Le scarabéé vert

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"Cest à ce moment précis qu'elle sentit son destin basculer. Plus rien ne serait jamais comme avant. (...) Elle avait écrasé le scarabée vert. Tout était de sa faute."
Publié le : dimanche 5 avril 2015
Lecture(s) : 38
EAN13 : 9782336375335
Nombre de pages : 166
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Françoise PAYOT
Le scarabée
vert
« C’est à ce moment précis qu’elle sentit Une enfance jurassienneson destin basculer. Plus rien ne serait
jamais comme avant. (….) Roman
Elle avait écrasé le scarabée vert.
Tout était de sa faute. »
Françoise Payot est née en 1952
à Poligny dans le Jura où elle vit
dans un petit village du Pays des
Lacs. Thérapeute, passionnée par
le symbolisme et l’inconscient, elle
a écrit des poèmes, des textes
poétiques, des chansons, une
nouvelle : « Le loup noir ». Dans ce
premier livre impressionnant de liberté, elle capture le
lecteur dans la griffe acérée de sa plume pour l’entraîner,
envoûté, sur un chemin de cassure et de résurrection.
Littérature
Littérature Photo de couverture : Chloé Lawansch. et Régions
et Régions
ISBN : 978-2-343-05914-3
Franche-Comté 17 € 9 782343 059143 Franche-Comté
Le scarabée vert
Françoise PAYOT Le scarabée vert
Littérature et Régions

Pommier (Pierre), Le temps d’une vigne, 2015.

Bouregat (Mohamed L.), Les fiers. Chronique d'un village qui
voulait ressembler aux autres, 2015.

Bourgue (Maurice), Fantômes en Provence, 2014.

Belcikowski (Christine), La trace du serpent, 2014.

Ramonede (Célestine), Le prix de la terre, 2014.

Morge (Raymond Louis), Lettres des Montilles, 2014.

Sauvillers (Gabrielle), Résistance lyonnaise, j’écris ton nom, 2014.

Bouchet de Fareins (Serge), Le diable dans le grenier. Une enfance
en Armorique (1943-1949), 2014.

Forzy (Claude), La saga du Faulx, 2013.

Robin (François), Landerneau revivra, une ville en campagne, 2013.

Tounens (Antoine de), Le pas de l’étoile, 2013.






Ces dix derniers titres de la collection
sont classés par ordre chronologique
en commençant par le plus récent

La liste complète des parutions, avec une courte présentation Le scarabée vert
Une enfance jurassienne
Françoise PAYOT
Le scarabée vert

Une enfance jurassienne




























Crédit photo : Chloé Lawansch












© L'HARMATTAN, 2015
5-7, rue de l'École-Polytechnique, 75005 Paris

http://www.harmattan.fr
diffusion.harmattan@wanadoo.fr
harmattan1@wanadoo.fr

ISBN : 978-2-343-05914-3
EAN : 9782343059143


À Chantal Serrière qui m’a encouragée
et suivie au fl de l’écriture,
et à Bernard, mon compagnon de route.
Car, devant celui qui frappe, s’ouvrent les portes.
Ep. Gr. 4

Le givre
« C’est le givre, se dit-elle. C’est là que tout a commencé,
avec le givre. Tout est de la faute du givre ».
Le lit est chaud, mais le sein est froid. Le sein blanc est
froid. Le sein est blanc et froid. Le froid, il te mord, il te
rentre dedans, il s’immisce dans ta chair, s’incruste dans
tes reins, installe entre ta peau et le monde un espace
inhabitable.
Le froid c’est un loup garou, un terroriste, il te plaque
au mur, il te rend fou le froid ou borderline à tout jamais.
Le froid, c’est le chacal aux grandes oreilles. Il te prendra
par la main et t’emmènera jusqu’à la lisière charbonneuse
du bois.
De sa naissance en février 52 dans une petite ville
jurassienne nichée sous la falaise du premier plateau et
entourée de vignobles, elle ne sait pas grand-chose, qu’il
y avait une poudrée de neige sur les toits, que son père
était à Paris (ce qui s’avéra faux par la suite) et que son
grand-père s’était déplacé en pleine nuit alors que, pour
la naissance de sa propre flle, il n’avait pas voulu qu’on
le réveille Absence du père, présence du grand-père, elle
n’y avait jamais pensé.
11« Bizarre, se dit-elle, ça renforce l’effet givre ».
C’était, certes, pourtant simple : il suffsait de ne pas
naître, juste ne pas naître, considérer l’option non valable,
résister à la tentation…
Oui, mais voilà il y eut le givre. Le givre et la neige qui
en ce temps-là était plus blanche, le froid plus froid, et
la senteur des sapins plus mystérieuse et résineuse. Et le
givre qui ce jour-là ft un tour de magie : il profta d’une
caresse inattendue d’un rayon de soleil par-dessus les
toits pour faire vibrer le réel jusqu’à le transfgurer et le
faire passer pour le surnaturel !
C’est ainsi qu’à cause de cette splendeur elle fut bernée
et qu’elle se laissa glisser en ce monde, bercée de l’illusion
d’être restée dans l’autre. Une fois contre le sein blanc
de sa mère, c’était trop tard. Trop tard pour remarquer
que sous l’étincellement, la matière même du givre était
fnement mais profondément craquelée.
C’était le givre, c’était juste de la faute du givre.

Dans le village où ses grands-parents jouissent d’un
certain prestige moral, à pied, à cheval, en voiture, à
bicyclette, on se précipite de toute part pour lui rendre
hommage. C’est la première petite-flle de la famille et il
semble émaner d’elle une aura particulière, une douceur,
une sérénité étoilée qui atteint de son rayonnement tous
ceux qui l’approchent, comme une caresse.
On vient se prosterner à ses pieds, on lui roucoule des
mots sucrés, on la couvre de cadeaux, on la dévore de
baisers. A pleines dents.
Trois semaines plus tard, au matin de son baptême,
date choisie, suprême raffnement de sa mère, le jour de
la fête de sa sainte patronne, sa mère et sa grand-mère
12qui se précipitent à son réveil sont stoppées net dans leur
élan sur le seuil de la chambre, glacées d’effroi (effroi, à
l’idée insupportable de perdre leur proie, pensera-t-elle
plus tard non sans un certain humour).
Elle est là, comme inanimée, qui gît dans son berceau
d’une pâleur extrême… Elles sont horrifées, leurs jambes
ainsi que la terre se dérobent…
Mais optant alors pour ce qu’on appelle la vie, son
goût de l’effort ayant déjà triomphé de son envie de fuir,
l’enfant ft le choix de rester et sortit de son profond
sommeil...
A ce sujet, certains, des fous sans doute, donnent
une explication à la mort subite du nourrisson : celui-ci
prenant conscience de l’absence d’amour dans le milieu
où il s’incarne préfère repartir.
Après il y a un grand trou noir.
Le grand trou noir de ces années pourtant
primordiales gommées du temps et de la mémoire, dont on
ne retrouve trace que sur des photos étranges et à demi
effacées où la réalité prend un autre visage. Celui de la
docilité. Tout le monde en noir et blanc y a l’air si gentil
dans cette soumission désarmante à l’objectif. C’est à ne
plus rien comprendre ! Les personnages y ont perdu de
leur pouvoir terrifant et sourient niaisement tandis que
l’enfant, lui, avec son air étonné et resté innocent, se pose
des questions. Il ne retrouve rien de ses frayeurs d’antan,
si peut-être parfois, quand on regarde bien, l’empreinte
d’une angoisse diffuse.
C’est le trou noir où s’engouffrent les possibles et se
cloisonnent tous les impossibles, où ce qui constitue la réalité
familiale s’imprègne dans le cerveau de l’enfant comme
du beurre et sans fltre de protection. Irrémédiablement,
13l’araignée tisse sa toile et construit le disque dur, la boîte
noire de l’existence, cette pellicule inaccessible qui se
projettera inexorablement sur l’écran de la vie dans des
expériences répétitives. Trop peu nombreux seront ceux
qui s’interrogeront intelligemment sur l’origine de leurs
diffcultés et se pencheront patiemment et effcacement
sur leur histoire enfouie. Ils chercheront des solutions
dans le flm alors que c’est la pellicule qui pose problème.
Karma, conditionnement, éducation,
trans-générationnel, peu importe le facon…
Il reste toutefois des bribes de mémoire rapportées
çà et là, par les uns ou les autres, souvent la mère. Il
semblerait que l’enfant dans les mois qui précédèrent
la marche, restait des heures sous le platane de la cour,
assise dans sa poussette, sans bouger, sans broncher, le
regard absent, un vague sourire aux lèvres, ne prêtant
pas attention aux passants qui s’arrêtent pour lui faire
les « petites marionnettes » ou pour la louer de sa
sagesse…
Elle est restée dans l’autre monde avec un talent inné
pour la contemplation, la méditation…
« Impossible, trancha le psy, sur un ton sans réplique,
un enfant veut vivre, un enfant veut bouger. Vous ne
faisiez que vous adapter, que compenser, vous n’étiez déjà
plus qu’une machine à refouler ; vous sentiez exactement
comment être pour ne pas déplaire à votre mère : rester
immobile et silencieuse ».
OK d’accord, OK d’accord, lui non plus, il ne faut pas
le contrarier, elle va réféchir. Mais au fond d’elle-même,
elle y tient à cette idée qu’elle y est bel et bien restée, dans
l’autre monde. Qu’elle voit les anges, qu’ils lui sourient et
qu’elle leur sourit.
En fn de thérapie, il lui pose toutefois la question :
14« Parallèlement aux prises de conscience sur votre
histoire, qu’avez-vous compris de fondamental ? »
« Je confondais sagesse et inhibition alors qu’elles
coexistent à des niveaux de conscience différents »,
répond-elle aussitôt, lui démontrant par-là, le chemin
parcouru.
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