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Le voyage impossible

De
84 pages
Récit visionnaire où le Quebec est devenu un territoire idyllique. Cependant cette prospérité fait des envieux et Mike Liosco va devoir défendre son pays contre ceux qui veulent en saboter l'équilibre. Avec ses amis et des villes et des forêts, les Indiens, il tentera de déjouer leurs plans quitte à sacrifier sa vie pour le Quebec. Sera-t-il à la hauteur de la tâche ? Quelle machination va-t-il découvrir ?
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Le voyage impossible
Michel YVES
Le voyage impossible
© L'Harmattan, 20125-7, rue de l'École-Polytechnique ; 75005 Parishttp://www.librairieharmattan.com diffusion.harmattan@wanadoo.fr harmattan1@wanadoo.fr ISBN : 978-2-296-56988-1 EAN : 9782296569881
À mes parents
I Seul le givre éclaté en cristaux sur les carreaux de ma fenêtre transforme la réserve indienne des Cris de Waskaganish. Ma première étape sera le Bureau du Grand Conseil que je vais rejoindre à pied car lair glacial procure à chaque bouffée une force nouvelle. Je salue des visages connus en suivant les traces des électroneiges qui se croisent comme les galeries dune fourmilière et dont le silence absolu du moteur me rappelle que notre monde nest plus celui du pétrole. Dans le hall du Grand Conseil cest leffervescence. Une vingtaine de personnes directement arrivées de la zone sauvage sagglutinent devant le secrétariat pour signer les registres darrivée, rendre leur rapport de chasse ou encore déposer leur liste de provision. Ces gens sont tellement habitués à vivre en toute liberté dans la nature quils nont même pas pris la peine dôter leur manteau orné de griffes dours. Je me faufile jusquau bureau du chef Haguk au premier étage, qui, joufflu comme un morse en période dété, se balance dans son fauteuil face à ses conseillers. Je lui donne mes deux microprocesseurs quil charge dune palanquée de chiffres sur les animaux tués, les hectares darbres coupés, le cheptel des poissons mais aussi des oiseaux et des hordes de caribous. Rien de ce qui peut être comptabilisé ne doit manquer. Une fois sorti du Grand Conseil, je passe par les chemins de glace qui serpentent entre les maisons pour atteindre la demeure dOugïk, un agent de contrôle, tout en songeant aux difficultés que rencontrent ce genre de réserves situées à la frontière de la zone sauvage, continuellement confrontées à un flux incessant de personnes qui arrivent de la zone sauvage pour sapprovisionner, se soigner et voir de la famille, ou bien de notre monde urbain pour apprendre les premiers rudiments avant de senfoncer dans lexpérience dune vie dans la nature.
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Apparaît finalement la maison dOugïk, flanquée de deux totems sur les côtés de son auvent devant lesquels stationnent quatre électroneiges. Dès le vestibule, je tombe sur un énorme trophée dorignal accroché au mur au-dessus de huit paires de chaussures qui se chevauchent dans une flaque de neige liquide au milieu des fusils. Ils arrivent probablement de la chasse, cet univers indécis entre le bien et le mal. Son fils, Thaniak, discute avec un holographe japonais pendant que les autres se relaxent dans le canapé. Limage est bonne quoiquun peu bleutée mais elle est stable et ne grésille pas. Ougïk minforme que des braconniers ont abattu il y a quelques jours deux femelles caribous et leurs trois petits à lest de la rivière Kapuak . Nous devons intensifier notre système de surveillance même si nos agents assistent les Indiens jusquaux postes de guet qui fixent la frontière avec la zone sauvage. A la surprise générale, lholographe japonais a tout à coup cédé sa place à un Africain. Lenfant est mal vêtu ; il a dû se connecter à un terminal clandestin et semble émerveillé par ce que lui raconte Thaniak, notamment par lécole dans la forêt et la facilité avec laquelle les gens peuvent se nourrir. Nous lui adressons des mots dencouragement avant quil ne disparaisse. Mon bol de tisane terminé, jabandonne Ougïk pour me laisser porter par le vent du Nord jusquà la maison de Tudjïak et de sa femme Ilishï, que je tiens à saluer avant de quitter la réserve, alors que des dizaines de petits cristaux montent dans mes narines tels des parasites prêts à mordre la plus petite parcelle de chair. Heureusement, mon chapeau en castor est à toute épreuve. A la hauteur de léglise catholique, des aboiements transpercent tout à coup latmosphère ; ils ressemblent à ceux de Cachou, le compagnon à trois pattes du défunt révérend Durocher. Cet homme pieux et généreux était arrivé à Waskaganish à lépoque où les Cris avaient livré leurs terres au gouvernement du Québec contre des dollars trébuchants. La luxure de la réserve était alors insensée. Des édifices à plusieurs millions servaient de simples salles de fête et sans aucune retenue les bulldozers aplanissaient des routes de glace pour une armada de voitures. Cette frénésie de la consommation fit perdre au révérend toute
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