Le secret de Victor

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Le secret de Victor raconte l'aventure de deux bandes d'enfants rivales qui s'affrontent dans leur village pendant qu'un mystérieux individu  s'intéresse de près à un tilleul gigantesque planté deux cents ans plus tôt sur la place de l'église par Victor le jardinier. Jimmy, Marion et Tom, passionnés de nature, vont profiter des vacances de Pâques pour démasquer ce rôdeur nocturne qui semble chercher quelque chose d'important dans le tronc creux de l’arbre qui leur sert de lieu secret. Mais dans le même temps, la bande à Jérémy provoque les jeunes détectives pendant que les adultes se disputent à propos de l’abattage de l’arbre remarquable afin d’y construire un centre culturel à la place. 
Publié le : vendredi 3 juin 2016
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Licence : Tous droits réservés
EAN13 : 9791032500323
Nombre de pages : non-communiqué
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Claude ROMAIN
Le secret de Victor
© Claude ROMAIN, 2016
ISBN numérique : 979-10-325-0032-3
Courriel : contact@laboutiquedesauteurs.com
Internet : laboutiquedesauteurs.cultura.com
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« Le plus grand arbre est né d'une graine menue. » Lao Tseu
Prologue
3 avril 1816 Cette nuit-là, la brise aida le fruit à se détacher de la branche du vieux tilleul. La graine ailée se mit à virevolter avec grâce. À l'instant où elle allait se poser sur un tapis de mousse, une bourrasque la projeta dans les airs. Elle voyagea, secouée en tous sens. Tandis qu'elle passait au-dessus d'une forêt, un corbeau tenta de la happer. Le choc lui fit perdre de l'altitude, mais un fort courant ascendant l'emporta avant qu'elle ne s'accroche dans la cime d'un épicéa. Elle survola un étang, fit une embardée en direction du village d'Hargnies et vint rebondir contre le clocher de l'église. Elle dégringola en tourbillonnant sur le toit en ardoise, puis resta coincée en équilibre sur le bord de la gouttière. Au même moment, au centre de l'étendue herbeuse faisant office de place de village, un homme apparut. Il avançait courbé, en regardant de droite à gauche, sur le qui-vive. Vêtu d’un long manteau vert kaki, il tenait un sac d’une main, et de l’autre une pioche. Il s’arrêta, déposa ses affaires et examina le terrain. Satisfait, il se mit à arpenter la place à grandes enjambées, comme s’il mesurait une distance approximative. Après quoi, il s’assura que personne ne l’observait, empoigna la pioche et donna des puissants coups dans le sol. Au bout de dix minutes, il avait creusé un trou d’environ trente centimètres de côtés et soixante-dix centimètres de profondeur. Il jeta encore une fois un œil pour vérifier si un noctambule ne se trouvait pas dans les parages. Jusque-là, tout se passait comme il l’avait espéré. Le village était endormi, le silence était absolu, excepté le cri plaintif d’un hibou petit duc qui retentissait à intervalles réguliers. Rassuré, il s’agenouilla, prit le sac qu’il palpa avec convoitise puis, à contrecœur, le mit dans le trou. Après un temps d’hésitation, il rassembla la terre avec les mains pour le reboucher en jetant des regards nerveux autour de lui. Cela fait, il se leva puis étala le reste de terre avec ses bottes, sans trop la tasser.
Soudain, il entendit un léger bruit provenant du côté de l’église. Inquiet qu’on pût l’avoir surpris dans son étrange rituel, il décida d’aller faire un tour d’inspection. Il emprunta la ténébreuse allée qu’encerclait l’édifice religieux en scrutant le moindre recoin. Il se retrouva devant le porche, quand tout à coup, une main l’agrippa.
– Qu’est-ce que… ? fit-il en faisant volte-face sur la défensive. Son cœur malade se mit à palpiter d’une façon alarmante.
eu la frousse, hein, Victor ! beugla l’importun en explosant d’un rire tonitruant qui T’as résonna dans tout le village. Qu’est-ce que tu fiches devant l’église à trois heures du matin ? T’es allé mettre un cierge ? Il s’esclaffa de plus belle.
Tu étais là de… Depuis longtemps, Émile ? balbutia Victor, la gorge serrée, mais Tu… néanmoins soulagé d’avoir affaire à Émile Dulgan. Celui-ci un peu simplet ne devrait pas poser trop de questions sur sa présence à une heure aussi tardive au centre du village.
Non, je viens d’arriver. Je partais dans les bois cueillir des champignons. Je veux être le premier à trouver les bons coins, vois-tu ! Mais toi, qu’est-ce que tu fabriques dehors à une heure pareille ? Ne me dis pas que tu jardines ? Je sais que tu aimes ton métier, mais à ce point-là !
Eh bien,… Hésita Victor, embarrassé. En fait, je…
À cet instant, la graine qui s’était décrochée de la gouttière passa en tournant mollement devant lui. Aussitôt une idée lui vint à l’esprit. D’un geste vif il la saisit en plein vol et la mit sous les yeux d’Émile.
Je cherchais une graine de tilleul pour la planter sur la place, dit-il d’un air enjoué en agitant le petit fruit fragile. J’ai toujours pensé qu’il y manquait un arbre. Et justement en voilà une très belle qui me tombe du ciel ! C’est rare, d’habitude elles sont par grappes. J’ai de la
chance, elle doit être de bonne qualité. une graine à trois heures du matin ? s’étonna Émile qui avait parfois des Planter moments de lucidité. Tu ne vas pas me croire, répondit Victor qui ruisselait de sueur. Mais j’ai lu dans un livre de jardinage que c’était le meilleur moment pour planter un tilleul. Il paraît qu’on a deux fois plus de chance pour la germination. Probablement à cause de la lune.
 Ah bon, fit Émile en s’en allant d’une démarche lourde tout en secouant la tête d’un air absent. Dans son esprit innocent, c’était normal après tout que Victor veuille planter un arbre la nuit. En plus le livre disait que c’était comme ça qu’il fallait faire.
Victor s’épongea le front avec le revers de sa manche et soupira en regardant s’éloigner Émile qui se retournait sans cesse en lui faisant des grands signes. Il se sentait mieux. Son cœur battait beaucoup moins vite à présent.
Il se dirigea vers l’emplacement du trou en tenant délicatement la graine, se baissa, la posa sur la terre fertile fraîchement retournée, puis la recouvrit d’humus. Il prit son temps, afin qu’Émile le vît faire cette manipulation. Il saisit la pioche, se redressa, et rentra chez lui en sifflotant, heureux d’avoir eu l’idée du tilleul.
De retour dans sa maison située de l’autre côté de la place où il vivait seul, il griffonna un croquis sur un carnet et écrivit quelques mots. Il réfléchit un instant, puis, content de lui, il souleva une des lattes béantes du parquet défectueux et poussa le carnet le plus loin possible. Il remit la latte en place d’un coup de talon, alla chercher un marteau et des clous, puis recloua. Il se déshabilla, but un verre d’eau et monta dans sa chambre. Avant de se coucher, il regarda par la fenêtre pour s’assurer qu’il voyait bien l’endroit où il avait creusé. L’esprit tranquille, il songea que lorsqu’il voudrait déterrer le précieux sac, le tilleul serait un bon repère pour le retrouver. Si toutefois il voulait bien pousser. Ça, il n’en était pas du tout convaincu, car il savait parfaitement qu’il fallait au moins un an pour qu’une graine de tilleul veuille bien germer.
Deux jours plus tard, Victor le jardinier décéda, foudroyé par une crise cardiaque alors qu’il désherbait un parterre de fleurs près de l’église. Il avait eu plusieurs attaques auparavant et aurait dû, sur les conseils de son médecin, cesser tout effort physique.
Le jour même, comme par miracle, la graine de tilleul germa et commença sa longue croissance. Tous les gens du village avaient été informés par Émile que Victor souhaitait faire pousser un tilleul au milieu de la place. Ils furent persuadés que cette coïncidence n’était pas due au hasard et firent courir le bruit que le jeune arbre s’était approprié l’âme du malheureux jardinier. Sans doute par superstition, ils apportèrent les plus grands soins à son développement et le vénérèrent jusqu’à l’appeler Victor.
Pourtant Victor connu quelques difficultés à grandir. Émile, qui avait eu la délicate responsabilité de veiller à ce qu’il ne fût pas étouffé par les hautes herbes, faillit le couper avec sa faux. Une autre fois, un cheval l’évita de peu et un mulot manqua de le dévorer au moment où Émile s’apprêtait à lui faire une légère taille. Néanmoins, il atteignit cinq mètres en deux années.
Ce fut à cette époque qu’Émile dut partir rejoindre sa sœur qui habitait dans le sud de la France. Elle voulait s’occuper de lui, car depuis quelques mois, il avait de plus en plus des troubles de la mémoire et ne pouvait plus se prendre en charge tout seul. Il quitta Hargnies avec regret, en promettant à Victor qu’il reviendrait le voir quand il serait un arbre adulte. Mais plus personne ne revit le pauvre homme et on n’entendit plus jamais parler de lui.
Ce fut le garde champêtre qui se chargea de Victor. Il le bichonna et lui donna tout son amour pour qu’il devînt un bel arbre. Cependant, alors que Victor arborait ses sept mètres, un corbeau (le même qui avait tenté de le manger quand il n’était qu’un fruit voltigeur) avala son bourgeon terminal. Cette blessure eut pour conséquence un départ de quatre branches opposées. Malgré tout, il continua de grandir, si bien qu’au bout de quinze ans il dépassa vingt mètres de hauteur. Son tronc avait un diamètre d’un mètre cinquante et ses quatre branches maîtresses étaient impressionnantes. Pour son âge, c’était un phénomène de la nature, à tel
point que tous les gens des départements voisins venaient l’admirer.
Cinquante ans plus tard, Victor doubla de volume et devint une légende. Il fut officiellement classé comme arbre remarquable et fit partie du patrimoine Français. Tel un monument, il trônait au milieu de la place d’Hargnies, emprisonnant dans son lacis de racines : le secret de Victor.
20 avril 2016
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Qu’est-ce que je viens de dire, Jimmy ? demanda Gilles Lambert. Jimmy Darman sursauta et regarda d’un air ahuri autour de lui. Tous les élèves l’observaient en pouffant. Il n’avait aucune idée de ce que venait d’expliquer l’instituteur. Il rêvassait. Dans moins d’une heure il serait en vacances pendant quinze jours. Il adorait la période de pâques car elle lui évoquait le réveil de la nature. Il se voyait déjà courir avec ses meilleurs amis : Marion Gilmour et Tom Arotta, dans les champs parsemés de primevères, de cardamines et de pissenlits. Comme tous les ans, ils allaient rester des heures aux bords des mares à observer la métamorphose des têtards qui devenaient les proies des impitoyables dytiques. Mais par-dessus tout, il s’imaginait avec Tom et Marion, embusqués dans le tronc creux de Victor. Cette énorme cavité dans laquelle ils pouvaient s’engouffrer par une ouverture secrète et se tenir à l’aise comme dans une cabane.
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