Les aventures d'Edgar Nelson

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Imaginez, un seul instant être en présence d’une bibliothèque où se côtoient des centaines de héros, des personnages imaginaires, tous plus attachants les uns que les autres ? Que feriez-vous ? Vous laisseriez-vous tenter par l’aventure ? En vacances chez ses grands-parents, loin de ses amis, de sa console et de ses habitudes, Edgar va découvrir malgré lui, un monde fantastique. Un monde qui le transportera de l’autre côté de l’Atlantique, dans le Mississippi, au milieu du dix-neuvième siècle. Il y fera la connaissance de Tom Sawyer, Huckleberry Finn, Becky et… retrouvera oncle Christophe. Au cœur d’une machination diabolique, il tentera l’impossible pour arracher son oncle des griffes de la mort.
Publié le : lundi 1 février 2016
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EAN13 : 9791026203827
Nombre de pages : non-communiqué
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Franck Driancourt

Les aventures d'Edgar

Nelson

 


 

© Franck Driancourt, 2016

ISBN numérique : 979-10-262-0382-7

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« Un classique est quelque chose que tout le monde voudrait avoir lu
et que personne ne veut lire
 »

Mark Twain

 

 

1
Abandon

 

Ce n’est pas marrant d’être en vacances chez ses grands-parents ; perdu au milieu de nulle part, sans aucun voisin à des kilomètres aux alentours. Ça devient même carrément glauque et mortel quand il n’y a ni internet ni console de jeux. Mais pardonnez-moi, je manque à tous mes devoirs comme aime à me le rappeler ma tendre mère. Je m’appelle Edgar, Edgar Nelson. Mais, mes potes me surnomment Ed. Edgar c’est un peu ringard pour un ado… Il n’y a qu’Enguerrand, un cousin éloigné, qui peut se vanter d’avoir un prénom plus pourri que le mien. Enguerrand, tu parles d’un cadeau... merci les vieux.

Mes parents m’avaient lâchement abandonné chez mes grands-parents pour les vacances d’automne,à quatre cents kilomètres de la maison. Loin de la ville et de mes amis, je regardais à travers la vitre du salon les feux arrière de la vieille Peugeot s’allumer à chaque coup de frein. Encore quelques années à patienter, et je pourrai m’installer derrière le volant. Ma mère m’avait promis de m’en faire cadeau à mes dix-huit ans. Mon père était un peu plus réservé et ne se prononçait jamais clairement sur le sujet.

Les ornières faisaient osciller les lumières dans une danse désordonnée. Passé le chemin de terre, la voiture s’engagea sur la petite route qui serpentait à travers les champs, en contrebas de la colline. Les phares éclairèrent brièvement un couple d’ânes, prostré sous un abri sommaire, constitué de plaques de tôles rouillées et de planches de bois rongées par la vermine. Deux pauvres bêtes que leur propriétaire avait installées là, la belle saison.

Dans leurs bagages, mes parents avaient gardé ma petite sœur Élise ; elle est trop « chouineuse » pour rester loin des bras protecteurs de sa maman. De part et d’autre de la route, des arbres fruitiers rabougris tendaient leurs branches nues, dépourvues de leurs feuilles. La pluie tombait à grosses gouttes et rebondissait sur la terrasse extérieure. Le sol imperméable drainait l’eau vers une mare au fond de la cour. Masquée par une épaisse haie de lauriers, elle demeurait invisible depuis la fenêtre.

Avec la chance qui m’accompagnait ces derniers temps, je n’aurais même pas le loisir de m’isoler dans la forêt. Le froid et le vent me condamnaient à rester cloîtré dans cette sinistre demeure à jouer à l’enfant modèle et sans histoire. Une tape sur l’épaule, un sourire et les mains de ma grand-mère qui viendraient ébouriffer ma tignasse. Voilà ce qui serait mon lot quotidien pendant une longue semaine.

Personne n’avait encore fait le deuil de la disparition d’oncle Chris, et aucun des membres de ma famille, moi le premier, n’était prêt à l’oublier. La vie était vraiment injuste. J’en étais à me demander quel dieu pouvait être assez cruel pour retirer à ses proches un être aussi exceptionnel que Christophe. Je n’avais pas la réponse à cette question et je ne pensais pas l’avoir un jour. Cette absence me tourmentait. J’entendais distinctement sa voix dans mes rêves et l’expression de son visage toujours souriant m’accompagnait dans mes mornes journées. Il paraît que la voix est le premier des souvenirs qui s’effacent de notre mémoire. J’espérai de tout cœur qu’il n’en était rien.

Par réflexe, je tendis la main pour un dernier au revoir puis restai là, jusqu’à ce que la voiture se perde dans la nuit. Je m’étais interdit de pleurer. À mon âge, on ne pleure plus, me répétai-je sans discontinuer pendant plusieurs minutes. Je refoulai un gros sanglot et fermai les yeux en soupirant.

— Tu viens manger un peu ? me demanda mamie Simone.

— Non, je n’ai pas très faim, merci, mamie, répondis-je d’une voix chevrotante.

Mamie Simone était très gentille, là n’était pas le problème. Elle m’adorait et faisait toujours ce que je voulais, mais ce n’était plus pareil depuis la mort d’oncle Chris. Quelque chose avait changé. On m’avait tenu à l’écart du chagrin, comme pour me protéger. Je n’avais même pas pu aller à son enterrement. Les adultes pensaient que cela me ferait mal et qu’en m’empêchant de m’y rendre, je serais épargné. Qu’en savaient-ils ? Qu’est-ce qu’ils connaissaient de la tristesse d’un gamin qui venait de perdre plus que son oncle ?

Oncle Chris était mon confident, quelqu’un à qui je disais tout et à qui je demandais conseil. On communiquait beaucoup sur Facebook et il me répondait à n’importe quelle heure du jour ou de la nuit. Jamais je ne retrouverai quelqu’un comme lui. C’était peut-être là une attitude égoïste, mais on n’avait pas le droit de me le prendre, pas le droit de me le retirer sans aucune raison. J’avais encore besoin de lui ! À qui allais-je demander conseil maintenant ? Mon père ? Ma mère ? Ils ne pouvaient rien pour moi. De toute façon, ils ne voulaient rien faire pour moi ! Il n’y avait qu’Élise et ses caprices insupportables qui comptaient pour eux.

Les adultes parlaient de destin ou de coup du sort. Pour se rassurer, ma mère et ma grand-mère disaient que Dieu l’avait rappelé près de lui. Eh bien, il aurait pu lui demander son avis ! Je ne suis pas convaincu qu’il fût d’accord avec l’idée de quitter la vie si tôt.

Je me souviens encore du dernier conseil qu’il m’avait prodigué : comment m’y prendre pour embrasser Tanita. Bon, sur ce coup-là, ça avait un peu foiré parce qu’elle m’avait retourné une mandale. Mais elle avait rougi. Et ça, c’était bon signe, m’avait-il dit. C’était le dernier message que j’avais reçu, il y a maintenant deux mois.

 

 

2
Repas

 

Mamie Simone s’approcha derrière moi et posa ses mains sur mes épaules. C’était encore une femme très active avant l’accident. La perte de son fils chéri l’avait anéanti ; des fils d’argent parsemaient ses cheveux et de profondes rides creusaient son visage. Ses mains, encore délicates avant l’été, s’étaient flétries. La vie qui l’animait et l’aidait à repousser les assauts du temps s’était envolée avec la mort de Christophe, comme si une part d’elle-même l’avait accompagné dans sa dernière demeure.

Sans me retourner, je ressentis la tristesse qui l’envahissait. Je n’avais pas le droit de la rendre plus malheureuse qu’elle ne l’était en ce moment. C’était son fils qu’elle venait d’enterrer ! Je pris sur moi et me retournai en affichant le plus beau sourire que je pouvais lui offrir. Elle me le rendit aussitôt.

— J’ai quand même un peu faim, avouai-je simplement sans trop m’attarder sur ses yeux humides.

— Alors, allons déguster ces bons spaghettis à la bolognaise. Papi a déjà englouti sa part et je crains qu’il ne nous en laisse pas une miette si l’on ne se dépêche pas. Elle passa sa main sur ma tête et emmêla ses doigts dans ma chevelure.

Le repas se déroula dans un silence pesant. La joie qui animait naguère la table n’était aujourd’hui, troublée que par l’horrible balancier du carillon et les fourchettes qui raclaient les fonds d’assiettes. Papi Henri grogna lorsque les informations débutèrent à vingt heures pile : il y avait des gestes qui restaient immuables. Je n’aimais pas les infos, on y rapportait que de mauvaises nouvelles ; toujours les mêmes cinglés qui pensaient qu’on pouvait imposer ses idées dès lors qu’on était en possession d’une arme à feu. Quant à la politique, les discours de tous ces types étaient incompréhensibles. Je terminai mon dessert et demandai l’autorisation de me retirer dans ma chambre. Mamie acquiesça et je m’essuyai la bouche avant de disparaître dans le couloir.

Pour cette semaine, j‘avais élu domicile dans la chambre qu’occupaient habituellement mes parents : celle d’oncle Chris. Rien n’avait bougé depuis qu’il avait quitté la maison. Le papier peint était bleu pâle avec des camions américains noirs imprimés sur le dessus. Le grand lit faisait face à la fenêtre. Les volets étaient fermés, mais les rideaux n’avaient pas été tirés. Sur tout un pan de mur, une immense bibliothèque contenait un nombre impressionnant d’ouvrages. Si oncle Chris les avait tous lus, il devait être encore plus intelligent que je le pensais. Moi, je n’avais parcouru dans ma courte existence que les quelques livres que madame Forestier nous avait obligés à étudier l’année dernière. Je ne me souviens plus du titre du dernier, mais l’auteur, Gustave Hugo, avait vécu au dix-neuvième siècle, je crois. En tout cas, cela ne m’avait pas passionné. La lecture n’était pas mon activité préférée. Je préférais de loin ma console sur laquelle je me réfugiais dès que le temps et mes parents me le permettaient. Mais pour ces vacances, c’était râpé. J’allais devoir trouver une autre occupation pour passer mes journées qui s’annonçaient « passionnantes »…

Je m’installai sur mon lit et sortis mon téléphone portable, seul accessoire qui me rattachait au monde moderne. Je jetai un œil à l’écran. Pas de réseau. J’étais vraiment livré à moi-même. Le dépit me fit secouer la tête. Rien n’allait comme je le souhaitais.

— Tu t’es lavé les dents, mon lapin ? lança mamie Simone depuis l’embrasure de la porte.

— Non, mamie. Je prends mes affaires et m’en occupe tout de suite.

Elle s’en alla vers la cuisine pour rejoindre mon grand-père et me laissa seul dans la chambre. Autour du plafonnier, deux insectes tourbillonnaient autour de l’ampoule brûlante. Il n’y avait rien à faire pour eux. Le temps de revenir, ils seraient grillés.

Je saisis ma brosse à dents et mon dentifrice dans ma trousse de toilette et me dirigeai vers la salle de bain d’un pas las.

 

 

3
Rêves

 

Il était près de minuit et je ne dormais toujours pas. La lune éclairait faiblement la bibliothèque à travers les rainures des volets, usés par les années et les intempéries. Les mains derrière la tête, je fixai le plafond en attendant que le sommeil vienne enfin me gagner. Je ne dormais pas très bien en ce moment, seulement ça n’intéressait personne. Le décès de mon oncle en était sûrement à l’origine, mais je préférai garder cela pour moi. De toute façon, les membres de la famille vivaient repliés sur eux-mêmes en ce moment. Ils n’avaient que faire des jérémiades d’Edgar Nelson. Je soupirai un grand coup et me tournai en cherchant du réconfort auprès du polochon. J’en éprouvai le moelleux en donnant deux tapes énergiques dessus et cala ma tête le mieux que je pus. La maisonnée était plongée dans un silence absolu. Le convecteur électrique se déclenchait de temps en temps pour réchauffer et maintenir la température conforme à la programmation du thermostat

Le bruit sourd d’un objet qui tombe sur le sol vint perturber mon esprit embué par mes pensées mélancoliques. Je sursautai, subitement éveillé. Cela provenait de ma chambre. J’aurais dû me lever, faire quelque chose, appeler peut-être, mais je restai tétanisé par ce son venu d’outre-tombe. Je ramenai les draps vers mon visage avec la ferme intention de me cacher à la vue d’un quelconque monstre ou fantôme. L’angoisse me tint en haleine un bon moment. Combien de temps ? Impossible de le dire. Le sommeil finit par s’emparer de moi et je sombrai, noyé au milieu de rêves peuplés d’images étranges et de personnages farfelus. Comme si mon cerveau tentait de donner un sens à toutes les informations que j’avais engrangées ces derniers jours. Toutes les émotions se mélangeaient, tournoyaient et s’aggloméraient dans des scènes irréelles. Je me retrouvai projeté dans un ballet fantasmagorique. Il y avait ce Gustave Hugo, accompagné d’un autre écrivain que je ne connaissais pas, qui me lançait au visage les livres de la bibliothèque d’Oncle Chris. Madame Forestier, le vieux professeur de français, assise sur l’étagère du haut, les encourageait. Je ne m’appelle pas comme ça ! criait le petit homme joufflu à la longue barbe grise, sans s’interrompre. À mes pieds s’entassaient les ouvrages de ces auteurs. J’en ramassai un puis lus à voix haute le nom du second auteur écrit sur la tranche : Victor Flaubert.

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