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Le train de l'aube

De
166 pages
Le train, c'est la vie qui va. Bribes de conversations avec des inconnus, brassages de langues, regards un instant croisés. Sommeil de liberté bercé par la vague du rail... Et les travailleurs anonymes qui font exister la grande machinerie des départs et des arrivées... Francis Simonini signe son sixième livre, à travers ces récits en écho, où chacun va son destin , entre rêve et réalité, joies, regrets et espoirs.
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Francis Simonini
Le train delaube Nouvelles
Le train de l’aube Nouvelles
Francis Simonini
Le train de l’aube
Nouvelles
Du même auteur aux éditions L’Harmattan Il était une fois Strappona(roman) 1991 Tu reviendras dans la vallée(roman) 1992 L’adieu à l’enfant des garrigues(roman) 1996 Oublier Dresde et mourir(roman) 1994 Oublier Dresde mourir(réédition) 2008 Le secret d’Agnès(roman) 2010
© L’Harmattan, 2013 5-7, rue de l’Ecole-Polytechnique, 75005 Paris http://www.harmattan.fr diffusion.harmattan@wanadoo.fr ISBN : 978-2-343-01544-6 EAN : 9782343015446
À Daniel mon père, À tous ces compagnons de la vapeur qui ont souffert entre le foyer et le tender afin d’ouvrir la voie au TGV.
Dans les années 80, Le Phocéen, train de nuit reliant la capitale à la Cité phocéenne et l’identique dans l’autre sens était composé uniquement de couchettes et de wagons-lits. Il emportait dans ses entrailles des milliers de voyageurs endormis, confiants dans le rail et sur ces hommes qui veillaient sur eux. Ils partaient vers un espoir ou vers la fin d’un rêve. Le train est un des reflets de la vie, ne soyez pas étonnés d’y rencontrer des gens de tous les jours. Alors, à la prochaine station si toutefois c’est là que vous descendez.
Cabine (1)Le train pénétrait sans éclaboussures dans la nuit profonde déplaçant un immense couloir d’air. Ignorant les villes et les campagnes qu’il traversait, il fonçait vers son but, ouvrant un étroit canal sur l’avenir. L’obscurité sauvage le happait, l’enveloppait dans sa toile brune telle une araignée avec ses victimes. Le conducteur porta son pouce et son index en une douce pression sur ses paupières et les retira tout aussitôt remuant la tête de gauche à droite comme pour chasser un cauchemar de sa vision. Puis résigné, il reporta toute son attention sur la voie qu’il imaginait serpentant sur des kilomètres au-delà de sa vue. Les phares puissants de la locomotive éclairaient les traverses qui défilaient sous ses yeux, qui tournaient dans sa tête. Son compagnon, un futur conducteur, semblait absorbé par l’immensité de la nuit qui s’étendait devant eux. Seuls, parfois la luminosité des feux de signalisation et le scintillement d’un reflet sur le rail venaient troubler l’obscurité, constellant cette robe sombre d’éclats lumineux. Daniel relâcha un instant la pression de ses mains crispées sur les poignées de contrôle au moment où son cheval de fer croisait un panneau et arrêta dans un geste machinal la sonnerie qui venait de se déclencher. – Surveille bien la voie! lança-t-il à l’intention de son aide sans détourner son regard des rails. Dans la demi-obscurité de la cabine, il sentit le regard sérieux puis ironique de son compagnon le scruter. Il porta dans sa direction un bref coup d’œil pour découvrir sur ses lèvres un mince sourire dans un visage bien dessiné que découpait un léger reflet sur le fond de la nuit. Il connaissait
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