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Le Secret du Tycoh

De
418 pages
Shan, orphelin depuis l'âge de huit ans, est chargé par le Roi de trouver le Tycoh, seule chance pour le royaume de repousser l'invasion des démons qui se prépare. Il est bientôt aidé par Melchior, un guerrier, membre de l'Escadron Noir. Rapidement, ils comprennent qu'au sein même du royaume, certains oeuvrent contre eux. Pris entre les trahisons, les complots, et la menace de plus en plus pressante des démons, ils s'engagent sur les traces de Drax, le père de Shan, mort alors que lui-même cherchait le Tycoh. Pour mener sa mission à bien et découvrir cette légende vieille de cinq siècles, le jeune homme va devoir élucider les circonstances dans lesquelles son père a péri, et affronter le destin que les dieux lui ont choisi.
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Le Secret du Tycoh
Na el Roon
Le Secret du Tycoh

Les lØgendes d’Estreya - 1
















Le Manuscrit
www.manuscrit.com












 ditions Le Manuscrit, 2004.
5bis, rue de l’Asile Popincourt
75011 Paris
TØlØphone : 01 48 07 50 00
TØlØcopie : 01 48 07 50 10
www.manuscrit.com
contact@manuscrit.com

ISBN : 2-7481-3831-7 (Fichier numØrique)
IS-3830-9 (Livre imprimØ)




A Sophie, qui m a toujours soutenu.
A ma famille qui m a donnØ le goßt des livres.
A Victor et Anna, beaucoup d amour.




PROLOGUE





« Au del du temps,
Au del de l espace,
Une puissance sans limite
CrØØe par les Divins.
L Œtre pur
Saura la trouver,
Saura en user.
Elle lui donnera son pouvoir,
Elle lui confØrera le savoir,
Elle lui insufflera le courage
Et ainsi, en fera
1Un dieu. »

1 Comptine du Tycoh, Øcrite par un inconnu en l an 5.



CHAPITRE 1 : BERAN


L an 582, Royaume d Allan-Bar.
Que pouvait bien lui vouloir le Roi BØran ?
Cette question le taraudait depuis qu il avait re u la
convocation de la Cour. Qu avait-il de si
exceptionnel, lui, Shan Raybanto, pour que le
Monarque le plus puissant du continent Estreya le
convoque dans son Palais ?
Le Tycoh. Quoi d autre ? Toujours le Tycoh, qui
avait contr lØ sa vie depuis sa naissance. Plus il
approchait de la ville palais, plus Shan sentait que
c Øtait ce dØtail qui le rendait si important aux yeux
du Roi.
L Øvocation de cet artefact rappela Shan de
bien tristes souvenirs. Cette... chose - il fallait bien lui
donner une description, mŒme si personne ne savait
quoi elle ressemblait - avait brisØ sa famille. Et mŒme
s il n y Øtait pour rien, il ne pouvait s empŒcher de
penser que c Øtait par lui que tout Øtait arrivØ. Le rØcit
que son grand-pŁre Gyro lui avait fait un jour
pluvieux de septembre, quelques mois aprŁs qu il eut
fŒtØ ses huit ans, lui revint en mØmoire.
Son pŁre, Drax, et sa mŁre, Siran, s aimaient
passionnØment. Drax Øtait issu de la ville de Peehita,
et s Øtait installØ en tant qu antiquaire dans la capitale
toute proche. Au cours de l un de ses voyages, il avait
rencontrØ Siran, Joka, dans la province des
magiciens, Sorcereer. Elle Øtait finalement venue
habitØ avec Drax Eola. Et aprŁs quelques annØes,
elle Øtait tombØe enceinte. Mais cet ØvØnement qui
aurait du Œtre un moment de joie avait tournØ la
11 Le Secret du Tycoh
tragØdie. En accouchant de Shan, Siran Øtait morte.
Drax avait alors complŁtement changØ. Il s Øtait
renfermØ sur lui-mŒme. Au bout de quelques temps, il
avait dØcidØ de se mettre en quŒte du Tycoh, qui seul
pouvait ressusciter sa femme. Il Øtait parti, en confiant
l Øducation de son enfant ses parents, et leur laissant
son magasin afin de pouvoir le nourrir et l Øduquer.
Des nouvelles parvenaient plus ou moins
rØguliŁrement au foyer des grands-parents de Shan.
Drax n y parlait jamais du Tycoh. Il disait juste qu il
allait bien, qu il pensait eux, et qu il les aimait. Et
puis, aprŁs que Shan eut fŒtØ son huitiŁme
anniversaire, ils ne re urent plus aucune nouvelle.
Trois mois passŁrent sans qu aucune missive de Drax
n arrive. L attente prit fin cruellement : une colonie
de soldats se prØsenta chez les grands parents de
Shan. Ils tranaient î avec eux un lourd chariot,
recouvert d une b che pour le protØger de la pluie.
Dans ce chariot Øtait allongØ le cadavre de Drax. Son
corps avait ØtØ retrouvØ, complŁtement mutilØ, au pied
d une montagne, prŁs de la citØ de Makyo. Une fois
de plus, les montagnes de No-Torus avaient prouvØ
qu elles Øtaient infranchissables, et que ce n Øtait pas
pour rien qu aucun cartographe n avait jamais pu
Øtablir un plan prØcis de cette rØgion. Le soir, une fois
les soldats repartis, Shan avait posØ des questions sur
ce qui s Øtait passØ, et Gyro lui avait racontØ tout ce
qu il savait.
Dans les annØes qui avaient suivi, le gar on,
devenu jeune homme, avait entrepris des Øtudes dans
une Øcole supØrieure d arts anciens, portant
essentiellement sur l Histoire et les lØgendes du
royaume. A l Øpoque, Shan Øtait avide de savoir, et le
12 Na el Roon

destin de son pŁre l avait poussØ par curiositØ presque
morbide s intØresser au Tycoh. Son rŒve avait ØtØ de
pouvoir acquØrir suffisamment de connaissances pour
pouvoir s installer Indeed, la ville des Erudits.
La rØalitØ avait ØtØ diffØrente. Shan n avait pas
les aptitudes suffisantes, ni une envie d apprendre
assez forte pour devenir un Erudit. Par ailleurs, Gyro
se faisait vieux, et tenir la boutique devenait trŁs
difficile pour lui. Le gar on avait alors stoppØ ses
Øtudes, qu il savait de toutes fa ons compromises
plus ou moins long terme, pour reprendre le
commerce de son pŁre. A partir de ce moment-l , son
intØrŒt pour le Tycoh avait fortement dØcrßt, et il avait
pu prendre sa vie en main. La boutique l avait
passionnØ, et avait trŁs vite prospØrØ, faisant de lui un
des nombreux bourgeois de la Capitale. Par ailleurs,
Øtant plut t bel homme, avec ses cheveux ch tains
ondulant jusqu ses Øpaules, et ses yeux verts, il avait
dØj re u plusieurs propositions de mariage, qu il
avait pris soin de refuser.
Avec le recul, Shan avait compris que l artefact
avait toujours guidØ sa vie ; il lui avait enlevØ son
pŁre, et l avait tuØ. Il l’avait poussØ faire des Øtudes
en arts anciens qui ne l avaient menØ rien. Et
maintenant, il lui valait une convocation chez le
Souverain d Allan-Bar.
Pourtant, si le Roi espØrait qu il dØtienne une
information importante concernant le Tycoh, il allait
en Œtre pour ses frais. Ce qu il en savait ? A peine plus
que ce qu en connaissait le commun des habitants
d Allan-Bar : le Tycoh Øtait un artefact magique
d une puissance incommensurable, capable d exaucer
n importe quel vœu. Mais malgrØ de nombreuses
13 Le Secret du Tycoh
recherches, personne ne l avait jamais trouvØ.
D aucuns soup onnaient mŒme qu il n existait pas.
Drax n avait jamais fourni d indications sur ses
recherches, et lui-mŒme n avait jamais rencontrØ son
pŁre. DŁs lors, comment pourrait-il Œtre d une aide
quelconque au Roi ?

Une heure plus tard, Shan arrivait enfin BØran.
La lettre de convocation portant le sceau du Roi lui
permit d entrer sans difficultØ dans l enceinte de la
ville.
L endroit reflØtait le luxe dont le monarque Øtait
friand. Plus qu une rØsidence royale, BØran Øtait une
vØritable ville, dØdiØe au Souverain. C est lui qui
l avait faite construire, deux ans aprŁs son avŁnement,
voil une trentaine d annØes, et lui avait
vaniteusement donnØ son nom. A l intØrieur, les
meilleurs artisans travaillaient pour le seul compte de
Sa MajestØ et de sa Cour. Au total, c Øtait prŁs de
deux cents personnes qui rØsidaient dans cette ville.
Des orfŁvres, des ma tres d armes, des forgerons, des
bijoutiers, des menuisiers, des bouchers, des ma tres
cuisiniers, des viticulteurs, des chimistes, des
Ørudits BØran Øtait un centre nØvralgique oø tout ce
qui se faisait de mieux Øtait concentrØ, la plupart du
temps l insu de tout le reste du royaume.
On disait que les guerriers de BØran, dont le
fameux Escadron Noir, Øtaient invincibles, car ils
avaient suivi un entra nement spØcifique et
mystØrieux, et qu ils disposaient d armes
exceptionnelles, magiques, et invulnØrables. La
croyance voulait que BØran fßt la seule ville Œtre en
mesure de repousser sans effort n importe quel assaut,
14 Na el Roon

quand bien mŒme il viendrait du Pentakeytium.
Et voil que Shan s y trouvait ! Quand il eut
franchit le pont-levis, il pØnØtra l intØrieur de la citØ
et tomba sur un nouveau mur d enceinte, avec un
nouveau fossØ d eau, et un second pont-levis.
L ingØniositØ de ce double rempart Øtait
exceptionnelle : si des ennemis rØussissaient
franchir le premier mur, ce qui n Øtait dØj pas une
mince affaire en soi, ils se retrouvaient acculØs devant
ce second mur, sans espace pour dresser leurs
Øchelles, ou encore faire passer un bØlier. En effet, le
pont-levis donnait sur un mur. Il fallait suivre un
sentier Øtroit, entre le fossØ et l enceinte parsemØe de
meurtriŁres, pour enfin trouver une lourde herse,
l opposØ de la premiŁre entrØe, en face de laquelle il
Øtait impossible d amener un bØlier. BØran Øtait
imprenable par une armØe pied. Seul le ciel offrait
une voie pour attaquer le Palais, et c’est l que les
responsables de la dØfense avaient consacrØ leurs
efforts : douze longues plaques d acier triangulaires
avaient ØtØ placØes dans des coulisses le long des
murs de l enceinte intØrieure. Par un mØcanisme
similaire celui qui permettait de relever la herse, ces
plaques pouvaient ressortir de leurs coulisses et
pointer vers le ciel. ArrivØes presque au sommet de
leur coulisse, les plaques basculaient vers l intØrieur
du Palais et se rejoignaient sur un mat prØvu cet
effet, large et solide, pour former un d me protecteur
presque parfait. Dans ces plaques, des meurtriŁres
avaient Øgalement ØtØ amØnagØes pour permettre aux
archers de tirer sur les assaillants chevauchant des
draanis, sorte de dragons malØfiques, ou n importe
quel autre destrier volant.
15 Le Secret du Tycoh
Ainsi tout ce qu on disait sur BØran Øtait bel et
bien rØel. C Øtait mŒme encore plus impressionnant et
ingØnieux que tout ce que l’on pouvait entendre.
Shan, durant le chemin qui le menait jusqu l entrØe
du Palais proprement dit, ne cessa de s Ømerveiller
devant tout ce qu il voyait.
Une fois rendu dans le Palais, un Courtisan
emmena Shan travers divers couloirs et escaliers, et
bient t, ils arrivŁrent dans une grande salle qu ils
traversŁrent pour atteindre une double porte. Le guide
de Shan lui fit signe de patienter quelques instants,
pendant qu il annon ait son arrivØe au roi. Peu de
temps aprŁs, Shan fut introduit dans l immense salle
du tr ne.
La piŁce Øtait assez atypique, et ne ressemblait
en rien ce quoi le gar on s attendait. En effet, si la
salle Øtait trŁs grande, elle Øtait Øgalement dØgarnie de
tout meuble superflu. Sur le mur de gauche, de grands
vitraux laissaient entrer la lumiŁre. Sur les autres
parois, de grandes tapisseries reprØsentant les pages
hØro ques de l Histoire d Allan-Bar couvraient les
blocs de pierre gris. Au centre de la salle, dans le
fond, se trouvait une petite estrade en marbre,
laquelle menait un grand tapis rouge. Sur cette estrade
se trouvait un seul siŁge, immense, sur lequel Øtait
affalØ nØgligemment le roi BØran. Shan ne vit autour
de cette estrade qu un petit meuble, sorte de bureau,
certainement rØservØ un greffier, chargØ de noter les
informations importantes. Sur l estrade, debout la
droite du roi, lØgŁrement en retrait, se trouvait un
autre homme, un guerrier, si l on en jugeait sa carrure.
A la surprise de Shan, il n y avait qu eux dans cette
salle. Aucun autre garde, ou courtisan.
16 Na el Roon

Shan s avan a vers l estrade, et fit face son roi
avant de s agenouiller.
« Bonjour, mon gar on. »
« Votre MajestØ. »
« Merci, Iriak, tu peux te retirer. Et relŁve-
toi, Shan, tu seras plus l aise pour parler
et Øcouter. »
Le Courtisan sortit discrŁtement, aprŁs s Œtre
respectueusement inclinØ. Shan se remit debout, et put
contempler son roi, plus prŁs qu il ne l avait jamais
vu. BØran avait une cinquantaine d annØes, et ses
cheveux commen aient grisonner. Il Øtait mal rasØ,
et avait un peu l il vitreux. Il arborait nØgligemment
une certaine bedaine, due la bonne chaire. C Øtait un
roi qui avait dans ses mains un royaume puissant, si
puissant qu il n avait presque rien d autre faire qu
profiter des plaisirs de la vie et des privilŁges que lui
accordait son titre, confiant les affaires courantes ses
courtisans. BØran n Øtait pas un mauvais roi, mais il
n Øtait pas non plus le meilleur qu eut comptØ Allan-
Bar. Il Øtait un roi insignifiant, qui n avait rien de
remarquable, et dont le physique trahissait une
certaine dØcadence. L Øquilibre du royaume ne
reposait plus sur lui, mais sur son entourage. Et c Øtait
ce roi qui avait besoin de Shan. Pour que le roi ne se
contente pas de dØlØguer cette affaire l un de ses
courtisans, et qu il dØcide de s en occuper
personnellement, c est qu il devait vØritablement
s agir de quelque chose d important. Shan ne doutait
plus qu il fut question du Tycoh. Le roi tira une
feuille de papier qu il consulta paresseusement.
« Shan Raybanto. Oui. Tu as vingt-deux
ans, c est bien cela ? »
17 Le Secret du Tycoh
« Oui, MajestØ. »
« Tu as ØtudiØ ... l Øcole supØrieure des
Arts Anciens d Eola... Oui ? »
« C est exact, mon Roi, mais je ne suis pas
arrivØ au bout des quatre ans de formation.
J ai abandonnØ la fin de la seconde
annØe. »
« Mmm... Et tu as repris le magasin de ton
pŁre Eola. »
« Oui, MajestØ. Cela fait trois ans. C est
mon grand-pŁre qui s en occupait
auparavant. »
« Ton pŁre n Øtait plus l pour la tenir. Il
s Øtait engagØ dans une quŒte, n est-ce
pas ? »
« Oui, Sire. »
« Et cette quŒte... C Øtait bien le Tycoh ? »
« Le Tycoh ! Nous y voici donc. Je ne m Øtais
pas trompØ. » songea Shan. Il dØcida de se montrer
prudent. MŒme avec le Roi surtout avec le Roi, en
fait. Le gar on avait appris au cours de ses Øtudes que
le Tycoh n Øtait pas une chose prendre la lØgŁre, et
que si on s y s intØresse de trop prŁs, on a vite fait de
se retrouver dans d inconfortables situations.
« Oui, MajestØ. Il l’a cherchØ pendant huit
ans, en vain. Il est malheureusement mort
dans sa quŒte. Il a fait une chute qui lui fut
fatale dans les montagnes de No-Torus. »
« C est bien triste, mon gar on. »
« Le plus triste pour moi, Sire, est de ne pas
avoir connu mes parents. »
« Je vois. Mais je crois savoir que durant sa
quŒte, ton pŁre a souvent envoyØ des
18 Na el Roon

nouvelles sa famille, pour leur donner des
nouvelles. Je ne me trompe pas ? »
« Seul le Tycoh l importe ». Il Øtait assez
rØpandu que le Roi BØran donnerait tout ou presque
pour mettre la main sur cet incroyable objet. Et
connaissant le monarque, Shan avait le sentiment que
le roi n envisageait pas de s en servir uniquement
des fins louables. Il dØcida donc de renforcer sa
prudence, et de surveiller ses paroles.
« Non, Sire, c est exact. Mais il n y a
toujours donnØ que des nouvelles, sans
jamais rien mentionner propos du
Tycoh. »
« Jamais ? »
« Non, MajestØ, nous n avons jamais rien
su de l avancement de ses recherches.
Parfois mŒme, nous ne savions pas d oø il
nous Øcrivait. »
« Ceci est bien regrettable. »
Inutile de tourner autour du pot plus longtemps.
Shan aurait prØfØrØ Øviter d aborder le sujet, mais
BØran revenait inlassablement dessus. Pas de fa on
directe, mais il n y avait pas besoin d Œtre un Erudit
pour deviner les intentions du Roi. Le gar on dØcida
de couper court ces insinuations, et d’aborder
franchement le sujet.
« Vous recherchez le Tycoh, Sire ? »
Le Roi sourit.
« Eh bien, pour tout te dire... Oui. »
Il prit un air grave, et inspira profondØment.
« Tu sais que les Forces du Mal qui se
terrent dans le Pentakeytium reprØsentent
une menace permanente, et grandissante
19
—Le Secret du Tycoh
pour nous, Allaniens. Depuis leur dØfaite en
324, le danger est demeurØ latent. HØlas,
l incident qui a eu lieu en 553 nous a
montrØ que les dØmons ne nous laisserons
jamais en paix. Et un ØvØnement trŁs rØcent
s est produit, qui remet gravement en cause
la paix du royaume. La guerre est plus
proche que jamais, je le crains, et cette fois-
ci, nous avons trŁs peu de chances de
pouvoir repousser les dØmons. Notre seul
espoir, c est le Tycoh. Il nous faut le
trouver, pour pouvoir annihiler les dØmons,
de fa on dØfinitive. »
« Quel est cet ØvØnement, Sire ? »
« Notre grande PrŒtresse Metass a eu une
vision. Metass... »
Une grande femme, mince, la peau gris
sombre, vŒtue d une fine robe pourpre arriva derriŁre
Shan. Elle le dØpassa et vint se placer prŁs du Roi. Le
gar on avait du mal cacher sa surprise, car lorsqu il
Øtait entrØ et bien que la piŁce fßt inondØe de lumiŁre,
il ne l avait pas vue.
Metass Øtait un personnage atypique. C Øtait la
Grande PrŒtresse la plus puissante qu Allan-Bar ait
jamais eue. Son histoire Øtait Øgalement l une des plus
triste. Elle Øtait nØe en l an 320, dans Pardixion, qui
s appelait Floralia, cette Øpoque. Elle avait un joli
teint rosØ qu elle tenait de sa mŁre. En 323, alors que
la guerre entre humains et dØmons atteignait son point
culminant, elle vit les deux troupes se regrouper sur la
terre fleurie de Floralia pour s y disputer la victoire.
Lors de ce terrible affrontement, son village, de mŒme
que la rØgion toute entiŁre, avait ØtØ pillØ, massacrØ,
20 Na el Roon

saccagØ, et finalement rasØ. Floralia, rØgion fleurie,
Øtait devenue en moins d un mois Pardixion, terre
perdue. Son sol autrefois fertile devint aride, et se
couvrit de sable et de poussiŁre. Peu d habitants
survØcurent ce cataclysme. Metass en fit partie, mais
paya Øgalement son tribut. La lØgende racontait que
toute la souffrance qu avait subi Floralia s Øtait
insinuØe dans le sang de la petite Metass,
assombrissant la pigmentation de sa peau. De fa on
tout aussi mystØrieuse, son vieillissement se ralentit,
et elle re ut des pouvoirs magiques Øtonnants. On
racontait que ses pouvoirs Øtaient si puissants qu ils
Ømerveillaient les sorciŁres et les druides de Sorcereer
car ils Øgalaient presque les leurs. Mais en vØritØ, ils
leur Øtaient bien supØrieurs. Ses dons divinatoires se
dØveloppŁrent ØnormØment, si bien que moins d une
dizaine d annØes plus tard, elle devenait Grande
PrŒtresse. Gr ce son Øtonnant passØ, Metass Øtait
devenue un personnage emblØmatique et
charismatique d Allan-Bar. Se retrouver devant elle
impressionna Shan.
« J ai effectivement eu un songe
prØmonitoire, fit-elle doucement. J ai vu un
dØmon qui pØnØtrait ici, dans le Palais, et
qui tuait notre Roi, et une partie importante
de la Cour. Dans mon songe, le dØmon Øtait
finalement tuØ, mais cela importait peu : le
royaume privØ de ses dirigeants Øtait alors
incapable d’organiser sa dØfense face aux
hordes de dØmons qui dØferlaient des
rØgions maudites. Les dØfenses locales
Øtaient bien trop faibles et bien trop mal
informØes pour Œtre rØellement efficaces.
21 Le Secret du Tycoh
Toutes Øtaient balayØes, et finalement,
Allan-Bar tombait entre les mains des
dØmons. Ce que j ai vu, jeune Shan, c est la
guerre, et la mort. Celle de notre roi, mais
aussi celle de notre royaume, et de ses
habitants. »
« J imagine que ma prØsence ici a un
rapport direct avec ce songe ? Le Tycoh...
Vous voulez trouver le Tycoh pour
empŒcher cette catastrophe d arriver. Et
vous comptez sur moi pour vous aider le
trouver, n est-ce pas ? »
« En fait... Pas exactement, fit le roi d un
ton gŒnØ. »
« Il existe effectivement un moyen de
changer l avenir, reprit Metass, et le Tycoh
y est directement liØ. Celui qui le trouvera
doit faire v u de dØtruire la menace qui
pŁse sur le Roi. Mais nous ne t avons pas
fait venir au palais pour nous « aider »
trouver le Tycoh. Nous voulons que ce soit
toi qui le trouves. »
Shan resta interdit. Il s attendait bien Œtre
questionnØ sur le Tycoh, mais certainement pas
devoir lui-mŒme partir sa recherche.
« Moi ? Mais pourquoi ? Il y a des dizaines
de personnes plus aptes, plus aguerries, et
mieux renseignØes que moi pour une telle
mission ! »
« Sans aucun doute, fit le roi. Mais les
Ørudits ne sont pas faits pour passer leurs
journØes voyager. Quant nos soldats, ils
doivent se prØparer la guerre. Toi, tu as la
22 Na el Roon

robustesse de la jeunesse, et plus de
connaissances que le commun des
Allaniens. Et puis, je ne pense pas me
tromper en disant que le Tycoh t’est
personnel, puisque ton pŁre lui-mŒme a
tentØ de le trouver. »
« En vain, et il y a perdu la vie, rappela
amŁrement Shan. »
« Peut-Œtre, mais il est arrivØ plus loin
qu aucun autre avant lui. Et ce n Øtait qu un
marchand d antiquitØs, pas un Ørudit. »
Shan resta sous le coup de la surprise, une
nouvelle fois. Le roi en savait plus que lui. Ses
grands-parents et lui avaient toujours tentØ de savoir
oø Drax en Øtait de sa quŒte. Mais ses lettres ne
mentionnaient rien. Lorsqu on avait ramenØ son
corps, il ne possØdait plus rien concernant ses
recherches. Et le roi savait pourtant qu il Øtait arrivØ
plus loin que d autres.
« Comment... Comment savez-vous cela,
Sire ? »
« Je suis Roi, ne l oublie pas. Peu de choses
me sont impossibles Allan-Bar. Faire
surveiller discrŁtement ton pŁre Øtait assez
simple. Comme tu le sais, cela fait fort
longtemps que les Rois successifs d Allan-
Bar se sont ØvertuØs trouver le Tycoh. Je
n Øchappe pas cette rŁgle. Mes soldats ne
sont jamais intervenus dans sa quŒte, ou
alors, trŁs discrŁtement. Ils n Øtaient l
qu en tant qu observateurs. Si jamais ton
pŁre avait trouvØ le Tycoh, leur devoir Øtait
de le rØcupØrer, pour le bien de tout le
23 Le Secret du Tycoh
royaume. De fait, gr ce aux rapports de ces
soldats, je dispose d une connaissance plus
ou moins prØcise de l aventure de ton
pŁre. »
« Vos espions Øtaient donc l quand mon
pŁre est mort ! Et ils ne l’ont pas
secouru ? ! »
« Non. Comme je te l’ai dit, ce que nous
savons de la quŒte de ton pŁre est plus ou
moins prØcis. Ceci parce que malgrØ nos
prØcautions, Drax avait dØcouvert qu il Øtait
surveillØ. Ainsi, il arrivait de temps autres
semer ses gardes. C est au cours de l une
de ses « disparitions » qu il a trouvØ la
mort. Personne n Øtait l lorsqu il a fait
cette chute mortelle. Des gardes locaux
n ont trouvØ son corps que quelques jours
aprŁs. D aprŁs eux, il est mort sur le coup.
MŒme s il n avait pas semØ mes hommes, il
serait mort. »
Shan ne rØpondit pas. Il analysait toutes ces
nouvelles donnØes, et tentait de les incorporer ce
qu il savait de son pŁre et des circonstances de sa
mort. Qu on eut pu cacher la vØritØ, lui et ses
grands-parents, pendant tant d annØes...
« Nous voulons que tu reprennes sa suite,
fit Metass. Tu as un sens pratique aiguisØ,
je le sens en toi. Tu peux rØussir, j en suis
convaincue. Mais je dois t avertir : trouver
le Tycoh, ce n est pas trouver un trØsor
quelconque. Il faut en Œtre digne. C est une
sorte de combat contre toi-mŒme. Si tu
veux y parvenir, tu dois te remettre en
24 Na el Roon

cause, te dØcouvrir plus encore. Conna tre
tes forces et tes faiblesses. Ton pŁre avait
vraisemblablement ØchouØ de peu, mais il y
Øtait presque. Son sang coule dans tes
veines, de mŒme que le sang magique de ta
mŁre. Ces deux sangs te confŁrent de
grandes capacitØs, mŒme si tu en doutes
encore. Tu dois rØussir les dØvelopper
Shan. »
« J essaierai. »
« Shan, il y a Øgalement une autre raison
pour laquelle nous faisons appel toi. En
fait, c est la plus importante de toutes. Le
songe t a dØsignØ. Toi seul peux rØussir
cette mission. Si tu Øchoues, notre peuple
sera en danger. »
Ce dernier argument acheva de convaincre Shan.
Aussi incroyable que fut cette mission qu on lui
confiait, il allait devoir s y atteler. Les prØmonitions
de Metass Øtaient rØputØes pour leur exactitude. Si
Shan avait ØtØ dØsignØ par un de ses songes, alors il
avait peut-Œtre une chance de rØussir. Partir ainsi
l aventure lui parut dangereux, et terriblement
angoissant. Mais en mŒme temps, il sentait poindre
une petite vague de plaisir au fond de lui. Il allait
quitter sa vie terne et monotone pour se lancer dans
une quŒte, comme les hØros partaient l aventure
dans les contes qu il avait lus plus jeune. Peut-Œtre
mŒme pourrait-il passer Indeed, qu il rŒvait de
visiter. Mais peu peu, cette petite joie s’attØnua,
lorsqu il pensa au fait qu il allait se lancer dans une
quŒte que personne n’avait rØussie. Sur ce chemin, de
nombreuses personnes Øtaient mortes. Des Ørudits, des
25 Le Secret du Tycoh
guerriers, des magiciens, parfois mŒme des groupes
composØs de plusieurs membres aux capacitØs
diverses, s Øtaient lancØs en vain dans cette quŒte.
Lui, Shan Raybanto, ne possØdait aucun talent
particulier, et c Øtait pourtant lui que revenait le
privilŁge de trouver le Tycoh pour sauver le royaume.
Comprenant qu il n avait pas d’autre possibilitØ, il se
rØsigna.
« TrŁs bien. De quoi dois-je partir ? Je n ai
aucune piste... »
« Comme le roi te l a dit, les soldats qui ont
surveillØ ton pŁre ont Øtabli des rapports
complets sur ses activitØs. Le mieux serait
donc de les consulter. Ils te serviront de
base. Par ailleurs, compte tenu du caractŁre
vital de ta mission, tu disposeras du pouvoir
le plus important qui ait jamais ØtØ confØrØ
un Allanien : un laissez-passer, signØ de
la main du roi, valable en tout endroit du
royaume, et pour n importe quelle
occasion. Et tu auras Øgalement une bourse
de dix mille katarees pour tes frais. Cela
devrait suffire. »
Shan eut une sorte d intuition, comme une voix
en lui qui lui dit que quelque chose clochait dans toute
cette histoire. Ils avaient bien besoin du Tycoh, mais
Øtait-ce bien pour les raisons ØvoquØes ? Shan en
doutait un peu, sans toutefois pouvoir l expliquer. Il
n avait peut-Œtre pas terminØ ses Øtudes, mais il avait
appris tout ce qu il avait pu sur le Tycoh, et avait
compris que cet artefact si puissant ne devait pas Œtre
utilisØ sans rØelle nØcessitØ. Shan soup onnait que si
le Roi voulait l envoyer par monts et par vaux trouver
26 Na el Roon

le Tycoh, ce n Øtait pas uniquement pour protØger son
royaume.
Metass fixa Shan, semblant lire dans son esprit.
Et de fait, c est ce qu elle Øtait en train de faire.
« Oui, Shan... Tu as un esprit brillant. Et il
y a de la puissance en toi, je le sens. Tu
peux rØussir. »
« Je le souhaite. Quand dois-je
commencer ? »
« Mais tout de suite ! Il n y a rien de plus
urgent. Cependant, te mettre en route
maintenant me semble un peu prØcipitØ.
Comme nous te l avons dit, tu ferais bien
de consulter les archives que nous dØtenons
sur le Tycoh, et sur ton pŁre. Elles se
trouvent dans la BibliothŁque. Un garde va
t y mener. PrØviens-nous, lorsque tu
quitteras BØran. »
« Oui, Metass. »
« Tu peux disposer, fit nØgligemment le
roi. »
Une fois sorti, Shan trouva un serviteur qui lui
remit le laissez-passer et la bourse promis. Un garde
Øtait Øgalement l . Il fit signe au gar on de lui suivre,
et le mena travers le Palais, jusqu la BibliothŁque.
Vu le luxe qui rØgnait dans tout BØran, Shan
s attendait entrer dans une grande bibliothŁque
illuminØe de mille feux, emplie de monde et animØe.
Il en fut pour ses frais.
Le garde lui fit descendre de nombreux paliers,
qui les amenŁrent au premier sous-sol, plongØ dans
une petite pØnombre. L , ils pØnØtrŁrent dans la
BibliothŁque, une salle immense, d une bonne
27 Le Secret du Tycoh
quinzaine de mŁtres de haut et qui semblait s’Øtendre
sans fin de tout c tØ. Shan eut beau chercher, il ne vit
aucune lumiŁre pour Øclairer l endroit. Seule la
lumiŁre du jour, per ant par quelques lucarnes,
empŒchait l obscuritØ ambiante de rØgner en totalitØ
dans la salle. La taille de la piŁce et ces tØnŁbres
inspiraient quiconque y entrait un calme et une
sØrØnitØ rØvØrencieuse. Ils imposaient Øgalement le
silence de fa on presque brutale. Le garde,
imperturbable, continua son chemin jusqu une
colonne en bois. A son sommet, on pouvait deviner la
prØsence d une cabine amØnagØe en bureau. Le guide
de Shan stoppa devant une petite porte surmontØe
d un Øcriteau sur lequel on pouvait lire
« BibliothØcaire ». L homme frappa un coup contre la
porte. Aussit t, une Ønorme tŒte de rat apparut, et les
toisa d un regard mØfiant. Shan reconnut un
inhumain, ces crØatures au comportement humain, et
la silhouette vaguement humano de, mais qui
possŁdent plusieurs attributs de certains attributs la
tŒte, la peau, les mains essentiellement. Celui-ci
donnait tout son sens l expression « rat de
bibliothŁque ».
« Qu est-ce que voulez ? »
« C est pour le gamin. Vas-y, fit-il
l adresse de Shan. »
« Euh... Je cherche tout ce qui se rapporte
au Tycoh et Drax Raybanto. »
« Rien que a ? »
Avant que Shan n ait pu rØpondre, le rat
disparut. Il ressurgit quelques secondes plus tard.
« Ce n est pas moi qui gŁre a. Allez voir
Straycat, la BibliothŁque Interdite. Tu sais
28 Na el Roon

oø c est, le soldat ? »
« Ouais. Je me doutais un peu que c Øtait
son rayon, mais j aurai prØfØrØ me tromper.
Allons, suis-moi, gamin. »
Le garde repartit travers l immense
bibliothŁque. Ils suivirent tant de rangØes de livres,
changŁrent tant de fois de directions, qu la fin, Shan
ne sut plus oø se trouvait la cabine du rat, et encore
moins la sortie. Enfin, ils arrivŁrent un mur, dans
lequel se dØcoupait une ouverture, fermØe par une
grille de fer. Visiblement, c Øtait leur destination.
DerriŁre la grille, le jeune homme ne distinguait rien.
Il semblait y rØgner une obscuritØ absolue. Le garde
frappa violemment contre la grille.
« Straycat ! hurla-t-il travers les
barreaux. »
Quelques secondes plus tard, un nouvel
inhumain surgissait, un chat, cette fois. Ses yeux de
verre luisaient de fa on inquiØtante dans la pØnombre.
« Quoi ? demanda-t-il froidement aprŁs
avoir dØtaillØ les deux visiteurs. »
« Le gamin veut voir des documents qui se
trouvent aux Archives. »
« Impossible. »
Le garde voulut rØpondre, mais les yeux avaient
dØj disparu. Sans se laisser dØmonter, il revint
frapper la grille.
« Straycat, reviens ici tout de suite, nom de
nom ! Le gamin a un laissez-passer. »
Aussit t, l’inhumain ressurgit du noir.
« Un laissez-passer ? Tiens donc. Fais voir
a, fiston. »
Shan tendit son papier au chat. Il n aurait
29 Le Secret du Tycoh
jamais pensØ devoir s en servir si vite, et surtout, dans
le palais mŒme.
« Jamais vu un papier d une telle
importance, surtout pour un jeune bouseux
de province comme toi, fit-il. Pourtant, mes
coussinets me disent que c est bien le
papier du roi qui a ØtØ utilisØ pour rØdiger
cette lettre. Regarde-moi dans les yeux,
gamin. »
Quelques instants s ØcoulŁrent durant lesquels
Shan se sentit complŁtement sondØ par les yeux de
verre du chat. Il comprit que l inhumain cherchait la
vØritØ dans son esprit. Finalement, Straycat se
dØtendit.
« Ton esprit dit vrai, jeune humain. »
« Je vais pouvoir voir ces documents ? »
« Oui. »
La grille s ouvrit. Shan et le garde s’en
approchŁrent pour entrer. Une main poilue jaillit, et
repoussa le garde en arriŁre si puissamment qu il
partit la renverse. Le soldat se redressa furieux.
« Le gar on oui. Toi, non, fit Straycat
posØment, en guise d explication. »
« Et pourquoi donc ? »
« Le laissez-passer n est valable que pour
lui. Donc le subalterne que tu es n a pas le
droit d entrer ici. »
« Ce gamin est sous ma responsabilitØ, je
dois le surveiller. »
« Ah oui ? Tu es sa mŁre peut-Œtre ? »
Straycat referma la grille aprŁs avoir fait passer
Shan.
« De toute fa on, tu peux me croire, rester
30
—Na el Roon

ici vaut mieux pour toi. Plus sßr. Tu n as
qu prendre un livre, pour remplir ta petite
tŒte. »
Le chat attira ensuite Shan un peu plus loin.
« Bien, Shan, quels documents veux-tu
voir ? »
« Tout ceux qui traitent du Tycoh et...
Attendez ! Comment connaissez-vous mon
nom ? »
« C est celui qui est sur le laissez-passer.
Autre chose que le Tycoh ? »
« Euh, oui. Je voudrais Øgalement voir ce
qui concerne la quŒte de Drax Raybanto. »
« TrŁs bien. Ne bouge pas. »
Le chat s Øclipsa une nouvelle fois, pour aller
consulter l emplacement des documents, puis se
prØsenta une nouvelle fois devant Shan, en tenant une
corde dans ses mains.
« Je dois t expliquer quelques petites
choses avant que nous n y allions. Tu te
trouves dans les Archives Interdites, et en
quelque sorte, ceci est mon territoire. Crois-
moi, il n y a pas d endroit plus dangereux
BØran. Ici sont gardØs de grands secrets, et
ils ne sont accessibles que pour quelques
Ølus, dont tu fais maintenant partie. Tout ce
qui se trouve ici est protØgØ par un puissant
sortilŁge, posØ par Metass elle-mŒme. Elle
l a appelØ « la Nuit », parce qu il recouvre
tout cet endroit d une obscuritØ parfaite et
impossible percer. MŒme la magie est
inefficace, car elle est absorbØe par cette
Nuit. Les rares personnes qui peuvent venir
31 Le Secret du Tycoh
ici sont donc aveugles, et c est moi, qui suis
immunisØ contre ce sort, qui sert de guide.
Mais je sers aussi de gardien. Donc, suis
bien mes consignes : nous allons faire un
premier parcours qui va nous mener aux
documents dont tu as besoin, puis nous
repartirons jusqu une salle de lecture. L ,
tu pourras lire, et mŒme prendre des notes si
tu le dØsires. Mais tu ne pourras pas quitter
la salle de lecture sans moi, et sans m’avoir
restituØ l intØgralitØ des documents. Enfin,
je te ramŁnerais jusqu la sortie. »
« D’accord. »
« Bien. Ecoute maintenant trŁs
attentivement : pendant tous les trajets que
nous allons faire, nous serons reliØs par
cette corde. Elle sera attachØe toi, tandis
que moi, je la tiendrais dans ma main. Tu
devras suivre mes mouvements sans hØsiter,
et sans t’arŒter. Si tu ne suis pas mes
instructions, ou si je sens une tension trop
grande sur la corde, je la l che, et tu te
retrouveras perdu ici. Dans cette obscuritØ
parfaite, n espŁre pas retrouver ton chemin.
Aucun de ceux qui ont tentØ leur chance n a
rØussi. Suis la corde, un point c est tout.
Compris ? »
« Oui. »
« Alors, parfait. On va pouvoir se prØparer.
Attache la corde ton poignet gauche. »

Le chat le mena travers un univers noir. Shan
ne savait jamais sur quoi il marchait. La plupart du
32
—Na el Roon

temps, il sentait la masse compacte et froide des pavØs
poli sous ses pieds. De temps en temps, il
reconnaissait la souplesse d un vieux plancher. Mais
il lui semblait parfois poser ses pas sur du papier ou
des livres et peut-Œtre Øtait-ce bien le cas et sur
bien d autres choses qu il fut incapable de
reconna tre. Le chemin fut long. Ils marchŁrent ainsi
prŁs d une demi-heure. Enfin Straycat s’arrŒta. Le
gar on l entendit trifouiller dans les papiers d une
ØtagŁre. Au bruit, Shan comprit qu il dØposait ceux
qu il avait choisit sur une table. Le chat siffla, puis ils
reprirent leur marche travers le dØdale obscur.
Enfin, ils s arrŒtŁrent de nouveau. Au bout de
quelques instants, les murs commencŁrent irradier
une lueur verd tre. Ils Øclairaient un petit espace qui
devait faire peine dix mŁtres carrØs. Là se trouvait
une table immense et un banc.
« Ces murs sont partiellement immunisØs
contre le sort de Metass, expliqua le chat. Si
quelqu un reste assez longtemps, ils
s illuminent, rØvØlant cette salle de lecture
oø tu pourras lire ta guise les documents
qui ne devraient pas tarder arriver. Vas-y,
installe-toi. »
Shan obØit, et s assit sur le banc. A ce moment
prØcis, une forme indistincte chuta lourdement sur la
table, et s’en fut. Quand le gar on, effrayØ, releva la
tŒte, il n y avait plus qu une grande quantitØ de
paperasse.
« Cyrus, fit laconiquement le chat. C est
mon aigle, et mon assistant. Il est coursier,
ici. Il livre tout. Les livres, les documents,
mais Øgalement les repas. Si tu veux
33 Le Secret du Tycoh
manger, Øcris ton menu sur une feuille de
papier, et appelle-le par son nom. Mais
j aimerai te prØsenter Boon, un autre de
mes assistants... »
Straycat se pencha et ouvrit une grille. Aussitôt,
une crØature en jaillit, retenue par une cha ne, piaillant
en tout sens. Un griffon, reconnut Shan. Une crØature
terriblement belliqueuse, crachant du feu comme les
dragons, et disposant de quatre pattes, terminØes par
des serres aussi acØrØes que ceux d un aigle.
« Comme je ne peux pas rester l attendre
que tu aies terminØ, je te laisse avec lui. Au
cas oø tu voudrais t enfuir, c est lui que tu
auras faire. »
« Je vois... »
« Bien, je dois y aller. Bonne lecture.
Appelle-moi lorsque tu auras terminØ, je te
ramŁnerai au dehors. »
L inhumain disparut, laissant Shan seul face aux
archives. Il y avait là des croquis, des cartes, les
journaux de son pŁre seize au total, chacun formant
un petit livre et les rapports des soldats.
AprŁs une courte rØflexion, Shan dØcida que le
mieux serait d Øtudier l aventure de son pŁre la fois
du point de vue de Drax et de celui des soldats. A
n en pas douter, lui-mŒme serait ØpiØ de fa on
similaire dans son voyage. Il comprit Øgalement que
le laissez-passer du roi, s il Øtait un sØsame pouvant
lui permettre d accØder nombre d endroits, Øtait tout
autant un moyen sßr et discret pour le roi de savoir oø
Shan en avait fait usage, et donc de suivre son
parcours plus aisØment que celui de son pŁre.
Shan prit une premiŁre feuille de papier, et tra a
34 Na el Roon

grossiŁrement une carte du royaume, dØlimitant les
provinces, et pla ant les villes importantes : Eola,
BØran, Indeed, Xiaruh, Joka, Koocann, Olbida. Il
hØsita un peu avant d ajouter la derniŁre : Demonium.
Il espØra vivement n avoir pas s approcher de la citØ
des dØmons.

Le gar on pla a ensuite le premier journal de
Drax côtØ de la premiŁre sØrie de rapport des
soldats, et entama sa lecture. Malheureusement, il fut
trŁs vite frustrØ : plus on progressait dans le temps, et
plus son pŁre devenait avare en renseignements. De
plus en plus, il avait notØ des dØtails insignifiants, tels
que le paysage, ou le prix de tel article d un magasin,
ou bien encore le temps qu il faisait. En revanche, les
indications sur l avancement de ses recherches
s amenuisaient, pour finalement dispara tre
complŁtement. A partir du quatriŁme volume, Drax ne
donnait mŒme plus les noms des villes qu il traversait.
Shan comprit que son pŁre avait devinØ la
surveillance des gardes, et souhaitait que si jamais ces
livres tombaient en leur possession, ils en apprennent
le moins possible. Shan dut se rØsoudre stopper sa
lecture. Celle-ci devenait complŁtement inutile. Sans
carte ni indice, impossible de retracer le parcours de
son pŁre. Il avait commencØ reporter sur la carte les
Øtapes de son pŁre, mais devait maintenant s avouer
vaincu.
Shan se rabattit sur les rapports des soldats, plus
fournis en dØtails. Malheureusement, l encore,
malgrØ la quantitØ d indications, il n’y avait
finalement que peu de choses intØressantes. Les
soldats avaient pris des routes parallŁles au chemin de
35 Le Secret du Tycoh
Drax, mais n avaient pas suivi la mŒme voie que lui
exactement. Et quand bien mŒme, ils ne rØussissaient
qu exceptionnellement savoir lorsque Drax avait eu
connaissance d un ØlØment important. De toute fa on,
leur but n Øtait pas de dØcrire comment trouver le
Tycoh, mais de suivre Drax, sans porter d’importance
aux ØlØments qu il pouvait recueillir. Ils devaient
simplement Œtre l s’il trouvait l artefact.
Un dernier point revenait plus souvent : non
content de se rØvØler parcimonieux dans les dØtails
qu il notait dans son journal, Drax avait dØcidØ de
mener la vie dure aux soldats qui le pistaient, en les
semant. A maintes reprises, il leur faussa compagnie.
Les soldats le cherchaient alors partout, avant de le
retrouver finalement, quelques dizaines de lieues plus
loin, aprŁs une ou deux semaines. De ces jours sans
surveillance, il ne subsistaient rien d intØressant pour
Shan : aucun rapport des soldats, et pas une seule note
exploitable du journal de son pŁre.
C est au cours d une de ces escapades que
l aventure avait pris fin : Drax avait semØ ses soldats
depuis prŁs de trois semaines, lorsqu il avait fait sa
chute fatale. Et ce n Øtaient mŒme pas les gardes
affectØs sa surveillance qui l avaient retrouvØ, mais
les autoritØs locales de Makyo, la citØ mŁre de No-
Torus. Des traces de pas avaient ØtØ relevØes prŁs de
sa dØpouille, et les gardes avaient estimØ que des
bandits avaient du le voler en trouvant son corps.
D ailleurs, on n avait retrouvØ aucun objet de valeur
sur lui. La suite, Shan la connaissait
approximativement : les gardes avaient ramenØ le
corps de son pŁre Peehita, chez ses grands-parents,
pour qu il soit enterrer dans le caveau familial.
36 Na el Roon

Shan reprit le dernier journal de son pŁre, pour
voir si, durant cette escapade plus longue que les
autres, Drax avait ØtØ plus confiant, et plus loquace. Il
dØcouvrit ainsi que son pŁre s Øtait convenablement
ØquipØ pour faire de l escalade. Pitons, pioches,
cordes, grappins...
Sur la page suivante, il n y avait pas de texte,
juste un dessin qui sembla familier au gar on : quatre
pierre disposØe en losange, et reliØes une cinquiŁme,
placØe au centre. L ensemble formait une croix. Il y
avait une lØgende sous le croquis : « Etoile du
Tycoh ».
L Etoile du Tycoh... Shan la connaissait de par
ses Øtudes. On l appelait Øgalement « Etoile Divine »,
et Øtait le symbole du Tycoh. Personne n avait jamais
connu son origine, et il semblait Œtre connu depuis des
siŁcles. Cependant, Shan nota que la reprØsentation
qui se trouvait dans le journal de son pŁre Øtait
diffØrente de celle qu on pouvait trouver dans les
livres traitant du Tycoh. Ici, les pierres Øtait colorØes :
verte au nord, bleue pâle au centre, rouge l ouest,
noire l est, et jaune au sud. De plus, par rapport
l image traditionnelle, les pierres Øtaient plus grosses,
et plus proches.
Shan tourna encore une page, et trouva le mot
« Tycoh », griffonnØ la h te en travers d une page,
comme une abrØviation : T.Y.C.O.H. Mais
abrØviation de quoi ?
Lorsque le gar on dØcouvrit la nouvelle double
page, son c ur cessa de battre l espace d une
seconde : on voyait trŁs nettement des sillons de
papier dØchirØ longer la rainure. Des pages avaient ØtØ
arrachØes. Shan feuilleta le reste du journal, mais il
37 Le Secret du Tycoh
n y avait rien d autres.
Qui avait bien pu arracher ces pages ? Et dans
quel but ? Pour les personnes, la liste Øtait longe :
Drax lui-mŒme, dØj . Ensuite, les bandits qui l’avaient
dØpouillØ. Puis... les soldats locaux qui avaient
retrouvØ le corps, les soldats du roi qui avaient
ramenØ le cadavre Peehita, le Roi lui-mŒme,
Metass... et mŒme Straycat. En revanche, pour le
« pourquoi », la rØponse Øtait beaucoup plus simple :
il ne pouvait manifestement s agir que d’un secret
cacher. Et vu la nature des recherches de Drax, ce
secret devait Œtre terriblement important vital, peut-
Œtre mŒme.
Shan tenta de rØunir dans son esprit tous les
ØlØments qu il venait de consulter depuis quelques
heures, afin de les noter. Il constata avec dØpit que
non seulement cela fut vite fait, mais qu il possØdait
maintenant plus de questions que de rØponses. Plut t
dØcourageant, quand on dØbute une quŒte comme
celle-ci.
Il referma les livres et s apprŒtait appeler
Straycat lorsque son estomac se manifesta. Shan
n avait aucune idØe de l heure qu il pouvait Œtre, mais
il en dØduisit que la nuit ne devrait pas tarder
tomber. Il tira une nouvelle feuille de papier, et y
inscrivit quelques plats consistants. Il mit les
documents de c tØ, pla a la feuille en Øvidence sur la
table, et appela Cyrus. Peu aprŁs, l aigle arriva. Il se
laissa chuter sur le papier qu il saisit entre ses serres,
et disparut dans les hauteurs de la salle. Son passage
avait durØ peine cinq secondes.
A rester ainsi pendant plusieurs heures assis,
Shan avait tous ses membres infØrieurs complŁtement
38 Na el Roon

ankylosØs. Il se leva donc, pour s Øtirer, et faire
quelques pas. A peine debout, il fut surpris par le
griffon qui poussa un cri sec et court. Le gar on
recula par rØflexe, mais buta contre le banc derriŁre
lui, et partit la renverse. Il tenta de se rattraper la
table, mais ses mains ne trouvŁrent que livres, feuilles
et rapports. Le tout valsa terre, et Shan s Øtala par
terre. S en suivit une sØrie de petits cris aigus et
rapides, qui donnait l impression d un rire moqueur.
« Ca te fait rire ? Maudit griffon... »
Shan commen a ramasser les documents au
sol, mais eut une seconde frayeur lorsque l aigle
dØposa son repas sur la table la vitesse du vent. Du
coup, il laissa Øchapper la sØrie de rapport qu il tenait
dans ses mains. Une nouvelle fois, le griffon ricana
bruyamment.
« Ce n est plus une bibliothŁque, c est un
bestiaire, fit Shan pour lui-mŒme. »
Comme pour confirmer cela, Straycat arriva
quelques secondes plus tard.
« Qu est-ce qui se passe, ici ? J ai entendu
un boucan rØveiller les morts ! »
« Ce n est rien. J ai fait tomber quelques
documents, et le griffon m’a fait peur. »
Un vague sourire passa sur les lŁvres du chat,
avant qu il ne reprenne d un ton sØvŁre :
« Ce n est pas parce qu il n y a pas d or ou
d argent dans ces bouts de papier que tu
peux en faire ce que tu veux. Je te prie donc
de prendre soin des documents qu on te
confie. C est clair ? »
« TrŁs clair. »
« Parfait. Autre chose : Metass me fait
39 Le Secret du Tycoh
demander si tu comptes passer la nuit ici. »
« La nuit ? Quelle heure est-il ? »
« Huit heures du soir. »
« DØj ? Je n aurais pas cru. Dans ce cas,
oui, je vais rester l pour la nuit. »
« Parfait, en ce cas. »
Le chat s Øclipsa dans l obscuritØ. Shan
s attabla, et s apprŒtait entamer son repas lorsque la
voix de l inhumain se fit entendre une nouvelle fois :
« Et n oublie pas de ramasser les
documents. Ils sont prØcieux. »
Shan jugea inutile de rØpondre. Il engloutit son
repas avant de se tourner vers les documents qui
Øtaient restØs au sol. Le retour de l aigle, venu
remporter les restes du d ner, ne le surprit pas, cette
fois. Le dernier document qu il ramassa fut la sØrie de
rapports qui lui avait ØchappØ des mains l arrivØe de
Cyrus. En mŒme temps qu il la remettait sur la table,
Shan parcourut la page laquelle elle s Øtait ouverte.
C Øtait le rapport des soldats, le jour oø ils avaient
trouvØ Drax. Le garçon fron a les sourcils : ce
document lui avait ØchappØ. Il le posa sur la table, et
reprit sa lecture, trŁs attentivement, cette fois.

Łme« 5 jour du mois de septembre de l an 567,
Makyo.
AprŁs avoir chevauchØ toute la matinØe, nous
avons enfin atteint la province de No-Torus, et
sommes arrivØs Makyo. La police locale
nous a conduit immØdiatement sur les lieux de
l accident. D aprŁs ce que nous a dit Takihiro,
le chef de la police, des roulements de gardes
ont ØtØ mis en place dŁs qu ils ont pu Øtablir
40 Na el Roon

qu il s agissait certainement de Drax
Raybanto. Le corps a ØtØ trouvØ il y a presque
trois jours de cela, mais le froid qui rŁgne dans
ces montagnes a permis une bonne
conservation. En revanche, l odeur de mort est
infecte. Pour l avoir suivi personnellement
durant trois ans, de mŒme que certains de mes
soldats pendant plus longtemps encore, nous
sommes formels : le corps gisant au pied des
montagnes de No-Torus, une demi lieue de
Makyo est bien celui de Drax Raybanto.
Des traces de pas et de chevaux qui semblent
un peu anciennes, d’environ quatre jours,
peut-Œtre plus, ont ØtØ relevØes. Cependant, il
est peu probable qu il s agisse de malfaiteurs
s en Øtant pris Drax Raybanto. En effet, le
corps, bien que disloquØ, ne porte pas de trace
de blessure ayant pu Œtre causØe au cours d un
combat. Les autoritØs de Makyo, habituØes aux
victimes de chutes, nous ont bien confirmØ que
vues les plaies de la victime, Drax Raybanto
avait du pØrir en tombant d une grande
hauteur. Cependant, ayant relevØ l absence
d objets personnels de Drax Raybanto, on peut
supposer que les traces ont ØtØ laissØes par des
brigands aprŁs la mort de la victime, qui l ont
dØpouillØ de ses objets de valeur.
Le corps a ØtØ ramenØ Makyo, oø il va
reposer, jusqu ce que l on puisse le rapatrier
Peehita, pour le faire enterrer.
Ont ØtØ trouvØs sur Drax Raybanto : dix-sept
cahiers relatant les aventures de la victime au
cours des huit derniŁres annØes, des feuilles
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