Le Titre du Livre

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" Qui étais-je dans ma vie antérieure ? Victime ou criminel ? Comment saisir la vérité s'il n'est d'autre univers que celui qui virevolte dans ma tête ? ". L'histoire de cet homme blessé suit le cours d'un temps troublé par la guerre. Lui le remonte et suit ses propres traces... ". Souvenirs confus, dialogues impromptus, puzzle poétique... petit à petit, les pièces trouvent leur place et reconstituent le drame. Yves Thelen, professeur de philosophie et morale laïques, illustre dans cet essai les thèmes abordés dans " Eveil à l'esprit philosophique " (L'Harmattan, janvier 2010).
Publié le : samedi 1 mai 2010
Lecture(s) : 194
EAN13 : 9782296699311
Nombre de pages : 130
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Le Titre du LivreDu même auteur
Aux Éditions de La Maisnie
La Voie Suprême, Paris, 1994.
Aïki-karate-do, de la lutte à mort à l’art de vivre, (techniques et philosophie
martiales), Paris, 1994.
Aux Éditions de l’Harmattan
Éveil à l’esprit philosophique, Paris, 2010.Yves Thelen
Le Titre du Livre
L’Harmattan





























© L’Harmattan, 2010
5-7, rue de l’Ecole polytechnique, 75005 Paris

http://www.librairieharmattan.com
diffusion.harmattan@wanadoo.fr
harmattan1@wanadoo.fr

ISBN : 978-2-296-11907-9
EAN : 9782296119079
Avant-propos
Parmi l’infinité des mondes dont nous croyons pouvoir
soupçonner l’existence, un seul nous est accessible : le nôtre. En vain
supposons-nous que tous les êtres que nous côtoyons en font
partie. La réalité de l’un est irréductible à celle de l’autre. Bien
sûr, nous imaginons très naturellement que nous sommes tous
acteurs d’une tragédie universelle, que nous éprouvons des
sentiments partagés, que nous vivons avec les mêmes espoirs et
mourrons dans la même angoisse. L’absolu de notre solitude est un
fardeau insupportable, alors nous faisons comme si…
Pourtant, à l’évidence, avant nos plus anciens souvenirs,
il n’y avait rien. Rien avant notre naissance au monde, comme si
le monde était né avec soi, comme si rien, vraiment, n’existait
endehors de soi.
Pour nous rassurer, nous inventons des histoires qui nous
correspondent, qui répondent à nos questions : elles sont
peuplées de dieux, de big-bang, d’ancêtres et d’enfants qui nous
ressembleraient. Nous cherchons un sens à toute cette gesticulation
comme l’écrivain peinant à formuler le titre idéal de son roman,
le bon début et le dénouement qui donneraient cette apparence
de vérité que, perpétuellement, nous poursuivons.
Si le monde dans lequel nous nous agitons est pure
construction de notre esprit, l’œuvre de fiction donne l’illusion d’une
réalité bien tangible : l’auteur sait où il nous emmène. Le livre est
là, palpable, prêt à être lu, rangé, repris, compris…8 LE TITRE DU LIVRE
Mais que survienne l’idée saugrenue d’écrire un livre sur
la réalité vécue, celle que nous façonnons en ce moment précis,
alors nous risquons de nous perdre dans le dédale de notre prison
intérieure. Un tel conte à rebours, chacun ne pourra que lui
donner son propre titre, se l’approprier en le prenant à son compte,
le réécrire, en quelque sorte, en le lisant.
Sans doute, certains lecteurs refuseront-ils cette
confrontation. Il n’est pas agréable de heurter du front un mur derrière
lequel il n’y a même pas un vide où s’évader.
Le livre que vous avez sous les yeux est donc un
témoignage sur l’irréel de l’existence, sur l’écriture qui s’épuise à se
décrire, sur la surdité du dialogue et le silence des mots.
Qu’il vous emporte où vous voudrez, nul n’aura le droit
de contester votre titre de voyage.Au milieu de la première page, il avait encadré un espace blanc :
le titre du livre. Puis, afin de suggérer que cet espace n’était pas
vide de signification, il avait songé à y insérer un point
d’interrogation. Finalement, il s’était résolu à écrire :
« Le Titre du Livre, »
refusant à la fois l’inconsistance du rien, que le lecteur eût pu
confondre avec un oubli, et le caractère irrévocable qu’auraient
acquis, là, n’importe quels autres mots.
Dessous, une épitaphe :
Ci- gît Sisyphe.
L’auteur se meurt en première ligne.
Demeurent les humbles signes
qu’il délivre au lecteur.— Un bon titre, c’est important !
— Oui. Pour une histoire qui se tient…
— C’est ta vie. C’est ton histoire ! Ce sera aussi un peu
la mienne…
— Tu parles d’une histoire : des bribes d’une double vie
qui s’entrecroisent…
— Au moins, mon chéri, c’est vrai. Les trous, les
absences, les contresens, c’est aussi ça une vie. Comme les silences dans
une partition. La cohérence, c’est de la triche. On l’invente pour
faire net.
— Alors le titre est bien ainsi.e que je relate ici est authentique. Aussi authentique qu’ilC soit possible pour qui sait son incapacité à distinguer
absolument son vécu de ses cauchemars.
Je pourrais préciser : ceci m’est vraiment arrivé. Mais
cette tournure esquive l’essentiel. Et si j’écris : « Ceci est
vraiment arrivé à celui dont j’ai suivi la trace et qui est moi », cela
devient aussi ridicule que s’arracher les cheveux en prétendant se
soulever du sol.
La folie criminelle qui a labouré ce pays est encore
présente dans les mémoires. Mais mon histoire est étrangère à celle
de l’historien. Ma vie s’est rétrécie à ces quelques mois. Ce n’est
pas un tableau que j’offre au regard objectif. Seulement des
coups de flash qui implosent l’ensemble, divulguent quelque
détail et creusent la profondeur de l’obscur.
Je suis né là, il y a deux ans. En plein chaos. Dans ce lieu
sans nom, déserté depuis toujours et soudain pullulant de cette
misère qu’on ne tolérerait pour aucun animal.
L’homme qui émerge a la tête emmaillotée. Une femme
est penchée sur le berceau sordide. Il lui dit qu’elle est exténuée.
Et qu’elle est quand même belle, même si ce n’est pas vrai. Il me
souvient, ensuite, précisément, d’une question, comme de ses
vrais premiers mots à lui :

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