Le Vampire de Clichy

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Depuis qu'elle s'est fait mordre par un vampire la nuit de la Saint-Sylvestre, la narratrice collectionne les rencontres, créant une galerie de personnages étranges. Certains sont morts ou croient l'être, d'autres se posent beaucoup trop de questions. Tous ont quelque chose à nous dire. Après On est encore aujourd'hui et Les Fées penchées, Véronique Janzyk est de retour avecun recueil de nouvelles teinté de fantastique.

« La dernière nuit de l’an dernier, j’ai été mordue à la gorge par un vampire. Les mois qui ont suivi ont été émaillés de rencontres particulières. Les objets eux-mêmes semblaient dotés de vie. J’ai tenté d’en rendre compte ici. Je me dois d’ajouter que le vampire appartenait à une lignée dont je compris plus tard qu’elle n’attendait pas le coup fatal porté avec un pieu. Les vampires de sa trempe devançaient la mort. Ce ne sont pas, malheureusement, les moins cruels. »


Publié le : mardi 6 octobre 2015
Lecture(s) : 11
Licence : Tous droits réservés
EAN13 : 9782875600653
Nombre de pages : 136
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LE VAMPIRE DE CLICHY
Véronique Janzyk
ONLIT EDITIONS
Pour B. Tous mes remerciements à Olivier Descamps et à Éric Allard. Et à Carine, Catherine, Valérie, Geneviève, Véronique, Laureline, Carole, Marina, Réjane, Pierre, Luc, Christian, Antonio et Lorenzo.
La dernière nuit de l’an dernier, j’ai été mordue à la gorge par un vampire. Les mois qui ont suivi ont été émaillés de rencontres particulières. Les objets eux-mêmes étaient transformés. Ma vie a porté le sceau du vampire. Quand j’ai fait au vampire le récit de ce qu’il m’avait légué et sous quelles formes, il a tout balayé d’un geste de la main C’était de son fait. Je n’avais aucune imagination. Je lui devais tout. Peu importe, je l’ai croisé, et qu’il en soit ici remercié. Si je ne suis pour rien dans toutes les histoires qui suivent, vécues ou transmises, je me permets d’informer le lecteur que la chronologie dans laquelle elles sont apparues dans ma vie a été modifiée. Ce sera donc ma seule et modeste contribution personnelle à ce livre.
LE VAMPIRE DE CLICHY
Le vampire habitait du côté de la place de Clichy. Il vous l’avait dit. Il ne vous avait pas menti. Il vous avait fixé rendez-vous à un carrefour. L’avenue vous drainait comme elle drainait une multitude d’humains en ce 31 décembre. Le carrefour se profilait. Des voitures y tournaient. Des gens, comme vous, attendaient. Vous n’avez pas eu le temps d’attendre. Il était là, sur votre droite, tout près de votre oreille. Vous l’avez vu. Vous l’avez reconnu. Vous avez prononcé son prénom, puis le vôtre dans la foulée. Jusqu’à présent, vous l’aviez seulement entendu quelques fois au téléphone. Vous aviez reconnu cette bouche que vous lui aviez vue dans un film. Car le vampire en avait tourné quelques-uns. Il y a longtemps qu’il ne tournait plus. Vous aviez tapé son nom dans des moteurs de recherche. Tous renvoyaient aux années 80 et au début des années 90. Puis plus rien. Plus d’images. Son visage avait continué de vivre sa vie hors cadre. Vous avez parlé, vous avez dit qu’on ne change jamais. C’était vrai. Vous le pensiez et vous le pensez toujours. C’était le même visage. Le visage avec un corps, car dans les films que vous vous étiez empressée d’aller voir sur le Net, il n’avait pas de corps. C’était un homme assis ou un homme en gros plan. Un homme qui souvent parlait. C’est par les mots que vous vous étiez rencontrés, les mots écrits un peu, les mots parlés, davantage. Il vous appelait le soir. Il parlait, bien plus que vous. Ses mots coulaient dans votre oreille. Ils généraient des mots qui sortaient de votre bouche. Mais vous n’étiez pas bavarde. Vous attendiez de voir ce que ces mots engendreraient dans votre cerveau. Vous gardiez en réserve toutes ces images qui déjà naissaient et y composaient un début d’histoire. Vous attendiez. Contrairement à ce soir-là, où vous n’avez pas eu le temps d’attendre. Il avait un corps, grand comme le vôtre. Vous avez marché du même pas. Il s’écartait pour céder le passage à qui arrivait en face. Les trottoirs sont étroits dans le dix-septième. Les obstacles toujours se présentaient face à lui. Vous, vous marchiez. Vous ne saviez pas vers quoi. Vous ne vouliez pas savoir. C’est le principe des 31 décembre. Étendre le temps, ce qu’il en reste, manger et boire pour oublier qu’il en reste si peu, et puis qu’il y en aura à nouveau tant, pour un an. Soudain, le vampire a dit qu’il avait soif. Il vous a proposé de boire un thé chez lui. Justement, vous y étiez. Vous avez gravi des marches jusqu’à un appartement sous les combles. Vous étiez essoufflée. Pas lui. Vous avez pensé que l’entraînement quotidien des cinq étages sans ascenseur était plus efficace que votre pratique sportive régulière. « C’est haut. Vous comprenez pourquoi je ne sors que rarement », a-t-il dit. Vous avez pensé qu’il exagérait. Vous avez vu chez lui ce divan rouge. Il avait déjà évoqué sa propension à s’y reposer. Un divan rouge profond. Il s’y est assis. Vous avez réchauffé vos genoux avec
votre tasse de thé. Il a ouvert son ordinateur. Il vous a montré le calendrier. Le fameux calendrier sur lequel il vous avait dit travailler. Un calendrier de l’an mille à aujourd’hui. Des siècles d’histoire. Un jour y valait trois ans. Il y avait inscrit des centaines de dates. Des dates en vert, en noir, en rouge. Des hommes s’y battaient. On annexait des pays. Ailleurs, on s’émancipait. Des hommes cherchaient et trouvaient. On découvrait des choses qui existaient déjà. La tomate. La pomme de terre. On les goûtait. On les nommait. Il avait réservé une belle place à l’invention du téléphone, du fax, de la photographie et du cinéma. On ne se refait pas. Il avait rectifié quelques erreurs ou croyances. La première projection du premier film de l’histoire du cinéma avait eu lieu en mars et non en décembre. Vous avez dit ah bon. Il s’était emporté devant l’ignorance des critiques et même des historiens. Il vous avait toisée. Il était revenu de tout. Il le disait. Il manifestait une ferveur dans la détestation. Malgré les beautés qu’il avait relevées et datées. Malgré les peintres, les inventeurs, les acteurs. À l’heure du calendrier 2015, il vous donnait à voir des siècles comme s’il était possible de vivre à rebours. Il avait intégré dans le calendrier des informations sur la population. Un milliard. Deux milliards. Tous ces gens en poussières aujourd’hui, mais vivant envers et contre tout dans leurs descendants. Il tira sur sa cigarette électronique. Il avala une gorgée de thé. Vous avez basculé vers le calendrier, ce fourmillement de petits caractères si humains. Lettres et chiffres semblèrent s’animer. Vous avez vu de près son pull. Un pull en noir et blanc, parcouru d’arabesques. Vous avez essayé de déchiffrer, de comprendre son vêtement, mais déjà il posait sa main sur votre hanche et sa bouche muette dans votre cou. Lorsque vous vous êtes réveillée, il était assis face aux cristaux verts d’un réveil. Les deux derniers chiffres marquaient 44. Il n’était pas encore minuit. Il portait une chemise blanche, aussi blanche que sa peau. Ses cheveux étaient plus courts. Il avait changé. La fenêtre était ouverte. Il vous a demandé qui l’avait ouverte. Il s’est plaint de problèmes de mémoire. En vous réveillant, vous saviez qu’il appartenait à une lignée de vampires qui n’attendaient pas le coup fatal porté avec un pieu. Tout au début du calendrier, il y avait cet ancêtre qui avait devancé la mort des hommes en se portant une blessure mortelle au cœur. Vous avez quitté la maison sans vous retourner. Vous n’avez pas vu le toit plat, l’absence de combles et de numéro sur la façade. Le thé vous brûle encore les lèvres. Vous retrouvez des couleurs. Sur les Champs-Élysées, la foule est en marche. Dans un sens et dans l’autre. Il se passe quelque chose partout. Les bouches de métro déversent des arpenteurs, bouteille à la main. La police en spectatrice, casque et bouclier, prête à contenir les débordements. Des femmes déambulent en talons hauts et robes de lamé. Des hommes soutiennent une dame, très vieille. Elle avance à petits pas. Elle regarde ses pieds. Elle n’a pas de visage. Une jeune fille pousse une aïeule en fauteuil roulant. Ensemble, elles n’ont pas d’âge. Vous leur souhaitez la belle année. Déjà, dans votre boîte email vous attend un premier message. Un calendrier électronique qui, selon les mots de son envoyeur, contient tous les scénarios. « Rien n’est plus imaginable », avait-il dit. Il y avait de la mélancolie, de la fatigue, du dégoût et de la révolte dans sa voix. En rentrant, vous avez ouvert le fichier et vous l’avez renomméVampires 2015.
Véronique Janzyk
Véronique Janzyk vit à Charleroi. Chargée de communication pour la Province de Hainaut et aussi journaliste indépendante, elle a publié plusieurs livres, parmi lesquels un recueil,Cardiofight, intégré dansTrois poètes belges, avec Antoine Wauters et Serge Delaive. Elle est également l’auteure du romanOn est encore aujourd’huidu recueil de et nouvellesLes Fées penchées, tous deux parus chez ONLIT Editions en 2014.
ONLIT Editions est une maison d’édition belge, basée à Bruxelles, qui se consacre à explorer et diffuser la création littéraire contemporaine, en phase avec l’évolution des nouvelles technologies. Tous les titres ci-dessous sont disponibles en versions papier et numérique. Patrick Delperdange est un sale typede Patrick Delperdange Son parfumde Jacques Mercier Les fées penchéesde Véronique Janzyk Faux témoignagesde Lorenzo Cecchi Sur la grued’Olivier Bailly Le Pape a disparude Nicolas Ancion À vivre couchéde Pauline Hillier Eaux perduesde Daniel Adam Dérapagesde Véronique Deprêtre On est encore aujourd’huide Véronique Janzyk Comment le chat de mon ex est devenu mon ex-chatd’Edgar Kosma Impasse du 30 févrierde Luc Delfosse Petite fleur de Javasuivi deDeux migrationsde Lorenzo Cecchi S’enfonçant, spéculerd’Antoine Boute Comme des chiensde Patrick Delperdange Compte à reboursde Juan d’Oultremont Le Vampire de Clichyde Véronique Janzyk Les Fantômes sont des piétons comme les autresd’Aliette Griz
ISBN : 978-2-87560-065-3 Première édition : 14 octobre 2015
Imprimé dans l’Union européenne
Coordination éditoriale : Laureline Leveaux Composition de la maquette : Benoit Dupont Composition de la couverture : Studio Alvin Versions epub & kindle :LEC Digital Books © 2015 Véronique Janzyk & ONLIT Editions Découvrez l’ensemble de notre catalogue surwww.onlit.net Avec le soutien de la Fédération Wallonie-Bruxelles
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