Le vin du souvenir

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Un homme et une femme. Tadzio et Marie, la belle soixantaine. Marie vient d'emménager. A quelques étages de là réside Tadzio, peintre, exilé de l'Est avec, pour tout bagage, l'alcool dans l'âme, la peinture dans les veines. Marie aussi peint et elle est subjuguée par les tableaux de son amour tardif. Le quotidien, dans un premier temps, est magique. Mais peu à peu, la passion est dévastée par la plus séduisante des amantes, la vodka.
Publié le : lundi 1 janvier 2007
Lecture(s) : 193
EAN13 : 9782336275529
Nombre de pages : 112
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Le vin du souvenirEcritures
Collection dirigée par Maguy Albet
Déjà parus
Pauline SEIGNEUR, Les bonnes intentions, 2006.
Michelle LABBÉ, Le bateau sous le figuier, 2006.
Giovanni RUGGIERO, Tombeau de famille, 2006.
Jacques BIOULÈS, La Petite Demoiselle & autres textes, 2006.
Pierre FRÉHA, Sahib, 2006.
Françoise CLOAREC, Désorientée, 2006.
Luigi Aldino DE POLI, Bel Golame, 2006.
Manuel PENA MuNoz (trad. de l'espagnol (Chili) par Janine
PHILIPPS et Renato PA VERI), Sud magique, 2006.
Maurice RIGUET, Un fuyard ordinaire, 2006.
Eric RODRIGUEZ, Sur les chemins du Honduras et de Bora
Bora, 2006.
Elaine HASCOËT, Lafileuse de temps, 2006.
Serge PAOLI, L'astre dévoré, 2006.
Janine CHIRPAZ, La violence au cœur, 2006.
Lucette MOULINE, Sylvain ou le bois d'œuvre, 2006
Paul ROBIN (t), La guerre de mouvement, 2006.
Jean-Marc GEIDEL, Le voyage inachevé, une fantaisie sur
Schubert, 2006.
Léa BASILLE, La chute de Josef Shapiro, 2006.
AICHETOU, L 'Hymen des sables, 2006.
Porfirio MAMANI MACEDO, Avant de dormir, 2006.
Philippe EURIN, Le silence des étoiles, 2006.
Gérard IMBERT, Deo gracias. De père en fils (trilogie), 2005. Au nom du fils. De père en fils (trilogie),
2005.
Laurent BILLIA, La sorcière et le caillou, 2005.
Anne V. MÜNCH, Expropriation, 2005.
Bernard-Marie GARREAU, Les Pages froides, 2005.
Philippe HEC ART, Une relation viennoise, 2005.
Manuel PENA MUNOZ, Folie dorée, 2005.
Jean-François RODE, L'intruse. Fugue à trois voix, 2005.
Vivienne VERMES et Anne MOUNIC, Passages, Poèmes et
prose, édition bilingue, 2005.
Didier MILLOT, Les images recouvertes, 2005.Marie Guichard
Le vin du souvenir
roman
L'HARMATTAN(Ç)
L'HARMATTAN. 2006
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diffusion.harmattan@wanadoo.fr
harmattan 1@wanadoo.fr
ISBN: 978-2-296-0] 718-5
EAN: 9782296017184À Tadé* * *
Elle n'avait aucune idée de ce qu'elle allait faire. Surtout
pas peindre. Peut-être, écrire...
C'est ça, elle allait écrire, lentement, d'un doigt sur son
Mac. Elle n'avait aucune expérience de l'ordinateur, n'avait
jamais touché un clavier, mais elle y arriverait. Lettre à lettre,
disséquant, mot à mot, refaisant le chemin. Elle chercha le E,
mais effleurant par inadvertance le J, un premier mot
s'imprima. Je. Pourtant elle ne voulait pas parler d'elle. Mais
il n'y avait rien, absolument rien d'autre, que les souvenirs
lancinants. La plaie de la mémoire.
Parler d'elle pour sauvegarder ses souvenirs. De lui. Leurs
souvenirs. Elle ne savait pas encore si elle pourrait aborder
les mots de la souffTance, elle était si morte de fatigue qu'elle
ne ressentait plus aucun désir. Je suis un désir mort.
Ce je, minuscule en haut de l'écran, elle ne savait même
pas comment l'effacer, c'est pour cette unique raison qu'elle
continua à écrire du bout de son index:
Je me souviens, la première fois que je l'ai vu,
La première fois. Pour mieux revivre le souvenir de cette
première fois, elle avait déjà envie de fermer l'ordinateur,
d'aller à la fenêtre et revoir, en bas dans la rue, sa silhouette.
Du sixième étage, la première fois, elle n'avait vu que ses
épaules. La ligne dansante de ses épaules, leur carrure féline.
C'est tout. Tout ce qu'elle avait aimé, d'emblée aimé. Lui,dans la rue, elle, de la fenêtre de cet immeuble qu'elle
habitait depuis quelques jours. De lui elle ne savait que ça, il
avait de belles épaules.
Elle avait rapidement eu la certitude qu'il habitait le même
immeuble, empruntait le même ascenseur, s'arrêtait plus haut
que chez elle. Au dernier étage. Et elle était montée jusqu'au
neuvième. Comme une clandestine. Sur la porte, un seul
nom. Il devait vivre seul.
Passant près d'un groupe dans la cour, elle avait entendu
dire qu'il était peintre, ça l'intriguait, l'attirait. Elle ne
connaissait pas encore les autres personnes et n'avait pu se
mêler de la conversation, d'autant que le groupe s'était
resserré et mis à chuchoter.
Enfin, elle remarquait qu'en sortant de chez lui, il ne
fermait pas sa porte, mais la claquait. Elle l'entendait, trois
étages plus bas. Ainsi prévenue de ses allées et venues, elle
aimait, depuis sa fenêtre, le regarder s'éloigner dans la rue et,
bien sûr, guetter son retour.
Elle se prenait au jeu, mais était-ce un jeu... Elle ne l'avait
avoué qu'à Thérèse, et donner le change à Thérèsou qui, à
soixante-douze ans, venait de tourner un court-métrage, nue,
dans les bras d'un homme, et remporter le prix de la
meilleure actrice, se parer d'un amant même virtuel,
l'encourageait. Je suis séduite, Thérèse.
Mais elle avait la conviction que parler ainsi n'était qu'une
parade, qu'elle parlait faux, qu'elle employait des mots de
fanfaronnade qui trahissaient son sentiment. Les mots et les
gestes, les seuls qui fussent à sa disposition pour parler d'elle,
de ce qui, elle le pressentait, lui incombait de ne pas rater.
Elle disait, je suis séduite, car c'était le sens
étymologiquement vrai de ce qu'elle ressentait, sans la
10connotation frivole et mondaine que le parler de tous et de
tous les jours donne à ce mot. Elle entendait par là, cet
homme, cet être m'amène à lui. Appelle mon âme à partager
son âme, et si cela se fait en partageant le même lit, c'est un
bonus de la vie, mais pas l'unique finalité.
Elle était seule. Non pas seule, sans famille sans amis,
mais de cette solitude plus profonde et absolue qu'est celle du
silence et de l'âge, du retranchement en soi, et de l'attente.
Une attente qui n'est plus celle d'un de ces événements qui
bouleversent la vie et vous en changent les aiguillages,
l'attente d'un avenir abouti connu et sans surprise. Son
déroulement sans voltige, ni prouesse acrobatique, ni du
corps ni de l'esprit. Il lui était demandé désormais de vivre
sage un avenir passif. Si elle osait en parler à mi-mots, de
cette angoisse qui à longueur de journée et de nuit la
terrassait, on riait d'elle: mais ce n'est pas un âge pour
mourir! Cela ne la rassurait pas, rien ne justifie la mort.
Le premier face à face eut lieu le jour où elle s'y attendait
le moins du monde. L'ascenseur tardait et elle hésitait à
monter à pied les six étages. Elle énumérait mentalement les
tubes de peinture qu'elle venait d'acheter. Carmin, Véronèse,
terre-de-sienne... elle les prit dans sa main, ses yeux allaient
d'une couleur à l'autre, cherchant le rouge anglais, c'est pour
ce rouge-là qu'elle était allée exprès chez Sennelier. Rose
tyrien, cobalt, outremer... et le rouge anglais, ce rouge
primordial, elle l'avait bel et bien oublié. Elle affichait encore
un certain petit sourire de mépris à l'égard de sa mémoire
lorsque l'ascenseur s'ouvrit enfin, clinquant d'aluminium.
Il était là.
Surprise, elle s'entendait baragouiner quelque chose
comme: «Je suis la nouvelle locataire du sixième ». Des
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