Le potentiel érotique des années Sarkozy

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Ce livre est édifiant. On y apprend, entre autres, comment tirer parti de réformes politiques audacieuses, jouer au billard avec une scientologue, se réconcilier avec sa mère ou améliorer le recrutement d'un club de football. On y découvre également un guide de séduction à l'usage des timides et des maladroits, et divers procédés plus infaillibles les uns que les autres pour rencontrer l'âme soeur...
Publié le : vendredi 1 octobre 2010
Lecture(s) : 67
EAN13 : 9782296710801
Nombre de pages : 195
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En guise d’avertissement  Cette histoire, j’ai rêvé de la raconter bien avant de la connaître.  Je les avais perdus de vue, n’avais jamais fait aucun effort pour les retrouver et étais persuadé que je n’avais plus rien à leur dire.  Mais je parlais souvent d’eux. En vacances. Avec mes nouveaux amis. Dans le métro, à rêver qu’on me fasse travolter. Au travail, quand j’avais l’impression de vivre dans une cabane de robinson suisse bâtie sur des pilotis chimériques, à inventer des histoires d’îles au trésor pour mes voisines de bureau et mes compagnons de fortune.  Plus jeune, je n’étais sans doute pas prêt, alors je m’étais contenté de les regarder, d’emmagasiner pour plus tard, en essayant de dilater mes pupilles et de froncer les sourcils en même temps, parce que je croyais que cela allait me donner un air ténébreux et séducteur. J’avais l’air un peu idiot, ils s’en rendaient compte mais ce n’était pas grave. Une histoire gagne à être racontée par un ravi de la crèche, pas par un Roi mage.  La fin, par un étrange pressentiment, je l’avais toujours imaginée un peu triste : des retrouvailles devant une tombe battue par le vent d’automne, un parterre de feuilles mortes, la tignasse en bataille, avec des regrets plein la gorge et la honte de ne pas avoir été présent.  D’une certaine manière, cette fin, je l’avais attendue, en me contentant trop longtemps de mon rôle de Shéhérazade du surgelé.  Jusqu’à ce que je reçoive cette foutue lettre, qui nous offrait à chacun l’occasion de rattraper nos erreurs, sans bien mesurer ce qui allait se passer.
 J’ai su alors qu’il me fallait écouter mon côtésaumon, remonter le lit de la rivière jusqu’à sa source pour envisager le monde avec davantage de douceur.  Je rêvais d’un livre gai, qui parlerait de nous comme de héros de contes de fées, en préférant aux jérémiades une mélodie plus joyeuse, une envie de malgré tout, un cantique de la vaseline.  Alors je me suis mis à écrire…
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AHMED
Clown extérieur de richesses  - Au secours, au secours ! On m’a volé mon bonus ! Qui m’a volé mon bonus ?  Les enfants du premier rang réagirent les premiers, avant que la salle n’éclate d’un rire bruyant et communicatif.  Cadres en veste du dimanche et pantalon de veloursRalph Lauren, mamans ayant troqué leurs tailleurs pour des vêtements plus confortables, employés endimanchés, tous surveillaient du coin de l’œil leurs rejetons qui trépignaient, excités par l’arrivée imminente des cadeaux.  Sur la scène, une silhouette se démenait pour les faire patienter devant un amoncellement de colis, amenés par un intermittent du spectacle arrivé deux heures plus tôt d’une Laponie de banlieue dans son RenaultKangoo.  Le clown Ahmed avait une perruque d’un blond criard, un nez rouge, et le visage trop poudré des belles de nuit. Il multipliait les cabrioles, achevant ses figures de voltige dans des seaux de peinture, tout en admonestant les membres du comité de direction de la banque. Ceux-ci occupaient le premier rang, avec femmes et enfants, privilège bien légitime si l’on veut bien considérer les responsabilités écrasantes qui pesaient sur les épaules de ces vaillants financiers.  - C’est ton papa qui a volé mon bonus ?  Ledit papa, vice-président en titre, sourit faiblement, tout en se jurant d’avertir dès le lendemain le Comité d’Entreprise qu’il ne voulait plus de cet histrion l’année suivante. Cette histoire de bonus empoisonnait bien assez les relations au sein de la banque. D’ailleurs, lestradersde la salle des marchés, qui s’étaient regroupés avec leurs familles à droite de la scène, ne semblaient guère goûter l’humour de l’artiste.
 Il ne savait pas que le Comité n’y était pour rien, le clown choisi ayant été renversé le matin-même par une voiture, si bien qu’on avait dû lui trouver un remplaçant au pied levé. A cinq jours de Noël, impossible de se montrer difficile : on avait dû se contenter d’un clown délaissé, ravi d’officier pour une fois dans les beaux quartiers.  - Allez, les enfants, on appelle tous ensemble le Père Noël, pour qu’il vous amène vos bonus !  - Quel petit con ! marmonna entre ses dents le vice-président…  Ahmed ne l’entendait pas. Sur son nuage, il retrouvait l’énergie juvénile de l’époque où, musicien de lycée, il se prenait pourDjobi etDjoba, à vouloir faire pleurer les pierres, en réchauffant ses rêves sur un butagaz de camping. Une demi-heure plus tard, démaquillé, il quittait le siège social de la banque après avoir jeté un dernier coup d’œil sur sa façade monumentale, construite au dix-neuvième siècle pour inspirer la confiance des épargnants. Il avait profité de l’occasion pour s’emparer d’une plaquette institutionnelle de la banque, sobrement intitulée : Bilan de l’année 2009 Un navire qui garde son cap dans la tourmente.  Celle-ci s’ouvrait par une martiale déclaration du Président, un homme encore très chevelu pour sa fonction, qui citait Sénèque (« Il n’est pas de bon vent pour qui ne connaît pas son cap ») avant d’infliger au lecteur une théorie de chiffres impressionnants et d’autocongratulations.  Le petit clown, lui, espérait bien que cette plaquette lui serve le soir même. Las de son célibat, il s’était en effet inscrit pour la première fois à une séance despeed dating, tout en se doutant que ses revenus mensuels plutôt limités allaient éloigner bien des gredines. Il avait donc imaginé de mettre ses plus beaux habits et de jouer au banquier…
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