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LE QUATRIEME CHAPITRE

De
199 pages
Dans la campagne écossaise de cette fin de siècle, Fiona DAWSON, cette jeune femme, âgée à peine d'une trentaine d'années allait enfin vivre ce qu'elle attendait depuis si longtemps. Elle marchait vers son destin et ne savait pas encore si ce qu'elle avait envisagé allait se réaliser, encore troublée par un rêve qu'elle avait fait la nuit précédente. Dans la douceur tiède de ce matin d'automne, Fiona marche avec entrain. Sous ses pas, le tapis de feuilles rousses et blondes, que le vent léger pousse et fait tourbillonner dans un ballet incessant, craquelle. Que lui a-t-on dit pour qu'elle soit grisée par ce chant de la nature ? Pourquoi cette sensation vertigineuse l'emprisonne-t-elle ?
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Le quatrième chapitre


Lucy Fisher
Le quatrième chapitre

Roman






Éditions Le Manuscrit


En couverture : Le quatrième chapitre
© Droits réservés

© Éditions Le Manuscrit, 2007
www.manuscrit.com

ISBN : 2-7481-8502-1 (livre imprimé)
ISBN 13 : 9782748185027 (livre imprimé)
ISBN : 2-7481-8503-X (livre numérique) 782748185034 (livre numérique)






Dans la campagne écossaise de cette fin de siè-
cle, Fiona DAWSON, cette jeune femme, âgée
à peine d'une trentaine d'années, allait enfin vi-
vre ce qu'elle attendait depuis si longtemps. Elle
se dirigeait vers son destin, ne sachant pas en-
core si ce qu'elle avait envisagé depuis quelques
mois se réaliserait, troublée par un rêve qu'elle
avait vécu la nuit précédente.






Le quatrième chapitre







Profitant de la douceur de ce matin d'automne,
Fiona marche avec entrain. Sous ses pas, le ta-
pis de feuilles rousses et blondes que le vent lé-
ger pousse et fait tourbillonner dans un ballet
incessant craquelle. Que lui a-t-on dit pour
qu'elle soit grisée par ce chant de la nature,
quelle est cette sensation vertigineuse qui l'em-
prisonne ? Elle va au rythme du refrain mélo-
dieux des oiseaux qui virevoltent au-dessus de
sa tête. Une petite brise joue dans ses longs
cheveux bruns, et fait danser les volants de sa
vaporeuse robe rouge. En dépit de la nuit
qu'elle vient de vivre, peuplée par un rêve eni-
vrant, dans les bras d’un homme sans visage,
elle se sent en paix avec son âme. Les senteurs
captivantes de ces couleurs d'automne firent
place à la réalité. Elle franchit la lourde et haute
porte de la grille du parc, agrémentée de chaque
côté d’une colonne de pierres beige. Sur cha-
cune d’elles est assise la sculpture d’un loup, la
gueule grande ouverte laissant ainsi apparaître
de grandes dents proéminentes. Elle prit le
temps d'admirer l’immense demeure coiffée
9 Le quatrième chapitre
d’un toit recouvert d'ardoises grises. De part et
d'autre, du bâtiment central s’élevait une tour
qui semblait vouloir toucher le ciel. La bâtisse
était construite de pierres taillées dans la masse,
et parée de hautes fenêtres décorées par de
splendides vitraux. Pour clore le tout, une ma-
jestueuse porte d'entrée en bois sculptée de ro-
ses. Les fleurs lui firent penser à celles de son
rêve. La porte s'entrouvrit à son approche, on
avait dû épier son arrivée. Là, se tenait devant
elle un homme, les cheveux enrubannés,
comme sortant d'un songe de nuits hindoues.
Elle frissonna. Était-ce lui ? pensa-t-elle !
– Entrez, mademoiselle DAWSON, je vous en
prie, Sire DARKSIDE va vous recevoir.
La salle principale est immense. Les murs or-
nés de tableaux géants représentant des person-
nages du siècle passé, d'épées devant avoir ap-
partenu à quelques héros de batailles lointaines,
et de quelques flambeaux disposés çà et là. Les
lourds tapis persans qui jonchent le sol feutrent
les pas de Fiona. Le soleil encore timide à cette
heure matinale s'infiltre à travers les multitudes
de couleurs des vitraux et en éclabousse la
pièce. Quel spectacle magnifique !
Le monumental salon est habité par
d’imposants meubles en bois massifs, de quel-
ques tapisseries anciennes, et par une immense
bibliothèque où dorment de très vieux livres à
en juger par leur aspect. Afin de sublimer le
10 Le quatrième chapitre
tout, une cheminée, dans laquelle finissaient de
se consumer quelques braises. Une immense
cheminée, surmontée d'une plaque de marbre
gris et de deux candélabres, en fer forgé. Entre
eux, une statuette représentant un personnage
monstrueux et grimaçant. Une atmosphère
mystique régnait dans cette demeure. Fiona se
sentit presque défaillir de peur ou de plaisir !
Pourquoi avait-elle répondu à l'annonce qui
demandait une personne sérieuse, sachant taper
à la machine à écrire, pour la rédaction d'un
roman ? Cette machine avait été inventée de-
puis quelques années seulement. Fiona était tel-
lement passionnée par cet écrivain qu'elle avait
pris des leçons de dactylographie, uniquement
pour pouvoir l'approcher. Elle pensa :
– « Quand vais-je lui être présentée ? »
Ce maître de l'écriture fantastique, celui
qu'elle connaissait uniquement pour l'avoir lu,
son impatience de le rencontrer ne se voyait
pas. Une voix sortit de derrière le fauteuil qui
tournait le dos à la cheminée.
– Approchez mademoiselle, je me présente :
Sire DARKSIDE. Mon prénom importe peu,
vous pourrez m'appeler Darkside ou Sire, ce se-
ra à votre convenance.

– Il se leva et lui prit la main qu'il effleura de
ses lèvres. Ses yeux noirs croisèrent les siens et
un frisson s'empara d'elle. Il était grand, le re-
11 Le quatrième chapitre
gard déterminé et puissant. Son parfum envoû-
tant la fit vaciller. Ses vêtements noirs lui don-
naient un étrange charisme !
– J'écris un roman, mademoiselle DAWSON,
et j'ai besoin de vous pour le taper.
– Bien sûr Sire DARKSIDE, je suis venue
pour cela, nous travaillerons quand vous le dési-
rerez, je suis prête. Votre maison est admirable,
j’aime particulièrement votre jardin de roses que
je n'ai pourtant qu'aperçu.
Oui, il correspondait bien avec ce qu'il écri-
vait, elle avait lu ses livres avec une telle passion
qu'il lui semblait le connaître depuis toujours.
– Mademoiselle, nous allons commencer
maintenant !
– Je suis d’accord ! Dit-elle avec politesse et
pratiquement avec indifférence afin de cacher
son trouble !
– Venez, suivez-moi Fiona ! Permettez-moi
d’utiliser votre prénom ! Mon bureau se trouve
dans la pièce juste à côté.
C’était une vaste salle, dont les murs étaient
recouverts de chaux blanche sans aucun décor.
Elle se composait seulement d’un bureau cen-
tral en ébène, dont les pieds représentent des
sortes de petits personnages monstrueux, tout
droit sortis de l'enfer ! D’un seul fauteuil et
d’une machine à écrire. Elle s'assied et attendit
la dictée. Ses mains étaient glacées, son corps
frémissait, habité par une sensation insurmon-
12 Le quatrième chapitre
table. Le majordome, qui lui avait ouvert la
porte, apporta un plateau en argent, gravé aux
initiales du maître J.D. sur lequel fumait une
tasse de thé. La chaleur de ce breuvage suffit à
adoucir son émotion. Darkside dicta :
– Le quatrième chapitre…
– Mais, Sire, je croyais que nous allions réali-
ser le roman entièrement ?
– Je… je… enfin, vous n'êtes pas la première
secrétaire Fiona ! Les autres filles avec qui j’ai
commencé à travailler ne sont venues que le
premier jour. Je ne les ai jamais revues. Je suis à
la fin de mon roman et je compte sur vous pour
le terminer. Par contre, ‘le quatrième chapitre’
en est le titre.
– Bien Sire, moi je finirai ce manuscrit, rien
ne me dérange, je suis là pour travailler !
Elle avait dit cela d'un ton monocorde pour
ne pas laisser transparaître son impatience. La
dictée commença.
– La bête hurlante, repue du sang de ses vic-
times, descendait à présent l’escalier qui menait
à ses appartements du sous-sol. Elle se dirigeait
vers l’immense salle de bain en marbre vert de
Prato. Ayant repris son apparence humaine,
l’homme se déshabilla puis il se glissa sous la
douche tiède. L’eau se mélangeait au liquide
visqueux et rougeâtre, qui dégoulinait le long de
sa bouche jusqu’au cou. De la nourriture fraîche
13 Le quatrième chapitre
était prévue pour le lendemain. Ce qui l’aiderait
à… à… su…
Darkside ne trouvait plus ses mots. Que se
passait-il chez cet homme, d’ordinaire si sûr de
ses sentiments ?
– Excusez-moi, mademoiselle, je… reviens,
non, en fait, puisque vous n'avez pas vu le jar-
din, faites-y un petit tour, apparemment vous
semblez apprécier les roses, je viendrai vous
chercher.
Surprise, elle se mit à penser aux autres secré-
taires. À ce qui avait bien pu arriver à ces filles ?
Pourquoi sont-elles parties ? Une pensée mor-
bide l'effleura, il avait dit que les filles étaient
parties ! Le soupçon de disparues ou peut-être
mêmes mortes envahit son cerveau. Elle allait
pouvoir entamer son enquête, après tout, il était
peut-être autre chose qu'un romancier ?
Nercess était revenu.
– Mademoiselle DAWSON ! Il fait si beau ce
matin et Sire DARKSIDE à raison si vous ai-
mez les roses, le jardin va certainement vous
plaire. Venez, suivez-moi, je vous y mène !
– S'il vous plaît, dites-moi quel est votre
nom, je suis curieuse n'est-ce pas ? Excusez-
moi.
– Nercess, pour vous servir ! Et je tiens à
préciser qu’il est d'usage de demander, pour
nommer les personnes, leur nom ! Sinon à quoi
servirait-il ? Alors, ne vous excusez plus !
14 Le quatrième chapitre
L'allée centrale du jardin était parsemée de
petits cailloux blancs, bordée de rosiers encore
en fleurs rouge écarlate, pourpres, grenat, con-
trastant avec les pierres blanches des façades de
la demeure. Des roses parfumées, aux pétales
possédant l'aspect du velours, y fleurissaient.
Fiona laissa enfin vagabonder son imagination,
caressant çà et là les fleurs épanouies, cueillant
en passant un bouton à peine éclos, pour l'atta-
cher dans ses cheveux. Elle se sentait si bien
qu'elle aurait presque pu voler ! Au bout de l'al-
lée reposait une tonnelle avec au milieu une
fontaine construite de pierres blanches et lisses.
Elle se mit assise sur un banc recouvert de
coussins rouges, savourant le calme. Son regard
s'arrêta sur d'étranges statues de marbre gris,
qui paraissaient épier ses mouvements. Elle
pensait que ce phénomène devait être un effet
de son imagination, devant cette bâtisse si im-
posante, si mystérieuse, semblant sortir de la
nuit des temps ! Ou peut-être d'un conte fantas-
tique comme tout ici d’ailleurs. Une voix la fit
sursauter.
– Fiona, pouvons-nous reprendre ?
– Oui, bien entendu je vous suis, Sire.
Il continua la dictée.
– Nous en étions à… ce qui l’aiderait à sup-
porter la solitude de cette fin de soirée. Ses ca-
nines pointues se rétractèrent, il se mit à songer
à sa future proie, et principalement au moment
15 Le quatrième chapitre
où il entrerait dans la chambre de la jeune fille.
Il l’imaginait en chemise de nuit de soie rouge,
transparente, ses longs cheveux bouclés lui des-
cendant en cascade jusqu’aux reins. Dès qu’elle
le verrait, elle serait conquise par son charme.
Ne se débattant pas, elle lui offrirait sa nuque
avec volupté. Il y plongerait ses canines, pour
aspirer la source de vie éternelle, décidant ainsi
de lui offrir une atroce vie d’agonie. Il pourrait
aussi l’achever ou encore la prendre comme
femme, engendrant une union de vices sangui-
naires. Vidant ensemble leurs proies de leur li-
queur de vie, ils apaiseraient leur soif de savoir,
de puissance, allongeant ainsi l’infini chemin de
leur destinée.
Au fil de l'histoire qui avançait peu à peu, la
nuit tombait. Un vent violent souffla. Des
éclairs transpercèrent le ciel. La pluie drue qui
se mit à tomber en touchant le sol fit remonter
les odeurs de la terre. Mais surtout celles des ro-
ses.
– Je vais vous faire servir un repas dans votre
chambre, excusez-moi, mais je ne peux me
joindre à vous. Faites comme chez vous, instal-
lez-vous. Il ne serait pas prudent de rentrer ce
soir. Bonne nuit mademoiselle Fiona.
Il lui baisa la main. À nouveau, elle sentit la
douceur de son souffle tiède.
16 Le quatrième chapitre
– J'accepte votre invitation, de toute façon
personne ne m'attend. Bonne nuit, à demain
matin.
Elle prit le chemin de sa chambre, s'allongea
sur le lit en fer forgé, surmonté d'un baldaquin
lui-même recouvert de rideaux de soie rouge et
rose fuchsia identiques à ceux qui ornaient les
fenêtres. Des tapis de laine posés sur le sol, aux
couleurs assorties, donnaient à la chambre une
expression de chaleur. Elle méditait à nouveau
sur le sort qu’avaient bien pu subir les autres fil-
les. N’y tenant plus, elle se leva et décida
d’effectuer une petite visite à l'intérieur de la
maison. Après une dizaine de minutes, elle allait
pousser une lourde porte de bois ciré, lors-
qu'elle entendit des pas. Elle se cacha derrière
une colonne de marbre. Sire DARKSIDE ! Que
faisait-il là dissimulé sous une cape de satin
rouge et noir ? Il ouvrit la porte et entra. Fiona
y colla son oreille et perçut quelques petits gé-
missements angoissants. Elle prit peur, son sang
se glaça, sa raison lui dictait de partir, mais sa
curiosité était plus forte. Les minutes qui passè-
rent semblèrent interminables. Il sortit enfin,
toujours enveloppé dans sa cape. Captivante
sensation d’effroi ! Après son départ, elle entra
à son tour dans la pièce à peine meublée, où
trônaient quelques coffres anciens en bois verni
et une haute commode. Elle avait en son centre
trois cercueils posés sur des tables basses. Dans
17 Le quatrième chapitre
chacun d'eux, une jeune femme inerte y parais-
sait endormie sur un lit de satin blanc. Vêtue
d’une robe rouge, transparente, le teint livide, et
sur leur gorge, deux morsures d’où s'échappait
encore un mince filet de sang. Maintenant, sa
détermination à éclaircir cette histoire était à
son apogée. Elle détenait la certitude que son
intuition était fondée. Son attention se portait
sur une petite commode, qui disposait pour seul
ornement, une dague posée sur un support de
bois teinté. Une magnifique dague à la lame ef-
filée, surmontée d’un manche recouvert de cuir
noir. Aux extrémités de début de la lame, deux
bouts recourbés en forme de dents pointues.
Fiona finit par sortir de la pièce, le ventre et la
gorge serrée et se réfugia dans sa chambre. Elle
ferma la porte à clé, et put enfin reprendre son
souffle. Cette nuit-là, elle ne s'endormit pas, la
fatigue la gagna quand même vers l'aube même
si sa pensée, trop animée par ses doutes, rete-
nait toute son attention. Après s’être assoupie
deux heures, le soleil caressant son lit et son vi-
sage, elle se réveilla pensant avoir rêvé. Tour-
nant à peine la tête, elle vit, là, posé sur son
oreiller, un pendentif en or. Un bijou très an-
cien qui devait avoir une grande valeur. Sa sur-
prise fut double quand elle s'aperçut que le mé-
daillon représentait la dague de Darkside. Elle
esquiva un sourire malgré le cadeau mystérieux.
Quelle prévenance à son égard, surtout de la
18 Le quatrième chapitre
part d'un homme capable de monstruosités !
Elle s'assit et, encore plus étonnée, elle distin-
gua sur le pied de son lit, un carton noué d'un
flot rouge. Son cœur se mit à battre, elle décou-
vrit en ouvrant la boite une merveilleuse robe
rouge. Des bruits de pas retentirent, on frappa à
sa porte.
– Bonjour mademoiselle, bien dormi ? Le so-
leil est généreux ce matin, allez debout ! Sire
DARKSIDE vous attend dans une heure.
– Oui, merci Nercess, je serai là à l'heure.
Il est vrai que le ciel était bien dégagé, elle ou-
vrit la fenêtre et déjà le parfum des roses re-
montait jusqu'à elle. Elle se hâta de faire sa toi-
lette, prit son petit-déjeuner rapidement et
rejoignit Darkside.
– Quelle matinée magnifique !
– Bonjour Fiona ! Comment allez-vous ?
– Bien, je vous remercie et aussi pour le...
les… enfin... les cadeaux !
– C'est pour me faire pardonner pour mon
comportement d’hier. Si vous le voulez, met-
tons-nous au travail !
Elle évitait de penser en sa présence. Elle restait
calme, respirait doucement, ne laissant rien
échapper de son désarroi. Néanmoins :
– « Je dois rester détendue ! »
– Non ! Je n'ai pas dit « détendue », essayez
d'être plus attentive. Merci, continuons.
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