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Les cahiers de " l'éphémère " 1967-1972

De
296 pages
Au sentiment de l'éphémère, la poésie commence. Baptisant en 1966 de ce simple nom la nouvelle revue qu'ils viennent de créer, Yves Bonnefoy, André du Bouchet, Jacques Dupin, Louis-René des Forêts et Gaëtan Picon situent leur geste éditorial au lieu le plus vif de la création poétique. Ils l'illustrent et la défendent en prenant à contrepied ceux qui l'accusent de se rassasier d'éternité trompeuse. Alain Mascarou retrace ici l'aventure de cette revue, en demeurant fidèle à son éthique.
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SOLEIL

Où le soleil noir et piétiné - le disque froid de la terre, le disque où le soleil a disparu jusqu'à l'air, plus haut, que nous n'habiterons pas.

Traverse d'un plateau

tout est suspendu et les lointains sont proches

Homme pareil à son ombre qui va au bout des champs et comme porté sur l'eau et dans le ciel échelle mouvante dressée sur l'arête de la courbure.

Pierre Tal Coal

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Hors-teXte de l'ouvrage. tl' Alain Mascarou,

Les cahiers.dë «
Illustrations repro dites u

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['Éphémère»

1967-197

2.

, . . . avec l al mable autonsatlOn

d es éditions MAEGHT.

Les cahiers de "!'Ephémère" Tracés interrompus

1967-1972

Collection Critiques Littéraires dirigée par Maguy Albet, Geneviève Clancy Paule Plouvier et Emmanuelle Moysan
Dernières parutions

DANGER Pierre, Emile Augier ou le théâtre de l'ambiguïté, 1997. MAILLIS Annie, Michel Leiris, l'écrivain matador, 1998. TCHEUYAP Alexie, Esthétique et folie l'oeuvre romanesque de Pius Ngandu Nkashama, 1998. BARRIENTOS TECUN Dante, Amérique Centrale: étude de la poésie contemporaine, 1998. KAMAL- TRENSE Nadia, TaharBen Jelloun. L'écrivain des villes, 1998. DE FREITAS Maria Teresa, LEROY Claude, Brésil, L'utopialand de Blaise Cendrars, 1998. VIELWHAR André, S'affranchir des contradictions, 1998. GILLI Yves, MONTACLAIR Florent, PETIT Sylvie, Le Naufrage dans l'oeuvre de Jules Verne, 1998. LAVEILLE Jean-Louis, Du Maghreb à la Chine. Le voyage dans les mille et une Nuit, 1998. GALVAN Jean-Pierre, Les Mystères de Paris, Eugène Sue et ses lecteurs, 1998. CORBACHO Belinda, Le monde féminin dans l'oeuvre narrative de Silvina Ocampo, 1998. VASSEVIÈRE Maryse, Aragon romancier intertextuel ou les pas de l'étranger, 1998. BLOCH Béatrice, Le roman contemporain, 1998. GAUDIN Françoise, Lafascination des images, 1998. HOFFENBERG Juliette, L'enchanteur malgré lui. Poétique de Chateaubriand, 1998. GANDIN Eliane, Le voyage dans le pacifique de Bougainville à Giraudoux, 1998. DANA Catherine, Fictions pour mémoire, 1998. ZHANG Ning, L'appropriation par la Chine du théâtre occidental: 1978-1989, 1998. COQUIO C., SALADO R., Fiction & Connaissance, 1998. CHEVALIER Y., En voilà du propre! Jean Genet et Les Bonnes, 1998. @ L'Harmattan, 1998 ISBN: 2-7384-7164-1

ALAIN MASCAROU

Les cahiers de "l'Ephémère" 1967-1972
Tracés interrompus

PREFACE

DE JEAN-MICHEL

MAULPOIX

L'Harmattan 5-7. rue de l'École-Polytechnique 75005 Paris - FRANCE

L'Harmattan Ine 55. rue Saint-Jacques Montréal (Qc) - CANADA H2Y lK9

pour Anne, ma femme

PRÉFACE

Au sentiment de ['éphémère, la poésie commence. Qu'elle l'exaspère, ou qu'elle s'efforce de le fuir, elle puise en lui, toujours, sa raison d'être. Plutôt qu'un" sentiment", il est sa certitude: son terrain, sa matière. Elle oeuvre en lui et contre lui... Baptisant en 1966 de ce simple nom la nouvelle revue qu'ils viennent de créer, Yves Bonnefoy, André du Bouchet, Jacques Dupin, Louis-René des Forêts et Gaëtan Picon situent leur geste éditorial au lieu le plus vif de la création poétique. Ils l'illustrent et la défendent en prenant à contrepied ceux qui l'accusent de se rassasier d'éternité trompeuse. Ce beau mot d'" éphémère" lie l'écriture à la vie précaire, il signifie leur commune fugitivité, et sous-entend déjà préférer au désir du chef d'oeuvre les" tracés d'un désoeuvrement ": des phrases ou des traits, esquissés au plus près du souffle, et qui cherchent et s'obstinent... Il vient également affirmer que la poésie ne saurait exister hors d'une " certaine expérience du réel" que tout à la fois elle" assume et consume ". Après les dérives occultistes du surréalisme finissant et les débordements de la rose et du réséda, il induit une nouvelle relation entre poésie et réalité, ni extravagante, ni mimétique. Il scelle une alliance critique entre la parole et les arts. Il engage, non sur la base d'un manifeste, mais dans une solidarité de vues et de questions, à suivre du plus près ces gestes, ces efforts, ce souci, ces trouvailles, par lesquels l'être humain se retourne sur sa propre existence et son propre langage pour créer des formes où ce qui lui échappe se lie à ce qui lui est le plus proche et se formule à travers lui. Ici, nul absolu qui ne s'entrouvre ou se déclare à même la finitude et qui ne soit lui-même un peu d'éphémère consumé. Nulle oeuvre qui se prétende dépositaire de vérités ultimes, mais telle un essai, une recherche. Ni collection de noms, ni anthologie de "beaux textes", la revue est comme le poème un espace de confrontation et de relation, de tentatives, d'approches, de notes et de fragments. Par" l'accord de la typographie et du dessin ", c'est au dialogue de la main et de l'oeil, comme de poésie et pensée, ou d'une langue avec une 7

autre -par le biais de la traduction-, qu'il est de nouveau fait confiance pour tracer les contours du séjour humain, au lendemain d'une guerre qui l'a dévasté. L'éphémère en effet naquit de questions portant sur ce qu'Yves Bonnefoy avait appelé" l'acte et le lieu de la poésie ". Pour la première fois une revue dite" de poésie" vient ainsi poser radicalement la question de la personne, de "l'autre" -entendu non plus comme destinataire mythique, "frère" ou " peuple" mais comme un semblable. Ni le romantisme ni le surréalisme n'avaient formulé ce souci avec une pareille nudité, au point d'y reconnaître, à l'exemple de Paul Celan, l'axe principal du poème. Tout au plus en avaient-ils fait une question idéologique, comme ils avaient idéalisé ou romantisé à l'extrême la thématique du lieu et de la présence. C'est donc la dimension " dialogique" ou "dialogale" de la poésie qui, pour la première fois en France, devient essentielle dans l'espace de l'Éphémère. La poésie est alors entendue comme une aventure du sens orientée vers un autre et vers un dehors dont il lui importe de tracer la figure vraie. Elle n'est plus centrée sur la vie affective du sujet, la douceur ou le sublime de la nature, les drames de l'histoire, ou même les beautés stupéfiantes ou réfléchies du langage: elle se détermine à présent comme expérience rassemblant dans une perspective nouvelle -existentiellement cruciale- l'ensemble de ces forces ou de ces thèmes. Ceux qui, tels Ponge ou Guillevic, s'étaient montrés, dès avant 1950, soucieux de réaffirmer le rapport de la poésie à " la terre où nous sommes ", avaient sans doute contribué à instaurer un nouveau " réalisme", en rupture avec le surréalisme. Mais il demeurait centré sur l'objet, ou prenait le parti de ''l' objeu " linguistique. Cette fois, c'est à travers la question de son habitation que le poète interroge le langage et le lieu, et qu'il tend à les confondre: tout autant que le paysage, la langue est un espace où l'être humain confronte mesure et démesure. Alain Mascarou retrace ici l'aventure de cette revue, en demeurant fidèle à son éthique. Solidement informé, il fait tout d'abord oeuvre d'historien de la littérature et prend en compte l'ensemble des aspects de cette réalité éditoriale: objet matériel, espace esthétique, ou système plus ou moins élaboré et variable de relations affectives, idéologiques et morales. Mais sa recherche va plus loin: elle accomplit un travail de conservation critique et verse au patrimoine cette collection de "cahiers" où se redéfinit le sens de l'aventure poétique contemporaine. Elle ouvre par ailleurs un large chantier sur les entourages, les croisements, les influences et les débats qui accompagnèrent de 1966 à 1972 8

l'édition de cette revue. Son ouvrage, à son tour, devient ainsi pareil à un " atelier": privilégiant les deux axes de l'art et de la traduction, il c.adastre l'espace ouvert par ces" cahiers", il Y esquisse un portrait du poète en éphémère et en herméneute, solitaire en quête d'une communauté, d'une parole et d'un lieu vrai, et il pose en définitive la question des conditions du maintien de la tâche poétique à l'époque contemporaine.

Jean-Michel Maulpoix

9

AVANT-PROPOS
Au cours des quelques mois qui ont séparé la disparition du Mercure de France de la mort d'Alberto Giacometti, eut lieu la rencontre d'un éditeur d'art et galeriste, Aimé Maeght, d'un animateur des Lettres, Gaëtan Picon, de trois poètes, Yves Bonnefoy, André du Bouchet, Jacques Dupin, d'un prosateur, Louis-René des Forêts. Ainsi fut élaboré le projet de ces cahiers de l'Ephémère qui ne devaient paraître guère plus de cinq ans, de 1967 à 1972. Par la précarité avec laquelle, dès l'abord, l'entreprise eut partie liée, les poètes fondateurs restaient fidèles aux circonstances qui avaient marqué leurs débuts, dans les années 1950: le paysage européen était alors hanté par le ressouvenir de Lazare, comme en témoigneront les statues dans l'atelier de Giacometti, leur regard d'outre-tombe qui est aussi celui de l'effigie en couverture de l'Ephémère. Cinq ans, et la mise au jour, et à l'épreuve, d'une formule de revue unique - même si on peut lui reconnaître de lointains précurseurs (comme Verve ou Mesures), et de plus immédiats et identifiables successeurs (Argile, Clivages, l'Ire des vents) -, qui dut peut-être à ce sentiment des limbes sa faim d'ouverture: sur les modalités pratiques de l'art de l'imprimeur ou du peintre, sur la poésie étrangère, sur les œuvres en cours ou méconnues; expression d'une poésie qui s'avoue solidaire des techniques, de la traduction, de la lecture, quelles que soient ses exigences de pureté. C'est donc à rassembler les traits de cette figure appelée l'Ephémère que nous nous sommes dédié, selon un parcours transposable à des expériences similaires, qui se ménage cependant la possibilité de s'attarder sur telle réalisation singulière; selon un fil narratif aussi, où suivant les aspects envisagés, tel animateur devient protagoniste; avec un souci démonstration enfin. Et ici, avouons-le d'emblée, notre ambition est double: garder en esprit la nature de ces cahiers va de pair avec la volonté de dégager l'Ephémère des a priori qui le réduisent à une vision sacralisante de la poésie. Il

Une pareille recherche, il va sans dire, aurait eu peu de sens sans l'intérêt accordé par les principaux collaborateurs de l'Ephémère, qui ont bien voulu autoriser la publication de lettres échangées autour des cahiers, ainsi que de divers acteurs de l'entreprise, dont l'apport, écrit ou oral, est ici salué. Nous remercions tout particulièrement Yves Bonnefoy, André du Bouchet, Jacques Dupin, Louis-René des Forêts, les ayants-droit de Gaëtan Picon, ainsi que Louis Barnier et Philippe Denis. Notre reconnaissance enfin va à Marie-Claire Dumas, dont nous avons pu apprécier la générosité humaine et intellectuelle.

N.B. Les mentions "lettre" ou "entretien", dans les notes le plus souvent, se réfèrent à des correspondances ou à des propos adressés à l'auteur.

12

INTRODUCTION
quelques cahiers de couleur...

Dans vingt ans, tout le monde le chercheraI. Quelque vingtcinq ans après la cessation de paraître de l'Ephémère, tous les numéros, à l'exception des deux premiers, sont disponibles chez l'éditeur. L'une des plus importantes revues de son temps, selon une histoire littéraire2, et il n'est pas signalé parmi celles que prendrait en compte (...) une modernité sans exclusive: outre Tel
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que pour être accusé d'avoir traduit Celan après sa disparition seulement, et l'avoir trahi et obscurci4. Enfin, dans ses écrits postérieurs, aucun de ses animateurs, sinon Jacques Dupin, dans un texte de circonstance5, ou Yves Bonnefoy, à l'occasion d'une rétrospective6, ne l'a revendiqué (ni n'a renouvelé l'expérience). Pour l'un de ses collaborateurs occasionnels pourtant, c'est l'une des grandes revues de notre époque 7 ; un critique l'invoque comme l'une de ces grandes revues (...) qui instauraient un dialogue exigeant entre le texte et l'image 8 : on a, pour le moins, quelque difficulté à cerner l'Ephémère, sa nature et sa fonction. Sa durée serait-elle en cause? Il avait franchi, avant de mettre fin à sa parution, le cap des cinq ans au-delà desquels une revue n'est plus considérée comme éphémère. Mais s'agit-il bien, d'abord, d'une revue? Roland Barthes9 distinguait deux types de revues: celles qui durent très longtemps et qui deviennent des institutions, et des revues assez ponctuelles, éphémères, fugitives, transitoires, mais qui représentent des moments significatifs de l'histoire, ces dernières étant liées à des groupes, ou mouvements. Ce schéma est repris par Benoît LecoqlO, qui oppose grandes et petites revues: Tandis que les premières ont conscience d'influencer durablement la création littéraire, leur éclectisme garantissant leur longévité, les secondes n'ont souvent d'autre ambition que de diffuser, au moment même de son élaboration, l'idéologie du mouvement qu'elles défendent. De ces deux types (disons: La N.R.F. et Acéphale), le second est antérieur, et a marqué le genre: le prototype en est 13

l'Athenaeum (six numéros, 1798-1800, Iéna), qui inventa un ton, une structure, une politique, une pratique, d'après la présentation de Philippe Lacoue-Labarthe et Jean-Luc Nancy11 : un ton, l'insolence des avant-gardes; une structure, le groupe, lié à un mode d'action, la fraternisation des connaissances et des pratiques, et susceptible d'une conduite dictatoriale.. une politique: annexions, ruptures, brouilles, exclusions, papabilisation ; une pratique théorique et une écriture collective. Tout aussi caractéristique en est le mode de disparition: il se disloque de lui-même. Olivier Barrot et Pascal Ory observent aussi12, à propos de La Revue blanche: il existe (...) une sorte d'énergétique des revues qui veut que, passée une certaine durée, l'esprit fondateur cesse de souffler. (La Revue blanche présente, à l'égal des autres revues symbolistes et post-symbolistes, une variante importante par rapport à l'Athenaeum et à la revue de poésie du premier romantisme: le rassemblement sécessionniste de tous les arts, qui se marque par le rôle croissant, presque égal, de l'illustration par les grands artistes contemporains.)13 Le premier type est donc illustré par la N.R.F., dont l'exemple inspira T.S. Eliot dans la présentation qu'il fit de The New Criterion14. L'objet en est tout différent: c'est la représentativité, celle du développement de la sensibilité la plus exquise et de la pensée la plus claire. Il s'agit pour cela de naviguer entre deux écueils: d'un côté, une équipe trop lâche ou trop restreinte; pour éviter l'hétéroclite comme le messianisme, il faut dégager au départ une tendance, non un programme; de l'autre, une notion de la littérature trop extensive ou trop exclusive, car il n'est pas de littérature pure, c'est une chimère de sensation.. admettez-y un vestige d'idée et elle se transforme déjà. C'est contre d'identiques dangers - le risque anthologique, la sclérose doctrinaire - que cherche à prémunir Marcelin Pleynet15 : selon lui, la direction d'une revue doit être confiée à un groupe de recherche. Car (nous sommes à l'été 1965, à la veille de grandes manœuvres) le péril majeur lui semble être un fixisme théorique, et, plus largement, la mobilisation, offensive ou défensive, de la revue dans une guerre de positions. C'est que le rapport entre littérature et revue aurait évolué, jusqu'à devenir consubstantiel: La littérature contemporaine est une littérature de revue. Ce changement résulte, pour chaque créateur, d'une perception non plus singulière, mais globale, de sa propre contribution, de la reconnaissance d'une relativité des œuvres, solidaires, et non plus désireuses d'autonomie, d'absolutisation. La revue n'en est pas pour autant une œuvre: ce serait décider a priori que l'action de la revue peut avoir trouvé son centre, et 14

qu'elle ne s'en déplacera pas - encore moins un lieu; elle est un chantier ouvert sur d'autres, un en-cours qui mène à l'en-cours, afin d'être ce qui, se faisant, éclaire ce qui se fait. Marcelin Pleynet en vient donc à une sorte de mixage: il y a bien un groupe (donc, selon Gérald Antoinel6, un chef de file, des maîtres et des disciples, et une action datée), mais non une doctrine; un souci prospectif, mais aussi de représentativité. On sait ce qu'il en advint pour Tel Quel. C'est aussi un rôle. de relativisation qu'attribue Maurice Nadeau 17 à la revue. Elle est pour lui l'occasion d'un acte de lucidité, de courage critique, le moyen d'une prise de conscience; d'un débat public entre l'œuvre et les critères que s'est lui même choisis l'écrivain, extériorisés par la ligne de la revue, la mise en gerbe des opinions de ses rédacteurs; d'un rapport exigeant qui confronte le créateur à son projet, le fait lui-même juge de sa création. Ce retour n'esquisse en rien une poétique des sentiers de la création, au sens d'Albert Skira, mais assure une contreexpertise. De la nature et de l'enjeu d'une revue, Anna Boschetti 18 propose une vision autrement décapante, plus proche peut-être du modèle initial. La revue assume, selon elle, une fonction de lutte symbolique et de légitimation. Objet de pouvoir, elle implique une structure de groupe, interactive, constitue un champ de forces parmi d'autres, s'inscrit dans une dynamique des rapports culturels, idéologiques, économiques. L'effet des confrontations internes serait sensible dans la production des auteurs. Surtout, il n'est pas de revue sans un investissement de l'ordre de la croyance, une foi, une conviction, une mobilisation d'énergie seule à même d'expliquer l'adéquation de la spontanéité des choix aux critères intellectuels et artistiques. Que la revue émane d'un groupe doctrinaire ou de recherche, on voit que sa fonction, même si, à l'origine, elle relève d'une configuration idéale (la définition, selon Georges-Gérard Lemaire19, d'un espace imaginaire destiné à devenir tôt ou tard un facteur déterminant dans une nouvelle mythologie intellectuelle), équivaut à une relativisation : soit une autocritique de la création ramenée à son projet (Nadeau), soit la reconnaissance réciproque d'auteurs engagés dans une même entreprise (Eliot, Pleynet), soit un conflit déclaré entre un groupe qui s'assume comme tel et d'autres structures de pouvoir. L'Ephémère a-t-il sa place dans ce champ? Mais au fait, quelle en est la graphie? Le titre, sur la couverture, est en capitales: L'EPHEMERE. Dans les scholies qui, en fin de numéro, apportent parfois des 15

précisions sur les textes précédemment publiés, et réfèrent à des livraisons antérieures, on trouve trois leçons: l'Ephémère (qui isole l'article), L'Ephémère (forme la plus souvent reprise dans le métatexte, où le titre fait corps avec le référent, comme dans La Délirante: chaque mot du titre porte la majuscule), l'Ephémère, comme l'Un, où la majuscule distingue le référent du titre. Si, dans le manuscrit du "prière -d'insérer", de la main de Bonnefoy, l'éphémère désigne la notion, la majuscule seule porte la marque du titre: l'Ephémère, en même temps qu'elle effectue la personnification du concept. On comparera avec des titres d'Yves Bonnefoy: L'Improbable (édition de 1959; devient L'improbable dans l'édition de poche, 1992), Le Temps et l'Intemporel dans la peinture du Quattrocento (Le Mercure de France, n0329, mars 1957). Ce choix met fin à l'hésitation entre le substantif, et l'adjectif, qui soulignerait, lui, un caractère de la parution. Or c'est cette dernière graphie, l'Ephémère, qui est utilisée, invariablement, dans les lettres que nous ont adressées les rédacteurs, c'est celle-ci qui apparaît dans le catalogue de la rétrospective d'Yves Bonnefoy. C'est donc celle que nous utilisons, même dans les citations qui empruntent aux deux variantes. Signalons toutefois que les critiques20 pratiquent aussi l'aphérèse de l'article, et féminisent le nom (par antonomase) : dans la même Ephémère; la revue littéraire Ephémère. Cette leçon accentue l'effacement du titre, qui finit par perdre son absence de marque, devant le référent, lequel varie au gré du lecteur. Une telle diversité dans les scholies est symptômatique en tout cas d'un rapport incertain à la visibilité.

Or l'incertitude est ici .-:-: fondatrice de notre projet:
l'Ephémère, est-ce bien une revue? La difficulté de cerner l'entreprise vient peut-être du fait que la réponse ait semblé évidente, et la question, injustifiée. Le terme de revue, ni d'ailleurs aucun synonyme, n'apparaît dans le "prière d'insérer". D'emblée, pourtant, l'Ephémère est classé, catégorisé par la critique, et, du même coup, assimilé à un groupe: L'Ephémère est la revue d'un groupe, c'est-à-dire qu'elle veut être un apport original au mouvement contemporain des lettres et des arts21. C'est moins le souci de représentativité que de présence sur la scène intellectuelle qui l'emporte ici, et réactive la connotation théâtrale du terme. Un tel a priori s'explique sans doute par la figure, parmi les fondateurs, de Gaëtan Picon, auréolé de son passage au Mercure de France, et la complémentarité de ses associés: pour simplifier à l'extrême, Yves Bonnefoy le poéticien, Jacques Dupin le plasticien, Louis-René des Forêts le lecteur, André du Bouchet le traducteur - et l'animateur, Gaëtan Picon. 16

Rien n'est moins certain cependant qu'au départ il en ait été ainsi, ni que le dessein fût affirmé. Lorsque Gaëtan Picon déclare, selon un envoyé du Monde:. Nous donnons nos textes, et les textes rares avec lesquels nous nous sentons une complicité22, il rejoint, aù niveau de l'intention du moins, les propos liminaires de l'Athenaeum 23: Nous ne sommes pas simplement les directeurs, mais les auteurs de cette revue (.. .). Nous n'acceptons des contributions étrangères que lorsque nous croyons pouvoir les assumer comme les nôtres. Lorsque, la semaine suivante24, les rédacteurs de l'Ephémère reviennent sur les propos ainsi prêtés à Gaëtan Picon, l'usage qui est fait du "prière d'insérer", considéré seulement selon Yves Bonnefoy25 comme une simple note de présentation, institue bien ce texte en déclaration d'intention, dans une légitimation réciproque du "prière d'insérer" et de la revue, et un recentrement sur le "tout-poétique", la tendance, pour citer T.S. Eliot. Et il est de fait que l'usage que la presse26 fera de cette note lui confèrera le statut d'un manifeste. Aussi est-ce tout naturellement qu'un rôle de prospection est dévolu à l'Ephémère par la critique: [la revue] paraît devoir assumer une partie de la tâche que s'était assignée le Mercure de France, particulièrement en ce qui concerne les recherches de la poésie nouvelle et la révélation de nouveaux poètes27. Un groupe de recherche? L'appréciation corroborerait les propos de Marcelin Pleynet. L'Ephémère venu à point nommé combler les vœux d'un citoyen de Tel Quel? Or, s'il faut attribuer à la personnalité et aux antécédents de Gaëtan Picon l'investiture accordée ainsi à l'Ephémère, sans plus ample examen, c'est aux dépens de ce dernier que certains des rédacteurs pratiqueront, de fait, la politique de revue inaugurée par l'Athenaeum, avec, en forçant ici encore le trait, brouille, démission (celle du pseudodirecteur), renversement d'alliances (Des Forêts, ami de Bonnefoy et néanmoins à l'origine du départ de Picon), refroidissement (entre Du Bouchet et Bonnefoy, alors que ce dernier s'est toujours déclaré étranger à de tels comportements: sa préoccupation poétique [étant] peu encline à se prêter à des activités de groupe)28. Effectivement, le numéro 6, de l'été 1968, répond pleinement à la définition préalable de René Lacôte, par sa volonté d'insertion dans le mouvement contemporain, et il est, dans cette mesure, un numéro de revue -le dernier, sinon le seul, de l'Ephémère en tant que tel? Mais était-ce de cela qu'il était question dans le "prière d'insérer" ? 17

Le but de l'Ephémère, y écrivait en effet Yves Bonnefoy, c'est de créer un lieu où ce souci de la vraie fin poétique, d'être le seul accepté, pourrait se retrouver plus intense. Vingt-cinq ans après, étonnamment fidèle à son désir (on le constate, la réalisation en fut effective tout au plus quelques mois, de l'automne 1966 au printemps 1968), il reprend, et valide, les mêmes termes29 : l'Ephémère fut pour Y.B. pendant plusieurs années le lieu dont il avait espéré l'apparition. Il était là dans la compagnie d'êtres qu'il estimait profondément et avec lesquels il pouvait parler à demi-mots (H') Quelques pages plus haut, sur l'Ephémère toujours: un lieu de réflexions et de décisions partagées. Et c'est sans doute cette constance, dans son écart avec ce que fut l'Ephémère, qui authentifie le mythe du lieu. Il renvoie certes à une thématique particulière à l'œuvre du poète, et Dans le leurre du seuil lui donnera une résonance nouvelle: les circonstances dont s'inspire ce recueil marquent pour Yves Bonnefoy le moment de l'Ephémère, à savoir l'invention d'une terre bien réelle, la découverte du site de Valsaintes, où seront aussi écrites les pages de la revue consacrées à Giacometti. Appliqué à l'Ephémère, le terme n'a un tel écho que parce qu'il peut évoquer pour Bonnefoy la recherche très consciente et obstinée d'une communauté, régie par des affinités électives. De cette hantise on pourrait trouver la trace dans l'essai sur Elsheimer30 conclu sur Holderlin, après l'évocation de tels peintres de Rome, société d'irréguliers, d'''insouGÎeux'', et dès le titre: Elsheimer et les siens. Le rêve est séduisant certes, la métaphore du lieu est reformulée, de façon insistante, au sujet des revues dans la lignée de l'Ephémère, et d'abord d'Argile: J'ai voulu, écrit Claude Esteban31, que dans l'espace ouvert de ces cahiers prenne assise une sorte de lieu commun - entendons-le au sens le plus grave

du terme - où les barrières s'abolissent

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dans la distance

réaffirmée des écritures, dans l'espoir, aussi bien, de leur conjonction. L'image renvoie ici à une manifestation plus indirecte, élaborée, où l'effet de lieu résulte des choix d'un unique maître d'œuvre. La métaphore se retrouve, à propos de L'Ire des vents, chez Yves Peyré, qui souhaitait voir se mêler en un même lieu plusieurs écritures32, et dont la revue amène à préciser d'autres connotations, ainsi: animer la revue avait sans doute correspondu à une forme d'initiation33 ou encore: un espace de création perpétuelle (...) qui nous initia à entrer profondément dans certaines œuvres34. "Lieu" suggère donc élection, dilection, aire sacrée, templum, utopie. Et c'est bien en ce sens que Pierre Chappuis35 orientait l'Ephémère : une quête - non pas recherche - essentialiste, dirait-on un peu simplement, après avoir présenté 18

l'ensemble des huit premiers numéros en des termes qui rejoignent l'expression du projet de Claude Esteban: numéros composés avec une cohérence et un soin extrêmes (...) conjonction entre la poésie et l'art, entre le passé et le présent, le domaine français et le domaine étranger. "Quête", non pas "recherche": la nuance témoigne de l'action du mythe, et l'assimilation de l'entreprise à un itinéraire spirituel n'a plus guère à voir avec le rôle séculier assigné par Marcelin Pleynet. Toujours est-il que le jeu des dédicaces, dans l'Ephémère et dans les recueils qui en sont dérivés, établit une sorte de cercle des admirations. De Philippe Denis et d'Alain Suied à André du Bouchet, de Charles Racine et d'Alain Delahaye à Giacometti, d'Alain Veinstein à Yves Bonnefoy, d'Alain Suied à Philippe Denis36 : la pratique de ces hommages à un disparu, à des aînés, voire à un proche, cette mise en constellation des noms, effectue une toponymie amicale, dresse la carte d'une contrée peu frayée. Il n'empêche qu'avec le lieu, nous sommes dans l'ordre de la projection, du désir, dans un discours dont le décalage est sensible par rapport au suivi (et au non-suivi) des numéros de l'Ephémère. Mais quelles orientations dégager d'un premier parcours de ces dix-neuf livraisons, soit 2258 pages? 1/5 (476 pages) revient au comité de rédaction, avec un nombre d'entrées très variable: Du Bouchet, 13; Bonnefoy, 11 ; Dupin, 9; Picon et Leiris, 5 chacun; Des Forêts, 1 - sans compter les traductions de Celan (88 pages, dont 30 en version originale, 8 entrées). La présence des rédacteurs est certes massive, mais non pas exclusive (c'est le cas seulement du premier numéro, qui réunit membres présents et futurs du comité). Quant à l'ouverture vers les recherches de la poésie nouvelle et la révélation de nouveaux poètes, elle est significative (1/8, 294 pages, 15 auteurs, 36 entrées), sans être ostensible, et témoigne d'une certaine continuité dans les choix: si 6 de ces auteurs ne sont publiés qu'une fois, 1 l'est 5 fois (Pascal Quignard), 2 le sont 4 fois (Bernard Collin, Alain Veinstein), 3 le sont 3 fois (Daniel Blanchard, Philippe Denis, Alain Suied), 2 le sont 2 fois (Jean Daive, Charles Racine). Par ailleurs, autre facteur d'unité, la plupart de ces choix revient, en premier lieu, à André du Bouchet (Daniel Blanchard, Jean-Pierre Burgart, Bernard Collin, Jean Daive, Philippe Denis, Marc Smolartz, Anne de Staël, Alain Suied). Mais cette présence est largement contrebalancée par celle d'écrivains aînés et contemporains du comité de rédaction, dont certains font plutôt figure de cautions symboliques (l'influence de Du Bouchet y est encore sensible) : René Char, Francis Ponge, Henri Michaux, Samuel Beckett, André Frénaud, Jean Tortel, Philippe Jaccottet, Claude Esteban, Pierre Tal-Coat, Christian Dotremont, Pierre Klossowski, Maurice 19

Blanchot: 224 pages, auxquelles s'ajoutent des inédits d'Artaud, Bataille, Laure, De Staël, Giacometti, soit 190 pages (Artaud et Bataille sont, en apparence, plus significatifs du contexte idéologique et éditorial de l'époque que de l'Ephémère). Le secteur extra-poétique, de la présence salubre duquel T.S. Eliot faisait dépendre la vitalité de toute revue, est. bien moindre (122 pages, 10 auteurs, 12 entrées), et encore marqué par la littérature (Marthe Robert, Denis Hollier, Jean-Claude Schneider, Jean-Noël Vuarnet, Jean Starobinski), avec toutefois une brèche philosophique (Françoise Collin, et surtout Emmanuel Levinas), et une plus large ouverture sur une ethnologie qui a pris ses distances avec celle de Lévi-Strauss: 5 entrées sur 12. S'il s'agit de témoigner, ou d'influer sur la création contemporaine, on est loin de la présentation initiale de René Lacôte - à moins que cette action ne se soit voulue plus indirecte et distancée. Il est possible, sans tenir compte des critères relatifs à la revue littéraire, de délimiter de plus grands ensembles, avec quelques recoupements. Et d'abord les littératures étrangères: 738 pages (dont 97 en langue originale), 37 auteurs traduits (et 2 textes anonymes), une vingtaine de manuscrits fac-similés (Holderlin, Hopkins. ..) : soit près du tiers du volume total, et une proportion considérable de carnets, correspondances, voire articles de journaux (268 pages). Un autre regroupement est possible autour des écrivains-dessinateurs (et inversement) - c'est le cas d'un sur trois des artistes reproduits dans l'Ephémère: Dürer, Cozens, Blake, Hopkins, Artaud, De Staël, Giacometti, TaI Coat, Michaux, Dotremont : 453 pages, dont 261 de textes. Si l'on ajoute 205 pages d'illustrations empruntées à d'autres artistes, et 282 pages d'écrits sur l'art, on totalise 940 pages. Ce second ensemble en recoupe un autre, majeur: celui de la poésie (734 pages, dont le tiers de poésie étrangère) et de la poétique (247 pages) : les troisquarts de la revue (1854 pages) relèvent ainsi de la poésie et de l'art, avec une prédilection pour les témoignages directs d'artistes (Cozens, Blake, Artaud, Giacometti) et les regards croisés des peintres et des poètes: Kleist, Von Arnim, Brentano (et Friedrich), Baudelaire (et Rubens, et Ingres), Hofmannsthal (et Van Gogh), Rilke (et Cézanne), convergences à l'origine des quelques rares ensembles constitués par les rédacteurs eux-mêmes, dans les premiers numéros: I (sur Giacometti), 2 et 4 (sur Seghers), 5 (sur Morandi). Or cet agencement est étranger à la dynamique d'une revue, telle que nous avons pu en dégager les éléments. Cette singularité de l'Ephémère n'a pas échappé à certains critiques. Ainsi de Jean Frémon37 : Le but, la raison d'être d'une revue qui ne serait ni organe d'un mouvement (...) ni banc d'essai pour jeunes auteurs 20

(...) est simplement de cristalliser une attitude commune à certains auteurs. Il désigne l'Ephémère comme une revue (...) en marge de la poésie de recherche. C'est une définition bien sûr restrictive, qui situe la publication à la confluence avérée d'œuvres déjà engagées, reconnues (mais n'est-ce pas une vue prématurée, qui méconnaît la ductilité d'un médiat dont le numéro 6 postérieur à l'article de Jean Frémon - va se prêter à un usage plus offensif, et révéler des enjeux peut-être insoupçonnés des rédacteurs ?). Dans le même sens, plus perspicace encore, et au même moment, Yves Florenne38, l'ancien chroniqueur de spectacles du Mercure de France, décelait une mutation plus profonde: Cependant que disparaissent d'illustres revues littéraires et que d'autres sont menacées, on assiste à l'apparition de cahiers, le plus souvent trimestriels, qui, si différents qu'ils soient, n'existent visiblement que pour apporter des textes et montrent dans leur forme, leur aspect, leur matière, une exigence de qualité, de dignité, de durée fort étrangère à la masse du papier imprimé. Le jugement est prémonitoire, si l'on se réfère au nOll, de l'automne 1969, où la mention comité de rédaction est remplacée par Textes réunis par (...) ; il prend simplement au mot le sous-titre Cahiers trimestriels de littérature qui figure sur les prospectus de lancement (Argile mentionnera: Cahiers trimestriels de poésie). Or le terme paraît bien s'appliquer, plus exactement en tout cas que "revue" (auquel il nous arrivera de recourir, par commodité), à l'Ephémère - même si les deux sont employés dans l'énoncé d'autodissolution: La rédaction de l'Ephémère, mettant fin à la parution de la revue, remercie la Fondation Maeght qui a rendu possible la parution de ces cahiers39.

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Ces cahiers...Quelques cahiers de couleu,4o... Plus, ou moins qu'une revue? Mais s'agissait-il de "faire revue" ? Le "prière d'insérer" même se refusait à passer pour une "déclaration". Dans un sens négatif, sinon régressif, on noterait: l'absence justement de "manifeste", synonyme d'un relatif retrait par rapport à la scène intellectuelle, voire d'une vie quasi cryptique, pour reprendre les termes d'Yves Florenne dans l'article précité; une parution plus ou moins régulière: l'emploi du mot Cahiers plutôt que celui de revue.. en rapport avec une périodicité plus "élastique". Les numéros ne paraissent que lorsque sont rassemblés des textes que le comité a pu reteni,41. "Cahiers" signifie, si l'on s'en rapporte à une définition42 très proche de son exemple, les Cahiers de la Quinzaine: publication périodique rédigée par un groupe d'intellectuels qui exposent leurs vues particulières sur tel ou tel sujet. Et c'est le sens de la 21