Les Cahiers du grenier

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"J'ai pillé les greniers de notre Mémoire. J'ai accumulé les cahiers des humbles et, avec modestie et prudence, je vous en livre quelques-uns avec l'espoir que leur lecture vous mettra en nostalgie de l'humanité un peu rude des gens de la terre et du merveilleux des contes et légendes des veillées d'autrefois. Ecrire sur la Mémoire, c'est demander pardon à toutes celles et à tous ceux qui ont voulu pour nous une vie à hauteur de cœur, rêvé d'un monde qui ne serait ni vide ni absurde et espéré que l'âme populaire ne serait jamais une âme morte."
Publié le : vendredi 1 octobre 2004
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EAN13 : 9782296372887
Nombre de pages : 102
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LES CAHIERS DU GRENIER
(La Mémoire des humbles)

Ecritures Collection dirigée par Maguy Albet
Déjà parus Olivier FRIGGIERI, A Malte, histoires du crépuscule, 2004. John EPPEL, L'homme-girafe, 2004. Alain BLASI, Les couches profondes, 2004. Serge HOLDÉRIC, Je marche dans mon livre, 2004. Andrée MONTERO, Trois visages defemme, 2004. Geneviève BONNEMAN BÉMIA, L'ombre des songes et l'éclat des jours, 2004. Pierre FRÉHA, La diva des ménages, 2004. André VARENNE, Le parc à lièvres et autres nouvelles, 2004. François-G. BUSSAC, Plus jamais là, 2004. Lionel-Edouard MARTIN, Chronique des mues, 2004. Myriam DONZELOT, La Métamorphose de l'Axolotl, 2004. Joseph POLI, Mirka, 2004. Anna Luisa PIGNATELLI, Un fief toscan, 2004. Jacques HURÉ, L'incendie de l'hôpital, journal 2000-2002, 2004. Derri BERKANI , Le tournesol fou. La bleuite, 2004. BUISSON Jacques, Brocanteur de l'oubli. A la femme dévoilée...,2004 BRADY Patrick, Guruwari, un rêve de l'Australie profonde, 2004. DELLISSE Luc, Lafuite de l'Eden, 2004. DURIN Jean, Le grand esprit vert, 2004. LAPRIE Gérard, Le grand passé, 2004. JEAN JEAN Anne-Marie, SUN Shanshan, L'os et l'esclave, 2004. DUMONT Pierre, L'absence, 2004. MOUNIC Anne, L'autre et le furet du bois joli, 2004. OLINDa-WEBER Silvana, Le détroit de Messine, 2004. COHEN Daniel, D 'humaines conciliations, 2004. GARCES Maria deI Carmen, Regarde-moi dans les yeux, 2004. BRAMI Daniel, Feu ma haine, 2004. ZEBOUCHI Zine-Eddine, À moins que, 2004. MÜNCH Anne V., Diagonale de l'exil, 2003. COPETTE Véronique, Fil de mer, 2003.

Robert Poudérou

LES CAHIERS DU

GRENIER
(La Mémoire des humbles)

L'Harmattan

@ L'Harmattan,

2004

5-7, rue de l'École-Polytechnique 75005 Paris - France L'Harmattan, Italia s.r.l. Via Degli Artisti 15 10124 Torino L'Harmattan Hongrie Konyvesbolt Kossuth L. u. 14-16 1053 Budapest ISBN: 2-7475-7079-7 EAN : 9782747570794

DU MÊME AUTEUR

À l'AVANT -SCÈNE:
La petite mécanique (nO 661- épuisé) ; Pendant que vous dormiez (n0812) ; La terre est à nous (nO854) ; Le nègre qui riait et qui dansait suivie de Sa supériorité le Comte Quatre-As (n0854) ,. Les Princes de l'ailleurs suivie de Parce que c'était lui, parce que c'était moi (nO909) ; La balade de Balu (nO934),. Les oiseaux d'avant (nO 983); Aurélien et Aurélia (nO 1000).

Aux Éditions des QUATRE-VENTS: Le plaisir de l'amour Éditions CRATER: Le motard suivide Le pool en eau ACTES-SUD: Alter Ego dans Brèves d'auteurs

Éditions de l'ÉCHIQUIER:
La petite mécanique (Nouvelle version) suivie de Tu entends la mer? et de La Damme au foyer (version en un acte)

Éditions

SaLIN:

Un pavé dans les nuages suivie de La Brise-l'Âme (épuisé)

Éditions ARTS et TRADITIONS DORE :
Sur les pas de Toinette (Scénovision)

du MONT-

Éditions ART et COMÉDIE:
Les Tétonnières du Paradis; Madeleine et les vieux enfants et klignon, mignonne, allons voir si la chose; Mister Contrat et Écoute, c'est la vie; La Damme au foyer (version longue) ; Le fou du clown.

Éditions L'HARMATIAN des Cinq Continents) :

(Collection:

Théâtre

Le jour du Diable; j'ai l'honneur...; La Tranchée; Le ciel dans les bras; Un pavé dans les nuages.

J'ai pillé les greniers de notre Mémoire. J'ai accumulé les cahiers des humbles et, avec modestie et prudence, je vous en livre quelques uns avec l'espoir que leur lecture vous mettra en nostalgie de l'humanité un peu rude des gens de la terre et du merveilleux des contes et légendes des veillées d'autrefois. Je sais d'où je viens. Je ne sais pas toujours où je suis. Et comme vous, sans doute, je ne sais pas où nous allons. Nos anciens, partis en éternité, savaient d'où ils venaient: d'un passé où la terre était dure aux hommes. Ils savaient où ils étaient: dans des époques où, avec humilité et conviction à la fois, ils se battaient pour une terre plus douce, espérant que leurs enfants, un jour, l'apprivoiseraient pleinement. Or, les enfants ont oublié cela. Écrire sur la Mémoire, c'est protester contre cette amnésie, demander pardon à toutes celles et à tous ceux qui ont voulu pour nous une vie à hauteur de cœur, rêvé d'un monde qui ne serait ni vide ni absurde et espéré que l'âme populaire ne serait jamais une âme morte. R. P.

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SOMMAIRE

Marie-la-noire L'auberge L'astronome des brigands de sa vie

p 11 p 19 p25 p33 p39 p45 p53 p61 p73 p89

La vallée du Tout en haut Les Guénolins Marie

- Égyptienne

La badine du Père Legrand La guerre des puits Sur les pas de Toinette La grange de Julien (Carnet d'un retour au pays)

MARIE-LA-NOIRE

Sachez toutes et tous, en lisant ces pages grises, que mon récit est celui d'une femme qui, à l'âge de soixante cinq ans, a encore sa tête bien plantée sur le terrain de la raison. D'ailleurs, ouvrant mon cahier consacré à ma sœur aînée, Marie, vous pourrez constater que, du début à la fin, mon écriture est sans brisures, avec des lettres fermes et bien formées. Ce matin, quand, à la lueur du jour, je pose les premiers mots de mon récit, nous sommes le premier novembre 1890. Avec l'histoire de ma sœur victime du démon, je vous fais sauter à reculons dans le temps. Il Y a quelques décennies, dans notre vallée, dans notre village coupé en deux par une rivière, un fléau mystérieux a déréglé grandement les têtes d'une quarantaine de jeunes femmes et donné le branle de la confusion et de la peur à quasiment toutes les autres. Ces femmes, on les a dites: « possédées ». Ma sœur Marie était du nombre. À l'origine de ce fléau, il y a un curé, l'abbé Pleutard. Un familier de notre foyer qui, une fois l'an, nous jouait avec éclat la cérémonie de la bénédiction de nos foyers et des récoltes engrangées. Ce jour-là, parti à mi-pente de la montagne, accompagné par les enfants que leur innocence avait gagné à Dieu, et flanqué de toutes les chaisières qui se divertissaient à venir journellement distiller leurs médisances à son guichet, l'abbé Pleutard descendait à pas lents vers le village et donnait son « la» éraillé aux cantiques repris par un chœur perturbé de

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fausses notes où les voix vinaigrées des chaisières étouffaient souvent les voix de miel des enfants. Au premier chant sacré parvenant à nos oreilles, Marie avait les yeux qui brillaient ardemment, signe de son cœur déjà en voie de déraison. Très tôt le matin, elle avait aidé père et mère à allumer le falot de la grange, la chandelle de la chandeleur... Soumise à mon devoir d'obéissance, j'avais avec ma sœur disposé sur notre grande table de ferme deux bols (dans l'un, de l'eau; dans l'autre, du sel) et deux branches de campanules... J'ai gardé une image sombre de ce jour-là. Je revois - et ma mémoire grince - le curé Pleutard, ses yeux secs, la peau grise de sa figure et de ses mains. Il a revêtu étole et surplis... Il saisit la branche de campanule... Marie, la première, tombe à genoux devant lui. Pleutard nous fait, nous aussi, nous incliner. La branche de campanule en guise de goupillon, Pleutard asperge la salle commune, nous bénit en prenant un air de gravité composée. J'observe Marie: elle est comme dans les transes d'un étrange désir d'illumination, comme prête à se rouler aux pieds du bénisseur en qui elle semble voir le portier du ciel. Dieu, s'il a l'œil sur moi à cet instant, sait que je n'aime pas ce curé qui fascine Marie et qui plie les miens en deux sous son regard d'arrogante piété. La bénédiction achevée, ma mère et ma sœur glissent dans le havresac de Pleutard, beurre et fromage en paiement de la bénédiction. Et voici que l'homme noir - «le corbeau» comme l'appelle un jeune voisin jugé par tous insolent - veut, avant de se retirer, porter sa main à mon front pour, d'un doigt, y

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