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Le silence ne répond jamais

De
226 pages
Nelson Ferrer arrive dans la capitale après plus de quarante années d'absence. Mais que veut-il ? Que vient-il faire alors qu'il ne connait presque plus personne dans cette ville qui a tellement changé ? De rencontre en rencontre, de découverte en découverte, les intentions tragiques de Nelson vont lentement s'effriter. Noués entre eux pour ne former qu'une seule tresse, le passé et le présent s'éclairent l'un l'autre et nous révèlent peu à peu la vraie personnalité de Nelson. Un hymne à la vie.
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Pierre Mainguet
Le silence ne répond jamais
Roman
Le silence ne répond jamais
Livres libres collection dirigée parMarc Bailly
Une collection où vivent plaisir, liberté, imaginaire et qualité. Le plaisir de la lecture.Trop souvent oublié dans un monde qui file à la vitesse du numérique, le plaisir de la lecture offre pourtant une fenêtre sans limite sur le monde qui nous entoure. Pour certains, synonyme d’apprentissage, d’élitisme, de difficulté, la lecture plaisir a trouvé sa collection. La liberté. De ton, de style, de genre, d’écriture. Une collection qui se veut sans barrière, sans limite, sans étiquette. Les auteurs seront libres de développer leur univers, d’exploiter leurs idées, de faire naître aux détours des pages, des galeries de personnages fascinants… Pour des lecteurs qui pourront, en toute liberté se plonger dans des récits riches, joyeux, tristes, dangereux, excitants, bondissants, drôle, terrifiants… L’Imaginaire au pouvoir ! Qu’estce que l’Imaginaire ? Mais finalement, qu’estce qui n’est PAS Imaginaire. Une collection qui se permet tout, ne se refuse rien et qui ouvre grandes les portes d’une véritable aventure littéraire aux parfums exquis ! La qualité. Livres Libres se veut une collection de qualité et exigeante, qui ne publiera que le meilleur, au service d’une littérature de qualité (mais accessible), et d’un lectorat tout aussi exigeant… Livres Libres propose des ouvrages inédits d’auteurs belges qui partagent une volonté tant de qualité que de divertissement. Livres Libres, finalement n’est pas une collection ! C’est une expérience littéraire.
Déjà parus:
• Hugo Poliart,Superflus, 2015. • Marc Bailly (sous la dir.),La Belgique imaginaire – Anthologie tome 1, 2016. • MariePaule Eskénazi,Walter ou Naïm, héros ou assassin, 2016. • Sophie et Jacques Mercier,Toute une vie d’amour, 2016. • Frédéric Livyns,L’obscur, 2016.
PIERRE MAINGUET
Le silence ne répond jamais
R O M A N
La collectionvivent plaisir, liberté et imaginaire.
D/2016/4910/47
© AcademiaL’Harmattan s.a. Grand’Place, 29 B1348 LOUVAINLANEUVE
ISBN : 9782806103031
Tous droits de reproduction, d’adaptation ou de traduction, par quelque procédé que ce soit, réservés pour tous pays sans l’autorisation de l’éditeur ou de ses ayants droit.
www.editionsacademia.be
Nous sommes ici pour être curieux et non consolés JimHARRISON
La mémoire est une chienne indocile. Elle ne se laissera ni convoquer, ni révoquer, mais ne peut survivre sans vous. Elle vous nourrit comme elle se repaît de vous… Elle peut s’emparer de vous, vous acculer ou vous libérer. Vous laisser à vos hurlements ou vous tirer un sourire… ElliotPERLMAN
… Le silence ne répond jamais C’est toi qui parles D’un côté à l’autre Du poème Tandis que les visages passent Sous l’eau… VéroniqueWAUTIER
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Première journée
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… elle ne vint pas. Le surlendemain non plus. Ni le jour d’après. J’étais désespéré et j’imaginais le pire. Il est évident qu’elle devait avoir un fiancé et qu’il avait assisté à notre petit jeu. Ou bien elle était malade. Gravement. Ou peut-être avait-elle été victime d’un accident ? Ou plus simplement, elle ne voulait plus me voir et avait changé ses horaires. Je me torturais les méninges pour trouver de bonnes raisons à son absence, et cela en vain parce que les causes possibles de sa disparition étaient innombrables…
En dépit d’un mal de tête léger mais lancinant, je viens de lire ces quelques lignes dans le gros carnet rouge que je tiens dans les mains. Je le referme et le pose à côté de moi. Il m’est précieux plus que tout. Comme on le dit souvent : si j’étais condamné à vivre sur une île déserte, c’est bien la seule chose que j’em-porterais avec moi. Ce carnet, je pourrais le réciter de mémoire, quasi en entier, mais je ne sais trop pour-quoi, parfois je m’oblige à le relire. Sans doute que le fait de suivre le tracé de mon écriture fine et régulière me transporte mieux à l’époque où je l’ai rédigé. C’est cela que j’aime. Et que je redoute aussi. Cette intensité avec laquelle je peux revivre les événements d’un loin-tain passé. Parfois j’en souffre, et parfois cela me récon-forte. C’est plutôt ce qui se passe pour le moment. Nos souvenirs sont comme des stalagmites enfouies dans les salles profondes de notre mémoire. Le temps qui s’écoule les gonfle et les embellit. Plus ils sont vieux, plus ils sont forts et présents, et qu’importe si l’érosion
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les a façonnés un peu trop à mon goût. Au fond, cela nous regarde, nous, les dépositaires de ces pépites de nos vies. Mais avec le recul des ans, elles se sont peu à peu teintées d’une tendresse infinie, bien que je ne puisse que rarement éviter leur cruauté. Le spectacle est banal : je suis assis dans un train qui se faufile dans la nuit tombante. Je ne suis pas seul dans le compartiment, mais c’est moi qui vous inté-resse, celui qui a toujours son chapeau sur la tête et fait mine de regarder par la fenêtre. Si je marchais, vous verriez que je boite légèrement. Une discrète hésitation de la jambe gauche. Un accident de voiture. Je vous raconterai plus tard. Je m’appelle Nelson Ferrer. Une trèslointaine ascendance espagnole. Mes familiers disent « Nels », et bien que j’aie l’air d’être particulièrement attentif à ce qui se passe au-dehors, je dois avouer que mes pensées sont ailleurs. Oserais-je faire tout ce que je me suis promis d’accomplir ? Oserais-je aller jusqu’au bout ? À ce moment précis, j’en suis convaincu, mais Dieu sait ce que le hasard ou la destinée me réserve, cette part d’imprévu par définition impensable. Les voies se multiplient. Le convoi ralentit et se met à bringuebaler sur une longue suite d’aiguillages. Certaines secousses sont tellement fortes que je dois m’accrocher à la tablette en formica. C’est le signal que j’arrive enfin à destination. Quelques minutes de patience encore. La gare est toute proche. J’aimerais faire l’une ou l’autre photo de cette glorieuse entrée, mais la lumière extérieure n’est plus suffisante. Je ne capterais que des masses informes ponctuées de quel-ques taches blafardes. Bon. J’attendrai d’être à quai. Tandis que je continue de regarder vers l’extérieur, la vitre se couvre brusquement d’une myriade de goutte-lettes. Voilà qu’il se met à pleuvoir. Visibilité complète-ment nulle maintenant. Raison de plus pour laisser le petit appareil dans ma poche. Je me souviens que je
n’ai pas cru utile d’emporter un parapluie. Heureuse-ment qu’avec mon vieux chapeau vissé sur le crâne, je me sens toujours protégé. En plus, ce n’est qu’un petit crachin d’automne pas bien méchant. Il y a plus de quarante ans, c’est également sous la pluie que j’avais fui la capitale pour m’installer à Vidreux, dans la lointaine province. Depuis lors, je n’y ai remis les pieds qu’à deux ou trois reprises, et encore, par obligation. Quarante années d’exil et retour à la case départ ! Je ne peux nier que je suis envahi par une émotion certaine, mais ce que je crains le plus, c’est de découvrir à quel point tout a changé. Déjà que j’ai reconnu avec difficulté la banlieue populaire où j’ai passé mon enfance et par laquelle le train a pénétré dans la ville, mais qu’en sera-t-il alors du reste ? Forcé-ment, je n’ai pas cessé de vieillir, tandis qu’ici ce doit être le contraire. On a dû abattre, bâtir, rénover, repeu-pler, pendant que je me ridais et m’effondrais rongé par l’âge. Bon, j’y vais un peu trop fort. J’ai conservé une forme physique presquehonorable et en tout cas ma lucidité. Soit. Le premier choc, je l’ai en sortant de la station de chemin de fer. Je ne m’y attendais pas. J’avais en tête le souvenir d’une place charmante, arborée de nombreux platanes sous lesquels j’avais passé des soirées intermi-nables à boire et à discuter… Mais plus rien. Plus une brindille. Pas l’ombre d’une feuille jaunie sur le sol. Pavés noirs. Pavés gris. Grandes dalles de marbre rose et deux bistrots alors qu’à mon époque, il devait bien y en avoir cinq ou six.
… Puisqu’elle devait prendre le train de nuit, je lui avais proposé de nous retrouver vers vingt-trois heures à la Tosca, une brasserie située juste en face de la gare. De la pointe extrême de mes cheveux jusqu’au bout de mes doigts de pieds, j’étais énamouré de cette fille, subjugué par son phy-
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