Le totem du roi

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Après l'arrivée de l'homme blanc, Ntalamoussa, qui règne sur le royaume Ki-Kôta, meurt dans des circonstances non élucidées... Odile, une étudiante française aux rêves troublants, assiste au premier cours du professeur Fritz. Son exposé magistral est alors le théâtre d'une manifestation surnaturelle : un esprit crée entre la jeune femme, neuf de ses camarades et l'enseignant, une communion de pensée... les incite à découvrir enfin les raisons qui ont fait chuter le roi africain...
Publié le : vendredi 1 mai 2009
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EAN13 : 9782296231108
Nombre de pages : 175
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...L’esprit tourbillonnait, se mouvait comme une vague océanique, il avait besoin d’un corps, il cherchait un lieu où se poser. Il voulait coûte que coûte parler à travers une personne, il voulait trouver cette âme, un être qui incarnerait son passé. Il avait surtout envie d’être un protecteur, d’être la force bienfaitrice. Il avança près d’une plaine où des milliers de personnes s’étaient rassemblées. « Nous te devons respect et honneur grand roi » s’écriaient-elles. Genoux au sol, tous ses vassaux se prosternaient pour le vénérer. Des colombes tournaient autour de l’esprit. Il fut pris d’exaltation. Les arbustes secouèrent leurs branches. Devant la foule une jolie petite fille d’une dizaine d’années était debout l’air ébahi. Elle avait de très longs cheveux blonds et des yeux clairs, portait un petit crucifix suspendu à une chaînette autour du cou. L’esprit tournait autour de l’enfant. Elle frémit, croisa et décroisa ses bras. Elle fit un geste comme si elle allait dire un mot, elle hésita.
- Regarde-moi fille de l’Occident, ordonna l’esprit. Je viens t’annoncer les nouvelles d’Afrique, dit-il, je suis ici pour t’enseigner les valeurs que tes parents ont bafouées.
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J’aimerais que tu connaisses les us et coutumes qui jadis commandaient à des centaines de populations dans mon royaume, précisa-t-il.
- Quel royaume ? questionna l’enfant.
- Je suis indigné de t’entendre poser pareille question, rétorqua l’esprit. C’est bien dommage qu’on ne t’ait même pas parlé des royaumes d’Afrique noire ni de ses contes. Personne n’a pris le soin de te raconter l’histoire : le roi, la chèvre et le petit lion.
Au même instant un tourbillon souleva la poussière. La fille recula pour s’en protéger, mais perdit l’équilibre et tomba.
- Courage ma fille, n’aie pas peur parce que les âmes de tes ancêtres intercèdent pour toi depuis des siècles, lui dit l’esprit. Sache, ma petite blonde aux yeux bleus, que tes ancêtres t’appellent Odilayata Guiê, ajouta-t-il.
- Comment ça se fait ? interrogea l’enfant. Un nom pareil, jamais de la vie ! Je suis Odile Levachelier, petite-fille de Dupont Lebatier.
- Je ne l’ignore pas, répondit l’esprit. Cependant, tu ne peux t’opposer à la volonté des mânes. Et tu dois aussi savoir que, dans mon royaume, il y a un proverbe qui dit que « quand les hommes se retrouvent et se partagent les cacahuètes, c'est alors qu'ils se lavent la bouche » et cela veut dire que « nos retrouvailles sont certes heureuses, émouvantes, mais c'est le moment de régler nos différends et de nous réconcilier », signifia-t-il.
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Tu sais, ma fille, à beaucoup d’Africains on a donné des prénoms à consonance européenne comme Françoise ou Joseph, dit-il. Alors, ma petite blonde, quel mal y a-t-il à ce que les esprits de tes mânes t’appellent avec un nom bantou ? Derrière ce rideau qui les sépare d'avec les vivants, qui les empêche de te toucher, il n’y a plus de distinction de nom : peu importe celui que tu aurais porté. Tu serais tout simplement appelée esprit si tu n’étais plus de ce monde, précisa-t-il. D’ailleurs, ma petite adorée redit-il, ni ta couleur de peau ni ta race n’auraient aucune importance dans les cieux. Là, insista-t-il, tu n’aurais plus rien à craindre d’un nom, d’une coloration, d’un continent. Les goûts, les odeurs, les saveurs, les langues n’auront plus d’utilité dans ce firmament. Puis l’esprit dit en langue ki-kôta!:« Beno zonza », parlez Aussitôt, plusieurs voix s’élevèrent : « maintenant faites-lui boire la potion de l’intelligence, car l’heure du cours va commencer, s’écrièrent les vassaux ».
Odile se réveilla difficilement ce matin-là. Elle tenait sa tête lorsqu’elle ouvrit les yeux, car elle était encore sous le choc du rêve, il était tellement bouleversant qu’elle n’eut pas la force de se lever aussitôt. Elle descendit du lit. Toute vacillante, elle se dirigea vers la salle de bains pour se doucher. Puis elle s’apprêta pour se rendre à la faculté.
Les portes de l'université Panthéon-Sorbonne s’étaient ouvertes à 8 heures ce mardi 15 octobre. Plusieurs étudiants faisaient des va-et-vient dans les couloirs, d’autres étaient assis dans le grand jardin qui se trouvait en face du bâtiment D, celui qui abrite des salles de travaux pratiques. Les arbres
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qui bordaient les avenues de Paris perdaient déjà leurs feuilles, car c’était l’automne. Autour de l’université, les grands camions de nettoyage faisaient la ronde. Un employé de la mairie de Paris en combinaison verte était debout devant le grand portail de l’établissement. Il guidait le chauffeur qui faisait la manœuvre. Le camion entra dans la cour et se dirigea vers le jardin. Trois autres employés de la mairie mirent pied à terre, entreprirent de ramasser les feuilles mortes à l’aide de pelles et de râteaux. Odile se pressait ce matin pour attraper le RER A. Elle courut à grandes enjambées, passa le tourniquet, puis s’engouffra dans le train qui venait de s’arrêter à quai. Elle trouva une place et ouvrit son sac à dos d’où elle sortit un petit miroir et son rouge à lèvres. Elle s’en appliqua, mit un peu de poudre sur son visage sans se préoccuper des passagers assis à ses côtés. Un jeune homme vêtu d’une parka verte regardait cette jolie fille de 23 ans avec beaucoup d’intérêt, mais elle n'y fit guère attention car elle était plongée dans sa lecture.
A chaque moment, le souvenir de son rêve lui revenait et elle sautait parfois les lignes du livre d’histoire qu’elle avait dans les mains. Puis elle revenait sur les dernières lignes qu’elle venait de lire. Ce qui l’angoissait le plus, c’était ses études, parce qu’elle était préoccupée par sa thèse qu'elle préparait cette année.
Le train s’était arrêté en gare de Châtelet-les-Halles. Elle courut pour prendre son métro et arriva avec une dizaine de minutes de retard. Le cours avait déjà commencé dans le grand amphithéâtre de la Sorbonne, mais Odile était encore pensive : ces images, ces villages perdus au milieu de la forêt équatoriale hantaient son esprit. Un mélange de tradition et
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