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Le voyage des%lanchisseuses
Gérard SerrieLe voyage des%lanchisseuses RomanL’HARMATTAN
Du même auteur Rue du Grand Faubourg, Edition privée, Tarbes, 2011 (roman)© L'HARMATTAN, 2012 5-7, rue de l'École-Polytechnique ; 75005 Parishttp://www.librairieharmattan.com diffusion.harmattan@wanadoo.fr harmattan1@wanadoo.fr ISBN : 978-2-296-96244-6 EAN : 978229696446
« L'art n'est pas un amour légitime; on ne l'épouse pas, on le viole. » Edgar Degas
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Henry
a Garonne charriait une eau saumâtre, comme après L chaque orage. Personne ne circulait sur les quais pour le remarquer. Pourtant le soleil lumineux rehaussait les couleurs. Le pont de Pierre étalait son ombre monu-mentale depuis la porte de Bourgogne jusqu’à la place Stalingrad. La famille Laroche habitait Bordeaux depuis plusieurs années. Henri, le fils de quinze ans, avait déjà eu l’occasion de nombreuses fois d’admirer ce paysage puisqu’il se trouvait sur le chemin le menant à l’école. Pourtant il savait qu’il le parcourait pour la dernière fois. C’était d’un air nonchalant qu’il rentrait chez lui. Com-ment allait-il annoncer la nouvelle à ses parents ? Sa mère lui pardonnerait rapidement, elle était tellement gentille avec lui, elle acceptait tout. Il n’avait pas de souci de ce côté. C’était plutôt son père qu’il craignait. Déjà, trois mois plus tôt, lorsqu’il était rentré chez lui avec une mauvaise note, il avait écopé d’une sérieuse raclée. Cette fois, le pire était à craindre. Il comptait sur sa mère pour contenir la colère du père. En général c’était ce qu’il se passait. Henri traînait les pieds et n’avait plus envie de rien. Un énorme vague à l’âme l’envahissait. Plus il se rappro-chait de la maison, moins il marchait vite. L’instituteur ne l’avait pas épargné. À chaque fois qu’Henri levait le nez, il ne manquait pas de le punir exagérément. Il est vrai
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qu’Henri ne s’intéressait pas à grand-chose à part le des-sin. Finalement c’était en arrivant le matin que l’instituteur lui apprit, sourire aux lèvres, qu’il était ren-voyé de l’école pour travail insuffisant. Henri avait re-broussé chemin. Il traînait son cartable au sol en se di-sant que de toutes les façons, il n’en aurait plus besoin. À cent cinquante mètres de la maison il s’arrêta et s’assit sur le bord du trottoir. C’est la voisine qui l’aperçut et s’approcha du jeune garçon. Elle comprit rapidement la situation et lui proposa de passer chez ses parents, avant qu’il ne rentre, pour arranger le retour du garçon. La colère du père fut atténuée grâce à l’intervention de la voisine. La mère était ravie de la tournure des évé-nements, elle ne souhaitait pas affronter son mari seul. Quant à lui, il n’osa pas dévoiler ses mauvaises manières devant la voisine. Une fois la nouvelle acceptée, il fallait bien trouver une solution. Le jeune garçon n’avait pas toutes les facilités pour suivre des études traditionnelles mais il fallait plutôt miser sur son attirance pour le des-sin. Henri entra à l’école des Beaux-arts de Bordeaux en 1950. Il fut un peu surpris au début par les exercices à faire. Il fallait travailler les ombres, les perspectives, la composition, sans pour autant traiter un sujet complet. Pendant la première année, on n’abordait pas les cou-leurs. Henri préférait le dessin libre mais ce serait pour plus tard. Il fallait d’abord apprendre les bases. Une grande partie du programme était consacré à l’histoire de l’art. Ce domaine l’intéressait particulièrement. Henri habitait encore chez ses parents lorsqu’il sortit de l’école des Beaux-arts en 1955. Il fit la connaissance de Juliette pendant sa dernière année d’étude. La jeune fille avait vingt ans et suivait les mêmes cours que lui.
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