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Le sanglier de Calydon, tome 3 (Elias Sparte)

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Le sanglier de Calydon, tome 3 - Elias SparteCuriosité, désir, convoitise.
Zeus avait remis un cadeau très spécial pour l'ogresse Kishimo-Jin; une boîte aux mille et une pierreries à n'ouvrir sous aucun prétexte. Sa fille, Pandora, convaincue d'y trouver de somptueux bijoux, rompt la promesse faite à sa mère et ouvre la boîte. Aussitôt, mille et une calamités soufflent sur Éphoria, à commencer par le sanglier de Calydon qui devient fou. Kishimo-Jin accuse les trois élus d'être responsables des malheurs qui s'accumulent. Élias, Sandros et Auxane n'ont même pas le temps de souffler qu'ils doivent partir en chasse pour arrêter un sanglier géant. Sauf que les traces s'arrêtent subitement à un carrefour étrange. Mais où est donc passé le sanglier de Calydon ?

Agnès Ruiz est l'auteur de plusieurs best-sellers adultes et jeunesse vendus à plus de 350 000 exemplaires. (Ma vie assassinée, Oublie la nuit, Et si c'était ma vie, La main étrangère, L'ombre d'une autre vie, Mon affreux maillot beige, Pom-pom girls...). Découvrez sa série Elias Sparte, une grande aventure dans un monde peuplé de magie et de dragons.. Les tome 1 et 2 sont déjà parus "L'oracle des trois soleils, tome 1", "Les oeufs sacrés de Déméter, tome 2".


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Agnès RUIZ
Le sanglier de Calydon
Tome 3
ELIAS SPARTE
Edition originale octobre 2017
Copyright © Agnès Ruiz pour le texte et la couverture
ISBN : 979-10-96633-08-1Du même auteur
Romans
Ma vie assassinée
L'ombre d'une autre vie
La main étrangère
Et si c'était ma vie?
Oublie la nuit
Demain, cappuccinos, bikinis, #love
Hôtel du bord de mer
Clous et marteau, c'est toi qu'il me faut
Coeur romance
- La belle naufragée suivi de Cadeau de noces
- L'indomptable Molly suivi de Voyage de Colonel
- L'amour est dans l'ombre
- Les jeunes mariés
Les enquêtes de Rachel Toury
- Assassinat d'un prêtre
- Un cadavre sur la plage
- L'assassin de la gare
- Mort sur le St-Laurent
- Un striptease de trop
Série Pom-pom girls
- Une équipe du tonnerre
- Le secret de Brittany
- Coup dur
- Tous les coups sont permis
- Concert ou championnat
- Gardiennes intrépides
Mon affreux maillot beige
Série Elias Sparte
- L'oracle des trois soleils
- Les oeufs sacrés de Déméter
- Le sanglier de CalydonD é d i c a c e
Pour William, Renaud et Morgan, avec toute mon affection.
A.R.LE SANGLIER DE CALYDON, tome 3
ELIAS SPARTEP r o l o g u e
Sandros a revêtu la peau du lion de Némée qui les avait attaqués sur les Terres de
Sabres au cours de l’oracle des trois soleils. Élias, lui, s’est vu doté d’une magnifique
épée de nuton qui ne le quitte plus avec son bouclier de bois. Au bras, il arbore
également la pierre de draconite. Il l’a extraite de la tête de l’hydre selon les conseils
de Léda, la fée des trois lunes, qui ne l’a pas laissé indifférent. Après avoir été
éclaboussée par le sang de l’hydre, Auxane peut dès lors parler le langage des
oiseaux. Quant à Yéléna, la grande prêtresse d’Éphoria, elle continue de s’interroger
sur la mort étrange de Gaïane, le prêtre des Terres Herbeuses. Elle est aussi intriguée
par le vieil homme qui a pris la défense d’Antarès lors de son procès. Les trois élus et
leurs amis sont heureux d’avoir pu déposer les œufs sacrés en lieu sûr pour qu’ils
entrent en incubation pendant 3 000 ans. Ils s’apprêtent à rentrer à la cité d’Éphoria
pour célébrer cette belle réussite…Carte Ephoria1 - Les offrandes pour Kishimo-Jin
L’ogresse Kishimo-Jin, la protectrice des enfants d’Éphoria, avait fort à faire encore,
mais elle se sentait satisfaite. Les offrandes des Éphoriens venaient d’être
soigneusement triées et rangées. Tandis qu’elle plaçait une dernière poche remplie de
carottes, elle n’entendit pas sa fille arriver derrière elle. L’ogronne semblait pensive,
voire oisive. Peut-être espérerait-elle pouvoir grignoter quelques friandises dans le
secteur ? C’est à ce moment que ses yeux tombèrent sur le dernier présent encore sur
le sol. Aussitôt, l’ogronne désira plus que tout cette boîte somptueuse, frappée du
sceau de Zeus. Sa gourmandise des belles choses prit le dessus et elle posa ses gros
doigts lourdement bagués sur la boîte aux riches pierreries. Elle hésita pourtant, jeta un
œil vers l’arrière-train imposant de sa mère, puis souleva le coffret sans plus attendre.
« C’est bien lourd », songea-t-elle, les yeux brillants. Au même moment, Kishimo-Jin se
retourna et lui ôta la boîte des mains à la hâte, les yeux flamboyants :
— Tu ne dois pas toucher à ça ! Les élus qui l’ont transportée ont affirmé que c’était le
bien le plus précieux de toutes les offrandes. C’est un présent de Zeus.
L’ogronne se rembrunit aussitôt :
— De toute façon, c’est toujours pareil… Tu te gardes toujours le meilleur !
Kishimo-Jin leva les yeux au ciel. Sa fille traversait une période difficile et les conflits
étaient devenus quotidiens ces derniers mois. Elle tenta encore de faire entendre
raison à sa fille, d’expliquer que cela n’avait rien à voir, mais l’ogronne ne cédait pas,
ses yeux globuleux tournés vers la boîte aux multiples reflets. Chacune éleva le ton et
la chicane éclata. Comme d’habitude, si elles continuaient ainsi, aucune solution ne
serait trouvée à leur conflit. Alors soudain, Kishimo-Jin respira fortement, cherchant à
retrouver son calme, malgré les paroles désobligeantes et les regards durs de sa fille.— Ma chère Pandora, s’adoucit sa mère. Cette boîte ne te servirait strictement à rien
puisqu’on ne peut même pas l’ouvrir. Elle est le Mystère, la clé du bonheur… Briser le
cachet de Zeus pour en connaître le contenu serait braver sa puissance suprême.
L’ogronne resta silencieuse, un peu prise de court. Bien vite pourtant, une nouvelle
étincelle s’alluma dans son regard :
— J’accepte de ne pas l’ouvrir, mais je la voudrais quand même comme décoration
dans ma chambre. Sur ma coiffeuse, elle sera magnifique… S’il te plaît, maman,
faismoi confiance !
Kishimo-Jin regarda la boîte et sa fille à tour de rôle. Elle était lasse de toute cette
histoire. Elle avait encore une brassée de linge à faire, en plus de devoir donner son
bain de boue à son petit dernier et préparer un repas plantureux… Elle soupira
finalement et tendit la boîte à Pandora, qui rayonna littéralement.
— Vrai ? Tu me fais confiance ? Oh ! merci maman… Merci. Tu ne le regretteras pas !
L’ogronne gratifia même Kishimo-Jin d’un baiser sur la joue, ce qui mit un petit baume
sur l’abattement de la protectrice des enfants. Pandora était devenue avare de ces
signes d’affection pourtant si importants. « Ce présent fera peut-être en sorte que nous
retrouverons notre belle relation d’antan… », souhaita Kishimo-Jin en reprenant ses
tâches, un nouvel espoir au cœur.
Dans sa chambre, Pandora avait posé la magnifique boîte sur sa coiffeuse, comme
promis. Ce soir-là, comme tous les autres qui suivirent, elle la prit dans ses mains
dodues, la tournant et la retournant entre ses gros doigts aux ongles rongés. Elle la
porta à son oreille, peut-être dans l’espoir d’entendre le contenu cliqueter... Dévorée de
curiosité, elle s’imagina qu’elle contenait mille et un trésors.
— Ce cadeau est le plus précieux de tous, souffla l’ogronne à la boîte.
Elle repensa aux propos de sa mère et aux avertissements de Zeus, puis repartit dans
ses rêveries. « Peut-être cette boîte contient-elle de somptueux bijoux, des pierreries
nouvelles qui pourraient aller avec ma toute nouvelle robe de bal ! » Ses yeux brillèrent
de convoitise de nouveau. Elle reposa vivement le petit coffre à sa place, comme s’il
était devenu aussi brûlant que la rivière de lave qui coulait en contrebas de leur
maison. Pandora avait fait une promesse à sa mère et elle voulait la tenir…
* * *
Élias se tenait avec Sandros, un peu à l’écart du groupe, en ce début de soirée. Ils
avaient longuement discuté des festivités qui auraient lieu en leur honneur à leur retour
sur les Terres Herbeuses, à la suite de l’exploit des œufs sacrés du sudoku.
Pourtant, à présent, un silence embarrassant s’était immiscé entre eux. Quelques
grenouilles coassaient non loin. Des lucioles voletaient tout autour, rendant l’instant
irréel et étrange. Exactement à l’image du sentiment d’Élias. Depuis quelque temps, il
mourait d’envie de discuter avec Sandros, mais il ne savait pas comment aborder lesujet sans l’indisposer.
— Bon, qu’est-ce qu’il y a ? s’emporta soudain l’écuyer en s’immobilisant.
Élias resta stupéfait de sentir la colère contenue derrière cette question. Il affronta le
regard de Sandros, essayant d’y lire quelque chose, mais n’y découvrit que de
l’impatience.
— Pourquoi… tu… tu demandes ça ? bégaya Élias, mal à l’aise.
— Parce que je te sens tendu. Tu veux me dire quelque chose et tu n’y arrives pas !
— Je ne te connaissais pas si perspicace, Sandros…
L’écuyer haussa une épaule d’agacement, puis jeta :
— Tu as toujours tant de questions ! On peut s’attendre à tout de ta part. Alors, vas-y !
Qu’est-ce que tu veux savoir ?
Élias hésita puis se lança, prudemment :
— C’est que… j’ai vu ton dos quand on a enlevé nos tuniques pour les offrir aux
Knockers…
— Ah ! souffla Sandros en fuyant cette fois le regard inquisiteur d’Élias.
— J’ai vu les écailles vertes, poursuivit Élias. Je ne voulais pas t’espionner, je te le
jure. C’est un hasard…
Sandros secoua la tête plusieurs fois, puis affronta de nouveau le regard vert de son
ami. Enfin, il expliqua :
— Je souhaitais…, j’étais convaincu que personne n’avait remarqué. Je suis désolé
que tu m’aies vu… J’ai pourtant fait attention.
— C’est à cause de l’urine animale que tu as bue ? Tu es en train de te transformer
petit à petit ?
Sandros fronça les sourcils, surpris par les nouvelles questions d’Élias.
— Non ! Qu’est-ce que tu vas chercher là… Les fioles de Yéléna n’ont rien à voir
làdedans… Je suis né comme ça. C’est une malformation.
Comme Élias restait sans voix, Sandros continua, de la rancœur évidente dans la voix :
— Je sais ce que veut dire ton silence. Toute mon enfance a été comme ça. Les autres
se moquaient toujours. J’étais différent et ils me le faisaient bien sentir. Ce sont des
souvenirs douloureux, mais c’est du passé. Mon dos est comme ça et je n’y peux rien.
J’essaye simplement de le cacher. La peau de lion est parfaite.
— Je n’ai pas voulu te mettre mal à l’aise, Sandros. C’est juste que… j’ai été surpris.
Je… Tu sais, on a tous nos petits soucis et nos différences qui peuvent nous
handicaper. Regarde-moi, je suis petit pour mon âge. Je n’ai pas de gros biceps et
pourtant, quand je vois les tiens, j’aimerais bien parfois être mieux bâti… À l’école, on
me traitait de gringalet tout le temps. Je détestais ça !Sandros, un peu surpris par les révélations d’Élias, hocha la tête en signe de
compréhension mutuelle. La voix plus légère, il souffla simplement :
— Voilà, Élias Sparte, tu connais mon secret.
— Ne crains rien, je n’ai aucune intention de le crier sur les toits, si c’est ce que tu
penses… Auxane est-elle au courant ?
Sandros approuva en précisant :
— Oui, depuis son arrivée sur les Terres Herbeuses. Comme je suis souvent chez
Yéléna, c’est assez normal. Mais elle sait garder un secret.
— Moi aussi ! se renfrogna soudain Élias, vexé.
— Ne t’emporte pas, je ne disais pas ça pour te pointer. C’est juste que c’est un lourd
fardeau pour moi. Je dois surveiller mes arrières en permanence. Quoique parfois, il
me rend bien service, mon dos en écailles...
Sandros avait envie d’alléger la discussion, et en profita pour dévier le sujet sur
Antarès, le fils du roi.
— Tu vois, quand il n’est pas content de quelque chose et qu’il est sur son cheval, il
passe son temps à me donner des coups de pied…
Sandros affichait un sourire taquin et Élias se sentit plus détendu.
— Et toi, tu lui présentes ton dos et tu fais semblant de faire des grimaces de douleur,
ajouta Élias.
— Tout juste ! Comme quoi cette malformation a tout de même ses bons côtés ! C’est
avec le temps qu’on se rend compte que nos différences peuvent devenir des forces.
— Mais ça prend du temps avant qu’on le réalise…, confirma Élias en se rappelant une
fois où il avait pu se faufiler dans un espace assez réduit pour aller récupérer un
ballon.
— On devrait aller se coucher maintenant. Demain, on rentre sur les Terres Herbeuses
et j’en suis bien content.
* * *
Encore une fois, l’ogronne était installée sur son lit avec la boîte dans ses mains. Le
cœur palpitant, elle décida de soulever le couvercle, juste un petit peu, histoire de
glisser un œil globuleux à l’intérieur puis de refermer le tout bien vite. C’était une
question de quelques secondes, tout au plus. Pourtant, le couvercle résista à sa
pression. La boîte était fermée à clé. Et de clé, point de trace sur le sceau de Zeus.
Pandora songea à sa mère et l’accusa en pensée de lui avoir pris la clé. Elle murmura
pour elle-même :
— C’est toujours pareil. Elle a fait semblant de me faire confiance, mais elle a préféré
garder la clé de peur que j’ouvre ce stupide coffret !
Les pensées les plus noires roulaient dans son esprit à présent. « Elle veut me priverdes bijoux qui sont à l’intérieur. Elle ne veut pas que je sois la plus belle au bal. C’est
trop injuste. » L’ogronne observa sa magnifique robe de bal suspendue à l’arrière de sa
porte. De rage, elle rejeta la boîte sur son lit et se leva prestement pour s’approcher de
sa malle à bijoux. Par poignées entières, elle la vida sur le sol, mais aucun joyau ne
trouva grâce à ses yeux, aucun de ses bijoux ne pouvait convenir à cette robe si
magnifique. Pandora pleura son désespoir, essuyant ses larmes avec une poignée de
colliers de perles. Les larmes taries, elle se retourna encore vers son lit et jeta :
— Le bijou idéal est dans cette boîte. Zeus connaît mes goûts et il a voulu m’en faire
cadeau par le biais de ces offrandes.
L’ogronne attendit le milieu de la nuit et se faufila dans la pièce principale tandis que le
reste de la famille dormait en ronflant bruyamment. Ce n’est qu’aux premières lueurs
de l’aube qu’elle trouva enfin son bonheur : la clé aux trois foudres de Zeus.
L’imposante jeune fille se précipita dans sa chambre et referma la porte sans bruit,
heureuse d’entendre encore les ronflements assourdissants de sa mère. Ce n’était
surtout pas le moment que bébé ogron réveille Kishimo-Jin ! Pétrie de mille et un
désirs, Pandora s’installa devant sa coiffeuse et posa les trois foudres sur le sceau en
tremblant d’émotion. Elle poussa enfin avec son pouce gras et un déclic se fit
entendre. Pandora soupira d’aise et entreprit de soulever le couvercle, le cœur déjà
rempli d’allégresse.
Ce furent cependant des hurlements qui jaillirent de sa bouche quand des formes
fantomatiques lui traversèrent le corps et que des nuages noirs l’enveloppèrent
longuement. Rapidement, sa chambre fut remplie d’une odeur lourde, étrange et
inconnue. L’ogronne sentit tout le poids de la culpabilité l’habiter, la ronger. Un profond
sentiment de désespoir, d’impuissance et de tristesse s’empara d’elle alors qu’elle
continuait de hurler en découvrant soudain son corps au travers du miroir de sa
coiffeuse. Son visage si joliment rond de graisse était devenu fin et ses joues s’étaient
creusées, dévoilant de gracieuses pommettes. Ses beaux yeux globuleux étaient
devenus des yeux de biche affolés et son corps… son corps si agréablement gras était
maintenant tout délicat, ses hanches si larges étaient devenues squelettiques. Elle,
dont les cuisses s’apparentaient à des troncs d’arbre qui faisaient l’envie de ses
copines, se retrouvait à présent affublée de jambes aussi maigrelettes que des
branchettes. Elle, d’une beauté si rare, était devenue aussi svelte et laide que les fées
qui venaient parfois dans les parages. La honte, quoi ! Jamais plus elle ne pourrait
paraître devant ses amis comme ça !
Tandis que Pandora hurlait ses récriminations au reflet injuste de son miroir, la boîte
continuait à déverser son fiel dans la chambre, puis à se faufiler par la fenêtre
entrouverte… Kishimo-Jin déboula chez sa fille sous les cris interminables. Elle la
découvrit échevelée et méconnaissable. Kishimo-Jin aperçut la boîte ouverte et
s’empressa de fermer le couvercle, le cœur rempli d’effroi en apostrophant sa fille :
— Pandora ! Qu’as-tu fait…
L’instant d’après, un cri effroyable s’entendit à l’extérieur. Kishimo-Jin écouta plus
attentivement et distingua un bruit mat, comme la chute d’un corps sur le sol. Son sang
se glaça. Son instinct maternel savait qu’un autre drame venait de se produire. Était-illié à la boîte que Pandora venait d’ouvrir ? Kishimo-Jin se précipita à l’extérieur pour
découvrir avec horreur son jeune fils, Calydon, étendu sur le sol. Au loin, elle aperçut
rapidement l’animal de compagnie de l’ogron, un sanglier aux poils cendrés, qui
s’enfuyait en suivant des courbes insolites sur le chemin, comme s’il était devenu fou.
L’ogresse se pencha pour tenter de stimuler son fils, mais l’ogron ne réagissait pas.
Les larmes commencèrent à glisser sur les joues de Kishimo-Jin en découvrant une
mare de sang sur le flanc de Calydon.
— Que t’a fait ce sanglier ? Est-ce une de ses défenses qui t’a percuté ? Je n’aurais
jamais dû t’offrir cet animal sauvage comme compagnon… Qu’ai-je fait ?
Kishimo-Jin souleva son enfant dans ses bras et poussa un cri profond, rempli de rage,
un cri qui se répandit loin sur les Terres Volcaniques. L’instant d’après, elle songea de
nouveau aux offrandes, à la boîte de Pandora. Son cœur se durcit. Tout venait de ce
présent, se convainquit-elle. Tout venait de cette offrande spéciale pour les œufs
sacrés du sudoku.
— Il ne sera pas dit que ma famille subira les humiliations de Zeus ! Nous avons un
accord. Je ne terrorise plus les enfants d’Éphoria, mais au contraire je les protège. Mes
enfants font partie d’Éphoria. On ne peut m’enlever la chair de ma chair ! Je dois
trouver les trois élus. On me doit réparation.
Le visage baigné de larmes et encore tourné vers le ciel, comme en lien direct avec
l’Olympe, Kishimo-Jin, toujours chargée de l’ogron Calydon, partit en quête des trois
élus qu’elle espérait trouver encore sur les Terres Volcaniques. Quand elle les vit enfin,
elle s’agenouilla devant eux et les supplia de l’écouter, de l’aider.
— C’est que nous repartons ce matin, protesta Élias, mal à l’aise, devant
l’impressionnante ogresse.
Malgré la détresse évidente de Kishimo-Jin, il ne put s’empêcher de songer au conte
du Petit Poucet. À l’école, ils avaient fait une pièce de théâtre et bien sûr, avec son
minuscule gabarit, il avait été désigné pour jouer le Petit Poucet face à l’ogre… Le
spectacle avait connu un réel succès. Ses parents avaient même fait agrandir la photo
d’une scène en particulier : quand le Petit Poucet s’emparait des bottes de sept lieues.
Élias s’était senti très grand cette journée-là et un immense bonheur l’avait habité…
Une nouvelle complainte de Kishimo-Jin le tira brutalement de ses souvenirs
d’enfance.
— Vous ne comprenez pas… Cela vous concerne. Ma fille Pandora a ouvert la boîte de
Zeus… La boîte du Mystère… La boîte qu’il ne faut ouvrir sous aucun prétexte. Quand
je suis arrivée dans sa chambre, c’était déjà trop tard… J’ai refermé le couvercle, mais
il ne restait plus que l’espoir dedans. C’est une bien maigre consolation. Vous êtes les
trois élus, vous êtes ceux par qui l’offrande de Zeus est arrivée dans mon foyer. Il vous
incombe de m’aider, d’aider Éphoria. Attendez-vous à trouver de nombreuses épreuves
sur votre route. À commencer par un sanglier fou furieux qui vient de s’en prendre à
Calydon. Ils étaient pourtant amis…2 – Plus que l'espoir
Drakéon déambulait dans la salle du trône, l’esprit bien loin des réjouissances qui
avaient cours à l’extérieur du palais. Même si les trois élus n’étaient pas encore de
retour, la population d’Éphoria célébrait déjà la réussite incontestable du début
d’incubation des œufs sacrés du sudoku. Les centaures et bucentaures étaient
revenus avec le reste du convoi et la nouvelle s’était répandue rapidement
Drakéon ôta son casque cérémonial en soupirant. Ses yeux oisifs accrochèrent les
armoiries suspendues et il songea à son fils, au procès qui l’avait complètement
blanchi. Au même moment, la grande prêtresse arriva et le pressa de se joindre à elle
pour honorer ses sujets. Drakéon refusa, mais Yéléna insista tant et tant qu’il finit par
s’y résoudre et accrocha un sourire factice.
* * *
Auxane, tout en écoutant l’ogresse implorer leur aide, s’occupait activement de l’ogron
qui avait été déposé dans l’herbe, tout près de son imposante mère. La blessure était
vraiment mauvaise, mais l’enfant vivait. L’apprentie se garda cependant d’émettre un
avis de crainte de ne pouvoir sauver Calydon. Elle ouvrit sa besace et y sortit le
nécessaire pour soigner le blessé. Puis, elle versa un chaudron d’eau tiède sur la plaie
afin de la nettoyer et de voir l’étendue des dégâts. Sans demander l’autorisation à ses
amis, elle emprunta ensuite la dague de Sandros et l’utilisa pour racler la draconite
qu’Élias portait au bras. Élias protesta du regard, les sourcils froncés. Mais il savait que
ce n’était pas le temps de discuter, même si mille et une questions fusaient dans son
esprit. Auxane déposa l’infime quantité de la pierre dans un petit bol de bois et y ajouta
de l’eau. Elle entreprit alors de faire boire à l’enfant sa préparation. Elle ignorait
pourtant si l’ogron avait réussi à en avaler tant le breuvage coulait par les commissures
de ses lèvres inertes. Mais, malgré l’épaisse graisse du cou, Auxane avait l’impression
de sentir une légère déglutition sous ses doigts. La jeune fille se mit à observerattentivement la plaie et elle hocha enfin la tête. L’hémorragie semblait vouloir cesser.
La draconite accomplissait son travail. Cependant, Auxane ne voulut pas se réjouir trop
vite. Il y avait encore beaucoup à faire, même si la plaie était devenue propre. Elle
prépara un cataplasme de plantes et le déposa sur la vilaine blessure. L’ogron ne
bougeait toujours pas. L’apprentie savait qu’il n’y avait plus qu’à attendre à présent.
Elle se tourna vers Kishimo-Jin qui attendait visiblement une décision de leur part.
L’ogresse ne s’enquérait même pas de l’état de son fils, ce qui intrigua Auxane. Elle
décida de lui poser la question qui lui brûlait les lèvres :
— Vous ne souhaitez pas savoir comment va votre fils avant de partir à la recherche
de ce sanglier ?
Kishimo-Jin sembla sortir d’un long brouillard, comme si l’interrogation la surprenait.
Auxane précisa :
— Oui, votre fils Calydon ! Il est faible et devrait dormir le reste de la matinée, peut-être
aussi une bonne partie de l’après-midi. Je ne peux rien vous promettre pour le
moment, c’est bien trop tôt. Au moins, il ne saigne plus. Je ferai tout ce que je
pourrai… Vous pouvez compter sur moi. Je vais rester près de lui.
L’ogresse demeura silencieuse. Du dos de la main, elle essuya les torrents de larmes,
cligna de ses lourdes paupières plusieurs fois et renifla bruyamment. Enfin, une lueur
s’alluma dans ses pupilles et elle regarda plus attentivement Auxane, puis Calydon.
Elle ouvrit la bouche comme si elle allait parler, se ravisa puis changea encore d’avis
pour jeter :
— Calydon… Il… Il n’est pas trop tard ? Il n’est donc pas… mort ?
Auxane comprit enfin… Kishimo-Jin croyait qu’il n’y avait plus rien à faire pour son
ogron, tout simplement. Impulsivement, Auxane se précipita vers l’ogresse et lui prit la
main. La scène paraissait on ne peut plus surréaliste : une frêle jeune fille d’une
blancheur extrême face à l’immense ogresse aux cheveux de jais et à la peau brunie !
La protectrice des enfants se laissa entraîner vers son fils par Auxane qui poursuivait
ses explications, ne lui promettant rien de plus que l’attente et l’espoir…
— L’espoir, comme ce qu’il reste dans la boîte de Pandora, souffla l’ogresse à Auxane.
Kishimo-Jin hésitait à présent. Ses yeux roulaient en tous sens, en proie à un dilemme.
Auxane dut le sentir, car elle continua :
— Je vous suggère de retourner auprès de vos autres enfants pour les rassurer.
Auprès de Pandora également. Si ce que vous dites est exact, elle risque d’avoir
besoin de vous plus que jamais. Donnez-lui de cette plante en tisane. Elle pourra se
détendre, se reposer.
Le rhapsode, qui était demeuré silencieux pendant tout ce temps, intervint en plantant
son bambou devant lui :
— Calydon est entre bonnes mains, Kishimo-Jin. Vous pouvez partir en paix dans votrefoyer.
— Vous, ici ? s’étonna l’ogresse en découvrant le vieillard longiligne aux mille et une
rides.
« Vous vous connaissez ? » eut envie de questionner Élias aussitôt, mais il savait que
ce n’était pas le moment. « Serait-ce un jour le temps, d’ailleurs ? » Il l’ignorait. Mais
tout cela ne faisait que confirmer ce qu’il pensait : le rhapsode était loin d’être un vieil
homme ordinaire.
— Vous allez vous occuper du sanglier de Calydon ? questionna Kishimo-Jin d’une
voix lasse.
— Nous nous occuperons de réparer les abominations qui vont se produire sur
Éphoria, assura Sandros sans demander l’avis de quiconque, ce qui lui valut un regard
furibond d’Élias.
Kishimo-Jin ne sourit pas au jeune écuyer. Elle jeta un dernier regard rempli d’espoir à
son cher Calydon, puis à Auxane et repartit, le pas lourd, retrouver les siens. Quand
l’ogresse fut hors de vue, Élias s’emporta aussitôt contre Sandros.
— Tu ne crois pas qu’on a le droit à un peu de repos ? Affronter mille et un périls
semble commencer à te plaire !
— Ne sommes-nous pas les guerriers de Zeus, Élias ? Nous sommes sur la route de
l’apprentissage, tu n’as guère le choix. Nous ne sommes pas seuls maîtres de notre
destin. Éphoria est intimement lié à nos décisions d’affronter ou non ce qui se présente
devant nous.
— Oh là ! te voilà bien présomptueux. Guerriers de Zeus ! On ne m’a pas demandé
mon avis, je te signale.
— Eh bien, retourne dans ton monde, si tu en es capable !
Élias demeura muet devant tant de véhémence. C’est Auxane qui arriva près d’eux et
s’emporta à son tour :
— Vous n’avez pas honte tous les deux de vous quereller de la sorte ? Comment
voulez-vous que Calydon prenne du repos ? Et toi, Élias, que t’arrive-t-il ? Comment
peux-tu ignorer tous ces signes ? Sandros a raison. Qu’on le veuille ou non, nous
sommes impliqués. Et une partie de toi fait corps avec Éphoria ; tu ne peux le rejeter.
Tu ne peux oublier le...