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Le Titre du Livre
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Aux Éditions de La Maisnie
La Voie Suprême, Paris, 1994. Aïki-karate-do, de la lutte à mort à l’art de vivre, (techniques et philosophie martiales), Paris, 1994.
Aux Éditions de l’Harmattan
Éveil à l’esprit philosophique, Paris, 2010.
Yves Thelen
Le Titre du Livre
L’Harmattan
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Avant-propos
Parmi l’infinité des mondes dont nous croyons pouvoir soup-çonner l’existence, un seul nous est accessible : le nôtre. En vain supposons-nous que tous les êtres que nous côtoyons en font partie. La réalité de l’un est irréductible à celle de l’autre. Bien sûr, nous imaginons très naturellement que nous sommes tous acteurs d’une tragédie universelle, que nous éprouvons des senti-ments partagés, que nous vivons avec les mêmes espoirs et mour-rons dans la même angoisse. L’absolu de notre solitude est un fardeau insupportable, alors nous faisons comme si…
Pourtant, à l’évidence, avant nos plus anciens souvenirs, il n’y avait rien. Rien avant notre naissance au monde, comme si le monde était né avec soi, comme si rien, vraiment, n’existait en-dehors de soi.
Pour nous rassurer, nous inventons des histoires qui nous correspondent, qui répondent à nos questions : elles sont peu-plées de dieux, de big-bang, d’ancêtres et d’enfants qui nous res-sembleraient. Nous cherchons un sens à toute cette gesticulation comme l’écrivain peinant à formuler le titre idéal de son roman, le bon début et le dénouement qui donneraient cette apparence de vérité que, perpétuellement, nous poursuivons.
Si le monde dans lequel nous nous agitons est pure cons-truction de notre esprit, l’œuvre de fiction donne l’illusion d’une réalité bien tangible : l’auteur sait où il nous emmène. Le livre est là, palpable, prêt à être lu, rangé, repris, compris…
8 LETITREDULIVRE
Mais que survienne l’idée saugrenue d’écrire un livre sur la réalité vécue, celle que nous façonnons en ce moment précis, alors nous risquons de nous perdre dans le dédale de notre prison intérieure. Un tel conte à rebours, chacun ne pourra que lui don-ner son propre titre, se l’approprier en le prenant à son compte, le réécrire, en quelque sorte, en le lisant. Sans doute, certains lecteurs refuseront-ils cette confron-tation. Il n’est pas agréable de heurter du front un mur derrière lequel il n’y a même pas un vide où s’évader. Le livre que vous avez sous les yeux est donc un témoi-gnage sur l’irréel de l’existence, sur l’écriture qui s’épuise à se décrire, sur la surdité du dialogue et le silence des mots. Qu’il vous emporte où vous voudrez, nul n’aura le droit de contester votre titre de voyage.
Au milieu de la première page, il avait encadré un espace blanc : le titre du livre. Puis, afin de suggérer que cet espace n’était pas vide de signification, il avait songé à y insérer un point d’interro-gation. Finalement, il s’était résolu à écrire :
« Le Titre du Livre, »
refusant à la fois l’inconsistance du rien, que le lecteur eût pu confondre avec un oubli, et le caractère irrévocable qu’auraient acquis, là, n’importe quels autres mots. Dessous, une épitaphe : Ci- gît Sisyphe. L’auteur se meurt en première ligne. Demeurent les humbles signes qu’il délivre au lecteur.