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Les bénédictions d'une mère

De
136 pages
C'est l'histoire d'un jeune sahélien, Douami, né dans le pays forestier d'Eburnie. Il a connu une enfance heureuse et une éducation rigoureuse autour des valeurs de probité, de justice sociale, de loyauté ... L'horizon s'obscurcit à l'adolescence avec les décès des parents et de nombreux frères qui laissent la famille dans un climat de suspicion. Le jeune homme, rusé, parvint à échapper au sort implacable : obtenir son baccalauréat et poursuivre des études supérieures au Faso, où il se convertit au protestantisme.
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C’est l’histoire d’un jeune sahélien, Douami, né dans Adama Bayala
un pays forestier, Eburnie. Il a connu une enfance
heureuse, sous la férule de ses parents qui lui
assurèrent une éducation rigoureuse, autour des
valeurs de probité, de justice sociale, de loyauté,
d sens de l’honneur, de courage et de solidarité.
Alors qu’il venait de passer l’adolescence, l’horizon
s’obscurcit, avec les disparitions de ses deux parents et
de nombreux frères. LES BÉNÉDICTIONS
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Douami dans un climat de suspicion générale. Les uns D’UNE MÈRE
craignaient les autres, qu’ils suspectaient de pires
infamies. Le jeune homme joua alors d’intelligence
Romanet de ruse pour déjouer les pièges et autres obstacles
qui se dressaient devant lui. Il parvint à échapper au
sort implacable, à obtenir son baccalauréat et à aller
poursuivre ses études supérieures au Faso, dans son
pays d’origine, où il se convertit au protestantisme.
Adama BAYALA est conseiller en
Sciences et Techniques de l’Information
et de la Communication. Titulaire d’un
master professionnel en Journalisme
et Communication et d’une maîtrise
en Histoire et Archéologie, il est
actuellement en poste au secrétariat général du
ministère de la Communication, chargé des Relations
avec le Conseil national de la Transition.
Photographie de couverture de Gidzy, Lapwing
and a Gull, Martin Mere, Burscough,
Lancashire, UK (CC).
ISBN : 978-2-343-07020-9
14,50 € L’ armattan International Burkina Faso
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LES BÉNÉDICTIONS D’UNE MÈRE
Roman
LES BÉNÉDICTIONS D’UNE MÈRE
Adama Bayala






LES BÉNÉDICTIONS
D’UNE MÈRE









































© L’Harmattan, 2015
5-7, rue de l’Ecole-Polytechnique, 75005 Paris

http://www.harmattan.fr
diffusion.harmattan@wanadoo.fr
harmattan1@wanadoo.fr

ISBN : 978-2-343-07020-9
EAN : 9782343070209

4 Adama BAYALA






LES BÉNÉDICTIONS
D’UNE MÈRE

Roman













I. L’ENFANCE
Douami Doba, enfant, se réveillait toujours au
moment où le jour avait fini de se défaire des premières
lueurs matinales. Il constatait que la cour familiale
grouillait déjà de son beau monde. Çà et là, tout bouillait,
vibrait au rythme des occupants de la maisonnée. En fait,
la concession familiale était une modeste maison de deux
pièces et un salon. Le salon comprenait un immense
comptoir, derrière lequel il y avait des étagères. La
maison, qui servait à la fois de boutique, était totalement
peinte de la couleur bleue de l’intérieur et de la couleur
jaune ocre de l’extérieur. La toiture, faite de tôle
métallique, débouchait sur une véranda, sous laquelle il fit
ses premiers pas. Ces marches le conduisaient aussi
souvent sur la voie publique. Sa cour faisait face à une
route carrossable reliant deux villages habités par le
peuple Dida, Foureca et Tihoua. De la véranda, il assistait
à l’incessant ballet de véhicules, de motos, de bicyclettes
et des autres usagers de la route. Cela fit de la famille
Doba des témoins privilégiés des scènes qui s’y
déroulaient. De l’autre côté de la voie, à quelques
phalanges seulement de la concession familiale des Doba,
il y avait le complexe scolaire de Nouhoua. C’était un
établissement avec deux écoles primaires publiques,
disposant chacune des classes du Cours préparatoire 1
(CP1) au Cours moyen 2 (CM 2). A cette époque, l’école,
qui n’était pas encore clôturée, embrassait leur cour. De la
véranda, n’importe qui pouvait observer les faits et gestes
des pensionnaires des lieux. C’est d’ailleurs chez les
Douami que des élèves venaient se désaltérer, pendant la
récréation.
Sur le flanc gauche de la maison principale, il y avait
une cuisine. Celle-ci jouxtait une case couverte de toit de
chaume. Cette maisonnette restait quasiment fermée. Elle
n’ouvrait que lorsque le père de Douami, Baba Doba, était
là. Il ne venait à Nouhoua que pour de brefs séjours. Il
habitait permanemment à Saboigna où il disposait d’une
plantation de cacao et de café. Les travaux champêtres
l’occupaient tellement qu’il ne passait pas plus d’un mois
avec son fils Douami.
Dans l’arrière-cour, il y avait une douche et un W.C,
artisanalement construits de terre battue. Juste à côté, sur
le flanc droit, s’étendait l’aire de jeu des enfants. C’est là
que Douami et ses frères apprirent à courir derrière la balle
ronde, sous l’ombre d’un grand fromager dominant cet
espace. Ce mastodonte perceptible de très loin, abritait un
nuage de nids d’oiseaux. Ces volatiles jacassaient à tout
rompre et l’enfant assistait, de la pénombre de la véranda,
à l’interminable ballet de ces oiseaux. Combien
pouvaientils bien être ? Mille, deux mille… Il ne pouvait le savoir
exactement. Ce qu’il sait, c’est qu’une frange importante
de la marmaille de Nouhoua venait se recueillir, sous ce
gros arbre, tous les matins. C’est là-bas que Douami
rencontra pour la première fois celui qui allait devenir son
meilleur ami, Brahima. Toutes les fois que leurs regards se
croisaient, ils esquissaient des sourires en échange.
Brahima était peu bavard, réservé, mais courageux et
opiniâtre. Il n’aimait pas se mêler aux impétueux jeux
qu’organisaient les autres enfants, peu soucieux de
l’apparent motif de leur rassemblement.
Un jour, de bonne heure, une scène, pour le moins
habituelle se produisit sous le regard médusé de ses
parents. Un enfant d’à peine 8 ans, parvenu à faire tomber
cinq oiseaux dans sa besace, s’est vu prendre à parti par un
8 groupe de garçons belliqueux, emmené par un certain Irié,
âgé de 12 ans. Le gamin fut roué de coups et dépossédé de
son sac. Incapable d’opposer une résistance aux solides
gaillards qui n’éprouvaient pas la moindre pitié à son
égard, il se résolut à prendre ses jambes à son cou. Inutile
de dire qu’il était tout en pleurs. Tous les enfants, qui
assistèrent impuissants à cette scène horrible, vidèrent les
lieux. Pendant ce temps, Irié, le chef du groupe, procéda
au partage du butin. Il prit deux oiseaux pour lui-même et
donna les trois autres à ses comparses.

Les choses changèrent, depuis cet incident fâcheux
qui n’était pas le premier du genre. Les mômes se
dispersèrent, chaque fois que la bande à Irié apparaissait.
Le vide se faisait aussitôt et on entendait plus que les cris
stridents des oiseaux qui percent l’air. Quoi qu’Irié et les
siens aient décidé d’agir par surprise, aucun enfant ne se
laissait prendre. Désormais, les enfants venaient chasser
par petits groupes. Quand ils ne formaient pas un groupe
dissuasif à même de tenir tête à leurs détracteurs, ils
postaient toujours un des leurs, le moins habile, pour le
guet. C’est à ce titre que Douami fut recruté par un groupe
de petits Dioula ; c’était celui de Brahima. A vrai dire,
c’est à cause de lui qu’il intégra ce groupe. Il l’admirait
beaucoup pour son comportement. Peut-être parce qu’il
était respectueux et le plus petit de son groupe. De tous les
enfants qui venaient se recueillir sous le gros fromager qui
dominait la cour familiale de Douami, il était l’un des
rares à saluer ses parents. Il semblait être celui-là même
qui éprouvait de la sympathie pour l’intéressé.
Petit à petit et au fil des rencontres, naquit une
amitié inimaginable entre les deux mômes. Déjà à leur
âge, ils ne faisaient rien, l’un sans l’autre. A midi, Douami
partageait son plat avec lui. Puis, il allait au domicile de
son ami pour partager le sien. Tous les jours, c’était ainsi.
9 Il faut reconnaître que leur planning n’enchantait pas leurs
parents. Dès le début, ils acceptèrent mal que leurs gosses
bousculent leurs habitudes. Ni les remontrances, ni les
jérémiades des parents respectifs n’eurent raison d’eux.
Ils persévérèrent, si fait que leurs parents finirent par
se rencontrer. Cela commença par leurs mères. Les deux
dames n’eurent point de mal à s’entendre. Elles se
rendaient désormais, au marché, ensemble. A défaut, l’une
pouvait envoyer l’autre faire ses courses, avec la garantie
d’une satisfaction totale. L’amitié entre les deux dames
parvint à un niveau tel qu’elles partagèrent beaucoup de
choses. Pour preuve, le jour de la fête du nouvel an, la
mère de Brahima apportait de gros plats de riz, de
couscous et viande de mouton à celle de Douami, Eya. Et
la maman de ce dernier en faisait autant. A l’occasion de
la fête du Ramadan, la famille Retou, celle de Brahima, ne
préparait pas abondamment. Mère Eya se chargeait de la
garnir de bons mets. Le jour de la fête du mouton, c’était
la famille Retou qui était généreuse pour celle des Doba.
L’entente et l’amitié entre les deux mères s’exprimaient
aussi dans le domaine vestimentaire. Comme si elles
étaient des coépouses, elles recouraient aussi souvent, au
même couturier pour confectionner leurs modèles pour les
célébrations festives. Cela arrivait le plus souvent le jour
de la fête du nouvel an.
Brahima et Douami n’étaient pas non plus en reste.
Les jours de réjouissances populaires, ils portaient des
modèles de vêtement identique. Il s’agissait, soit d’un
boubou avec un pantalon, soit d’un ensemble : une
chemise et un pantalon « jean ».
Devenu son compagnon de tous les temps, Brahima
avait fini par prendre la place de son aîné. Il était devenu
comme son grand frère. Il allait déjà à l'école du blanc. Il
était inscrit en classe de CP1, alors que lui, attendait de
l’être. Douami ne savait pas quand exactement ses parents
10 le feraient, mais il les avait devancés sur ce terrain-là. De
fait, il passait la majeure partie de son temps dans la cour
de l’école, pardon dans les classes.
En raison de la promiscuité de l’école primaire
publique de Nouhoua de sa cour familiale et des relations
d’amitié qui liaient les instituteurs et ses parents, il
déambulait d’une classe à une autre, avec la bénédiction
du directeur de l’école. Il pouvait partir de la classe de
CP1 que fréquentait son aîné, Oudad à celle de CM2, de
Ibrah, son frère consanguin, en passant par celle d’un
autre, Mossa, en classe de CE1. En réalité, ce qui le
passionnait en ces moments-là, c’étaient les chansons. Il
prenait régulièrement place à côté de ses aînés, dès les
premières heures de cours. En ces moments-là, les élèves
commençaient par fredonner des chants qui sont, à nos
jours, gravées dans sa mémoire.
Il pouvait être dans une classe, mais dès qu’il entendait
tonner une chanson dans l’autre, il sortait précipitamment, en
courant pour la rejoindre. Pour dire la vérité, c’est en classe
de CP1 qu’il passait le plus clair de son temps. Il s’asseyait à
côté de son aîné qui avait un autre voisin. Pour les autres
classes, il ne comprenait pas grand-chose aux enseignements
dispensés. Ils lui paraissaient le plus souvent comme des
arabesques. Au CP1 au moins, il se retrouvait ; il était dans
son milieu, avec des nouveaux, des Gbosro, des Gbaho. Il
apprit à lire et à écrire avec ces derniers. Il se débrouillait
nettement mieux que bon nombre d’élèves, régulièrement
inscrits. Certains ne pouvaient même pas s’exprimer en
français. Ils ne comprenaient que leur langue maternelle.
Pour fouetter leur orgueil et les amener à se surpasser, le
maître, qui connaissait déjà Douami, l’invitait à réagir face à
certaines situations. Ce qu’il réalisait avec aisance, à sa
grande satisfaction. Il sollicitait alors un ban pour lui. Il
appréciait fort bien également, la lecture et les
mathématiques.
11 Les aptitudes qu’il présentait lui servirent de
passeport. Grâce à elles, il pouvait aller d’une classe à
l’autre sans difficulté. Les enseignants l’appréciaient ;
certains avouèrent qu’ils auraient voulu que leurs rejetons
s’intéressent aussi à l’école, dès le bas âge. D’autres
essayèrent, sans grand succès.
Douami n’eut pas que des admirateurs chez les
enseignants. Des élèves aussi, prétendaient avoir de la
sympathie pour lui. Certains l’appelaient « Tout petit »,
d’autres « Petit Doba ». Il y en avait qui lui indiquaient
qu’ils l’attendaient à l’école ; qu’ils verront bien ce qu’il
fera lorsqu’il sera régulièrement inscrit. L’enfant répondait
à ces propos, avec le sourire. Une attitude qui forçait
l’admiration de certains adolescents qui firent de lui un
petit ami.
Ainsi, il comptait des amis aux CP1, CE1 et CM2. A
la recréation, des élèves lui achetaient des galettes, du pain
au macaroni, des bonbons ou encore du jus de bissap ou
de gnamankou. En retour, il s’arrangeait, autant qu’il put,
pour subtiliser de la craie et des stylos des rayons de la
boutique de sa mère, qu’il cachait soigneusement dans sa
culotte. Une fois à l’école, il les distribuait à un ou deux
élèves de la classe de CM2. Ils étaient si gentils avec lui
qu’il se sentait dans l’obligation de leur retourner
l’ascenseur.
Un soir, son père, oui, ce brave homme de la grande
famille des Doba de Kordié, une ville du Faso, l’appela. Il
le prit, le posa sur ses jambes et lui dit :
― Mon fils, bientôt, tu auras 7 ans ;
― Et alors papa, dit-il !
― Ta mère et moi avons décidé que tu ailles à
l’école cette année ;
― Pour de vrai, papa ! Dites-moi que ce n’est pas
une blague, relança-t-il.
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