Le seigneur héroïque

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Vivant en France depuis longtemps, le héros de ce roman, Kalam Djibril, décide de partir à la redécouverte de ses racines comoriennes. Prenant conscience du dénuement de son pays natal, et soutenu par la population, il veut mettre son pays sur les rails du développement durable, en briguant la magistrature suprême. Mais le chef d'Etat en place va tout faire pour le mettre hors d'état de nuire.
Publié le : mardi 1 mai 2007
Lecture(s) : 157
EAN13 : 9782296923249
Nombre de pages : 154
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Le seigneur héroïque
© L'HARMATTAN, 2007 5-7, rue de l'École-Polytechnique ; 75005 Paris
http://www.librairieharmattan.com diffusion.harmattan@wanadoo.fr harmattan1@wanadoo.fr
ISBN : 978-2-296-02590-5 EAN : 9782296025905
Fayalle MOHAMED
Le seigneur héroïque
Roman
L'Harmattan
Lettres de l'océan indien Collection dirigée par MaguyAlbet
Déjà parus
MALALA Alexandra,Coup de vieux, 2006 HATUBOU Salim,Les démons de l’aube, 2006. ATTOUMANINassur,Les aventures d’un adolescent mahorais, 2006. GOZILLON Roland,Unefilleprovidentielle, 2006. ARIAJacqueline,Lemagasin de la vigie, 2006. MUSSARD Fred,Le retour duBuisson ardent, 2006. HATUBOU Salim,Hamouro, 2005. ROUKHADZETchito,Le retour du mort, 2005. CALLYJ. William,Kapali.La légende du Chiendes cannesetautres nouvelles fantastiquescréoles, 2005. ARIAJacqueline,L’île de Zaïmouna, 2004. TURGIS Patrick,Tanahéli –chroniques mahoraises, 2003. TURGIS Patrick,Maoré, 2001. FOURRIERJanine etJean-Claude,UnM’zoungou à Mamoudzou,2001. HATUBOU Salim,L’odeur du béton,1999. BALCOU Maryvette,Entrée libre, 1999. FIDJINadine,Case en tôle, 1999. COMTEJean-Maurice,Les rizières du bonDieu,1998. DEVIAnanda,L'Arbre-fouet,1997. DAMBREVILLE Danielle,L’Ilette-Solitude, 1997. MUSSARD Firmin,De lave et d’écume, 1997. TALLMarie-Andrée,La vie en loques, 1996. BECKETTCarole,Anthologie d'introduction à la poésie comorienne d'expression française, 1995. DAMBREVILLE Danielle,L'échodu silence,1995.
PROLOGUE
« Un jour viendra où un héros s’éveillera d'entre les nouveau-nés, se soulèvera d'entre les morts éparpillés et plongera sa main vengeresse sur l'étau qui enserre si férocement le peuple. Ce jour-là, tu verras mon fils ; le soleil brillera dans toute sa splendeur et illuminera de ses rayons bien-veillants la terre bafouée de nos ancêtres. Les anges du haut ciel tout ardent descendront sur nos îles en lavage et répandront leur fragrance d'êtres au summum, leur parfum enfiévrant synonyme d'âge de raison. Les chars des démons terroristes, vils fornicateurs du franc comorien seront tirés du sol et iront entretenir la flamme millénaire du roi soleil. Tu verras mon fils ; les gens seront d'eux-mêmes souriants et prêts à la tâche, prêts à suivre par monts et par vaux ce seigneur héroïque, prophète en un âge belliqueux où la terre de nos ancêtres brûle encore sous le poids pécheur des potentats. Tu suivras fils ; les pas de ce seigneur messie, envoyé et programmé pour mettre à bas l'ancien régime qui nuit si férocement. Oui ! Suis-le jusqu'aux portes du bien-être total et émerveille-toi dans l'âge de raison qui se dessine. » 7
Nous avions tous ce rêve, fils. Nous, les vieux recourbés de l'Archipel de la lune. Nous, les paysans accablés du pays comorien. Nous, les campagnards méprisés de citadins d'origine asiatique. Nous, les pêcheurs jetés à quai de trois îles sœurs. Dieu a fini par nous envoyer un seigneur prédicateur, à la fois mystique et terre-à-terre, à la fois juste et justicier intransigeant qui n'hésite pas à couper la racine ou l'herbe menaçante. Je peux donc mourir en paix et te laisser en héritage ce pays en devenir, homme en puissance, pas encore sage mais bien loin des turpitudes de l'adolescence. Nous avons eu confirmation de la volonté divine en une nuit sans étoiles. Cette nuit-là, tu sommeillais paisiblement sur une natte en feuilles de cocotier tressées, un drap blanc crasseux pour te protéger de la fraîcheur ambiante, dans la même pièce que tes quatre sœurs. Nous, les adultes du village ne dormions pas. Nous avions l'intuition que cette nuit-là ne serait pas une nuit comme les autres. Les grandes élections avaient eu lieu et nous avions plébiscité le Seigneur prédi-cateur. Ses hommes étaient venus à maintes reprises nous rendre visite et nous avaient convaincus de la justesse de leurs intentions. Ils étaient jeunes et fougueux, pleins de bonnes idées et de bonne volonté, assurément plus attentifs à notre souffrance et résolus à y remédier que nos hommes politiques que nous connaissions trop bien. Nous avions décidé de mettre notre avenir entre leurs mains car nous pressentions que le souffle même de Dieu vibrait en eux. Nos 8
prières de tant d'années n’étaient pas restées lettres mortes. Dieu enfin nous exauçait. Malgré notre victoire écrasante, nous n'étions pas tout à fait soulagés. Nous redoutions bien évidemment l'après élections. Les loups qui nous affamaient étaient encore là, tenant les rênes du pouvoir, nonobstant leur lourde défaite. Il nous était clair qu’ils digéreraient très mal leur prochaine et soudaine mise à l’écart. Certes, le Seigneur prédicateur et ses collaborateurs nous avaient dit de ne pas nous en faire. Tout de même ! Cette nuit-là, ce que nous redoutions tous arriva. Nous étions dehors, sur la place du village, en grande conversation à propos de la politique intérieure et de l’avenir du pays ainsi que des promesses prétendument utopiques du Seigneur prédicateur. Il était bien tard, et le village était plongé dans le noir. Comme en de pareilles nuits où même la lune ne daignait se montrer, l'avenir se voilait autour de mes yeux fatigués par des dures et interminables années d’incertitude et de misère. L’unique espoir qui me maintenait encore en vie provenait de toi, fils. Tu es le seul garçon de la famille. Tu sais l'importance que nous attachons à cela. Je n'écoutais qu'à demi-mot mes vieux camarades. Mon esprit partait à la rencontre de ton futur. Je t’observais réussissant tes études, accédant à un travail honnête et nous ôtant de ce taudis misérable que nous partageons avec ta mère depuis nos vingt ans. Tu faisais le bien autour de toi, rendais les gens heureux et donnais de l'espoir au village tout entier. Je me mis néanmoins à me dire que si le Seigneur prédicateur n'était pas le messie tant attendu que nous envoyait 9
Dieu pour nous sortir de la misère, alors à quoi ressemblera ton avenir ? Islamiste, voyou, voleur, drogué, prostitué ou apprenti loup dans notre armée de fantassins pourris et corrompus ? Je me surpris à raisonner comme les lâches : prendre une barque, quitter cette maudite terre, la terre rendue stérile de mes ancêtres et me réfugier comme tant d’autres sur l'île française de Mayotte afin que tu ne finisses pas comme moi ou pire encore. Ce fut à cet instant-là, sur cette pensée, et au moment même où le cortège des démons quittait la terre pour regagner le ciel que nous entendîmes en horreur les coups de feu lointains, la charge mécanique résonner en nous en un poids insupportable. Les loups n'avaient pas su prendre leur mal en patience. Ils nous noyaient dans notre piètre espoir. Aussitôt, la pensée d'abandonner mon pays, la chair de mes aïeux, se concrétisa dans mon esprit, la prose de feu Mwidine me dévorant :
Si des chutes d'eaux Ravivées par des pluies abondantes L'espoir d'un bain soyeux Se déchire sous la rude averse De cailloux et galets perfides Alors de tout espoir enterrera La cruelle année se fait flagrante Trouve-toi au plus vite un abri sûr Et ne reviens que pour calmer Ta nostalgie criante
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