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Le statut culturel de la bande dessinée - Ambiguïtés et évolutions

De
280 pages
En ce temps de crise des légitimités culturelles, il est pour le moins pertinent de faire le point sur les statuts des productions qui en sont l'objet. Et ce, quelle que soit leur position au sein du marché concerné, jusqu'il y a peu dominante ou, inversement, dominée. Se focaliser sur la bande dessinée parmi ces productions s'avère particulièrement de circonstance, pour peu que l'on tienne compte de la critique qui lui est faite.
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Sous la dîrectîon de Maaeen AHMED, Stépanîe DELNESTE et Jean-Louîs TILLEUIL
LE STATUT CULTUREL DE LA BANDE DESSINÉE AMBIGUÏTÉS ET ÉVOLUTIONS
THE CULTURAL STANDING OF COMICS AMBIGUITIES AND CHANGES
Collection TexteImage
dirigée par JeanLouis Tilleuil, Laurent Déom et Catherine Vanbraband
Dany Rasemont, e Julius Corentin Acquefacques, par-delà la bande et le dessinédition, GRIT, 1999 (2 augmentée : Academia-L’Harmattan, 2016). Nicolas Lesire, Trois femmes pour un Héros. Une analyse des personnages féminins dans la série « horgal », GRIT, 2000. Aude Vangeenderhuysen, Le Petit CHaperon rouge… entre peur et désir. L’ambivalence des sentiments de l’en-fant à l’égard du loup dans le texte et l’illustration, GRIT, 2001. Jean-Louis Tilleuil (dir.), Images, imaginaires du féminin, EME, 2003. Jean-Louis Tilleuil (dir.), héories et lectures de la relation image-texte, EME, 2005. Éric Lavanchy, Étude du CaHier bleu d’André Juillard. Une approcHe narratologique de la bande dessinée,Academia-Bruylant, 2007. Benoît Glaude, « Aire libre », art libre ? Étude de la narration dans le cHamp de la bande dessinée franco-belge contemporaine, Academia-L’Harmattan, 2011.
Hors collection
Jacques Carion, Georges Jacques et Jean-Louis Tilleuil (dir.), Aventures et voyages au pays de la Romane. Pour Pierre Massart, EME, 2002.
Maaheen AHMED, Stéphanie DELNESTE et Jean-Louis TILLEUIL (dir.)
LE STATUT CULTUREL DE LA BANDE DESSINÉE AMBIGUÏTÉS ET ÉVOLUTIONS
THE CULTURAL STANDING OF COMICS AMBIGUITIES AND CHANGES
Cet ouvrage est issu d’un colloque organisé par le Groupe de Recherche sur l’Image et le Texte (GRIT/ UCL), en collaboration avec l’ASBL « Lire, apprendre, étudier avec l’image et le texte », et ayant reçu le soutien înancier du FNRS, de l’Institut des Civilisations, Arts et Lettres (INCAL/UCL), du Service culturel de l’Ambassade de Pologne en Belgique, ainsi que du Ministère de la Culture.
Nous voudrions remercier tout particulièrement Benoît Glaude, Olivier Odaert et Catherine Vanbraband, qui ont accepté de relire les épreuves de cet ouvrage.
Nos remerciements vont aussi à Laurent Déom, pour sa précieuse collaboration à la mise en pages de ce volume de notre collection « Texte-Image ».
D/2016/4910/62
©Academia – L’Harmattan s.a. Grand’Place, 29 B-1348 Louvain-la-Neuve
ISBN : 978-2-8061-0320-8
Tous droits de reproduction, d’adaptation ou de traduction, par quelque procédé que ce soit, réservés pour tous pays sans l’autorisation de l’éditeur ou de ses ayants droit.
www.editions-academia.be
Michał « Śledziu » Śledzinski D’une bande dessinée contre
Will Eisner’s Heritage Fabrication and Comics Identity Politics
de l’auteur de L’exemple de L’Association
Sommaire
Introduction/Introduction (English Version)…………………………7 Maaheen AHMEDet Jean-Louis TILLEUILL’ŒUVRELa bande dessinée et ses identités culturelles Paysage et frontières…………………………………………………….39 Philippe MARIONCollages in Comics The Case of Dave McKean………………………...……………………53Maaheen AHMEDGothique et bande dessinée, des fantômes entre les cases……...…….. 75 Julia ROUNDOsiedle SwobodadeMichał «Śledziu» ŚledzinskiD’une bande dessinée contre-culturelle au témoignage socioculturel…………………………….……………… 97 Tomasz SWOBODA
L’AUTEURClimbing the Hill Will Eisner’s Heritage Fabrication and Comics Identity PoliticsIn and BeyondThe Dreamer(1986)……………………………………119 Martin LUNDL’ÉDITIONOrigines romantiques du statut culturel de la bande dessinée francophone……………………………………...139 Benoît GLAUDEFigurationsde l’auteur debande dessinée et légitimité L’exemple de L’Association…………………………………………….173 Olivier ODAERT
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LE STATUT CULTUREL DE LA BANDE DESSINÉE
L’ARTL’auteur comme artiste polyvalent La légitimité culturelle et ses figures imposées………………………..185 Jean-Matthieu MÉONDe case en case, faire bouger les lignes Évolution de la place et du traitement de la bande dessinée dansBeaux Arts Magazine………………………205 Sabrina MESSINGLE PUBLICUne nouvelle légitimité culturelle Le cas de la bande dessinée…………………………..…………………221 Benoît BERTHOULa bande dessinée à l’écoleUn caillou dans le soulier de la légitimation…………………………...233 Florie STEYAERTet Jean-Louis TILLEUILPrésentation des auteurs………………………………………………..269Table des copyrights…………………………………………………….275
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Introduction
Maaheen AHMEDet Jean-Louis TILLEUIL
Université de GandUniversité catholique de Louvain Université catholique de LouvainUniversité Lille 3
La question de l’engagement taraude nos pratiques culturelles de création et de consommation depuis bien longtemps. Pour s’en tenir à un passé qui commence à dater, Jean-Paul Sartre l’a mise au tout devant de la scène littéraire à la fin des années 1940 ; Roland Barthes fit de même en se focalisant, au début des années 1950, sur les enjeux formels. Durant la décennie suivante, Raymond Williams et Stuart Hall adoptent une position engagée dans leurs études critiques de la culture en Grande-Bretagne.Qu’en est-il de la bande dessinée, dont les ambitions littéraires et artistiques sont de e plus en plus manifestes en ce début deXXIsiècle ? Le présent volume propose des réponses qui concernent toutes l’articulation de l’engagement avec une problématique essentielle dans ce débat, celle de la reconnaissance symbolique de la bande dessinée, qu’il s’agisse du champ francophone ou du champ anglophone.
Contexte francophone En ce temps de crise des légitimités culturelles, il est pour le moins pertinent de s’intéresser aux statuts des productions qui en sont l’objet. Et ce, quelle que soit leur position au sein du marché concerné, jusqu’il y a peu dominante ou, inversement, dominée. Distinguer la bande dessinée parmi ces productions s’avère particulièrement de circonstance, pour peu que l’on tienne compte de sa critique. Sans prétendre à l’exhaustivité et pour s’en tenir aux années 2009-2014, nous pouvons mentionner quatre publications d’envergure o qui ont explicitement posé la question de la légitimité du genre B.D. : le n 54 de la revueHermès, sous-titréLa Bande dessinée. Art reconnu, média 1 méconnuet édité par Éric Dacheux (2009) ;Bande dessinée et enseignement 2 des humanités, placé sous la direction de Nicolas Rouvière (2012) ;La Bande dessinée : une médiaculture, coordonné par Éric Maigret et Matteo Stefanelli
1 o Hermès, n 54 :bande dessinée. Art reconnu, média méconnu La , août 2009, Paris, CNRS éditions. 2 Nicolas ROUVIÈRE(dir.),Bande dessinée et enseignement des humanités, Grenoble, ELLUG, coll. « Didaskein », 2012.
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LE STATUT CULTUREL DE LA BANDE DESSINÉE
3 4 (2012) ;Bande dessinée et littérature. Quelle, de Jacques Dürrenmatt (2013) orientation ces quatre productions donnent-elles au débat sur le statut culturel de la bande dessinée? À l’évidence, elles partagent un point de vue dont la convergence impose cette leçon: le temps n’est plus au constat de la stigmatisation, ce qui n’est quand même pas rien, compte tenu de la longue résistance de celle-ci, assurée par les instances de la célébration symbolique, à commencer par l’école : « La bande dessinée a longtemps eu mauvaise 5 presse auprès des milieux éducatifs . » Si l’heure est donc à la valorisation de l’objet B.D., celle-ci peut prendre à l’occasion une tournure radicale et, selon nous, excessive, comme lorsque la 6 question même de sa légitimité culturelle est présentée comme dépassée . Mais la revendication résulte immanquablement d’une volonté de positionnement original dans le champ contemporain de la bande dessinée, dont il faut désormais tenir compte et qui, corollairement, atteste le déplacement du discours critique B.D. dans son ensemble. Pour en apprendre davantage sur ce déplacement, indicialisé par nos quatre publications, il nous faut le contextualiser, c’est-à-dire le situer par rapport à l’histoire de cette critique. Comme le rappelle Jacques Dürenmatt, qui 7 s’appuie lui-même sur une citation d’Éric Maigretque nous complétons, le moment de l’essentialisme, entamé à partir des années 1980, a connu quelques e prolongations qui l’ont fait durer jusqu’à ce début deXXIsiècle. Cette quête de spécificité du genre était somme toute sociologiquement attendue, 8 prévisible : il fallait autonomiser le champ . Comme cela a été précisé, cette autonomisationtoujours relativeest désormais suffisamment acquise pour 9 permettre de « passer à autre chose ». Autre facteur ayant contribué, de 3  Éric MAIGRET et Matteo STEFANELLI (dir.),La Bande dessinée : une médiaculture, Paris, Armand Colin, coll. « Médiacultures », 2012. 4 Jacques DÜRRENMATT,Bande dessinée et littérature, Paris, Classiques Garnier, 2013. 5  Nicolas ROUVIÈRE, « Introduction », dans ID. (dir.),Bande dessinée et enseignement des humanités,op. cit., p. 7. 6 Éric MAIGRET, « Bande dessinée et postlégitimité », dans Éric MAIGRETet Matteo STEFANELLI(dir.),La Bande dessinée : une médiaculture,op. cit., p. 136. 7 Jacques DÜRRENMATT, « Une question de nom », dans ID.,Bande dessinée et littérature,op. cit., p. 24. 8  Jean-Louis TILLEUIL, « Préface », dans Éric LAVANCHY,Étude duCahier bleud’André Juillard. Une approche narratologique de la bande dessinée, Louvain-la-Neuve, Bruylant-Academia, coll. « Texte-Image », 2007, p. 7-11. 9 Cela étant, il est bien évident que l’on n’en a jamais fini avec la question de l’essentialité générique, puisque sa relance incessante garantit l’autonomie du champ concerné. Par ailleurs, si la question a de l’avenir, il faudrait aussi se préoccuper de son passé. Un état des lieux de la critique est à faire, ce qui éviterait de voir duneuf là où il n’y a en fait que du réchauffé ou, en d’autres mots, de rendre à l’occasion à César ce qui lui appartient. Il en va ainsi du concept de « solidarité iconique » que Nicolas ROUVIÈRE(Bande dessinée et enseignement des humanités, op. cit., p. 15) attribue avec raisonpour la formulationà Thierry Groensteen mais qui doit tellement à Pierre FRESNAULT-DERUELLE et son article de 1976 intitulé « Du linéaire au o tabulaire » (Communications24 :, n La bande dessinée et son discours, 1976, Paris, Seuil, p. 7-23), ou de la problématique de «la narrativité de l’image unique» dont le même ROUVIÈRE
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INTRODUCTION
l’extérieur, à cet élargissement de la perspective critique : une concurrence e d’ordre paradigmatique qui, depuis cette même fin deXXsiècle et ce début e duXXIest observable au sein de nos pratiques culturelles et siècle, scientifiques et qui aboutit à une remise en causedu culte d’une Vérité indicible et invisible, longtemps dominant, pour favoriser la croyance en l’accessibilité du sens, en la transversalité des savoirs plutôt que le primat de l’intransitivitéle dialogisme généralisé plutôt que le monologisme ; 10 autosuffisant . Les prises de position qui attestent cette concurrence de paradigmes dans le champ (occidental) des sciences humaines ne manquent pas. Un des auteurs de cet article a eu l’occasion de montrer ce qu’il en avait étéet est toujoursdans les études littéraires, les théories linguistiques et 11 celles qui portent sur l’imagLa crise des valeurs évoquée en débute . d’introduction en est une autre illustration, plus convaincante encore puisque vécue tant par les scientifiques que par le grand public. Si nous revenons à ceux-ci et pour relancer le débat axiologique, nous pourrions nous référer à Fabienne Bergère, pour ce qui concerne la philosophie esthétique. Celle-ci a développé une réflexion sur l’expérience du beau qui nous a rappelé que sa e banalisation était ancienne (les empiristes écossais duXVIIIsiècle affirmant que le beau échappe à l’appréhension normative et relève de l’ordinaire, c’est-à-dire du variable, du divers, du subjectif), mais qu’elle retrouve aujourd’hui une actualité largement partagée sur le plan social « avec cette conception contemporaine qui dissocie[le beau] de l’art pour l’associer au plaisir 12 immédiat du regard porté sur les objets quotidiens ». Une telle analyse se
(ibid.) salue l’étude par HarryMORGAN (Principes des littératures dessinées, Angoulême, Éditions de l’An 2, coll. «Essais », 2003), en oubliant Alain BERGALAqui lui a consacré un chapitre éclairant en 1979 dans sonInitiation à la sémiologie du récit en images(Paris, Service audio-visuel de la Ligue française de l’enseignement et de l’éducation permanente, 1979, p. 15-32). 10 L’inventaire non achevé des couples de contraires incite à les rassembler sous les formules subsumantes deparadigme de l’idéalisme abstraitet deparadigme dupragmatisme réaliste, ce dernier adjectif étant à libérer de ses connotations artistiques immanentes. Dans son article intitulé « Le roman du peintre », Annie MAVRAKISdéfend, en termes très poétiques, l’état de crise qui frappe l’ancien paradigme« : L’artiste qui a affaire aux formes, aux couleurs, aux sons, perd le contact avec le public dès lors qu’obnubilé par l’idéenéglige la fenêtre du il monde. Il n’y a plus alors d’harmonie céleste mais des grincements à faire fuir les chats, plus de déesse incarnée mais une “muraille de peinture”.» Dans la phrase qui précédait ces deux-ci, Mavrakis envisageait une conciliation, pour peu que l’on inverse l’ordre des connaissances : « La fenêtre donnant sur le monde y communique sans efforts avec la fenêtre ouverte sur le o ciel. » (DansPoétique,novembre 1998, Paris, Seuil, p. 431.)n 116, 11 Jean-Louis TILLEUIL, «Comment aborder l’étudedu couple texte-image ? Épistémologie et sociopragmatique d’une relation problématiquedans I », D. (dir.),Théories et lectures de la relation image-texte, Cortil-Wodon, E.M.E., coll. « Texte-Image », 2005, p. 61-118. 12 Fabienne BERGÈRE, auteur deL’Expérience de la beauté. Essai sur la banalisation du beau e auXVIIIsiècle(Paris, Vrin, coll. «Essais d’art et de philosophie», 2006) est citée par Camille FROIDEVAUX-METTERIEson ouvrage dans La Révolution du féminin (Paris, Gallimard, coll. « Bibliothèque des sciences humaines », 2015, p. 307-308).
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