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Légendes et traditions de mon pays

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Peu de traditionalistes ont fouillé avec autant de soin un petit territoire et en ont apporté autant de récits, de superstitions et de croyances populaires. Nul ne peut prétendre connaître ce coin de Normandie en ignorant l'ouvrage de Dumont.

Dans son introduction, l'auteur déclare : j'ai recueilli les traditions de mon pays natal, - de Pont-Audemer et de son arrondissement. Je les ai rassemblées en un recueil, en suivant, autant que possible, un plan méthodique ; c'est ce recueil que j'offre aujourd'hui aux lecteurs, convaincu que, pour quelques-uns, il ne sera pas entière dépourvu d'intérêt.

Son pari est réussi, le recueil est abondant, et plusieurs histoires méritent à elles seules la lecture : le bonhomme de Fatouville ; Rose et Guillaumin ; le chien de Monthulé ou la petite fileuse d'Appevillejustifient une à une les heures de plaisir éprouvé à découvrir les huit parties de l'ouvrage.


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LÉGENDES ET TRADITIONS DE MON PAYS Émile DUMONT
1856 Éditions La Piterne – 2014 Mise en page conforme à 1861 – Rouen, Lebrument, libraire
Exergue
À MONSIEUR ALFRED CANEL, Auteur du Blason Populaire de la Normandie et de plusieurs autres ouvrages estimés. Permettez-moi, Monsieur, de vous dédier ce livre. C’est avec bonheur et gratitude que j’inscrirai à la tête de l’œuvre de mes loisirs le nom de celui dont les entretiens, les conseils et les savantes recherches historiques m’ont inspiré et facilité la modeste tâche que j’ai entreprise. Émile Dumont
Avertissement
En respectant la présentation de l’ouvrage, les notes de bas de page ont été intégrées à l’emplacement de leur envoi dans le texte et placées entre crochets […]
Introduction
Chacun ici-bas, dans la vie morale et dans la vieintellectuelle, comme dans la vie
physique, a ses goûts, ses préférences. Moi, – pourquoi ne l’avouerai-je pas ? –j’ai une
prédilection toute particulière pour lestraditions et les légendes. Dans toutes mes
excursions, je suis allé au-devant de ces récits naïfs, j’ai questionné, j’ai interrogé, et, si je
rencontrais un narrateur complaisant, je ne le quit tais jamais que je ne l’eusse mis
complètement à sec sur cette matière. De retour che z moi, j’inscrivais avec soin ce qui
m’avait été raconté, j’y joignais les réflexions que ces histoires me suggéraient, et celles
émises par les auteurs sérieux sur des sujets analogues. J’ai glané de tous côtés, mais j’ai
recueilli surtout les traditions de mon pays natal, – de Pont-Audemer et de son
arrondissement. Je les ai rassemblées en un recueil, en suivant, autant que possible, un
plan méthodique ; c’est ce recueil que j’offre aujourd’hui aux lecteurs, convaincu que, pour
quelques-uns, il ne sera pas entièrement dépourvu d’intérêt.Beaucoup de gens, – même d’hommes sérieux, – aiment les traditions et les légendes : les uns sont séduits par le côté romanesque et merveilleux ; d’autres, au contraire, par le côté naïf de ces récits qui vous donnent comme un parfum du bon vieux temps ; d’autres enfin, les considérant, ou comme une pure fiction, mais fiction ayant sa cause et sa raison d’être dans les tendances naturelles des facultés humaines, ou comme un fait historique altéré, cherchent à en découvrir le sens caché, à dégager le réel du fictif ; c’est pour eux une sorte de problème, d’énigme, de logogriphe ; il s y rencontrent des aperçus scientifiques et moraux, de curieux détails de mœurs. Les croyances superstitieuses ne sont pas, comme ce rtains penchants, certaines aptitudes, certains vices, seulement les idées, les erreurs, les tendances d’une époque ou d’un peuple. Leur origine se perd dans la nuit des siècles, et, d’âge en âge, dominant le monde de leur pernicieuse influence, elles sont par venues jusqu’à nos jours où elles tendent enfin à disparaître sous les coups que leur portent la science et la raison, mais non sans résistance, car les attaques de la science et de la raison semblent parfois impuissantes contre cette force du préjugé qui est toute de sentiment et d’habitude. L’histoire des croyances superstitieuses est liée i ntimement à l’histoire morale et religieuse des peuples ; elles sont en quelque sorte partie intégrante de leurs religions et de leurs théodicées, auxquelles elles ont servi de base, de point de départ, ou dont elles sont une déviation [Voir l’introduction de la Normandie rom. et mer. On ne saurait trop lire et consulter à ce sujet le consciencieux ouvrage de Mlle Amélie Bosquet et la savante étude sur la Magie de M. Eugène Garcin. Libre Recherche, août 1859]. Toutes, elles proviennent de deux causes innées che z l’homme : du besoin de comprendre et de l’idée de causalité. L’homme, dès le commencement des siècles, chercha à s’expliquer, à comprendre tout ce qu’il voyait, tout ce qu’il sentait, tout ce qu’il éprouvait, enfin tout ce qui était en lui et hors de lui, à en savoir les causes : la cause de son existence et de celle de tous les êtres animés et inanimés, celles des phénomènes de la nature… N’ayant, pour se guider dans ces recherches, que le témoignage de ses sens, que les ressources de sa raison, – laquelle devait nécessairement s’égarer parce qu’elle n’avait pas de point de repère dans des observations antérieures, précises et déterminantes, – l’homme accepta facilement la première explication venue, du moment où il n’en avait pas
de plus spécieuse à lui opposer, explication qui n’ était souvent que le produit de l’imagination. Il crut à la divinité, il en avait conscience, elle se faisait sentir en lui et dans tous les objets qui l’environnaient, mais, dupe de ses sens et de son imagination, il prit l’effet pour la cause, l’œuvre de la divinité pour la divinité elle-même ; Il dénatura les faits de l’ordre intellectuel et moral ; Il mésinterpréta ceux de l’ordre physique. Le vulgaire s’assimile difficilement les idées abst raites ; il faut qu’il les revête d’une forme sensible. Dans les premiers temps d’une religion, il ne parvenait à comprendre les déductions du système établi par les législateurs e t les prêtres, – alors seulement la portion savante de la société, – qu’en les personnifiant sous mille formes. Les prêtres et les législateurs, à leur tour, usaient des mêmes moyens lorsqu’ils voulaient agir sur l’esprit du vulgaire. De la personnification des systèmes religieux, des faits de l’ordre intellectuel et moral dénaturés par la crédulité, des phénomènes physique s mésinterprétés par l’ignorance, sont nées toutes les croyances superstitieuses ; celles-ci sont parvenues jusqu’aux temps modernes presque identiquement les mêmes, quant au fond, mais subissant de grandes modifications quant à la forme, suivant les religions et les temps, s’unissant, s’amalgamant avec les idées nouvelles, mais ne disparaissant jam ais complètement. Ainsi, dès que les idées chrétiennes se sont répandues, le culte des d ieux du paganisme, des demi-dieux, des héros, n’a pas entièrement été anéanti. Dans l’esprit des néophytes, il s’adapta aux idées nouvelles, ils crurent toujours aux dieux de leur enfance, sous d’autres noms, sous une manière différente de les envisager. Le christianisme, lui-même, pour se faire accepter plus facilement avait été obligé dans les premiers temps de ne pas chercher trop à combattre l’héritage superstitieux des peuples qui l’avaient précédé. « Aussi les premiers apôtres de l’évangile qui avaient la véritable intelligence de leur mission, se préoccupèrent-ils bien moins, pour détacher les nations du culte païen, de nier l’existence des faux dieux que de les vouer à l’exécration publique comme les principes instigateurs de l’erreur et du mal. » [Normandie rom et merv. page X, Mlle A. Bosquet]. Après cet exposé sommaire, cette courte appréciation de l’origine et de la formation des croyances superstitieuses répandues parmi nous, je pense que le lecteur parcourra avec intérêt les pages qui vont suivre. Peut-être alors verra-t-il autre chose dans les légendes et les traditions que des récits d’événements extraord inaires et merveilleux qui les font considérer comme des contes absurdes bons à récréer les enfants et les intelligences infimes ; dans les unes, il trouvera un sujet d’étu de des tendances naturelles de l’esprit humain, dans les autres, mêlés à une fable romanesq ue et invraisemblable, de curieux détails de mœurs, un tableau exact de la société des temps passés, de ses vices, de ses penchants, de ses abus… et peut-être alors, acquerra-t-il la conviction de cette idée vraie, émise par un auteur de talent. : « Qu’il peut y avoir autant de l’esprit d’un siècle dans une humble légende que dans les pages les plus véridiques de l’histoire. » [Ibidem].
Première partie : Revenants
Notice Une des croyances les plus généralement répandues e st la croyance aux revenants, aux apparitions des morts… Cette croyance est fondée sur ce sentiment inné de la divinité qui parle à nos cœurs, sur la conviction qu’il existe en nous une portion de substance divine, non sujette aux lois de la mort et de la dissolution. Que devient l’âme après sa séparation du corps ? On ne peut avoir à ce sujet une idée précise… De là, une foule de conjectures : chaque p euple, chaque homme, pourrait-on dire, s’est créé son paradis et son enfer… et la qu estion n’a pu et ne pouvait avoir une solution irréfragable. Mais tous ces systèmes sur u n sujet qui semble devoir rester un mystère pour les vivants, donnent l’idée de l’universalité de la croyance à l’immortalité de l’âme, et, de ce dogme commun à toutes les religions, on devait tout naturellement arriver à présumer l’existence d’une infinité d’esprits ; puis, comme l’homme est toujours disposé à juger d’après ses propres impressions et sa nature imparfaite, arriver à croire que ces esprits, quoique dégagés de leur enveloppe charnell e, ne pouvaient entièrement se dépouiller de tout ce qu’il y avait eu d’humain en eux, qu’ils conservaient leurs anciennes préoccupations, et, revêtant parfois une forme sens ible, venaient se mêler aux affaires des hommes pour les diriger. La foi absolue du christianisme à l’immatérialité d e l’âme semble interdire la croyance aux revenants ; cette croyance pourtant était tellement entrée dans les idées chrétiennes qu’un concile [Le concile d’Elvire ; Dom Camet, Traité sur les apparitions] vers l’an CCC, fait défense d’allumer des cierges la nuit, dans les églises, dans la crainte d’inquiéter les âmes des saints. Au moyen-âge et de nos jours, c’est d’ordinaire à une cause religieuse que l’on attribue les apparitions des morts. Les revenants sont considérés comme des âmes du purgatoire qui viennent réclamer des prières et solliciter qu’on les décharge, soit en accomplissant un vœu, soit en réparant un préjudice, d’un engagement qu’elles ont contracté sur la terre [Mlle A Bosquet, Norm. rom. et merv ; Odolant Desno s, Descrip. du dép de l’Orne ; Le Fillastre, Superst. du canton de Briquebec ; L. J. Chrétien, Usages, préjugés et superst. de l’arrondissement d’Argentan ; L, Dubois, Annuaire stat. de l’Orne, 1809 ; Pluquet, Contes populaires de l’arr. de Bayeux]. Il est facile d’expliquer par différents phénomènes physiques tels que les rêves, les hallucinations, les erreurs des sens, etc., etc., c omment s’est formée la croyance aux apparitions des morts. On éprouve dans la vie, tant privée que publique, d es sensations si vives, si pénétrantes, qu’elles semblent devenir des preuves irréfragables d’un commerce entre cette terre et le monde des esprits. Dans certaines circonstances, qui peut douter, – et nombre d’exemples viennent appuyer notre assertion, – qui peut douter que l’imagination n’ait le pouvoir d’évoquer des spectres qui n’exist ent que dans le cerveau de ceux qui croient être témoins de ces apparitions ? Une vision peut avoir lieu dans cet état mixte où le patient dort et cependant est sensible aux chose s réelles qui l’entourent ; si, par exemple, il conserve assez de sentiment de son existence pour savoir qu’il est dans son lit, environné d’objets qui lui sont familiers, il devient en quelque sorte inutile de discuter avec lui contre la réalité de son rêve, puisque cette vision, quoique purement imaginaire, est accompagnée de tant de circonstances réelles, qu’il en croit l’évidence hors de toute question. Les hallucinations présentent dans l’état de veille les visions que l’on n’a d’ordinaire qu’endormi… et comment persuader au mal ade que ce qu’il a vu… deses
propres yeux vu… n’est qu’une conséquence de son état maladif ?… et si, par hasard, il arrive un événement ayant quelque rapport avec l’époque et la nature de nos rêves ou de nos hallucinations, cette coïncidence, quoique très fréquente, puisque les rêves et les hallucinations ne sont guère que le résultat des id ées qui ont vivement impressionné l’esprit, et souvent ne font que présager les événe ments les plus probables, cette coïncidence ne semble-t-elle pas frappante et ne devient-elle pas, pour ainsi dire, comme un garant de la réalité de ces apparitions extraordinaires. Une chose plus étrange et moins facile à expliquer que l’origine de la croyance aux revenants et qui a pour beaucoup contribué à dévelo pper et à entretenir dans l’esprit du peuple tous les préjugés, c’est la facilité avec la quelle on admet l’authenticité de ces histoires tendant à accréditer les croyances supers titieuses… Nous pouvons nous en convaincre chaque jour par nous-mêmes, on admet plus facilement l’erreur que la vérité. Du reste, comme l’on sait, la foi enfante des prodiges. En voici un exemple que raconte Walter Scott, d’après un livre écossais [ Walter Scott, Démonologie, traduct. Albert Montémont] « En l’année 1686, aux mois de juin et de juillet, plusieurs personnages encore vivants peuvent attester que, près du lac de Crosford, deux mille au-dessous de Sanark et particulièrement aux Mains, sur la rivière de la Cl yde, une grande foule se rassembla plusieurs fois après midi. Il y avait là une pluie de bonnets, de chapeaux, de fusils, et d’épées ; les arbres et le terrain en étaient couve rts ; des compagnies d’hommes armés marchaient en ordre le long de la rivière ; des compagnies rencontrant des compagnies se ruaient les unes contre les autres, et, tombant à t erre, disparaissaient ; d’autres reparaissaient immédiatement et marchaient dans la même direction. Je suis allé là trois fois consécutivement dans l’après-midi, et j’ai obs ervé qu’il y avait là les deux tiers des personnes qui avaient vu, et un tiers qui n’avait r ien vu, et, quoique je n’eusse rien vu, ceux qui voyaient avaient une telle frayeur et un tel tremblement, que ceux qui ne voyaient pas s’en apercevaient bien. Il y avait un gentilhom me tout près de moi qui s’entretenait avec d’autres, et leur disait : « Ces damnés de sorciers ont une seconde vue ; car le diable m’emporte si je vois quelque chose ; » et sur-le-champ il s’opéra un changement dans sa physionomie. Plus effrayé qu’une femme, il s’écria : Vous tous qui ne voyez rien, ne dites rien ; car je vous avoue que c’est un fait, visible pour tous ceux qui ne sont pas aveugles. Ceux qui voyaient ces choses-là pouvaient décrire les espèces de batteries de fusils, leur longueur et largeur, et la poignée des épées, si el les étaient petites et triangulaires, ou selon la mode des montagnes ; les ganses des bonnets noirs ou bleus ; et ceux qui virent ces objets, en sortant de chez eux aperçurent un bonnet et une épée qui tombèrent sur le chemin… » Ce phénomène singulier, ajoute Walter Scott, auquel la multitude croit, bien que seulement les deux tiers eussent vu, ce qui, s’il e ût été réel, eût été également évident pour tous, peut se comparer à l’action de ce plaisa nt qui se posant dans l’attitude de l’étonnement, les yeux fixés sur le lion de bronze bien connu qui orne la façade de l’hôtel de Northumberland dans le Strand, attira l’attention de ceux qui le regardaient en disant : Par le ciel, il remue !… il remue de nouveau !… et réussit ainsi en peu de minutes à faire obstruer la rue par une foule immense ; les uns s’imaginant avoir effectivement aperçu le lion de Perey remuer la queue ; les autres attendant pour voir le même phénomène. Maintenant, ami lecteur, passons aux différentes histoires de revenants qui font partie de nos chroniques locales.
Le pont d’Odemer
IIl y a bien longtemps, bien longtemps, dans une bourgade bâtie au point d’intersection de la Risle et de la voie antique de Juliobona (Lillebonne) à Noviomagus (Lisieux), habitait un batelier appelé Odemer, Odemar ou Aldemer [À l’e ndroit où, selon toute probabilité, avait existé le Breviadurum des Romains, et, où existait alors la bourgade des Deux-Ponts – Une charte donnée en 715 par Dagobert II, en fave ur de l’abbaye de Fontenelle, mentionne un chemin tendant d’une partie de la forêt de Brothonne, voisine d’Aizier et de Vatteville, à Deux-Ponts (ad Duos Pontes), et il y a tout lieu de croire que ce chemin est celui de Vatteville à Pont-Audemer. A Canel, Ann. d e la ville et de l’arrondis. de Pont-Audemer]. Le batelier Odemer avait une fiancée ;… une fiancée jeune et belle. Iseult était son nom. On ne pouvait trouver minois plus agaçant, cœur plus candide, âme plus honnête. C’était un joli couple que le batelier et sa fiancée, car autant Iseult était bonne, belle et digne fille, autant Odemer était brave et beau garç on ; et le ciel souriait à leurs amours, car le père et la mère d’Iseult, le père et la mère d’Odemer avaient donné leurs consentements réciproques à l’union de leurs enfants. Et cependant, à leur insu, tandis que vieillards et jeunes gens se livraient à la joie, un nuage menaçant se formait au-dessus de leurs têtes. Souvent le seigneur Lodewig avait vu Iseult ; jamais il ne passait devant la cabane de la jeune fille sans s’arrêter, sans chercher à la voir ; il admirait son charmant visage qu’une rougeur pudibonde nuançait aussitôt d’un vif éclat, et les belles tresses blondes de sa magnifique chevelure, et son doux regard que voilaient de longs cils et qui, levé, semblait refléter l’azur du ciel ; parfois, en souriant, il lui adressait la parole et parfois aussi il lui dérobait un baiser. La pauvrette alors, toute troublée de l’attention d u puissant seigneur, rougissait, répondait à peine et n’osait trop se défendre ; et ses vieux parents hochaient la tête avec inquiétude, car l’avenir les effrayait maintenant. Enfin le seigneur Lodewig devint si assidu et si en treprenant que le père et la mère d’Iseult songèrent à mettre leur cher trésor à l’abri de toute tentative criminelle. Mais trop tard !… Un soir des hommes d’armes vinrent enlever la jeune fille et la portèrent dans la forteresse qu’habitait le seigneur Lodewig. Lorsque Odemer vint voir sa fiancée, il ne trouva que le vieux père et la vieille mère en larmes, et lorsqu’il les interrogea, ils lui racont èrent qu’on leur avait enlevé leur enfant bien-aimée. Quoique le batelier eût le cœur brisé, il ne versa pas une larme ; mais de sa poitrine sortit une sourde exclamation de colère et de rage. Puis, résolu, il alla vers la forteresse du puissan t seigneur. Il pria et supplia qu’on lui rendit sa fiancée. On le frappa et on le jeta à la porte. Alors le batelier porta la main sur le poignard dont il s’était muni à toute aventure, et, du fond du cœur, il jura de se venger tôt ou tard. IIPlusieurs jours se passèrent. Et le batelier nourrissait toujours en son cœur ses projets de vengeance… Il