Le retour inachevé

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Publié le : lundi 1 janvier 1996
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EAN13 : 9782296306714
Nombre de pages : 104
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Collection Ecritures Arabes Dirigée par Gérard da Silva

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LE RETOUR INACHEVÉ

@ L'Harmattan, 1996 ISBN: 2-7384-3497-5

Mohd KARDU

LE RETOUR

INACHEVÉ

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HISTOIRE DES ENFANTS DE L'OGRESSE

Trois grandes tribus dominent la région de Hizer, en Kabylie, réunies dans la confédération des Ath-Meddour : Ath- Daoud, Ath-Antar et Ath-Moussa. Viennent ensuite les Merkella, arrivés beaucoup plus tard, et enfin les différentes familles maraboutiques. Chaque tribu a ses marabouts. A l'origine, Hizer était habité par une poignée de familles dont la plus importante est la famille AthMassa, de la tribu des Ath-Moussa. Elle avait son campement dans la montagne, au lieu-dit Aghvalou. De là, elle s'est scindée en plusieurs rameaux pour aller occuper les plaines que les hommes avaient au préalable défrichées. Peu à peu, tout le monde est descendu pour se tailler quelques hectares de cette terre encore sauvage et forestière. Autant dire que la forêt a beaucoup reculé depuis deux ou trois siècles. Les familles vivaient de la cueillette des fruits et de la culture des légumes.. elles disputaient l'espace aux singes, nombreux encore aujourd'hui, et aux bêtes sauvages telles que les lions, les panthères, les chacals, les hyènes et les sangliers. Elles faisaient du troc pour se procurer les céréales nécessaires à la fabrication du pain (la galette) et du couscous. Une fois la plaine conquise sur la Nature et sur les animaux sauvages, elles pratiquèrent la culture du blé, mais surtout 7

de l'orge pour la consommation domestique, de même
qu'elles mirent en valeur les limons des rivières aux eaux abondantes. Dès l'origine, les Ath-Massa s'étaient arrogé le titre de chef.. Massa fut certainement le premier responsable de toutes les tribus avoisinantes. Il faut préciser que la chefferie revenait toujours au plus sage et au plus brave des hommes. On dit qu'il avait apprivoisé un lion pour l'aider dans ses brigandages nocturnes: ils sévissaient dans les régions avoisinantes, dérobant bœufs et moutons. Un jour, le lion eut la mauvaise idée de vouloir le dévorer. Massa fit le mort, une dague acérée bien tenue en main. L'animal s'approcha de lui pour s'assurer qu'il était bien sans vie. Lorsqu'il fut très près, Massa plongea son couteau dans le ventre de son illustre compagnon. Massa est probablement né d'une légende comme il en existe des milliers en Kabylie. On le dit fils de Mchawach, lui-même fils de Hizer, l'ancêtre éponyme, et de Lalla Tsériel, l'Ogresse. Hizer aurait épousé l'Ogresse qui lui donna sept enfants dont Djouad, Mchawsch et Anbar. Ces noms ont changé pour devenir Daoud, Moussa et Antar, les quatre autres ayant été mangés par l'Ogresse ellemême. Hizer sauva de la mort les trois derniers enfants et les éleva dans la grotte de Mimouna, repaire d'un dragon. La légende dit que le monstre gardait un trésor, dont la source d'Aghvalou charriait, jusqu'à une époque récente, des pépites d'or et d'argent. Beaucoup d'aventuriers y laissèrent leur peau en voulant faire main basse sur le trésor caché. La source continue toujours de couler.. seules les grenouilles et les carpes la peuplent. Aujourd'hui, Hizer, situé sur le versant sud du Djurdjura, s'étend, au sud, jusqu'à la plaine des AthYala.. il est délimité à l'est par le sommet de Lalla Khadidja et à l'ouest par la rivière de D'Hous, et compte une quinzaine de grands villages, dont les principaux sont Aggentur, Tassala, Merkalla. Ighil-G'Eghzer est de date récente.. il a été racheté, au début du siècle, par le

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patriarche des Ath-Massa à un vieux colon italien qui avait choisi d'allerfinir ses jours dans sa Sicile natale. Très longtemps, les Ath-Massa avaient dominé la région,. ils perdirent leur chefferie lors de la conquête française. Résistant aux côtés de Mokrani, ils furent partiellement déportés en Nouvelle-Calédonie oû ils firent souche, je suppose. Une autre version, beaucoup plus plausible celle-là, ferait de Hizer un mot turc. La signification en serait "Donjon" ou "Place forte "; En effet, se dresse, dans la ville de Bouira, un fort appelé" Bordj N'Turk". Une garnison s'y était installée pour surveiller les Kabyles turbulents et y prélever les impôts alimentant les caisses du dey de Médéa. La population, pauvre et ne supportant pas d'être pressurée par les occupants étrangers, se révoltait à chaque venue des percepteurs. Pour fuir les harcèlements des soldats du dey, elle s'en allait se réfugier sur les hauteurs du Djurdjura. C'est ainsi que les Turcs nommèrent toute cette région "Hizer". Le nom resta. Plus tard, Hizer devint un lieu de pèlerinage au même titre que les koubas des marabouts.. il abriterait ainsi les Quarante Saints Protecteurs du pays. Il garde encore de nos jours cette appellation. Souvent, quand la pluie se fait rare, des pèlerins escaladent le sommet pour immoler un mouton ou un taureau... C'est aussi un lieu de rencontre de toutes les vieilles femmes qui trouvent là un moyen de se réunir et d'organiser de nouvelles alliances. Je disais plus haut que chaque tribu à ses marabouts. Les Ath-Moussa ont la confrérie des Ath- Vu-Ruman ,. aux Ath-Antar sont accolés les Inedjaren et aux Ath-Daoud, les Izemmuren. Chacune de ces confréries se sent partie intégrante de la tribu à laquelle elle est rattachée. Les Ath- Vu-Ruman ont émigré de Saguiet-El-Hamra, au Sahara occidental,. ils seraient venus avec la vague guerrière des Almoravides pour islamiser les montagnards kabyles. Leur village est érigé au lieu-dit "Lamruj"; Les marécages. L'histoire de Lamruj est antérieure à toutes celles des autres villages. En effet, une 9

ville romaine est ensevelie à cet endroit et il arrive quelquefois qu'on y découvre, en creusant puits et fondations, les vestiges de cette ville: squelettes, colliers, pièces de monnaie et autres... Les Romains auraient construit une canalisation d'eau.. elle est devenue maintenant une source souterraine qui alimente sans interruption de nombreux puits, ceci, même en période de sécheresse. Hizer a été très affecté pendant la guerre de Libération. Beaucoup de ses villages furent réduits en cendres et des familles entières décimées. La population, pauvre dans son ensemble, n'a jamais été structurée comme le sont par exemple les habitants du versant nord du Djurdjura. La première école fut érigée au début de l'année 54, vite incendiée par les maquisards, ce qui explique un taux d'analphabétisme énorme. Les AthMeddour ne possèdent, jusqu'à une date récente, ni médecins ni avocats. Aucun intellectuel n'est sorti de leurs rangs et les mutations se font à très petits pas. C'est peutêtre pour cela qu'ils sont convaincus de leur origine: des "ENFANTS DE L'OGRESSE."

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