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© L’Harmattan, 2012 5-7, rue de l’Ecole polytechnique, 75005 Paris http://www.librairieharmattan.com diffusion.harmattan@wanadoo.fr harmattan1@wanadoo.fr ISBN : 978-2-296-56824-2 EAN : 9782296568242
Le Vieux Chêne et l’Enfant
Du même auteur Roman,Franckie, Editions Nicolion (épuisé), Paris, 2008
François Dutreillas Le Vieux Chêne et l’Enfant Roman L’Harmattan
À mon père
Chapitre I
l est un jour, de l’autre côté de la mer, un enfant. I Accroupi au milieu des hommes et des femmes qui s’agitent, il attend. Sans un geste. En silence. Il a posé son sac de toile et son rouleau de liège avec ses bouts de fil de fer à côté. C’est un morceau d’écorce presque aussi grand que lui. Un cylindre de liège brut. C’est son grand-père qui lui a donné. Il n’a pas dit comment il avait fait pour écorcher le tronc. Ou s’il l’avait simplement troqué car cet arbre n’existe pas dans sa forêt. Il lui a seulement expliqué comment s’en servir. L’enfant n’a pas vraiment compris pourquoi il devait le garder. Mais il a obéi parce que c’est son grand-père qui le lui a demandé et qu’il ne veut pas lui faire de peine. Il voit le blanc de ses yeux qui brille à la lumière du feu. Deux grands yeux sous de longs cils qui veillent sur lui. Il s’est assis un peu plus loin, à l’écart des autres. Lui aussi, il attend calmement, sa silhouette longiligne en appui sur son grand bâton. L’enfant est heureux. Il sourit. Inlassablement. Un immense sourire en demi-lune qui relie ses oreilles dans une courbe radieuse, deux lèvres épaisses, figées dans un même bonheur sous les joues rebondies.
10 LEVIEUXCHÊNE ET L’ENFANT Tout autour, il y a des hommes debout qui parlent fort, et leurs femmes penchées qui rangent les affaires. Elles sont allègres malgré les visages fatigués et les jambes qui tremblent un peu. L’enfant regarde leur robe pleine de couleurs, les turbans qu’elles ont enroulés autour de la tête avec des paillettes qui scintillent sous les éclats de lune. Au milieu, une vieille femme agenouillée prépare du thé à la menthe. Il y a de la vapeur sucrée, mélangée à la fumée blanche du feu. Il y a des étincelles magiques qui pétaradent comme des pierres que l’on cogne. La vieille femme fait un geste avec les mains pour rassembler tout le monde. Elle n’a pas besoin d’élever la voix. D’un seul mouvement, la tribu se regroupe. Les hommes s’installent autour des flammes. Ils font tourner la théière en fer blanc en se remerciant à voix basse. A côté, les femmes préparent les dernières galettes de mil. Et les habits de l’enfant aussi. La vieille femme a tapé dans ses mains. Deux fois. Sagement, comme à la fin d’une représentation, la vingtaine d’hommes et de femmes se sont levés pour s’aligner. Ils ont pris l’enfant avec eux. Ils lui passent une tunique orangée avec des croissants dessinés. Puis ils posent sur sa tête une couronne en papier aluminium qu’ils ont sertie de cailloux de couleur. Son grand-père s’approche pour le mettre sur ses épaules fragiles. L’enfant sourit. Comme toujours. La vieille femme a pris un appareil photo. Clic clac. Le flash rougit l’iris des yeux du grand-père et de son petit roi. La machine fait un drôle de bruit. Un carré vert sort d’entre