroviaire n'est pas plus grand qu'une petite maison, ses fenêtres laissent entrevoir une faible lueur. Un nom est écrit au sommet de la façade, on peut lire malgré le brouillard et l'encre effacée par le temps : Manawyddan. Hum, connais pas. Mes yeux glissent sur l’édifice dont la brume a tissé les contours. Celle-ci embrasse même les quais. Il n'y a pas l'ombre d'un bruit. L'unique réverbère ne brûle qu'à voix basse dans la brume, chuchotant sa douce lumière à la gare qui semble somnoler. Tout est vide et silencieux. Seule la tonalité continue de mon téléphone se présente en exception. Hum… pas de réseau. Moi qui voulais leur demander de me garder un peu de dessert... Mon portable et mes espoirs de glace au chocolat retombent dans le trou noir de ma poche. Bon, j'espère toutefois que le prochain train pour C. ne va pas tarder sinon je vais me faire remonter les bretelles. Il doit commencer à se faire tard ! Soudain, j’aperçois déborder le long du lampadaire une sorte de foulard gris argile ! Celui-ci paraît très fin, on peut voir à travers. Il est aussi très grand, tellement grand que seul un 2 ptérodactyle gothique pourrait le mettre (et encore !). Il doit bien mesurer dans les quatre-vingts centimètres ! La soierie ondule timidement sous l’action du vent léger qui balaie les
quais. S’est-elle accrochée au lampadaire ? On dirait un morceau de brume vivante ! Intrigué, je m'approche pour observer cet étrange spectacle de plus près. Je découvre, à ma grande surprise, que l’étoffe en question ne demeure pas attachée au réverbère, pourtant elle ne touche pas le sol, elle flotte à quelques pouces de ce dernier, comme si personne ne lui avait jamais expliqué les lois de la pesanteur. Mes yeux examinent, épluchent chaque pli de ce voltigeur paranormal. Ce dernier est comme cousu de poussières argentées mobiles, de fines paillettes ne cessent de neiger maladroitement sur ou dans celui-ci. Un peu comme le feraient les bulles d'un verre de champagne mais en sens inverse. Je n'avais jamais vu ça de toute ma vie (aussi trépidante soit-elle !). Mes doigts se tendent. Effleurent la matière. Sensation de douceur et de froid. C'est bizarre je la sens comme frissonner sous les lignes de ma peau. J'essaye de la saisir, mes doigts se referment et tirent délicatement sur le tissu. Et contre toute attente, la chose pousse un cri. (Onomatopée inexistante en langue humaine.) Surprise. Inattendu. Électrochoc émotionnel ! Je fais un bond en arrière, pousse un cri digne d’un looping de Space Mountain. (Ici, je préfère vous faire grâce de l’onomatopée.) Mais je ne suis pas au bout de mes surprises. La chose tourne sur elle-même assez brusquement, tortillant ses plis comme un vêtement que l’on essore. La chute de ses flocons de lumières s’accélère. Deux petits ronds bleus apparaissent. Une voix teintée d’un délicieux accent anglais s’élève alors : — Cela vous prend souvent de tirer les joues des gens que vous croisez ? L’écoute de cette phrase transforme une nouvelle fois mes jambes en ressort. — Ah ! Un foulard qui parle ! Et avec l’accent anglais en plus ! — Oh my goodness ! Quelle insolence ! Sachez jeune bipède que je ne suis pas un foulard... Et d’abord, que faites-vous ici ? — Eh bien, je voulais rentrer chez moi, mais je me suis malencontreusement assoupi dans le train et quand je me suis réveillé, j’étais ici ! Et d’ailleurs, c’est où « ici » ? — Ici, vous êtes à Manawyddan, La gare des âmes. Le terminus du grand voyage qu’effectuent les âmes après avoir quitté leur enveloppe charnelle devenue obsolète. — La gare des âmes ? Ça veut dire que tu es mort ? — Eh bien oui, pas toi ? — Pas que je sache ! Les deux petits ronds bleus de la chose sont dirigés vers moi et oscillent légèrement (seraient-ce ses yeux ?). Cette dernière reste silencieuse comme si elle réfléchissait. M’examine-t-elle ? Soudain, elle fonce sur moi et traverse ma poitrine ! Mes sens se dérèglent. Un froid glacial envahit mon corps. J’ai l’impression que mes os se transforment en glaçons ! J’ai le souffle coupé, j’espère que mon cœur n’a pas gelé ! J’entends la voix de mon agresseur : — Effectivement, tu n’es pas mort ! C’est étrange alors que tu sois arrivé ici. Tu es un simple humain ? — Oui, je suis un humain ! Quant au qualificatif de « simple », malgré mon orgueil astronomique, je crois bien qu’on peut me l’appliquer. Et toi tu es… une âme ? — Oui, enfin… Normalement, les âmes conservent les souvenirs de leur passé de vivant. Or moi, je n’en ai plus aucun. En ce sens, je ne suis pas vraiment une âme, je crois que le terme le mieux approprié serait fantôme. Oui, je crois que je suis un fantôme, répète-t-il tout en s’éloignant avec méfiance. A-t-il peur de moi ? Habituellement, c’est moi qui ai peur des fantômes ! Il ne faut pas que je le laisse filer, il peut sûrement m’aider ! — Hey, n’aie pas peur ! lui dis-je pour le retenir.
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