Le sacrement constitutionnel

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Cinq nouvelles où l'auteur développe plusieurs thèmes : les dérives identitaires, la pauvreté, le libertinage, les coutumes, la sorcellerie, etc et de nombreuses tranches de vie. Dans la première nouvelle, la disparition de Kagasho, chef mythique et fondateur de Sokala-Sobara, se pose le problème de sa succession au trône royal. Les quatre autres se concentrent sur le thème de l'école et les diverses fortunes de la vie estudiantine (réformes académiques, grèves etc.)
Publié le : dimanche 1 mars 2009
Lecture(s) : 190
EAN13 : 9782296221154
Nombre de pages : 95
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Le sacrement constitutionnel

Ecrire l'Afrique Collection dirigée par Denis Pryen
Dernières parutions Colette LANSON, Professeur Béatrice Aguessy. Une vie de femme(s},2009. Bertrand LEMBEZAT, Palabres en pays kirdi, 2009. Viviane MPOZAGARA, Ghetto de riches, ghetto de pauvres, 2009. Pascal DA POTO, Mort héroïque, 2009. Mahmoud BEN SAÏD, La Guinée en marche. Mémoires inédits d'un changement. Volume 2, 2009. Aboubacar Eros SISSOKO, Une enfance avec Biram au Mali, 2008. Bellarmin MOUTSINGA, La Malédiction de la Côte, 2008. Daniel GRODOS, Niamey post, 2008. Kamdem SOUOP, La danse des maux, 2008. N'do CISSE, L'équipée des toreros, 2008. Alain FLEURY, Congo-Nil. A travers les récits des missionnaires 1929-1939, 2008. Paul Evariste OKOURl, La Sobanga des paradoxes, 2008. Chehem WATT A, L'éloge des voyous, 2008. Gabriel Koum DOKODJO, Noël dans un camp de réfugiés, 2008. Louis KALMOGO, Un masque à Berkingalar, 2008. Léon-Michel ILUNGA, Le Petit-Château, 2008. Der Laurent DABIRE, Chemin de croix, 2008. Alain THUILLlER, Dujleuve Komo à l'Oubangui-Chari, 2008. Sékou DIABY, Laforce d'une passion, 2008. Emmanuel MATATEYOU, Palabres au Cameroun, 2008. Christophe FARDEL, 365 jours à Sassandra, 2008. Fatou NDIA YE DIAL, Nerfs enfeu, 2008. Alain THUILLlER, Vivre en Afrique, 1953-1971,2008. Alain THUILLlER, De la Forêt des Abeilles au mont Cameroun, 2008. Juliana DIALLO, Néné Salé, récit d'une naissance, 2008. Boubacar DIALLO, Réalités et romans guinéens de 1953 à
2003, 2008.

Bazoumana

OUATTARA

Le sacrement constitutionnel

LIHtemattan

@

L'Harmattan,

2009
j

5-7, rue de l'Ecole polytechnique

75005 Paris

http://www.librairieharmattan.com diffusion.harmattan@wanadoo.ft harmattan l@wanadoo.fr

ISBN: 978-2-296-07922-9 EAN : 9782296079229

MOT DE L'AUTEUR

Dédicace à mon père et à ma mère, ... ... au Dr. Souhédjé Où vous êtes en ce moment, je ne le sais avec certitude; ma certitude est que nous sommes tous mortels. Peut-être se retrouvera-t-on, qui sait ?
Wa kou wa yili

Remerciements à : Adama, Gogo, Ladji, Mahandou, sans oublier ma très chère et tendre épouse, et mon adorable fille. Vous avez tous, de quelque façon que ce soit, contribué à la conception de cet ouvrage.

Avertissement: Toute ressemblance avec des personnages réels ou ayant existé ne sera que pure coïncidence

LE SACREMENT CONSTITUTIONNEL

À l'horizon lointain, la cime des arbres dessinait une ligne torsadée; tantôt une vallée, tantôt une montagne. Et l'écho des tambours funestes retentissait derrière les gros arbres multiséculaires du Poridogo, le bois initiatique.
« Wa woro pioh ho kouhon baha dé, Wa woro piho ho kouhon baha ho ! Wa woro pioh hoo ho wa woro pioh ho kouhon baha ho (Refrain) Kouhon nan gbo n'da yigo youé, Kouhon nan gbo n'da yiga youé ! Refrain Nan to wi kou n'da yigo youé, Nan Lonwi kou n'da yigo youé ! Refrain» C'est ainsi que chantait la grande procession qui suivait le grand masque, haut de quinze mètres. Ce masque qui sert de cordon entre les dieux cosmiques et les dieux terrestres ne sort ni ne crie inutilement. Si on l'entendait et le voyait ce jour-là, c'est qu'un grand malheur avait frappé le village; un malheur aussi grand qu'on n'en avait jamais connu de mémoire de jeunes de soixante-dix -sept ans!

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La procession avançait et le même refrain «la mort n'a pas de sentiment. Elle frappe aussi bien les adultes que les enfants ». Aucune femme ne doit voir le fétiche; les enfants de moins de vingt et un ans non plus. Il crachait du feu et de ses narines sortait un essaim d'abeilles. La procession était armée de coupe-coupe datant du temps de l'Almami Samory. Chacun des hommes qui composaient ce cortège portait en bandoulière ou au cou un petit sac antique fait de peau de biche, de singe rouge ou de gazelle. La nouvelle circulait disant que le devancier avait un sac confectionné en peau d'homme! Nul n'y croyait, mais il était craint. Toutes ces gibecières, suspendues sur les bustes ruisselants de sueurs et puant la mauvaise senteur des décoctions pourries, étaient vieilles d'au moins un siècle à en juger par leur aspect rustique. Les mousquets des plus longs aux plus courts rivalisaient par la force de leur détonation. L'affaire était vraiment grave! Si Gbonlgon, le fétiche de la mort, était sorti, c'est qu'elle était d'une extrême gravité. En effet, Kagasho, le grand roi du Sakawa, avait été piqué par une fourmi noire. C'est pourquoi le canon tonna cent et une fois; des arbres perdaient de leurs feuilles à chaque coup. Kagasho, le fondateur du village, était un excellent chasseur venu de Kapélé près de Foumbolo. Il repéra un lieu où les biches abondaient. Il y allait chasser pendant des jours ou même de longues semaines quelques fois. Après avoir fait assez de provisions, il faisait appel aux habitants de Kapélé et ceux-ci venaient chercher le gibier. Aussi, quand ces porteurs venaient chez Kagasho, disaient-ils: « Wé nan ché sow kara laga ni. »C'est-à-dire nous allons dans la région de la viande de biche. Avec le temps, le chasseur Kagasho s'installa définitivement avec sa famille et quelques-uns de ses amis, à cet endroit. 8

Péyor, un des amis du chasseur, était spécialisé dans l'extraction du bangui, le vin blanc. Installé dans une zone marécageuse, il abattait les palmiers, les laissait là pendant deux semaines environ avant de les entailler juste au niveau du cœur de l'arbre. TIy faisait un trou pour y passer un tuyau bien adapté afin de laisser couler le liquide blanc vers la gargoulette placée en dessous. Chaque soir, d'autres amis venaient se désaltérer dans ce cabaret après avoir enfumé l'entaille afin de réduire l'action destructrice des asticots. Ce petit campement devenu grand est aujourd'hui le Chef-lieu du Sakawa, un canton de dix-neuf villages. La cabane où le chasseur faisait sécher la viande existe encore aujourd'hui au centre du village. L'administrateur colonial a transformé le sow kara en Sokala. Si l'homme blanc n'était pas venu sur le continent noir, il y a fort à parier que le peuple noir n'aurait pas été colonisé par les commerçants arabes très entreprenants. Ainsi que le complément Sobara fut ajouté au nom du village par ceux-ci pour signifier le caractère étendu du hameau. C'est sur ces dix-neuf villages que Kagasho régnait depuis l'ère précoloniale. TIétait très vieux. Assis, sa barbe balayait le sol. Gbonlgon, le fétiche de la mort, venait d'annoncer la disparition de cet illustre chef qui avait donné une leçon de paix à son peuple. Les allogènes étaient accueillis à bras ouverts. Tous vivaient dans la communion fraternelle. Kagasho lui-même ne venait-il pas d'ailleurs? TIs'était attaché les services du jeune tirailleur y élession, pour faciliter sa communication avec l'administration coloniale. Kagasho mort, une guerre de succession déchira le tissu social. Yélession était monté en première ligne, avait

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