Le rescapé du Bouéta

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Le rescapé du Bouéta raconte le combat d'un jeune pour le changement social, politique et économique dans son pays natal, Ndzalangos. Ayant échappé à l'épreuve mortelle du "Bouéta", que subissent les nouveau-nés, Kenkoma a grandi en France où il a fait de brillantes études. Le retour à Ndzalangos le projette brutalement dans un univers qui est tout le contraire de ce qu'il a vécu en Europe : sorcellerie, prostitution, vol, corruption, etc. Kenkoma décide de se battre pour le changement.
Publié le : vendredi 2 janvier 2015
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EAN13 : 9782336365428
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LE RESCAPÉ DU BOUÉTA
Rodrigue Magloire EYEMA
Le Rescapé du Bouéta raconte le combat d’un jeune pour
le changement social, politique et économique dans son
pays natal, Ndzalangos. Ayant échappé à l’épreuve mortelle
du « Bouéta », « Tourbillon d’eau », que subissent les
nouveau-nés, Kenkoma a grandi en France où il a fait de
LE RESCAPÉ DU BOUÉTAbrillantes études. Le retour à Ndzalangos, à la fi n de ses
études, le projette brutalement dans un univers qui est tout
le contraire de ce qu’il a vécu en Europe : sorcellerie ou
magie, prostitution, vol, corruption, oisiveté de la jeunesse,
Romanetc. Kenkoma décide de se battre pour le changement.
Mais qui est ce jeune homme, qui est réellement son père à
Ndzalangos ? Kenkoma devra donc reconstituer son passé
tout en se battant pour l’avenir de son pays natal.
Rodrigue Magloire EYEMA est natif de
la ville de Ouesso, République du Congo.
Médecin, il évolue depuis plus de dix ans dans
les programmes d’assistance humanitaire de
santé publique. Il a travaillé successivement au
Congo, en Guinée Conakry, au Cameroun, à
Djibouti, au Niger, au Mali et en Centrafrique. En septembre
2007, il a été nommé Ambassadeur Universel de la Paix par
le Cercle Universel des Ambassadeurs de la Paix dont le
siège est à Genève (Suisse). Il est l’auteur de trois ouvrages :
L’Aventure d’Arangwanda (2007), Le Recueil des histoires
drôles (2007) et L’Étrange destin de Ndjora (2011).
14 €
ISBN : 978-2-343-05080-5
LE RESCAPÉ DU BOUÉTA Rodrigue Magloire EYEMA










LE RESCAPÉ DU BOUÉTA



















































© L'HARMATTAN, 2014
5-7, rue de l'École-Polytechnique, 75005 Paris

http://www.harmattan.fr
diffusion.harmattan@wanadoo.fr
harmattan1@wanadoo.fr

ISBN : 978-2-343-05080-5
EAN : 9782343050805

Rodrigue Magloire EYEMA








LE RESCAPÉ DU BOUÉTA



ROMAN










DU MÊME AUTEUR


L’Aventure d’Arangwanda, Editions Publibook, Paris, 2007

Le Recueil d’histoires drôles, Editions Publibook, Paris,
2007

L’Etrange destin de Ndjora, Editions Afrique Lecture,
Niamey, 2011











Hommage à toutes les personnes innocentes, hommes,
femmes, enfants, jeunes et moins jeunes, qui ont trouvé la mort
lors des manifestations sociales non-violentes organisées par
des citoyens pour revendiquer leurs droits légitimes.

Que la liberté, la justice, la paix et le développement ne
soient pas toujours de vains mots prononcés devant les citoyens
qui, avec un regard impuissant, assistent à la dégradation
continue de leurs conditions de vie.


Rodrigue Magloire EYEMA


I

Un couple ordinaire à Ndzalangos :
Lessimika et Ngandzali


Ndzalangos, un village situé en pleine forêt équatoriale. Les
populations y vivent presque en autarcie. Une localité dont les
réalités sont très différentes de celles de la capitale. Une
contrée où la coutume et la tradition font office de loi.
L’adultère et le vol sont fortement réprimés. La survie de la
famille est sous la responsabilité des femmes. Elles sont
chargées de nourrir le mari et les enfants. Elles sont tenues
d’être fidèles à leur époux. Chaque enfant qui naît d’une femme
1au foyer doit obligatoirement passer par l’épreuve de Bouéta
comme test paternité.

Le village est calme les soirs à partir de dix-huit heures. Le
silence dans le village est souvent perturbé par les chants
d’oiseaux sauvages et le croassement des crapauds. À ce
moment-là, chacun reste dans son camp : les hommes au
2Mbongui avec les jeunes garçons, les femmes à la cuisine
assistées de leurs filles. Certains chefs de familles profitent de
ces rencontres pour conter les légendes à leurs progénitures.

La maison du chef du village était située à l’une des extrémités
du village. À côté vivait un couple : Lessimika, un homme
d’une quarantaine d’années et son épouse Ngandzali. Celle-ci
était enceinte de huit mois. Malgré son état, son mari l’obligeait
toujours à aller au champ, à exécuter des tâches nécessitant des
efforts physiques incompatibles avec son état.

Un soir, assis au salon, Lessimika interpella sa femme :
- Ngandzali ! Ngandzali !
- Oui, j’arrive, répondit-elle.
Sur un ton ferme, il poursuivit :

1 Bouéta : tourbillon en lingala
2 Mbongui : hangar communautaire utilisé comme « Arbre à palabre »
9- Viens ici !
Elle vint rapidement et s’accroupit devant son mari, la tête
baissée. Celui-ci, le visage fermé, lui dit :
- Qu’est-ce que tu attends pour m’apporter à manger ? Tu ne
sais pas que j’ai faim ?
- Je le sais, mais ce n’est pas encore prêt. Dans trente minutes,
ça sera bon.
- Qu’est-ce que tu fabriques dans ta cuisine là-bas, depuis tout
ce temps ?
- Tu sais que je suis déjà fatiguée, hein ! Donc, je n’ai plus la
promptitude d’il y a huit mois, répondit la femme.
- Arrête de me dire des bêtises. Tu penses que tu es la seule à
porter une grossesse ici ? Et alors, comment font les autres ? Je
ne veux pas entendre de longs discours, apporte-moi à manger
un point c’est tout.

Elle se leva, repartit à la cuisine, puis apporta le plat après
quelques instants. Quand Lessimika finit de manger, il
interpella à nouveau sa femme :
- Ngandzali ! Ngandzali !
3- Je suis là Papa .
- Tu es là, tu es là, où es-tu ?
- Mais Papa, je suis là. J’étais sur le point d’arriver, hein !
Regarde, nous sommes à côté du domicile du chef du village.
Chaque fois tu ne fais que crier sur moi. Tu ne peux pas parler
moins fort ?
Il haussa encore le ton.
- Quoi ? A qui tu parles comme ça ? À moi ? Moi, Lessimika ?
As-tu oublié ce que je t’inflige comme traitement dans ce genre
de situation ? Ne pense pas que c’est parce que tu es enceinte
que je ne peux plus te battre. Tu me parles du chef du village,
c’est lui qui me nourrit ou me loge ? Si tu as des combines avec
lui, tant pis pour toi.
- Eh ! Toi aussi, quelle combine ?
- Ah ! Tais-toi…Encore un mot et je te tords le cou ! Allez
va-ten. Chef du village, chef du… C’est lui qu’on mange ici ?

3 Papa : terme employé par la femme pour désigner affectueusement le mari.

10Ngandzali, regagna sa cuisine toute malheureuse. Elle prit place
4sur son Zebilamba , une sorte de chaise en liane utilisée par les
femmes, juste à côté de la porte de la cuisine. Elle se mit à
réfléchir, à se lamenter, se demandant ce qu’elle avait fait à
Dieu pour mériter un tel mari.

Les jours passèrent, puis arriva une nuit où Ngandzali sentit des
douleurs au ventre. Elle tomba par terre. L’intensité des
douleurs lui empêcha de bien prononcer le nom de son mari :
- Le… ssimi… ka ! Le… ssi… mi… ka !
De loin au salon, il perçut la voix de sa femme. Sans se
déplacer, il répondit :
- Qu’est-ce qu’il y a ? Qu’est-ce que tu as à prononcer mon nom
comme ça ?
- Pardon Papa, vient, supplia Ngandzali.
- Je viens faire quoi ? Si tu as besoin de moi, tu n’as qu’à venir
ici.
- Pardon je ne peux pas me déplacer, viens, je suis en train de
souffrir.
Lessimika, se leva malgré lui et rejoignit sa femme. Il la vit en
train de se tordre de douleur, ses habits couverts de poussière
puis l’interrogea :
- Pourquoi m’appelles-tu, Ngandzali ?
- Mais j’ai mal ! Je souhaite que tu ailles appeler maman
Kamokini, la matrone.
- Tu savais que tu es à terme, il fallait l’avertir auparavant. Tu
sais bien que je n’aime pas être dérangé après le repas. Tout ça
c’est pour me faire marcher.

Après ces échanges, Lessimika prit le chemin de chez
Kamokini, l’accoucheuse traditionnelle du village. Il marcha
rapidement. Au bout d’une vingtaine de minutes, il revint
accompagné de Kamokini et deux autres femmes. Elles étaient
munies de leur matériel d’accoucheuse. Kamokini demanda à
ses accompagnatrices de l’aider à placer Ngandzali dans la

4 Zebilamba : siège en liane que les femmes utilisent pour faire les travaux
ménagers.

11chambre. Les deux aides prirent Ngandzali par les pieds et
Kamokini la prit par la tête. Quand elles la soulevèrent, elles
constatèrent que la nouvelle parturiente commençait déjà à
perdre des eaux. Son pagne était mouillé. Lessimika sortit du
salon pour rester dans la cour. De là, il entendait sa femme
pleurer. Les cris de sa femme s’alternaient avec les instructions
de la matrone et de ses aides : ah ! ngaî na kufi (je suis morte)…
pousse… pousse… respire… na kufi eh ! na kufi (je suis
morte)… pousse encore… oui ça vient… oui… oui,
félicitations ! Puis il perçut les cris du nouveau-né. Ceci le
soulagea et il émit un gros soupir. Une des aides de Kamokini
sortit en courant pour annoncer la bonne nouvelle à Lessimika :
- Bravo ! Lessimika tu as un héritier.
Il remua la tête, fixa la dame et dit :
- Ce n’est que la première étape, je serai content et satisfait
après l’épreuve de Bouéta.
- Ah ! Toi aussi. Ce test n’est qu’une formalité. Tu devrais déjà
te réjouir, n’est-ce pas ?
Il rétorqua avec fermeté :
- Avec les femmes tout est possible. Je te précise que j’attends
le Bouéta. C’est après cette épreuve que je vais me réjouir. Ok?

L’aide matrone retourna toute déçue dans la chambre. Ensuite,
Kamokini et ses deux accompagnatrices sortirent toutes les trois
pour venir donner les conseils au nouveau papa :
- Lessimika, félicitations pour le bébé ! Ngandzali t’a donné un
joli bébé, il faudra penser à elle, lui offrir un petit cadeau, tu as
compris ?
- Quel cadeau ? Parce que c’est extraordinaire d’avoir un
enfant ? Ngandzali aussi doit me préparer un petit cadeau,
n’estce pas ?
La réponse de Léssimika énerva Kamokini. Le front plissé, elle
répondit :
- Je vois que tu n’as pas honte, Lessimika. Tu as toujours été
méchant. Voilà pourquoi même quand tu parles à ta femme
nous t’entendons de loin, c’est comme si tu t’adressais à un
homme. Pourquoi va-t-elle t’offrir un cadeau ? Est-ce que tu as
porté la grossesse pendant neuf mois, ou as-tu supporté les
douleurs de l’enfantement ?
12- Sans moi elle ne serait pas enceinte, en conviens-tu ? Donc je
mérite aussi un cadeau de sa part. Je lui ai quand même donné
un enfant.
- Lessimika, tu n’es qu’un démon. Tu n’as pas pitié de ta
femme qui a souffert de la grossesse à l’accouchement ? Eh !
Les amies, allons-y…Avec celui-là nous n’avancerons jamais.
Aussitôt, les femmes rentrèrent chez elles.
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