Les Amis de l'Aquarius (tome 2)

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Anticipation burlesque qui mêle aventures, fiction, humour,
bravoure, les aventures des amis de l’Aquarius sont racontées
au passé, bien qu’elles aient lieu dans le futur, longtemps
après la destruction de la terre que nous connaissons. Un
monde nouveau est en train de naître. Mais le monde qui
vient n’est pas très différent du monde d’aujourd’hui, bien
que les moyens mis en oeuvre soient encore largement
inconnus.

Un monde nouveau se construit, sur une terre jadis dévastée.
L’Aquarius lutte dans un monde dominé par la sinistre
« Organisation » et ses ramifications : le Bailli de Lutèce,
le pontife Maxime, les argousins, les gonzes…

Les héros, Bigraine et Amédée, sont des adeptes de la
nouvelle religion de l’Aquarius aux prises avec l’Organisation
qui, après les terribles « souffles chauds », prétend dominer
le monde. D’autres amis jouent un rôle important dans
ces aventures. Les compagnes Mirette et Linda, les gorilles
d’Amédée, le Mormon, Chichimèque et d’autres…

Dans cette fiction humoristique, c’est un visage du monde
qui est dévoilé…


Publié le : jeudi 1 janvier 2009
Lecture(s) : 34
Licence : Tous droits réservés
EAN13 : 9789999995913
Nombre de pages : non-communiqué
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Chapitre 9 Une aventure de Bigraine et de Linda Bigraine fut appelé ce jour-là dans le bureau du chef. Maître Alcof l’attendait, en compagnie de Linda. Ils étaient envoyés tous les deux pour une mission délicate dans les îles. Pourquoi eux deux ? Maître Alcof leur expliqua : — Nous vous avons choisi parce que vous com-prenez la langue qu’on parle là-bas. Notre ancienne amie, la Couine Malvina, est devenue reine des îles fédérées. Portée au pouvoir par les sagouines. Il vaut mieux être du sexe féminin pour aller là-bas en ce moment. Mais les couples sont admis, pourvu qu’ils soient touristes et qu’ils apportent des devises. — Comment la Couine a-t-elle atterri là-bas ? de-manda Bigraine. — Appelée par les sagouines qui avaient pris le pouvoir dans les îles. Sans doute pour donner une apparence de légitimité au nouvel empire. Un empire d’ailleurs minuscule, mais qui devrait prendre de
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l’extension. La Couine a beaucoup de prestige là-bas : c’est une ancienne championne, ne l’oubliez pas. Pour elle, d’ailleurs : ça tombait bien. Vous savez que la Couine a été chassée de la ville sainte par les gonzes : expulsée et condamnée à la confiscation de tous ses biens… — Elle a dû trouver ça terrible, dit Bigraine. — Ce n’est pas sûr : elle va pouvoir mettre en pra-tique ses idées sur le despotisme éclairé, marié au populisme avancé. Mais les îles sont convoitées… On annonce la venue d’une délégation de Dong-Jin. Nous aimerions savoir ce qu’elle vient faire au juste. Et puis d’autres questions qui vous seront expliquées à la documentation, avant votre départ. Vous serez un représentant qui profite de ses vacances pour tenter de s’implanter. Un représentant en énergie solaire. Mais rappelez-vous que l’essentiel est d’aider le nou-vel empire à résister aux tentatives d’annexion qui s’exercent sur lui. En premier lieu, il faut donner à la Couine le moyen de démasquer les éléments infiltrés à tous les niveaux de l’administration. Tout n’est pas sympathique dans le nouvel empire, mais il faut permettre à la Couine Malvina de changer les menta-lités, après la dictature des sagouines. Or, elle n’y ar-rivera pas si les espions continuent de s’infiltrer et de miner les rouages de l’État. Les Pouvoirs sont inté-ressés par les îles…
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C’est ainsi que Bigraine et Linda embarquaient deux jours plus tard à bord de la fusée touristique en partance pour les îles. Une fusée spéciale. Il fallait souvent plusieurs semaines d’attente pour trouver une place sur un des vols nolisés pour Papaya. C’est que les pays pauvres en ressources s’étaient lan-cés dans le tourisme érotique et les agences avaient bien du mal à satisfaire toutes les demandes d’éva-sion. Pour beaucoup de petits États, d’ailleurs, l’évasion était la seule ressource proprement locale et renouve-lable. Cette activité capitale pour l’économie était prise en charge par les ministères de l’Économie, de la Culture et du Tourisme des États concernés. À défaut de pèlerins (la demande de lieux saints était largement saturée), les touristes et les curistes étaient les bienvenus. Naturellement, l’Organisation contrôlait une large part du tourisme culturel… Pendant qu’ils prenaient leurs aises à bord de la luxueuse fusée de croisière, deux mots sur cette partie du monde. Au temps de leur pouvoir, les sagouines avaient fait régner une dictature originale fondée sur le sexe : tout porteur de phallus devait payer une taxe progres-sive à partir de l’âge de treize ans. La taxe devenait prohibitive dès l’âge de cinquante ans, aussi les patriarches étaient-ils rares dans les îles. Les anciens préféraient fuir dans une des rares îles
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qui échappaient encore au contrôle de la police de l’empire. On parle encore du temps où la fameuse milice des dondons-magoutte – le fer de lance du régime – pratiquait l’écouillage des déviants qui refusaient de payer la taxe. D’ailleurs, elles portaient encore symboliquement le sakatax en bandoulière et le kupkuy à la ceinture. Les dondons-magouttes avaient fière allure dans les rues de la capitale de l’empire : Papaya. Elles allaient deux par deux – comme autrefois les gendarmes – et la main dans la main pour marquer la solidarité de tous les serviteurs de l’État. Quant aux écouillés virtuels (appelés les bœufs), ils étaient requis d’office au service du palais. Mais seuls les récidivistes endurcis étaient encore dépouil-lés de leurs attributs. Certains bœufs ne sortaient en principe jamais du palais : jardiniers, cuisiniers, ménagers, musiciens, philosophes, plombiers, etc. D’autres étaient utilisés pour les services extérieurs : porte-faix, démarcheurs, brancardiers, terrassiers, veil-leurs de nuit, gardes du corps et hommes de main. Les uns et les autres s’étaient rendus indispensables à la société. D’autant que le régime avait remis en honneur les énergies non-polluantes, au premier rang desquelles figure la force musculaire. La puissance de travail des bœufs était d’ailleurs célèbre. Ne dit-on pas encore
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aujourd’hui : on fait ce qu’on peut, on n’est pas des bœufs. Quant à la langue de l’empire : c’est encore une particularité digne d’être notée. À l’origine (avant les souffles chauds), la langue de Dong-Jin était très ré-pandue dans cette partie du monde. L’écriture en était un peu compliquée, mais cela présentait un avantage : tout le monde n’y accédait pas et ne pouvait donc écrire des conneries subver-sives. Pourtant, des réformes successives avaient imposé des simplifications drastiques. Et de simplification en simplification, on en était arrivé à un système diaboliquement compliqué dont tous les éléments étaient devenus comme des atomes non-crochus qui descendaient lentement – mais sans frein – dans les ténèbres de l’oubli : sur l’abstrait, la mémoire est sans prise. De là, l’utilité de l’anglo-papou qui – heureu-sement complété par une gestuelle d’appoint – était devenu une langue passe-partout pour les voyageurs du grand océan. On a dit du mal de l’anglo-papou mais, finalement, on peut presque tout dire dans cette langue. Pas avec beaucoup de nuances, certes. Mais avec beaucoup de nuances, on en arrive à rater des affaires. Or l’anglo-papou est une langue d’affaires. C’est le parler roi du « toktok-bizniss », comme on disait. La langue de l’élite.
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