Le rescapé du Ténéré

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Ce roman vrai, quant à sa documentation, a pour cadre le Sahara nigérien entre Aïr et Ténéré. C'est tout à la fois un roman d'aventures, qui retrace la vie d'une expédition, mais perturbée par la découverte d'un naufragé du désert, et le récit de la vie d'un Targui qui, parvenu à la fin de son existence, fait un retour sur son passé riche en événements et en souvenirs.
Publié le : mardi 1 janvier 2013
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EAN13 : 9782296514621
Nombre de pages : 200
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Jean-Pierre Duhard
Le rescapé du Ténéré Roman saharien
Le rescapé du Ténéré Roman saharien
Jean-Pierre DUHARD
LE RESCAPÉ DUTÉNÉRÉRoman saharien
L’Harmattan
ouvrages du même auteur : -L'assassin de la Salle 7(préface Ch. Exbrayat), P.U. Paris, 1972, épuisé. -Réalisme de l'image féminine paléolithique(Préface H. Delporte), CNRS, Paris, 1993, épuisé. -Réalisme de l'image masculine paléolithique(Préface Y. Coppens), Jérôme Millon, Grenoble, 1996. -Secrets de cuisine de mamie Germaine(Préface Y. Coppens), Atlantica éditeur, 2006, épuisé. -La soumission des Touareg de l'Ahaggar, L'Harmattan (collection Racines du présent), à paraître. -Fernand Ravin, une vocation saharienne, L'Harmattan (collection Racines du présent), à paraître. en collaboration : -directeur de publication desHommages Jean Gaussen, Ariège Préhistoire, Foix, 2004. - avec Fr. Soleilhavoup :Érotisme et sexualité dans l'art rupestre saharien, L'Harmattan, à paraître. - avec B. et G. Delluc :L'origine du Monde : l'image génitale féminine au Paléolithique supérieur en France(Préface Y. Coppens), ERAUL, Liège, à paraître. © L’Harmattan, 2012 5-7, rue de l’École-Polytechnique ; 75005 Paris http://www.librairieharmattan.com diffusion.harmattan@wanadoo.fr harmattan1@wanadoo.fr ISBN : 978-2-336-29018-8 EAN : 9782336290188
Chapitre 1
L’enfant du kori d’Agam-Gam
Le soleil n’était pas encore levé mais l’aube était proche : 1 dans le kori qui les abritait, un premier oiseau lançait déjà son 2 cri, annonçant l’imminence du jour.Ismarile, le petit Targui , se retourna sous sa couverture trouée et, remontant ses jambes maigres en se recroquevillant, il essaya de se rendormir. C’était le froid qui avait réveillé l’enfant, comme tous les matins, en fin de nuit, dans ces heures d’avant l’aube où la température chute de plusieurs degrés. De longs frissons le secouèrent. Sa courte chemise et cette loque jetée sur lui, usée par tous les corps qu’elle n’avait jamais vraiment réchauffés, ne suffisaient pas à le protéger.La saison sèche avait débuté depuis un mois, mais les nuits demeuraient fraîches dans ces vallées bordant le versant Est de 3 l’Aïr, principal massif montagneux du Niger .Quelques nuits plus tôt, il avait gelé et une pellicule de glace recouvrait le matin l’eau des calebasses laissées dehors. C’était le temps où toutes les nuits on entendait tousser dans les campements, malgré les feux entretenus à l’entrée des tentes,
1  Kori : cours d’eau temporaire ; par extension : vallée sèche. Synonymes : oued, enneri, wadi.2 Targui (tamachek, masc. sing.) : féminin Targuia, plur. Touareg et Targuiat.3 Les différences de températures diurnes et nocturnes peuvent atteindre 40°.
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malgré les hardes dont on se couvrait. C’était la saison à laquelle enfants et vieillards payaient le plus lourd tribut. Mais cette sélection cruelle de la Nature, continuée de génération en génération, avait bâti une race d’hommes capable de survivre dans une des contrées de la Terre les plus dures aux Hommes : 4 5 le désert du Ténéré du Tafessasset , au cœur de l’immense 6 Sahara .L’enfant, ne pouvant trouver le sommeil, coula un œil par un trou de sa couverture, toujours agité de frissons impossibles à réprimer. Son père était encore allongé, serré dans les plis de sa 7 gandoura , le chèche abaissé sur les yeux. Radija, la servante noire qui lui servait de mère depuis la mort de celle-ci, quelques années auparavant, venait de sortir. Elle se levait toujours la première, pour ranimer le feu et mettre à chauffer l’eau pour la bouillie de mil. Il l’entendit écraser les grains sur la meule et le bruit régulier du broyeur sur la pierre de grès lui rappela qu’il avait faim. Il avait toujours faim d’ailleurs, et ne se souvenait pas d’avoir été rassasié un jour.Il se décida à se lever à son tour, à la fois chassé par le froid et poussé par le besoin de manger. Sans cesser son travail, Radija lui fit un petit signe de la tête auquel il répondit par un sourire, achevé en bâillement ensommeillé. C’était une forte Soudanaise d’une quarantaine d’années, vieillie par plusieurs maternités et un incessant labeur, que son père avait fait venir sous sa tente quand il s’était retrouvé seul.
4 Ténéré : désert absolu. Encore humide vers 4.000 ans B.P., où il constituait une très vaste plaine avec rivières et lacs, comme le montre le site néolithique de Gobéro.5  Nom d’un des anciens grands fleuves du Ténéré, collectant les eaux de l'Ahaggar et de l’Aïr, et se déversant dans un immense lac, dont le lac Tchad est le dernier témoin.6 Littéralement : « de couleur fauve ». Le Sahara couvre le quart du continent africain et abrite vingt millions de personnes (sédentaires ou nomades). C’est un harmonieux mélange de montagnes, de cailloux et de sable, ce dernier n’occupant que le quart de sa surface.7 Longue tunique ample portée par les Arabes et les nomades.
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Tente en panneaux de fibres tressées dans l'Aïr (1975)
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Agenouillée sur une peau de chèvre, la meule de pierre devant elle, ce matin comme les autres jours de sa vie, ainsi que l’avaient fait avant elle sa mère et la mère de sa mère, elle faisait aller le broyeur aux angles arrondis et polis par l’usage. Le même broyeur et la même meule que rencontraient parfois les nomades, émergeant du sable, et qu’auraient taillés les gens d’avant. À la différence d’autres tentes, elle n’avait pas de jeune esclave pour la seconder ; ils étaient trop pauvres. Elle soupira un peu en pensant à leur dénuement et au travail ingrat qu’elle était obligée d’accomplir puis, haussant les épaules, chassa ces pensées pour se consacrer à sa tâche.Accroupi devant le feu, les bras frileusement serrés contre lui, Ismarile regardait son jeu, fasciné par sa lumière dansante. Sidi, son frère aîné lui avait raconté que les flammes parlaient, 8 non pas la tamachek , qui est la langue des Touareg, mais un langage à elles, silencieux et secret.À ceux qui savaient les écouter et les entendre, elles murmuraient des histoires sur les Hommes d’avant eux, ceux-là qui reposaient sous les énormes tumuli de pierres élevés à flancs de certains koris. Des Hommes qui avaient vécu là-même où ils vivaient, poussant de grands troupeaux de bœufs aux cornes en lyre, gardés par des chiens à la queue retroussée, chassant le mouflon, la gazelle et l’antilope, et traquant sans doute aussi ces grands animaux dont il n’avait idée que pour les avoir vus gravés sur les parois rocheuses : girafes, éléphants, rhinocéros, crocodiles et autruches. Seules ces dernières lui étaient familières, pour fréquenter encore en bandes véloces certaines des vallées retirées de l’Aïr. Une fois son père avait capturé un petit, gros comme une outarde, aux plumes hérissées comme un porc-épic, et qui roulait de gros yeux effarés sur une petite tête ridicule, portée par un cou démesuré. Il le lui avait laissé quelques jours, pour s’en amuser, attaché par une patte, avant de l’égorger, de le dépouiller et de le mettre à bouillir dans la marmite. 8 Tamachek (fém.) : langue, d’origine berbère, parlée par les Touareg.
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