Le sens en marge

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Comment la linguistique de l'oral spontané, l'analyse conversationnelle, la linguistique de l'énonciation, la linguistique textuelle, l'analyse du discours, la sociolinguistique et la linguistique variationniste ont-elles abordé, à côté de la stabilisation linguistique et sociale du sens, au-delà de la polysémie, le problème de l'anomalie, de la transgression, de la marginalité, des productions "différentes" ?
Publié le : jeudi 1 octobre 2009
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EAN13 : 9782296237933
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INTRODUCTION
À la mémoire d’IvanEvrard
Depuis sa première édition à Bucarest en mai 2001, le colloque international «Représentationsdu senslinguistique » apris unrythme biennal.AprèsMontréal(mai2003), cestlUniversité Libre de Bruxelles qui en accueillera latroisième édition, en novembre2005, souslégide du programme international derecherchesGRAMM-R et duCercle de Linguistique desUniversitésde Bruxelles (Université Libre de BruxellesetVrije UniversiteitBrussel).
Commeprécédemment, lobjectif ducolloque étaitdesonderles rapportsentre lesdifférentsmodèlesde description linguistique etle traitementdu sens, etce à la lumière de faitsconcrets.Le colloque a doncregroupé deslinguistes qui,sémanticiensounon, ontconcentré leurattentionsurlesaspects sémantiquesde leur recherchepourles mettre en avantdansle cadre général oùils s’inscrivent. Danslesillage de lorientationprise à Montréal, lesorganisateursont choisi de centrerlesdiscussionsautourdetrois thèmes, àsavoir: RReprésentationsdu senslinguistique et syntaxlae : prédication seconde; RReprésentationsdu senslinguistique etlinguistiquesdiscursives: les sensen marge; RHistoire des représentationsdu senslinguistique : le domaine du verbe.
Leprésent recueilpublieunepartie descommunicationsde lasection consacrée aux«sensen marge », axées surlanalysesémantique et discursive. Depuislesannées1970, lestructuralisme destricte observance ayant montréseslimites, la linguistique est sanscesse appelée àse rapprocherdesfaitsde langagetels qu’ils procèdentdesonutilisation insitu.Commentla linguistique de loralspontané, lanalyse conversationnelle, la linguistique de lénonciation, la linguistique textuelle, lanalyse dudiscours, lasociolinguistique etla linguistique
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variationniste ont-elles abordé, à côté de la stabilisation linguistique et sociale du sens, au-delà de la polysémie, le problème de l’anomalie (anisosémie), de la transgression, de la marginalité, des productions « déviantes », « différentes », « clandestines », voire subversives ?
Brouillage, lapsus, ratage, surcharge, malentendu, raté, télescopage, cacophonie, paradoxe, hiatus, discordance, on pourrait poursuivre cette liste non exhaustive des phénomènes de discours où se joue la question de la construction du sens et de la tension entre description linguistique et rôle des entours de la langue. Dans ces cas, comment s’opère la répartition du recours à l’extralinguistique ou au système linguistique par rapport aux types de corpus traités ? De quels outils de calcul du sens les locuteurs-récepteurs ont-ils besoin selon les types de discours produits ? Les textes rassemblés ici apportent des réponses diverses à ces questions.
Les contributions inaugurales portent sur les dénominations et les circulations des sens dont il est porteur, appréhendées dans des corpus concrets. Laura CALABRESE envisage laproblématique des différents paradigmessignationnels servantà nommer un événement.Àpartird’un corpusconstitué darticlesdepressequi portent surcequi a été appla canicelé « ude lle » été2003, elle s’interrogesurlesens produit parla caractérisation multiplequi a circulé danslesmédias: crise, catastrophe,tragédie, hécatombe, etc. Elleproposeque le désignanta enregistrétousces sensdans son parcours.Linstabilité dénominative étantliée à linstabilité évènementielle, lévénementoscille donc entre lephénomène climatique etlephénomènepolitique.La mise en discoursde lévénementmédiatiquetémoigne ainsi duconflit qui oppose les acteurs sociauximpliquésdanslévénementenquestion.Àpartirde cette hypotse, larticle analyse lesconditionsdereconnaissance de lexpressla canicion définie « ule » en fonction événementielle, cest-à-dire d’une canicule enparticulier, celle de2003,quelquesannées aprèslesfaits.
Cestaussi àpartirdu phénomène de la désignation événementielle queréfléchitMichelle LECOLLE.Elletraite desnoms propresde lieu quipeuvent, en contexte,référer partonymie à desévénements connus (parexemple Tchernobyl), et s’interrogesurlesindicesdont on disposepourinterprétercesexpressionsen fonction événementielle.Lanalyse, menée en corpusjournalistique(Le Monde
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1995-1996), porte sur des occurrences deNprdans un environnement limité à lempan d’une oude deux phrases.Ainsiparexemple, elle observeque fréquemmentletoponyme analysé entre dansdes réseaux référentiels,souventeux-mêmesexprimés pardesNpr,réseauxdans lesquelslesnoms participentdailleurs plusd’une co-construction du sens que d’une assignationréférentielle.De même, des types différentsdévénementsexprimés pardes toponymesentrent, tendanciellement, dansdes structuresdifférentes: ainsi, lopposition événement prévu vsimprévu’,pertinente dansle discours journalistique, donne lieuà des traitementslinguistiquesdifférents, ce qu’onpeut voiren comparantles phrasesoùle NprAtlantaréfère aux JeuxOlympiquesetcelles référantà la catastrophe de Tchernobyl : danscesdernières, lexpression de la conséquence etde la causalité tiennent uneplacesignificative,participantnotablementà la construction de linterprétation événementielle. Cestappréhenderlaquestion du sensduté de latransgression sociale etdesexpressions taboues quepropose letravail de Françoise HAMMER.Elletraite de lexpressionspontanée d'affectivité préciative en marge de la normesociale etlinguistique.L'idée défendue est que le camouflage de latransgression detabous passe de façon iconiqueparlatransgression derègles sémantiques qu’ils'agit d'expliciter.L'interaction diachronique de facteurs sociaux, linguistiquesetcognitifsaboutitainsi en françaisà la formation de deux sériesd'interjections secondesco-occurrentes, l'une detype monolexical(palsambleu,morbleuetc.), l'autre detypepolylexical (bon dieu de bon soir,sacré nom de Dieu, etc.).Dufaitde leur statut lexical, lesdeux sériesd'interjectionsoccupentdesfonctions pragmatiquesdivergentes.Lasérie monolexicale(fermée, non productive etfortementopacificiée)joue lerôle de marqueurdiscursif. Lasériepolylexicale(ouverte,productive et sujette à des modificationsmultiples paradjonction,transposition ou réduplication) vaprendre en chargeun éventail de fonctionsallantde la modalisation textuelle à l'intensificationsyntagmatique, comme dansun sacré nom de Dieu de roman. Létude de la dynamique du sensnepeutfaire léconomie ni de la dimension diachronique ni de lavariation géographique liée à des affects socio-culturels.Dominique LAGORGETTE etLaetitia PEYNON, àpartirde lanalyse dequelques termesempruntésà langlais (look,sexy,milord)dans un corpusdiachronique et
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synchronique de français écrit (littérature, Internet, chansons,presse féminine,presse musicale), mettenten évidence certainsmécanismes sémantiques spécifiques surles processusdassimilation des termes étrangerset surlanalyse concrète duchangementlinguistique.Bien loin dacquérirdes valeursaufil du tempsetde l’usage, les termesont un certain nombre deproprtés sémantiques stables quis’adjoignentà cellesdu /des termes qui leurcorrespondraientle mieux, daprèsles locuteurs, dansla langue-cible – cumulantdonc les valeurs sémantiqueset pragmatiques.Lincertitude dulocuteurde la langue-cible lamèneraità cumuler terme emprunté et termeplusoumoins équivalent, non dans unsouci deparaphrase mais plutôtafin de renforcer une interprétationplutôt qu’une autre.Surla base de quelquesexemplesdauteursnommés« auteursFLE », Anne-Rosine DELBARTs’intéresse aux phénomènesde latransgression linguistiquequ’ellerapproche d’unesorte deffraction morale, où une langue neuvepermetde dire lindicible, oùla langue étrangère devenue langue de lécritureredevient un matériaulexical et syntaxiquevierge.Délestée d’unpoidsfamilial,social etmoral, la langue adoptive ouvre lavoie àtousles parjuresetàtousles tabous.
Un grand nombre de figuresdertoriquesoude formesdites «stylistiques»peuventêtreréévaluéesentermesdanalyse sémantico-discursive.Cestainsique Lucile GAUDIN etGenevve SALVANsepenchent sur une figure destyleparticulière aprèsavoir constatéque celles-cisont souventdéfiniesentermesdécartetde rupturepar rapportàun ordre attendu:qu’ils’agisse de figuresde construction(anacoluthe,zeugme)oude figuresdesens (énallage, tropes), ellesontcommepointscommunsla gestion dubrouillage et de la discordance, etleur résolutiontextuelle.Aprèsavoirdressé rapidement untableaude ces phénomènesafin denpréciserlenjeu pour une linguistique discursive, ellesconcentrentleur travailsur un phénomène de discordance etdincongruité, lhypallage.Définie en terme de contradiction entrestructures sémantique et syntaxique, lhypallageprésenteun casintéressantde brouillagequireposesur unevisée dynamique du sens,puisqu’elle invite àun itinéraire interprétatif, àun calcul du sens quiprend en compte lastructure syntagmatique et, au-delà, le contexte global du texte.
Marie-Anne PAVEAU etLaurence ROSIERsepenchentelles surla forme de la « liste »,qui,si elle a été lobjetde maintesattentions, notammentdansle cadrertorique et pluslargementlittéraire(la
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