Le Zarco

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Le Zarco est un roman réaliste publié au Mexique au début du XXe siècle par Ignacio Manuel Altamirano. Basé sur des faits et des personnages réels, il donne à connaître, outre la tension dramatique qui le structure, la vie quotidienne au Mexique de l'après-indépendance. Ce livre qui est considéré, encore aujourd'hui, comme un classique de la littérature mexicaine, constitue une sorte de témoignage romancé de l'accession à la modernité pour ce pays et méritait d'être connu par le public français.
Publié le : jeudi 1 octobre 2009
Lecture(s) : 224
EAN13 : 9782296683082
Nombre de pages : 178
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Titre original:
El ZarcodeIgnacioManuelAltamirano

Traduction de l’ouvrage paru auxEdicionesOcéano
Mexico (1986)

Note du traducteur

Certains termespropres àlalangue
mexicaineapparaissaientdansletexte en italique, ilsontétéreproduitsde la
même façon dansla traduction française, laplupartdu
temps,accompagnésde notesexplicativesenbasde page.
D’autre part, pour rendre le texte plus accessible à un
public actuel ilaété nécessaire de procéder à
sonallègement.De nombreuses répétitionsontdoncétésupprimées
etdesphrases trop longuesontétéréduitesou séparéesles
unes des autres en fonction du contexte. Il ne s’agissait en
aucuncasdetrahirletexte original mais simplementde le
rendre pluslisible.

Introduction

IgnacioManuelAltamirano estné en 1834à Tixtla,
danslaprovince deGuerrero. Il est l’un des tous premiers
écrivains d’origine indienne au Mexique et la figure
littéraire laplus représentative de lapériodequia suivi
l’accession de ce pays à l’Indépendance dans les années
1820.

Dans sajeunesse, il obtient ainsiunebourse pour
étudier à Toluca où il apprend l’espagnol, le latin, le
français et la philosophie. D’abord maître d’école, comme
le personnage de l’un de ses récits au titre éponyme, il
entreprend ensuite des études de droit à l’université de
Mexico,cequi lui permetdecompléter sonbagage
culturel et de diversifier ses centres d’intérêt. Et c’est tout
naturellement vers la politique qu’il se tourne en
développantégalementdes activitésjournalistiques.Il parvient à
être députéàlafin des années1850.Son engagement va
même plus loin puisqu’il participe directement aux combats
contre l’invasion française menée par l’Empereur
Napoléon III et l’Archiduc Maximilien d’Autriche,éphémère
monarque du Mexique de 1864à1867.Cette date marque,
en effet, leretraitdes troupes françaises et l’arrivéeàla
présidence de la République dupremierchef de
gouvernementmétis: BenitoJuarez(1867-1872).

Reconnupour sa bravoure etlavéhémence deses
prisesde position nationaliste,IgnacioManuelAltamirano
devientalors un personnage de premierplan decette jeune
République.Alafoisécrivain, professeur, journaliste,

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politicien et traducteur, il dirige, parexemple, la revue
hebdomadaireEl Renacimientopendant l’année 1869 qui
luisertdetribune etpublie laplupartdesesouvragesentre
1869 et1888.Conscient,alors, dudécalage entreses
aspirationspourlanation mexicaine etla
réalitésocioculturelle dumoment, il demandeàoccuperdes charges
officielles à l’extérieur du pays comme celle de Consul en
Espagne.En 1889, lors d’un voyage en Italie où il
demeure, il décèdeà SanRemo en 1893.Quelques
quaranteansplus tard,sescendres seront transportéesà
«La Rotonde desHommesIllustres», lePanthéon
mexicain, en hommageaux services rendusàlapatrie.

Son œuvre et ses idées

La présence d’Ignacio ManuelAltamirano parmi les
intellectuelsmexicainsmarqueuntournantdanslasociété
mexicaine dominée par une élite,trèsminoritaire, formée
de créoles. L’Indépendance allait donc permettre à
quelqueshommes(peunombreux)appartenantàuneclasse
sociale inférieure d’accéder au droit de parole.Et c’est
pourcelaque, plusencoreque lesautresécrivainsdeson
époque, il va se sentir investi d’une mission: celle de
défendre lanation mexicaine et sesinstitutionsencore
fragiles.Il estégalementmûpar unautre idéal:participer
à la création d’une littérature nationale accessible au plus
grand nombre.Onvoitlàqueson optiquerejointcelle
d’autres écrivains, presque contemporains, comme Victor
Hugoqui déclarait, luiaussi,vouloir« mettreunbonnet
rougeaudictionnaire» et contribuer ainsi à l’instauration
d’une véritable démocratie culturelle enFrance.

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IlyapourtantchezIgnacioManuelAltamiranoune
sorte de naïveté idéaliste,unecertaine difficultéàprendre
de ladistance par rapportauxchosesetauxêtreshumains
que l’on retrouve dans ses œuvres, souvent dépourvues de
second degré.Il est, en fait,attachéaugenre du réalisme
qui lui paraîtleseulcapable de donnerlebon exempleau
lecteur.Ilveutlui inculquerdes valeurscommecelle du
devoir, de l’honnêteté,susceptibles de forger lanouvelle
envergure morale de lasociété mexicaineàl’aube du
e
XXsiècle. Il pense, grâce à cela, que l’Etat national
pourraparveniràseconsolider mais l’on verra que les
révolutionnairesdudébutdece mêmesiècle, eux, lui
ôteront finalement tout crédit…

Humaniste, Ignacio ManuelAltamirano l’était certes et
égalementpatriotecomme lerequéraitla circonstance
historique; sesouvrageslemontrent bien d’ailleurs, tout
comme ils reflètentlespeursetlesespoirsdeson époque.
e
Lasociété mexicaine de ladeuxième moitié
duXIXsiècle était un peu à l’image de cet auteur, libérée et en
quelquesortevictime decela.

Lesouvrageslesplusimportants d’Ignacio Manuel
Altamirano, outresesarticlesde presse et sesessais,sont
des récitsbasés surlaréalité plutôt que devéritables
romans.Citonscerecueil dechroniquesintituléPaisajesy
leyendas(1884), présentantcoutumeset
traditionsmexicaines et destiné à forger l’identité nationale.En ce qui
concerne le domaine de lafiction,Clemenciapublié en
1869 est une histoiresentimentaletrèsmoraliste dont
l’intrigue se situe en pleine invasion française (1862-1867)
et quisetermine de manière dramatique mettant l’accent
surle piège desapparences, danslequel est tombée la
belle héroïne dumême
nom.Malgrésesdéfauts,cetou

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vrage est considéré comme
modernesauMexique.

l’un des premiers romans

Navidaden lasmontañas(1871) est unautrerécit qui
propose en modèle une forme de vie simple s’appuyant sur
les vraies vertuschrétiennes, en oppositionavecles
comportementspragmatiquesetartificielsgénérésparle
profit résultant de l’urbanisation naissante.El maestro de
escuelaest unrécitpostérieurdumêmetype faisantde
l’enseignement un véritable sacerdoce. Il existe encore
d’autres ouvrages de cet auteur dont le titre renvoie à
chaque foisàune personnalité féminine:Julia(1870),
Antonia(1872),Beatriz(1873),commesi larecherche
d’esthétisme, pour cet auteur, provenait de la beauté de la
femme évoquée plutôt que de lathématiquechoisie oude
l’écriture.

Le roman:«LeZarco »

Cetouvrage porteunsous-titre:Elémentsde lavie
mexicaine (1861-1863).IgnacioManuelAltamirano ena
commencé larédaction en 1885; c’est, en effet, un texte
dontlespremierschapitres sontpubliésdanslapresse
souslaforme deroman-feuilleton,àrelierparlasuite pour
en faireun livrecomme levoulaitla coutumeà cette
époque.Il letermineraen 1888,troisansplus tard, mais sa
parution en librairie n’interviendra qu’en 1901. Il connaîtra
plusieurs rééditionsdontlaplus récenteauxéditions
OcéanodeMexico en 1986.Ilyaeuégalementdeux
versionscinématographiques, en1919 d’abord, puis en
1957,assezéloignéesde lalettre du texte.

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Ce roman cultive l’esprit «couleurlocale »dansla
tradition romantique et est aussi empreint d’un certain
naturalisme avant l’heure à la manière de Zola. Ilmêle,
une fois de plus,l’événementiel et l’anecdotique en
mettantenscènetroisarchétypes: LeZarco,un jeune
mexicainauxcheveuxblondsetaux yeuxbleusdontle
physiqueavenantcontrasteavec celui d’un voleur et d’un
assassin.Manuelita campe la belleambitieuse etNicolas,
le forgeron,qui est un jeuneIndien incapable detromper
ou de trahir et s’emploieà construire savie et sonbonheur
àlasueurdeson front.On perçoitbien lerôlesymbolique
que jouentces troispersonnagesdanslecadre de lajeune
nation mexicaine…

A cette intriguesentimentaletriangulaire,viennent
s’adjoindre des éléments de laréalité historique de
l’époque.Notamment, leclimatparticulierinstauré–dans un
village duMorelos(Yautepecet qui existevraiment!)–
par l’invasion debandits semantlaterreur.Cesontles
plateados,ainsi nommésparceque leurs vêtementset
leurschevaux débordent d’ornements enargent.Ils
enchaînentpillages, incendies,rackets, enlèvementset
autresexactionsempêchantle présidentBenitoJuarez
d’unifier le pays.On enrevient, évidemment,au rôle
qu’IgnacioManuelAltamiranoattribuaitàl’écrivain:
celui de divulguerla bonne parole, de prévenircontre les
dangers.Comme il estfacile de le deviner, le personnage
féminin deManuela, dansle livre,succombeaucharme du
séduisantbanditetcroyantdécouvriravecluiunevie
d’aventure, abandonne l’amour du vertueuxNicolas, avant
de finir tristementcomme soncompagnon d’infortune qui
serafusillé etjustementchâtié pour sesforfaits.

Cequi faitlecharme decetextequi peut sembler
quelque peudésuet(plusencore peut-être pour un lecteur

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étranger), c’est d’abord cet archaïsme qui lui confère une
certaine fraîcheurdetontoutenatténuant son penchant
par trop moralisateur.Lasincérité duproposetla
conviction de l’auteur ne peuvent qu’étonner le lecteur
contemporain,sisouventdésabusé etpeuenclinà croire
enquelquechose.Letexterendcompte, de plusetavec
précision, de lavie mexicaine decette période indécise du
post-colonialismeauMexique. C’est toute une atmosphère
rurale etprovincialequitransparaîtàtraverslanature, les
travaux quotidiens, lescoutumesetlescroyances.Il
contientainsi de nombreuxpassagesdescriptifs qui lui
donnent valeurdetémoignage: un témoignage doté d’une
pincée d’exotisme… On perçoit également la réflexion
historique, plus ample, proposée par l’auteur, qui renvoie à
cetempspresque « immobile » des structures socialeset
politiques (défini par les historiens) dont l’évolution est
fort lente. Sous l’anecdote,se faitdoncjour une grande
lucidité qui ne manque pas d’intérêt.

Quantàl’intrigue amoureuse, elle est assez bien
menée, parétapes successiveset suivant uncrescendo
narratif dont le point d’orgue est la fuite nocturne de
Manuela avecsonbandit d’amant. Lemême mouvement,
decrescendocette fois,s’opère alors à la moitié de
l’histoire, conduisant à l’échec et à la déchéance des
personnages dominés par leurs mauvais instincts. Il n’en
reste pasmoins quecespersonnages suscitentla curiosité
dulecteur et leur destinée montre qu’il ne faut peut-être
pas chercher trop loin bonheur et réussite…

Pour finir, l’écriture du roman d’Ignacio Manuel
Altamirano estparfoismaladroite, lesphrases sont souvent
longuesetpesantes, les répétitionsnombreuses d’un
chapitre à l’autre, maximes et proverbes y abondent
égalementet, enfin, lesdialoguesmanquent souventde

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fluidité. Pour reprendre les mots d’Horace dans ce roman,
«l’utile» prend parfoisle pas surdle «ulce » parletour
quelque peudidactique qu’il adopte, mais le ton général en
reste précisetjuste,alternantnostalgie etespoir,réalisme
et poésie… Un vrai plaisir que de lire aujourd’hui ce
roman d’un autre temps!

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Yautepec

Yautepec est une petiteville des terreschaudes, dont
lesmaisons secachentdans une forêtdeverdure.
Que l’on vienne de Cuernavaca par la route accidentée
desMamelons quiserpenteaumilieudecollines rondeset
rocailleuses, d’où leur nom;que l’on descende, plus au
Nord, lapenteraide deTepoztlan ouque l’on découvre le
village en empruntantlesentierplatde lavallée
d’Amilpas à travers les riches haciendas de canne à sucre
deCocoyoc,Calderón,Casasano etSanCarlos,Yautepec
présente d’abord l’aspect d’une forêt surmontée par les
tourellesdeson église paroissiale.
En la voyant de plus près, c’est une ville qui possède
pourtant unairpittoresque.Lesarbresdontnousavons
parlésontdesorangersetdescitronniers, hautset touffus,
chargés de fleurs ou de fruits embaumant l’atmosphère.
Desorangersetdescitronniersàprofusion !On dirait une
végétationspontanéetantelle estexubérante !Cesarbres
donnent l’impression de segêner les uns les autres en
formantcommeunevoûtesombreau-dessusdes vergers
quisontlapropriété detousleshabitants.Ilsfrôlentde
leurs branches d’un vert foncé resplendissant, couvertes de
fruits d’or, les auvents en ardoise ou en chaume des
maisons.Mignonn’aurait pas regretté son pays natal en ce
lieuoùorangersetcitronniersprospèrententoutesaison !
Dans ce cadre agréable poussent aussi d’autres arbres
tropicaux. Il s’agit des troncs sveltes aux larges feuilles de
bananiers,sapotiersetautresarbresdumêmetype élevant
versleciel leurshautescimes.Maislesorangersetles
citronniers sontlesplusnombreux.

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