Le sang maudit

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Tout commence un pitoyable soir de 1943. Lorsque des soldats nazis font irruption, dans la demeure des Hoffmann, en banlieue parisienne. Ils assassinent sauvagement les parents. Tandis qu'un mystique général Allemand, Haïder, sauve in extremis les deux enfants. Une fillette de cinq ans à peine, prénommée Ally et son frère aîné de huit ans, Samuel. Haïder se révèle être un redoutable vampire. Il enseigne à la fratrie, à devenir de parfaits assassins, grâce à son savoir inscrit, dans le manuel du parfait vampire. Jusqu'à ce qu'une nuit, il leur transmette ses pouvoirs, d'une morsure. Depuis ce satané sauvetage du dimanche 8 août 1943, la vie de cette fratrie n'est plus, que tourmente et souffrance. Dans une fascination amère pour l'un, dans une avidité sans fin pour l'autre... tournoyant ensemble, dans la spirale d'une malédiction obscure.


Publié le : mercredi 13 novembre 2013
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EAN13 : 9782332560278
Nombre de pages : 186
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intégrale ou partielle réservés pour tous pays.

 

ISBN numérique : 978-2-332-56025-4

 

© Edilivre, 2014

Dédicace

 

Je remercie tout spécialement, Samira B. et Lamia B. pour leur soutien et leur amour incommensurables, ainsi qu’à ma plus fidèle et chère amie Hélène G., pour avoir toujours su me soutenir, et me donner davantage confiance en moi. Merci également à Bernie Bonvoisin, de m’avoir gracieusement offert ma préface. Il était donc inévitable, que je leur dédie à tous ce roman, et tout particulièrement, à ceux sans qui, je ne serais pas… mes parents.

Mademoiselle Jem

Préface de Bernie Bonvoisin

Mademoiselle Jem fait frissonner l’espace… Fertile rencontre, elle peint nos jours, nos nuits à ses couleurs, à ses humeurs.

Les mots coulent, tumultueux, fluides, sucrés, volatiles comme de l’essence…

Douce sensation que d’être happé, page à page, mot à mot…

Ténébreux, c’est un brasier ténébreux qui bien après la dernière page retombée, le dernier mot consumé, continuera de délicieusement vous brûler !

Chapitre premier

Âge tendre et cœurs fanés

I
Prélude

Ils étaient pris au piège d’un malaise incontrôlable, que semblait provoquer ce fléau surnommé le Reich, mené de front par un Allemand, étouffant toutes les contrées de son entourage frontalier.

La vague sanglante semblait ravager tous les pays de l’Est fragile. Les peuples… juif, tzigane ne pouvaient ignorer la sentence.

Plus aucune marginalité, différence, liberté ne pouvait être côtoyée. Ils sentaient déjà en 1937, l’odeur des cendres et la mort, drapée d’une cape obscurément noire, se profiler dans l’horizon de leurs vies.

Beaucoup d’entre eux fuirent leur Pologne natale pour l’Amérique, la belle, la grande… celle qui pouvait offrir le renouveau, un pays soudé d’états unis dans un symbole de liberté. La seule solution était la fuite, ils le savaient tous. Par malheur, il y eut quelques optimistes qui périrent faute de pessimisme.

Edmund Hoffmann gardait de bons souvenirs de ses vacances d’enfance, chez des amis de ses parents, dans ce magnifique pays qu’est la France.

Le chef de cette famille de confession catholique faisait partie de la diplomatie française. Pour Edmund, l’unique issue pour sauvegarder son cocon familial, résidait entre les mains de cet homme. Il avait les clefs d’une possible nouvelle identité, d’un travail dans ses cordes.

Tous les mondains que côtoyait cette famille, pouvaient avoir besoin de ses services de pianiste, lors de dîners ou de réceptions. Dès qu’il prit contact avec Monsieur Lafitte, il se rendit compte que la solidarité n’était pas qu’une utopie. Une chaîne de confiance et de soutien existait par-delà les frontières.

Ce fut dans l’assurance d’un eldorado qu’aussitôt il emmena en France, sa femme et son jeune fils, avant que l’hiver ne se fasse sentir.

En 1940, l’assemblée nationale donna les pleins pouvoirs au maréchal Pétain qui prit le titre de chef d’état à Vichy. En dehors de la zone dite libre, tout le reste du territoire était occupé. L’Alsace et la Lorraine avaient été annexées par le commandement allemand de Bruxelles.

À l’intérieur de la zone occupée, existait une autre limite isolée, le long des côtes et des frontières, une région dite interdite.

Les plus influents des politiciens luttèrent quelques années, puis se résignèrent à rendre les armes ou à changer de camp.

Le 19 avril 1942, le maréchal Pétain, sous l’influence des Allemands passa le flambeau des pleins pouvoirs à Laval.

Le nouveau chef du gouvernement français rêvait de victoire pour le nazisme. Alors, il commença son alliance, épaulé par le général Haïder, missionnaire du Reich, envoyé d’Allemagne afin de lui faciliter le règne, en suivant soi-disant les ordres de l’unique Hitler, en personne.

La première directive de leur mission était de s’occuper de la relève. La relève consistait à satisfaire le besoin en main-d’œuvre d’Hitler, à rendre un prisonnier pour trois volontaires pour l’Allemagne. En somme de l’esclavagisme au profit d’une collaboration sans pitié.

Dans la banlieue parisienne, une petite ville en bordure de Seine, au doux méli-mélo architectural, possédait un merveilleux parc, celui de Bécon, qui avait la chance de bien s’adapter aux saisons.

Chacune d’elle savait faire ressortir et enrichissait toutes les beautés de ce vaste domaine.

Dans cet endroit, la vie semblait douce et prometteuse. À jamais, le tourbillon d’émois que ce lieu suscitait… restait gravé dans la mémoire. Les pieds devenaient évasifs, incontrôlables.

Bien sûr, les yeux avaient un quelconque intérêt là-dedans, tous les sens dirigeaient le corps et l’âme dans une promenade amoureuse. Même la solitude ne pouvait en aucune façon interférer avec la sérénité, dans ce lieu magique.

Il aidait à se retrouver, à se reconquérir, à se ressaisir… en divulguant des lumières, des reflets qui transportaient dans l’infini notre moi, qui ne s’élèverait pas éternellement… Toutes les balades se métamorphosaient en flirts avec sa conscience morale. Toutes les émotions n’avaient qu’une et identique résolution, la spiritualité, l’émerveillement de soi qui permet également d’élever l’attention portée aux autres.

Non loin du parc de Bécon, il y avait « La Lanterne », le petit cinéma de la commune de Courbevoie, fermé depuis l’occupation allemande.

Samuel connaissait parfaitement ce lieu pour y avoir régulièrement vu de magnifiques films, en compagnie de ses parents.

Edmond était toujours autant inquiet pour l’avenir de sa famille qui s’était agrandie avec la venue en 1938 d’une petite fille répondant au doux prénom d’Ally. Ils étaient quatre, à ce jour, à potentiellement être en danger.

Tout le monde l’était mais personne ne voulait s’arrêter de vivre. La rue Jules Verne avait été, quelques années avant cette fichue guerre, le quartier de prédilection de tous les jeunes gens qui résidaient à Courbevoie, grâce à ses commerces, ses troquets et son fameux petit cinéma.

Près du temple du septième art, il avait une grande demeure avec sa cour intérieure. La petite famille Hoffmann y habitait depuis à présent presque six ans. Une résidence sans prestige cela dit, on ne pouvait dire qu’elle était modeste et qui avait vu la naissance de la petite Ally. La fête n’accompagnait plus cette rue, on ne pouvait plus y voir tous les jeunes flirter, jouer et parfois même se battre pour une quelconque jeune fille. Dans la ville régnait l’incertitude de revoir les jours heureux. Le temps était révolu où Samuel qui aimait tellement se réveiller en pleine nuit, se tenait à la fenêtre de sa chambre. En fin observateur, il jubilait devant les semblants d’exploits des jeunes garçons en pleine émulation, devant des jeunes filles qui parfois souriaient, séduites et flattées, mais pouvaient être aussi bien dubitatives face à de tels duels. Les filles de cette époque n’étaient pas toutes dupes et ingénues, de plus les conditions de cette guerre avaient fait évoluer leurs consciences et tempéraments. Il ne faut pas oublier que ce sont les femmes qui pendant les guerres soutiennent leurs pays.

Le dimanche 8 août 1943, au soleil couchant, cela faisait presque dix minutes qu’Ally avait emprunté discrètement la fenêtre de la cuisine qui donnait sur la cour. Elle avait pour habitude de fausser compagnie à sa famille pour jouer seule dans la cour. C’était une petite fille solitaire, emplie de vie, espiègle et qui adorait créer un univers où elle était la seule à pénétrer. Ce misérable soir, elle jouait avec sa petite balle rouge, la faisant rebondir contre tous les murs. La cour devenait son antre à chaque fois qu’elle en foulait le sol. Elle en connaissait chaque recoin. Ally pouvait s’y cacher des heures, sans que jamais personne ne puisse la retrouver. C’était ainsi qu’elle arrivait parfois à échapper à la surveillance de ses parents, qui la cherchaient partout afin de la remettre aux bras de Morphée. Pendant ce temps, dans sa chambre de jeune garçon, doté d’un intellect délicat et précieux, Samuel s’adonnait à l’unique distraction qu’il lui restait, la lecture. Dans cette pièce à son image, l’on pouvait voir au mur, des étagères servant à ranger et étaler sa seule richesse, des livres d’auteurs prestigieux comme Alfred de Vigny, ce romantique, moraliste qui était de loin son auteur favori pour ses recueils Poèmes antiques et modernes et Les Destinées. Il détenait aussi la pièce de théâtre Chatterton, un drame pessimiste. Ce qu’il aimait aussi chez Jean-Baptiste Poquelin, qui avait pris le nom de Molière dès le début de sa carrière d’auteur et de comédien, c’étaient la fantaisie, le fantasque et le burlesque qui se dégageaient de ces œuvres. Ses pièces bouffonnes serraient de plus près la vie réelle. L’étourdi, Les fourberies de Scapin, Le médecin malgré lui : une façon pour Samuel de relativiser ses tracas de tous les jours. La Fontaine était l’auteur qui lui avait donné l’éveil du sens poétique, dès son plus jeune âge, grâce aux narrations auxquelles il avait droit tous les soirs, de son cher et tendre père Edmund, parfois relayé par sa mère, lorsque son paternel devait aller travailler. Des ouvrages de Chateaubriand, il n’avait de lui que les deux seules œuvres qu’il aimait : L’Itinéraire de Paris à Jérusalem, récit d’un voyage fait par l’écrivain en Grèce et en Terre Sainte, ainsi que Les Mémoires d’Outre-tombe, vaste et orgueilleux récit de la vie de l’auteur. Samuel était assis sur son lit, adossé au mur de sa chambre. Près de sa jambe gauche, étaient posés quelques livres de sa magnifique collection, prêts à la lecture. Il préparait son esprit à l’ouverture, à la réception de nombreuses informations relatives à la compréhension de l’existence. Il commença tout d’abord en lisant un extrait Des Orientales, un des premiers recueils de poèmes, parmi les plus remarquables d’un de ses auteurs préférés, le poète et philosophe Victor Hugo, un romantique et satirique dans toute sa splendeur. Il dévorait les mots, les rimes si riches, si diversifiées et si expressives. Samuel appréciait prendre quelques livres, afin de relire les passages qui le bouleversaient le plus. Il était presque hypnotisé par la description pittoresque et brillante de paysages, de costumes, de ciels, de continents orientaux, de toutes ces choses qui lui étaient inconnues. Il appréciait également la poésie de Chelby Hone, une poétesse torturée, sombre mais entière, dont peu de gens connaissaient l’identité réelle. Aux yeux de tous, elle restait mystérieuse. Sauf ses fidèles lecteurs semblaient indubitablement la connaître, aux travers de ses écrits. Apparemment, cette artiste savait se livrer totalement et implicitement dans toute sa poésie. Quelques minutes plus tard, Samuel vit son âme envahie par la poésie et la philosophie des théories de l’idéalisme, du positivisme d’Ernest Renan : « La plus humble comme la plus sublime intelligence a eu sa façon de concevoir le monde, chaque tête pensante a été à sa guise le miroir de l’univers. Chaque être vivant a eu son rêve qui l’a charmé, élevé, consolé. Grandiose ou mesquin, plat ou sublime, ce rêve a été sa philosophie. » Lisant cette phrase mélodieuse du livre L’avenir de la science, Samuel se mit à fantasmer un lendemain de paix : il s’imaginait dans la rue avec des jeunes garçons et filles de son âge. Les garçons taquinaient les filles qui jouaient à la marelle, en marchant sur les cases numérotées, les gênant dans leurs lancers de cailloux. Dans ses rêveries, Samuel entendait une musique, émise du salon. Ses parents avaient mis en marche le phonographe, en sélectionnant la musique qui entraînait constamment la fougue de leur passion ; ils dansaient sur La symphonie fantastique opus quatorze d’Hector Berlioz. Les parents d’Ally et Samuel se laissèrent aller, dans une vague de tendresse sur leur sofa en velours imprimé de jolis tournesols.

Trois soldats hitlériens marchaient dans la rue Jules Verne, escortés de deux collaborateurs, une femme et un homme. Ils s’arrêtèrent brusquement devant la grande porte cochère verte donnant sur la cour, là où jouait Ally. Cependant ce fut la petite porte qu’empruntèrent avec brutalité, les trois nazis et la collaboratrice. Ils firent irruption dans la demeure, surprenant les parents dans leurs ébats amoureux. L’autre collaborateur, vêtu d’un imperméable de cuir noir, inscrivit entre les deux portes, l’étoile de David à l’aide d’une craie. L’homme brave qu’avait été Edmund ne put se sauver, ni même sauver sa femme des griffes de ces pourris. Il se débattit sans relâche sous le regard perdu de son épouse :

– Non ! Non ! Non ! Pitié ! Laissez-nous ! Laissez-nous tranquilles ! Nous n’avons rien fait ! cria-t-elle craintive, pleurant de tout son être, retranchée debout sur le sofa.

Ces mots furent les derniers, car la collaboratrice se jeta sur elle, lui mordant à pleines dents le cou, jusqu’à ce que mort s’en suive. Les soldats massacrèrent Edmund à coups de couteaux. Il succomba aux coups qu’ils lui portèrent. Il côtoya l’agonie en chutant à leurs pieds. Les bourreaux contemplèrent ce pauvre père de famille, gisant sur le tapis perse, se vidant de tout son sang.

Le deuxième collaborateur français, aux allures de jeune bourgeois, rentra dans le salon. Sa présence déversa une arrogance puante dans l’atmosphère et rajouta une touche de plus à ce qui ressemblait déjà aux méandres de l’horreur. Il observa le mur et la porte de l’angle nord-ouest, recouverts du sang de l’agressé. Le collabo se retourna sauvagement, en un demi-tour impulsif puis il se dirigea, possédé d’une amertume belliqueuse, vers le phonographe qui jouait Roméo et Juliette opus dix-sept de Berlioz. Le collabo renversa d’un grand coup de pied l’harmonieuse usine magique d’émotions pures. Au même moment, la blonde buveuse de sang saisit le corps du père, le tira sur le sofa. Edmund fut dépecé et se fit dévorer par toutes ses meurtrissures par la collaboratrice vampirique. Quelques instants auparavant, un homme se dégourdissait les jambes dans la rue Jules Verne. Coiffé d’un képi de général et camouflé d’une cape de cuir noir, à la stature longiligne d’un mètre quatre-vingt-dix, il se rapprochait à grands pas du massacre et de la maison violée. Cet homme possédait tout de même des épaules larges, cela étant, il avait des hanches minces. Le général s’arrêta devant la porte cochère. Le visage convaincu et d’un pas autoritaire, il pénétra dans la cour sans un bruit, en toute discrétion. Lorsqu’il aperçut la fillette agenouillée, il l’observa un temps. Elle cherchait à récupérer la petite balle tombée dans un trou d’évacuation d’eau. La fillette souleva une fine grille d’égout puis la déplaça un peu sur le côté, juste assez pour y glisser son bras. Elle se pencha, essayant de glisser son main dans le trou afin d’attraper sa petite balle qui se trouvait au fond. Le général hitlérien se trouvait derrière elle, il s’approcha sans qu’elle entende ses pas. Il attrapa la fillette dans ses bras, mettant l’une de ses mains sur la bouche de celle-ci, l’empêchant d’ameuter le voisinage :

– Silence ! Princesse ! Je suis ton sauveur ! lui murmura-t-il avec tendresse au creux de l’oreille.

Ally eut suffisamment peur pour se taire. La petite fille espiègle était également surprise par l’arrêt brutal du phonographe. Ally regarda avec stupeur la fenêtre de la cuisine. Le général leva la tête, serrant dans ses bras la fillette, puis ils s’envolèrent dans les airs.

Samuel demeurait affolé sur son lit, entendant de sa chambre tous ces bruits d’une telle violence. Il entendit se produire le massacre de ses parents. Ces sons macabres pétrifièrent de peur tous ses membres. Son visage d’ange semblait meurtri de douleur.

Il savait qu’il ne reverrait plus ses parents vivants, que c’en était fini de tous ces bons moments de joies partagés.

Pendant ce temps, le général revint dans la demeure afin de sauver le grand frère de la fillette. Cependant avant, il devait supprimer tous les meurtriers. Les soldats s’étaient placés de chaque côté de la porte, la fixant intensément. Dès lors, le collaborateur s’avança vers la porte. Il l’ouvrit, c’est alors qu’ils observèrent un obscur escalier étroit, que le collaborateur emprunta. Lorsque le signal sonore du couvre-feu retentit, le général sauta avec une incomparable prestance et une rare puissance sur les soldats. Haïder leur brisa les os, un par un, tellement vite qu’aucun d’entre eux ne put y réchapper. Après avoir éliminé ses acolytes, il s’élança vers l’escalier obscur, suivant le collabo qui montait les marches. Il l’agrippa par la taille. Celui-ci n’avait pas entendu son approche à cause du signal sonore. Le traître se fit tirer brusquement en arrière. Le général lui fit voler en éclats les bras et les jambes, le laissant gisant à terre, en bas des marches, dans le salon.

Ensuite, le général commença son ascension dans l’escalier, regardant les ombres devant lui, quand il distingua une porte. Le sauveur posa sa main sur la poignée, ouvrit cette porte d’un geste délicat, ne voulant pas effrayer le jeune garçon. Le général pénétra dans la chambre du jeune Samuel terrifié. Le jeune frère larmoyant se trouvait assis, recroquevillé sur son lit, se compressant très fort les oreilles, le visage dévasté par la douleur, mouillé par ses larmes ainsi que par ses fuites nasales. Samuel ouvrit les yeux, visualisa un intrus, dans un flou devenant de plus en plus net lorsque celui-ci s’approcha. Cet intrus, aux pommettes légèrement proéminentes, possédait un nez large et long, des arcades sourcilières marquées, un front large, une mâchoire lourde associée à de sublimes lèvres épaisses. Autant de traits charismatiques qui nouèrent de plus en plus la gorge de Samuel, l’empêchant d’émettre un son. Ce fut avec un regard compatissant et un gracieux sourire que le sauveur s’avança près du lit, faisant figure d’un homme à l’aspect rassurant. Au pied du lit, il hypnotisa le jeune Samuel et le plongea dans un profond sommeil, afin de l’emmener sans résistance. Il le prit dans ses bras, ouvrit la fenêtre par télékinésie puis s’envola avec Samuel dans ses bras en direction du toit. Il rejoignit Ally plongée, elle aussi dans un sommeil des plus profonds. La fillette dormait à poings fermés sur les tuiles du toit. Avec agilité et grâce, le sauveur mit Samuel sur son épaule gauche puis saisit Ally, l’enroulant délicatement de son bras droit. C’est ainsi qu’il s’envola avec un enfant sommeillant dans chacun de ses bras, traversant la rue dans les airs. Volant de plus en plus haut, il s’engouffra dans des nuages épais et grisaillants.

*
*       *

Le voyage ne fut pas très long. Haïder avait transporté les enfants dans une base militaire allemande tenue secrète, près de Chantilly où l’armée allemande entreposait ses armes et engins volants. Sous haute surveillance, la base militaire était constituée d’une dizaine de hangars, chacun d’eux, encerclé de gardes mobiles. Bien évidemment, tous les officiers connaissaient le général, un modèle pour tous ces subalternes. Haïder fit signe à une patrouille de deux soldats en jeep de s’avancer vers lui. Ils le saluèrent avec tous les honneurs dus à son rang. Haïder s’empressa de leur donner les instructions suivantes, une fois la patrouille arrêtée devant lui :

– Vous allez prendre mes enfants et les emmener à l’infirmerie ! Attention, personne ne doit savoir qu’ils sont ici ! Donc vous vous occuperez personnellement d’eux. S’ils se réveillent, vous appelez le médecin en chef, qu’il les drogue suffisamment pour qu’ils ne se réveillent que dans quarante-huit heures ! Vous avez bien compris !

– Oui, mon Général ! répondirent les subalternes en chœur.

Le plus gradé des deux gardes mobiles prit de l’épaule du général le jeune garçon puis le déposa délicatement sur la banquette arrière de la jeep, tandis qu’Haïder installait précieusement celle qui était dès lors devenue l’unique femme de sa vie.

– Vous allez prévenir le capitaine du sous-marin B 802 D de me retrouver au port de Honfleur à minuit tapant ! Qu’il prévoit une bonne réserve de carburant, indiquez-lui la destination des Îles Salomon ! Entendu ! Je reviens les récupérer dans une vingtaine de minutes, que tout soit fait auparavant ! Est-ce bien clair ! s’écria le général en tapant deux fois sur la carrosserie, invitant ses subalternes à remonter dans le véhicule.

– Oui ! Mon général ! À vos ordres ! Mon général ! répondirent l’officier et son sous-officier en remontant dans la jeep.

Ils saluèrent Haïder puis regagnèrent leur véhicule, sous son regard attentif. Le général regarda s’éloigner la jeep avec tendresse. La certitude d’une paternité naissante l’emplissait de joie. Il continua sa marche vers le hangar n° 8, en se sentant encore plus fort, invincible. Un sous-officier en faction devant le hangar numéro huit tira la porte coulissante, dès qu’il aperçut la célèbre silhouette du général Haïder s’avancer en sa direction. Ce hangar abritait deux avions de petite taille, qui servaient aux déplacements des généraux.

– Vous allez préparer cet engin, je dois partir dans une demi-heure ! dit le général en pointant du doigt l’avion qui avait un aspect des plus rassurants. Qui en est le pilote ? ajouta le général d’un ton sec, en regardant le sous-officier des pieds à la tête.

– Tous les officiers présents à la base sont des pilotes, mon général ! répondit le sous-officier.

– Très bien ! Alors préparez-vous à partir ! Vous m’accompagnerez à Honfleur ! Où se trouve l’infirmerie ? demanda le général Haïder observant autour de lui.

– Je vous y escorte, mon général ! Mais avant, mon général, je vais à la maintenance demander au mécanicien de préparer l’engin, dit-il en saluant le général puis il se précipita vers la salle de maintenance.

Pendant que le sous-officier prévenait le mécanicien de préparer l’avion, Haïder fit un tour dans le bureau exigu, attiré par les modèles réduits d’avions de guerre. Il pensa que cela ferait de beaux cadeaux de bienvenue pour son jeune fils. Cependant, il lui faudrait enlever les autocollants de l’armée allemande car il ne fallait pas oublier que c’étaient des soldats du Reich qui venaient de tuer les parents légitimes des chérubins. De retour près du général, le sous-officier réitéra le salut.

– Rompez ! Vous me mettrez dans la soute les modèles réduits qui se trouvent dans le bureau ! ordonna-t-il au jeune officier spécialiste des courbettes.

– Oui ! Mon général ! répondit le lèche-bottes.

– Allez, soldat ! Maintenant emmenez-moi à l’infirmerie ! demanda Haïder en marchant dans la bonne direction.

Devant l’infirmerie, Haïder retrouva posté à l’entrée le sous-officier qui l’avait accueilli.

– Où se trouve l’officier qui vous accompagnait ? demanda Haïder au sous-officier de garde devant la porte de l’infirmerie.

– Il est parti s’occuper de votre départ, mon général ! s’empressa de répondre le sous-officier.

– Parfait ! Et pour ce qui concerne mes enfants ? réitéra Haïder avec un air un peu plus détendu.

– Ils sont à l’intérieur, mon général ! Le médecin s’occupe d’eux, mon général ! répondit le sous-officier, regardant fixement le général.

– Très bon travail ! complimenta Haïder à son sous-officier, en faction devant l’infirmerie.

– Vous pouvez disposer… enfin pas complètement ! Préparez-vous à me rejoindre dans mon voyage ! Retrouvons-nous au hangar n° 8 ! Assurez-vous que l’engin sera prêt reprit Haïder, s’adressant au jeune sous-officier qui venait de l’escorter à l’infirmerie.

– Merci, mon général ! C’est un honneur de pouvoir travailler à vos côtés ! Je prends avec un grand intérêt les ordres que vous venez de me confier, mon général ! exulta le faux-cul.

– Allez ! Disparaissez ! ordonna le général lui faisant signe de la main de déguerpir.

Ce qui servait d’infirmerie n’était qu’une petite bâtisse en préfabriqué, qui empestait la naphtaline. Haïder y retrouva, au chevet des enfants, le médecin militaire qui finissait de leur administrer des Injections d’anesthésiants.

– Alors, Capitaine, comment se portent les enfants ? demanda Haïder devant la porte.

– Très bien, mon général ! Je leur ai administré des vitamines ainsi que de quoi les conserver dans un sommeil paradoxal, pendant trente-six heures au minimum, répondit le médecin en se relevant.

Il salua ensuite son supérieur.

– Vous allez sortir me chercher, le sous-officier de garde devant l’infirmerie ! Il va vous aider à transporter les enfants au hangar numéro huit ! Vous les embarquerez confortablement ! exigea Haïder qui ne regardait pas son interlocuteur dans les yeux, préférant contempler ses enfants.

– Entendu, mon général ! J’y vais de ce pas,...

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