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Le silence des étoiles

De
91 pages
Entre les champs d'Artois et la Manche, la petite église de Saint Josse-sur-Mer est son refuge à lui, l'écrivain. Thomas, son fils, se rêve même en soldat américain pour envahir les terres d'Irak. Alors pour le protéger, pour protéger sa mère, Maria, pour fuir un chaos qui paraît inéluctable, il remet en marche un enfant de Nazareth. Des profondeurs du Temps, du silence, des étoiles... Ce deuxième roman révèle la profondeur d'une écriture poétique déjà présente dans Le Fiu.
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site: w\1l\v.librairiehannattan.con1 diffusion.harmattan@wanadoo.fr e.mail: harmattan1@wanadoo.Er (Q L'Harmattan, 2005 ISBN: 2-296-00076-2 EAN : 9782296000766

Philippe Eurin

Le silence des étoiles
Roman

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1200 logements villa 96 12B2260 Ouagadougou 12

Du même auteur:

Le Fiu (L'Harmattan) Traumas (Grandvaux)

A mon Père

CHAPITRE

1

Je vais dans les églises quand il n'y a personne. J'aime quand mes pas résonnent sur le pavé usé et la boiserie des chaires. J'aime le sourire aux lèvres dorées des angelots. Le bon regard des saints de plâtre. Et cette jeune mère qui tient un enfant. L'après-midi silencieuse de l'église de Saint Josse-surMer. L'ombre douce des piliers de pierre. La lumière frêle des cierges serrés. Le vieux cuivre jaune de la châsse tant de fois embrassée. Et ce cahier d'écolier aux prières d'encre posé sur le pupitre. Au loin, les remorques poussiéreuses du blé coupé quittent les champs d'Enocq et tandis que des fétus de paille volètent des routes au goudron chaud, les plages populeuses de Stella bourdonnent d'une fin d'été. L'ardoise du clocher luit. Parfois, un claquement d'ailes en dresse le sommet. Les tourterelles l'ont toujours chéri. Je soulève le loquet grisâtre. La porte est légère. Deux marches immédiates me conduisent à trois mètres de l'autel. Je crois toujours qu'il va revenir, lui, le petit homme aux paumes d'ormes fermées. Je ne m'attarde pas devant le chœur. Seul, cet angle un peu sombre me conduit. Il est là. Il lève la tête vers elle. Ils se regardent. Il ne marche pas encore. Un voile couvre ses mollets et entoure d'un même pli le visage de la jeune femme. Plus loin, si près, la croix de solitude. Ce long corps adolescent, les mains ouvertes pour les clous, et cette tête d'homme baissée. Elle le regarde.

7

Mais le bois lisse absente son regard. Ses bras l'unissent à elle d'un mouvement doux, retenu. Que se disaient-ils? Que ne se disaient-ils pas? Elle portait l'eau du puits en chantant. Il répondait par des petits cris joyeux. Pas de mots. Pas encore. A ses pas la terre de Galilée s'envolait. Elle chantait. Elle souriait. Pour un oiseau, un lézard pressé, le clapotis de l'eau du puits. Une ribambelle d'enfants la suivait. Elle était aimée des enfants. Elle leur apprenait des chansons gaies; inventées au gré de sa marche cadencée. Il y était question d'un peuple d'animaux. Avec son roi et sa reine. Tour à tour, ils étaient lion, gazelle, âne ou agneau. La ribambelle écoutait puis répétait et enfin chantait. Chantait aussi haut que la silhouette de la jeune mère dont les cheveux noirs filaient, par le vent emportés. L'air de Nazareth était ainsi traversé de sons, de musiques, de rires et d'oiseaux. Tandis que les plus grands se chargeaient de remonter l'eau, elle s'asseyait sur une pierre ronde et les plus hardis se hissaient jusqu'à ses genoux. Un seul parvenait à s'installer, découvrant alors les dents blanches d'une large bouche satisfaite. Elle refermait son bras sur sa petite poitrine où le cœur battait d'efforts et de joie. Ses cils noirs abaissés sur lui et ses camarades, devenaient sur son visage ovale, comme le reflet nocturne d'un lac. Tous ces petits auraient pu être les étoiles infinies d'un astre immobile et s'en trouver bien. Au dehors, le soleil doit encore être fort car les vitraux bleutés se gonflent de lumière. Saint Josse a les épaules massives d'un guerrier. A ses pieds, la voile blanche 8

d'un bateau sans équipage s'arrondit. tête, l'or d'une constellation enfantine

Au-dessus jaillit.

de sa

Il m'arrive de parler ici, seul. A lui ; à elle. Pas à haute voix, non. Je m'asseois sur un des dons d'une noble famille; un prie-dieu laqué noir. Je suis à quelques pas de la porte au loquet; de l'allée gravillonneuse qui mène à la demeure de mes parents; de ses carrés et de ses rectangles aux appellations pleines d'affection. « A mon frère». « A notre camarade». «A notre père». « A notre mamy chérie ». Bientôt je vais sortir. Les bouchons automobiles au bas de Saint Josse-sur-Mer m'indiqueront que l'heure de la plage est finie. J'irai rechercher Maria et Thomas. Une impatience freinée par les innombrables familles me fera couper à travers des chemins buissonniers connus des seuls autochtones. Je respirerai, vitres ouvertes, les odeurs de foin que les remorques auront laissées. L'herbe sèche dont la puissante odeur se répand dans les talus. Je verrai les coquelicots bougeoter à mon passage. Aux barbelés torsadés, les bœufs blancs et les vachettes, plus vives, viendront de leurs sabots lourds. Juste avant La Capelle, je traverserai la file contenue des vacanciers, puis la voie ferrée. Je contournerai le feu rouge de Stella en empruntant une ruelle sablonneuse, et longerai en de savantes parallèles toutes les artères obstruées. Voici l'esplanade. Une foule à demi nue passe et repasse devant le poste de secours dont le drapeau tricolore flotte mollement. Les marchands de glaces et de frites vendent sans cesse. Des jeunes gens roulent au milieu des badauds. Le tintamarre de musiques 9