les chroniques de carack

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Je suis Carack, conteur et narrateur de cette formidable épopée qui se déroule quelques années avant ma naissance et qui m'a été rapporté par mon très vieil ami : Atalant d'Alcion. D'ailleurs tout commence avec lui et son ami Xanthus dans la plus prestigieuse école de magie et de sorcellerie : Gemelline. Il y aura un combat tragique qui conduira Atalant sur des chemins hasardeux remplis d'aventures. Il rencontrera à chacune d'elles de nouveaux compagnons qui uniront leur force pour venir à bout de mille dangers, sur les terres comme sur les mers, ils iront même jusqu'à affronter les enfers sur le sommet de l'Evalaya. Puis le sort, masqué par un visage familier les conduira sur les terres de la fabuleuse Atlantis , Ils scelleront à jamais leur destiné et celui de toute la planète..
Publié le : vendredi 17 juin 2011
Lecture(s) : 168
EAN13 : 9782304014068
Nombre de pages : 523
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2 Titre
Les chroniques de carack

3Titre
Daniel Jerez
Les chroniques de carack
La guerre des dieux
Roman fantaisy
5Éditions Le Manuscrit























© Éditions Le Manuscrit 2008
www.manuscrit.com

ISBN : 978-2-304-01406-8 (livre imprimé)
ISBN 13 : 9782304014068 (livre imprimé)
ISBN : 978-2-304-01407-5 (livre numérique)
ISBN 13 : 9782304014075 (livre numérique)

6 .
8
NOTE D’AUTEUR
J’ai fait un rêve, le rêve d’un monde où jamais plus le
sang ne coulerait, un monde bâtit à travers les yeux des
enfants.
Je ne puis déterminer à quel moment l’homme a
commencé à s’égarer, est-ce le propre de son être ? Ou
peut-être sa croyance envers quelqu’un qui aurait la
capacité à pardonner ses fautes ? Je ne pourrais l’affirmer.
J’ai pourtant rêvé d’un monde où tout homme, quelle
que soit sa couleur ou sa foi pouvait être libre ; pas
seulement par la pensée mais aussi dans le cœur. Malgré
cela je me suis éveillé face à ce monde où l’homme avait
perdu l’esprit créant le désordre, là où l’ordre était établi.
Comment était-ce possible ? Par quel moyen en
étionsnous arrivés à cette conclusion ? Mettre autant de force
dans nos prières pour ne plus entendre les pleure de nos
enfants.
Qui a-t-il de si bon dans ce chaos que nous cherchons
à préserver ? Nombre d’hommes se sont élevés pourtant
face aux dirigeants de ce chaos, donnant toutes leurs
forces jusqu’à en perdre la vie pour garantir cet idéal, certes,
enfantin toutefois si magnifique.
9 Les chroniques de Carack
J’écris ce livre en l’honneur de tous ceux qui se sont
battus et qui se battent encore pour cette idylle, hurlant
ma colère et mon désespoir. Je ne suis qu’un simple petit
homme au cœur battant la mélodie de l’espérance et de
l’amour depuis le jour où j’ai assisté à la naissance de
mes enfants, croisant leurs regards emplis d’innocence et
de vie.
Alors je me suis pris à croire à ce rêve m’inspirant à
partager cette formidable explosion de sentiments au
monde entier. Ma force est celle des mots, non pas des
armes, préférant la rose à l’épée.
Ce livre est l’histoire de toute une vie, raconté à ma
manière et dédié à l’essentiel de mon existence : ma
femme et mes deux filles.
« Je n’ai ni argent, ni pouvoir mais à toutes les trois
je vous offre ce qui à mes yeux est le plus précieux : le
cœur d’un homme.
Je terminerai cette note en vous disant combien je vous
aime et combien il est important de croire.
À ma déesse qui emplit mon cœur chaque jour et à
mes deux rayons de soleil qui illuminent la voie de ma
destinée.
Je vous aime. »

Carack conteur et narrateur de cette fabuleuse épopée.
10
LIVRE 1 : DESTINS SCELLÉS
11
GEMELLINE : L’ÉCOLE DE MAGIE ET DE
SORCELLERIE
Archipel des mages, An 50 avant Shadkil.
– Veuillez faire silence ou je vous transforme
en crapaud pour le restant de vos jours, hurla la
vieille Izar en tapant avec acharnement le sol de
son bâton de druide.
Izar était le professeur en drogues et plantes
à l’école de magie et sorcellerie de Gemelline.
Petite et boulotte, le visage tanné et ridé au teint
mat enveloppé d’une masse hirsute de cheveux
gris descendant en bataille jusqu’au sol. Ce
professeur d’origine Hagar : peuple des herboristes,
connaissait mieux que quiconque les différentes
façons de préparer des décoctions aussi bien
pour la magie blanche que pour la magie noire.
Sa classe se composait d’une quinzaine de
jeunes élèves turbulents, qui ne s’intéressaient
que très peu à la préparation de potions et
remèdes. Sauf un jeune homme au caractère
sérieux, premier de classe, ayant comme
ambition : devenir le plus grand magicien de tous les
temps. Malheureusement pour lui son meilleur
13 Les chroniques de Carack
ami n’était autre que le plus médiocre élève de
toute l’école, impétueux et insolent il était
toujours près au pire. Mais de par son caractère
celui-ci était passé maître dans la magie noire et
n’hésitait pas à s’en servir malgré les
recommandations de ses professeurs.
– Atalant… Atalant… Chuchota ce dernier
en direction de son ami.
– Que veux-tu encore Xanthus ! Ne vois-tu
pas que je suis en train d’étudier. Répondit
Atalant avec insistance.
– C’est de la perte de temps, la magie
blanche ne t’apportera rien de bon, les potions c’est
pour les filles, regardes ce dont je suis capable.
– Non ! Xanthus… Tu ne vas pas encore
semer la zizanie.
Mais il était déjà trop tard, Xanthus pointa un
doigt en direction du professeur Izar en
murmurant « Calvitie Medusa ». Aussitôt ses
cheveux s’animèrent d’une danse frénétique et
commencèrent à enlacer la vieille Izar qui se mit
à hurler de terreur sous l’effet de ce sortilège
maléfique. Tout le monde ricana et se moqua de
l’enseignante qui se débattait tant bien que mal
contre l’emprise de sa chevelure devenue
démente. Atalant sourit et contrecarra le sort de
Xanthus en prononçant un contre sortilège,
immédiatement le professeur fut libre, mais
resta allongé un instant pour reprendre ses esprits.
– Un jour je te montrerai l’étendu de mon
pouvoir et là tu ne pourras plus t’opposer à
14 Gemelline : L’école de magie et de sorcellerie
moi. Grogna Xanthus légèrement offusqué par
l’action de son camarade.
– Ne sois pas si stupide, tu sais bien que je
serais toujours le meilleur.
Mais leur discussion tourna court lorsque le
professeur Palamentir directeur de
l’établissement entra dans la classe. Il était grand
et sec amplifié par une longue chevelure
grisonnante, soignée et attachée par un nœud en
satin noir. Il était respecté de ses élèves,
d’ailleurs lors de son intrusion plus aucun bruit
ne se fit entendre, tous se rassirent bien droit
devant leur pupitre.
– Que faites-vous ainsi Madame Izar, ne
devriez-vous pas enseigner l’art des plantes à nos
jeunes têtes pensantes plutôt que de faire une
sieste ! Articula-t-il avec une certaine marque de
noblesse.
– Comment voulez-vous enseigner quelque
chose à ses garnements, un jour ils auront ma
peau !
La voix de la vieille Izar se faisait tremblante
et essoufflée sous le coup de la sorcellerie de
Xanthus.
– Voyons Madame Izar, il ne peut rien vous
arriver, voyez comme ils sont sages. Dit-il en
balayant l’air d’un revers de main.
– Je voudrais vous y voir ! Maugréa-t-elle en
se débattant pour se remettre debout.
– Bref… je ne suis pas venu ici pour cela…
(Il se tourna en direction des élèves laissant
15 Les chroniques de Carack
Madame Izar continuer à se secouer tel un
asticot pour se remettre sur ses pieds.) Mes chers
enfants, vous voilà à présent à la dernière année
de votre enseignement, il est de coutume que
ceux qui se sentent prêts à devenir des
magiciens ou des sorciers indépendants devront
passer l’épreuve finale de leur apprentissage ; ce qui
leur permettra de gagner leur bâton en bois d’If
signe incontestable de leur pouvoir.
Un long silence suivit les paroles du
directeur, tous le regardèrent les yeux exorbités ne
sachant que trop répondre. Palamentir ravisa
ses lunettes qu’il portait toujours sur le bout de
son nez, rajusta sa voix d’un léger toussotement
puis reprit ses explications.
– Je ne vous cacherai rien, les épreuves sont
extrêmement dangereuses et il arrive parfois
que certains d’entre vous ne reviennent jamais,
mais pour être un bon maître de magie il faut
savoir prendre des risques. Les épreuves seront
au nombre de cinq, chacune déterminant votre
niveau dans les disciplines suivantes : le
domptage des animaux étranges, la maîtrise des
plantes et remèdes, les écritures mystiques,
télékinésie et téléportation et pour finir… : le terrible
combat des sorciers. Chaque sorcier devra tirer
au sort le nom de l’adversaire avec lequel, il
devra combattre. Tout échec du participant dans
l’une des disciplines citées sera
irrémédiablement recalé !
16 Gemelline : L’école de magie et de sorcellerie
Les yeux de Xanthus s’illuminèrent pendant
que ceux de ses camarades se ternirent de peur.
– Génial ! Enfin je vais pouvoir m’en aller de
cette école maudite.
Xanthus ne pouvait plus tenir en place, la
simple pensée de pouvoir posséder son propre
bâton de sorcier électrisait sa peau d’une
plénitude de frissons.
– Mes enfants ! Reprit Palamentir. Je vous
souhaite bonne chance et vous donne
rendezvous demain pour votre ultime examen, vous
pouvez dès à présent quitter les cours pour
rejoindre vos chambres respectives. Je vous
conseille d’user d’une bonne nuit de sommeil
car demain vous aurez besoin de toutes vos
forces.
Sur ces derniers mots il quitta
précipitamment la classe sans croiser le regard des élèves
(qui restèrent un instant pétrifié devant leur
pupitre), seul Xanthus hurlait et courait en tout
sens malgré la colère de la vieille Izar.
Atalant repensa à son arrivée à Gemelline : il
était orphelin de père et de mère inconnue, un
vieil homme l’avait trouvé au pied d’un arbre
dans la forêt des soupirs en Atlantide. Mais le
vieillard était pauvre et l’emmena aussitôt à
l’archipel des mages car, à cette époque
quiconque emmenait un enfant orphelin recevait
une prime rondelette.
Atalant fut alors confié aux mains des mages
de l’école de Gemelline et il étudia avec ferveur
17 Les chroniques de Carack
pendant de nombreuses années. Il ne connut
que cette école fermée par ses hautes murailles
et ses gardiens griffons à la férocité sans pareil,
personne ne lui confia le nom de ce vieil
homme, ni ne chercha pas à connaître ses
origines. Même lorsqu’il fût en âge de le savoir !
D’ailleurs à chaque fois qu’il cherchait à en
apprendre un peu plus, le regard des mages
s’assombrissait soudainement et ils se
détournaient tout bonnement de lui sans lui porter
réponses.
Au fil des années Atalant apprit à se taire
malgré son envie dévorante de se découvrir ;
puis il rencontra Xanthus qui avait connu la
même destinée que lui. C’est ainsi qu’une réelle
amitié se forgea entre eux…
– Je n’y crois pas, demain nous serons libres
et toi, tu repenses à ton arrivée dans cette
horrible école. Scanda Xanthus qui venait d’user
d’un sort de lecture de pensées à livre ouvert.
– Je n’ai connu que cette école comment
veux-tu que je pense à autre chose.
– Pense à toutes nos aventures que nous
avons menées en secret dans cette maudite
école, je trouve ceci plutôt rigolo.
Atalant sourit,
– Tu as raison, dire que tout ceci n’existera
bientôt plus.
– Ne racontes pas de bêtises nous vivrons
encore bien d’autres aventures mais cette fois
en dehors de Gemelline, sur des terres libres
18 Gemelline : L’école de magie et de sorcellerie
parfois jamais foulées par le pied humain. Mais
dépêchons-nous de regagner nos chambres car
demain est un grand jour et j’ai hâte d’y être.
– Allons-y, prenons par le passage secret,
nous arriverons avant tout le monde.
Atalant et Xanthus connaissaient les
moindres recoins de l’école malgré ses nombreux
dédales et passages fermés par de puissants
sortilèges. Ce qui était le plus étrange semblait être
l’école elle-même, animée par un désir de ne
jamais être identique au fil des jours, elle
modulait ses pièces et couloirs en tout sens et en tout
endroit, entraînant souvent les élèves dans des
péripéties durant plusieurs jours avant de
pouvoir retrouver leur chemin. Il était impossible
de la décrire, ressemblant un jour à un immense
château fort, un autre à une petite mansarde et
le lendemain à une école des plus classiques. Il
était courant aussi que l’école s’agrandisse à
volonté augmentant son nombre de pièces et de
couloirs. Gemelline était la seule véritable école
de magie et de sorcellerie, d’ailleurs la seule à
accueillir ses deux disciplines si opposées au
même endroit, mais il était de coutume de dire
que pour chaque mage il fallait un sorcier car
rien n’était plus important que l’équilibre du
bien et du mal dans le monde.
Un peu plus tard dans la soirée l’ensemble
des étudiants avait regagné leur dortoir, au bout
de quelques heures Gemelline venait de créer
un labyrinthe pour compliquer l’accès aux
19 Les chroniques de Carack
chambres. Les professeurs durent alors partir
en excursion pour retrouver ceux qui s’étaient
égarés dans ce méandre. Mais au bout d’une
heure de recherche acharnée, tous les élèves
avaient été retrouvés et il ne régnait à présent
plus aucun bruit. Sauf peut-être dans une
chambre occupée par quelqu’un de trop excité
pour trouver le sommeil…
– Tu te rends compte demain nous serons
liiiiiibre, d’aller et de venir, de pratiquer la magie
comme bon nous semble… Piaffa d’impatience
Xanthus.
– Ne cris pas victoire trop rapidement, tu as
entendu Palamentir, il est déjà arrivé que
certains ne ressortent pas vivant de cette
épreuve…
– Palamentir est un idiot qui a toujours eu
peur d’affronter la vie en décidant de rester
dans cette école à enseigner. Là je ne te parle
pas de magiciens de pacotille, mais de nous, les
deux meilleurs dans ce domaine. Tu ne vas pas
me dire que j’ai tort non, demain nous
gagnerons notre baguette et nous fuirons à toutes
jambes de cet horrible endroit. J’userais d’un
sort de téléportation pour partir au plus vite
d’ici.
Atalant étouffait de rire en voyant son ami
faire le pitre en mimant un oiseau prendre son
envol.
– Et où iras-tu ?
20 Gemelline : L’école de magie et de sorcellerie
– Je ne sais pas n’importe où, j’ai lu dans
certains recueils qu’il y avait de superbes contrées
au nord, s’appelant Fraternia ou Epsonia, des
noms doux à la sonorité envoûtante et il paraît
que des filles splendides peuplent ces territoires,
aux corps de rêves et aux regards de braises.
Nous nous arrêterons dans une auberge où
nous mangerons les meilleurs mets de la région
et l’on se saoulera jusqu’à ne plus se rappeler de
nos sortilèges.
Atalant se laissait emporter par le récit de son
ami, illuminant son regard d’envie, à présent la
peur était loin derrière, il ne restait plus que son
cœur battant de désir et d’aventures.
– Tu as raison mon ami, au diable cette
épreuve, remportons notre titre honorifique de
magicien et envolons-nous vers notre destiné
où nous consumerons notre vie par les deux
bouts.
Aussitôt ils entamèrent une danse
enflammée, en rigolant et trépignant jusqu’à ne plus
avoir de souffle. Ceci jusque tard dans la nuit
où envahis par la fatigue ils tombèrent sur leur
lit et s’endormirent sans penser au lendemain.
21
L’ÉPREUVE
Un soleil rougeoyant se levait sur l’archipel,
c’était l’un de ces soleils qui illumine le ciel
d’une couleur pourpre étrange et merveilleuse à
la fois. Il était banal de voir ceci, mais ce
magnifique spectacle poussait souvent à prendre le
temps de s’arrêter et de regarder ; ne serait-ce
que pour s’évader un petit instant de ce
quotidien déplaisant.
Atalant et Xanthus savouraient ces moments.
Accoudés à la bordure de la fenêtre de leur
chambre, les yeux perdus dans cet horizon
pourpre où les nuages venaient se teinter de
rouge pendant un instant, puis balayés par les
vents ils redevenaient blancs tel du coton.
– Crois-tu que nous sortirons vivants de ces
épreuves ? demanda Atalant en brisant ce
silence mystique.
– Je n’en doute pas une seconde, mais je ne
peux m’empêcher comme toi d’avoir une
certaine appréhension. Mais d’un autre côté cette
peur alimente mon ambition de réussite qui fait
que je me sens de plus en plus fort.
23 Les chroniques de Carack
– Tu as sans doute raison, mais sais-tu ce que
l’on raconte sur l’apparition d’un soleil rouge à
l’aube ?
– Je ne sais qu’une seule chose, tout ce que
racontent les anciens n’est que balivernes ou
comptines à faire peur, nous n’allons pas
mourir parce que le soleil reflète le ciel d’une
couleur de sang. … Mais j’adopte le fait sur une
certitude plus nous croyons à la débilité des
ancêtres plus nous prenons des risques, car si la
peur peut nous sauver lorsqu’elle nous fait
prendre les jambes à notre cou, elle peut tout
aussi nous contraindre à provoquer des erreurs
qui nous serons sans doute fatales. Il faut savoir
que les anciens n’ont plus que ces sornettes à
raconter pour que l’on s’intéresse un tant soit
peu encore à eux. Mais j’ai appris à créer mes
propres histoires se basant sur mes expériences
personnelles plutôt que les sottises racontées
par des gens qui souvent n’ont plus toutes leurs
têtes et qui de plus en racontent plus qu’ils en
ont fait.
Atalant rigolait à pleins poumons.
– Tes sarcasmes me feront toujours rire, c’est
peut-être pour cela que tu es mon meilleur ami.
Xanthus se mit à s’extasier à son tour, ce qui
eux pour effet de détendre l’atmosphère, enfin
jusqu’à ce que le doyen pénètre dans la
chambre.
24 L’épreuve
Ne disant rien, les enfants comprirent tout de
suite pourquoi il venait les chercher, ils avaient
été conditionnés dans leur chambre toutes la
matinée dans le but que les élèves ne se croisent
pas et n’échange pas de secret de magie
pouvant interférer sur le jugement des jurys.
Xanthus et Atalant suivirent alors le doyen
dans les longs couloirs tortueux de Gemelline.
Leurs pas résonnaient avec pesanteur puis
étrangement devinrent étouffés, presque
inaudibles.
– Non ! Pas encore, cette école n’en fait
réellement qu’à sa tête. Scanda avec insistance
Palamentir.
Tout d’abord, les enfants ne comprirent pas
ce que le principal voulait exprimer, mais
rapidement le sol se mit à craquer et les murs à
onduler. Les longs couloirs serpentins
commencèrent à former des courbes plus prononcées puis
se cassèrent en angle droit. Xanthus et Atalant
s’agrippèrent à ce qu’ils purent pour ne pas
tomber sous la violence des chocs, ils se
sentirent tels des cavaliers sur une monture folle,
l’école de magie était encore une fois en train
d’opérer une transformation de son
infrastructure mais cette fois-ci, Palamentir, Xanthus et
Atalant se retrouvaient pris au piège.
Palamentir se redressa avec difficulté puis
brandit un bâton flamboyant de dessous sa
toge, il était en bois torsadé brillant de mille
25 Les chroniques de Carack
éclats d’opales. Xanthus fixa d’un œil
admirateur le bâton en bois d’if des grands maîtres
sorciers que tenait Palamentir entre ses mains. Il
semblait comme attiré par son incroyable
pouvoir émettant des ondes de chocs caressant les
parois des couloirs devenus fous. Palamentir
frappa le sol de son bâton qui se mit à rayonner
plus que jamais en dégageant un vent à la force
dévastatrice qui obligea les jeunes à se
cramponner avec ardeur. Les ondes concentriques
d’énergies mystiques avancèrent dans le
corridor en émettant un sifflement strident.
– Stoppato ! Rugit Palamentir dont le corps
était secoué de spasmes excessifs dus à des
éclairs mauve bleuté parcourant sa silhouette.
Immédiatement l’architecture entière de
l’école s’immobilisa dans des craquements et
crissements lugubres, donnant un aspect
inachevé à l’ensemble des couloirs et pièces
semblant par endroits se mêler les uns aux autres.
Palamentir s’effondra sur le sol, le souffle
saccadé par une haleine brûlante, son bâton de
sorcier gisait à présent à ses côtés et n’émettait
plus aucune énergie. Xanthus avança sa main
vers le bâton et le saisit avec engouement
l’observant d’un regard démentiel. Il sentit sa
peau s’iriser de frissons au contact du bois qui
était aussi lisse et doux que la peau d’un enfant,
mais bientôt il ne put défaire ses doigts et il
reçut une violente décharge qui le projeta contre
26 L’épreuve
le mur. Dès lors Palamentir se redressa pour
voir s’il n’était pas blessé.
– Jeune fou ! Invectiva-t-il, tu ne dois jamais
t’emparer du bâton d’un maître sorcier, il
n’appartient qu’au destinataire. Il est fabriqué
dans la plus pure tradition Elfe, protégé afin
que leur pouvoir ne tombe pas entre les mains
d’êtres malveillants aux ambitions trop
profondes.
Xanthus n’entendait que de très loin les
paroles de Palamentir, un bourdonnement incessant
couvrait son audition. Au bout d’un instant il
retrouva ses esprits et tous purent rejoindre sain
et sauf la cour de l’école. Mais avant de
traverser le grand hall d’entrée, Palamentir dit une
dernière parole :
– Les bâtons ne sont destinés qu’aux maîtres,
et aujourd’hui le destin décidera si vous êtes
suffisamment instruits dans l’art de la magie et
de la sorcellerie.
Le soleil illumina alors le visage des garçons
qui se couvrirent les yeux, et lorsqu’ils furent
habitués à la lumière, ils s’aperçurent que
Palamentir avait disparu. Ils se retrouvèrent alors
sur les graviers de la cour où se trouvaient tous
les élèves, l’école s’était transformée en arène de
cirque dont les gradins étaient emplis de toutes
sortes de personnages.
Toutes sortes de mages et de sorciers aux
toges brodées de couleurs affriolantes, arborant
27 Les chroniques de Carack
les symboles de leurs écoles respectives avec
une certaine fierté. Palamentir avait rejoint les
gradins auprès de personnages de la maison de
Gemelline, il semblait inquiet et ne cessait de
porter son regard sur deux personnages
encapuchonnés à la carrure imposante qui se
tenaient à son opposé. Ils restaient immobiles
reflétant la noirceur, le visage masqué dans
l’ombre de leur capuchon.
Xanthus et Atalant ne se préoccupaient pas
de ceci, encore trop abasourdis par
l’impressionnante représentation de l’ordre de la
magie. À l’endroit où ils se tenaient, ils leur
étaient impossibles de voir les visages de chaque
homme, par contre l’affichage coloré de leurs
toges paraissait, sur les gradins, de différentes
teintes comparables à la beauté d’un arc-en-ciel.
Ils s’approchèrent un peu plus en avant dans
la cour et purent dénombrer les candidats aux
comptes d’une vingtaine, ce qui ne représentait
qu’une infime partie des membres de l’école.
Apparemment les propos de Palamentir sur le
fait d’une mort probable avaient fait reculer un
bon nombre d’élèves. Atalant fut frappé un
instant par un petit détail, il n’y avait que des
élèves dans cette cour, où pouvait bien se tenir les
jurys censés les noter pendant les épreuves ?
Aussitôt il se tourna vers son camarade pour lui
faire état de sa déduction, mais à peine eut-il
entrouvert la bouche que des trompes se mirent
28 L’épreuve
à retentir à la manière des anciens empires
couvrant littéralement le son de sa voix.
À la suite du bruit assourdissant des cors,
l’ensemble de la populace des gradins se
levèrent en sifflant, hurlant et applaudissant,
provoquant l’apparition d’un personnage semblant
minuscule aux yeux d’Atalant et de Xanthus ;
vu à la hauteur vertigineuse à laquelle il se tenait
dans le ciel. Il était tout simplement en
lévitation faisant lentement le tour de l’arène pour
être acclamé par les gens des gradins avant de
prendre la parole avec une voix aussi distincte
arrivant aux oreilles d’Atalant et Xanthus
comme s’il était à leurs côtés.
« Mesdames, Messieurs, Magiciens, Magiciennes,
Sorciers et Sorcières. Nous voilà une nouvelle fois réunie
pour les vingt-huit millièmes épreuves académiques de
magie et de sorcellerie qui se tiennent cette année dans la
prestigieuse école de Gemelline présidée par le non moins
fabuleux professeur Palamentir. »
À cette affirmation les gradins se
déchaînèrent sous un tonnerre d’applaudissements
obligeant Palamentir à se lever pour se montrer à
tout le monde en saluant la foule.
« Merci pour cette formidable ovation. » Reprit
l’homme en lévitation. « Comme à chaque année ses
épreuves détermineront qui de ses jeunes mages et sorciers
auront le mérite de s’élever au rang de grand maître en
obtenant leurs bâtons de pouvoir ».
29 Les chroniques de Carack
À nouveau les applaudissements fusèrent des
gradins en faisant trembler le sol.
« Mais chacun sait que ses épreuves peuvent être
mortelles, alors veuillez applaudir avec ferveur ses jeunes
hommes courageux avant qu’ils ne subissent leur
première épreuve : Le domptage des animaux
étranges ! ! ! »
Ovation et vivat redoublèrent d’intensité
avant que de lourdes grilles en fer forgées sur
chacun des côtés de l’arène se soulèvent pour
laisser paraître : deux dragons, quatre griffons,
dix Crabius et quatre manticores. Chacun étant
destiné à un élève. Tous reculèrent et se
retrouvèrent acculés à la paroi Sud de l’arène laissant
chaque monstre prendre position. Des gradins
s’échappaient des « Oooooh ! » Et des
« Aaaaah ! ».
Les Crabuis faisaient claquer leurs énormes
pinces en saccade tout en se déplaçant de
gauche à droite sur leurs huit pattes, créant un bruit
sinistre qui arrachait de grosses gouttes de
sueurs des fronts blanchis par la peur des jeunes
magiciens. Sauf peut-être un seul d’entre eux,
Xanthus, il se tenait campé sur ses deux jambes
fluettes dévisageant du regard ses monstres tout
droit sortis de leurs plus horribles cauchemars.
La voix de l’homme en lévitation retentit
alors de nouveau :
« Je vous rappelle rapidement les règles de cette
épreuve avant de disparaître, au bout de l’arène ont été
30 L’épreuve
placés quinze drapeaux, chacun devra traverser l’arène
en esquivant l’attaque des monstres pour récupérer un
des drapeaux, à la fin ceux qui n’auront pas de
drapeaux seront éliminés ! ! ! »
Immédiatement Xanthus se propulsa entre
les pattes des Crabuis en esquivant leurs
redoutables pinces qui venaient s’écraser dans le
gravier de la cour, à sa suite deux concurrents
furent agrippés par des griffons qui les laissèrent
retomber lourdement sur le sol dans un bruit
mat où ils restèrent inanimés. Atalant, de son
côté, usa d’un sortilège de lévitation pour
esquiver les Crabius au sol, mais aussitôt les deux
dragons se jetèrent à sa poursuite en
pourléchant son séant de flamme pourpre. À la vitesse
de l’éclair il zigzagua au ras du sol en évitant les
pattes, les attaques des Crabuis et de
Manticores, espérant que les dragons lâchent la
poursuite, mais à sa grande stupeur ils descendirent à
sa suite en piqué, faisant valser dans les airs les
Crabuis et quelques concurrents qui se
trouvaient sur leur chemin. Dans une virevolte
impressionnante, Atalant se retourna face à l’un
des dragons et usa d’un sort de domination
mentale, l’obligeant au bout d’une grande
concentration à se retourner et se battre contre
son congénère. Cette action suscita les hourras
de la foule, mais lorsqu’Atalant voulut se
retourner à nouveau pour faire face à son
objec31 Les chroniques de Carack
tif, il s’écrasa à toute vitesse contre le torse d’un
griffon à quelques pas d’un drapeau.
Xanthus continuait à se frayer un passage
entre les pattes monstrueuses jusqu’à ce qu’un
éclair provenant d’un des participants vienne lui
carboniser l’épaule. Il s’écrasa le visage contre le
gravier, mais ne renonça pas pour autant, dans
une rage guerrière il se redressa en hurla «
Tempesta ». Dès lors une tornade apparut au creux
de sa paume qu’il dirigea en direction de l’élève
qui venait de l’agresser, ce dernier fut happé par
la tornade et éjecté dans les airs où il ne parut
plus qu’un point dans le ciel aux yeux de tous.
Étrangement, la tornade au lieu de diminuer
redoubla d’intensité emplissant bientôt la totalité
de l’arène. Les monstres se soulevèrent alors du
sol et tournoyèrent dans cette colonne de vent.
Xanthus s’avança au milieu de ce chaos, saisit
l’un des drapeaux puis fit retomber la violence
de sa tempête.
Toutes les créatures gisaient à présent sur le
sol, inertes, la stupéfaction marquant le visage
de tous spectateurs des gradins, plongeant
l’atmosphère dans un silence mortuaire.
Xanthus se dirigea vers son ami et l’aida à se relever
avant de l’amener vers un drapeau qu’il serra
entre ses mains, les derniers concurrents aux
nombres de treize s’avancèrent sans croiser le
regard de Xanthus, pour s’emparer de leur
récompense. Ainsi s’acheva la première épreuve
32 L’épreuve
avec quatre personnes blessées et une personne
disparut qui ne fut retrouvée qu’à demi
consciente en fin de journée par les dirigeants des
épreuves. Une rumeur circula : le pauvre jeune
homme était tétanisé à un tel point que ses
cheveux ainsi que la totalité de son système pileux
étaient devenus blanc.
Ceci ne semblait pas perturber Xanthus qui
brandissait son drapeau avec fierté à la
différence de son ami Atalant qui n’osait à peine
croiser son regard.
Au fil de la journée, trois épreuves se
succédèrent, où neuf autres concurrents furent
éliminés, l’un d’entre eux fut à moitié broyé par un
lourd rocher qu’il tenta de contrôler par
Télékinésie. Un autre fut avalé par une énorme plante
carnivore qu’il fit apparaître par erreur lors de
l’épreuve de la maîtrise des plantes et remèdes.
Et enfin un dernier pendant l’épreuve des
écritures mystiques fit une méprise en se trompant
d’une lettre dans un sortilège ce qui lui valut de
se transformer en des centaines de papillons qui
s’envolèrent aux quatre coins de l’archipel. Il
fallut toute la fin de journée aux gouvernants
des épreuves pour retrouver chaque papillon et
redonner l’apparence physique au malheureux.
À la fin de cette épuisante journée il ne resta
plus que six élèves dont Xanthus et Atalant
devant se disputer le lendemain l’épreuve du
combat de sorcier, la plus dangereuse de toutes.
33 Les chroniques de Carack
Il fut demandé à trois participants de tirer au
sort le nom de celui qu’ils allaient rencontrer
pendant cette épreuve. Atalant fut désigné et
s’avança en direction d’un vase où tous les
regards étaient posés. Il plongea sa main à
l’intérieur et en retira un bout de papier qu’il
déplia méticuleusement avant de lire le nom de
son adversaire.
À la vision de ce nom, son regard changea
passant de la tristesse à la peur car celui qu’il
allait affronter, n’était autre que Xanthus.

34
SOIF DE POUVOIR
Les derniers concurrents de la veille furent
emmenés dans des chambres closes par des
sortilèges les empêchant de pouvoir communiquer
par télépathie ou d’user de pouvoir de
téléportation.
Atalant ne trouva pas le sommeil ce soir-là, il
se tenait sur le rebord de son lit, le regard dans
le vague ne sachant que penser. Incessamment,
l’image du petit bout de papier avec le nom de
son meilleur ami inscrit dessus apparaissait dans
son esprit, lui arrachant à chaque fois un frisson
d’angoisse.
Xanthus restait, quant à lui, allongé sur son
lit le regard fixe en direction du plafond blanc
de la pièce, il était comme Atalant perdu dans
ses troublantes pensées.
– Pourquoi a-t-il tiré mon prénom ? Se
demanda-t-il soudainement.
Tout aurait été si simple. Il repensa à ses
rêves de liberté qu’ils eurent en commun avant les
épreuves, et puis maintenant tout tombait à
35 Les chroniques de Carack
l’eau car demain un seul d’entre eux pourra
mériter le titre de maître sorcier.
– Pourquoi les choses sont-elles aussi
compliquées. Soupira-t-il.
Mais lentement ses pensées divaguèrent
jusqu’à visualiser le magnifique bâton de sorcier de
Palamentir et son incroyable force. Il fit
apparaître mentalement l’image du bâton dans les
airs, se concentrant suffisamment pour révéler
chaque détail de son pommeau torsadé jusqu’à
ses reflets d’opales. Ses yeux se fixèrent sur
l’hologramme puis commencèrent à cligner
jusqu’à se fermer complètement et ainsi emporter
Xanthus dans de doux songes où il apparaissait
en maître sorcier aux pouvoirs démesurés.
Le lendemain chaque élève fut accompagné
par deux maîtres mages jusqu’à la grande cour
de l’école où avait été dressée une immense
plateforme de combat, délimitée sur son pourtour
par de lourdes cordes.
Le soleil se tenait déjà haut dans le ciel et
imposait son ardente torpeur sur la cour, les
gradins avaient été emplis au comble de leur
capacité d’une quantité innommable de maîtres
mages et sorciers qui scandèrent des vivats dans un
brouhaha assourdissant à l’arriver des
concurrents. Apparemment, les exploits de la veille
avaient déjà circulé dans la gazette du monde de
la magie : le « Magic’Zoom ». Atalant et
Xanthus ainsi que les quatre autres concurrents ne
36 Soif de pouvoir
cessaient de lever les yeux en direction de la
foule en les saluant avec intensité. Soudain,
l’école commença à se modifier en allongeant et
en courbant les gradins, au-dessus de la cour,
masquant ainsi la chaleur brûlante du soleil.
Les combats commencèrent dès l’arrivée du
petit bonhomme dans les airs.
« Amis de la magie et de la sorcellerie bienvenue aux
vingt-huit millièmes épreuves académiques, nous
accueillons nos six derniers concurrents pour l’ultime épreuve
qui déterminera qui de ses jeunes apprentis recevra son
titre de maître, qui se disputeront les bâtons dans le
combat des sorciers ! ! ! »
Des Hourras enthousiastes suivirent ses
paroles.
« À présent laissons la place à ses jeunes virtuoses et
souhaitons leur bonne chance car ils en auront besoin ».
Étrangement à travers le tonnerre
d’applaudissements, le nom de Xanthus apparut
doucement au départ, jusqu’à couvrir
l’ensemble de la foule.
– Xanthus ! Xanthus ! Xanthus !
Hurlèrentils à l’unisson.
Ce dernier arbora un regard de braise, puis se
mit à léviter pour saluer la foule qui devint
hystérique à son approche. Au bout d’un très long
moment il revint parmi les concurrents avec un
sourire radieux sur son visage, Atalant
s’approcha alors de lui pour le saluer et lui
sou37 Les chroniques de Carack
haiter bonne chance. Xanthus alors le repoussa
de manière dédaigneuse.
– Jamais je ne te laisserais me voler la
vedette, c’est aujourd’hui que l’on sera qui de
nous deux deviendra le maître de tous les
temps : vu l’enthousiasme que me porte la
foule, je ne pense pas que ce puisse être toi !
Atalant fut frappé par tant d’amertume, ses
joues s’humidifièrent de larmes et une immense
déception lui déchira le cœur. Il se retourna puis
alla s’asseoir sur les bancs pour attendre le
moment du combat ressassant dans son esprit la
complicité qu’il avait vécu avec son ami
pendant toutes ses années.
Le premier combat démarra entre deux
adversaires qu’Atalant connaissait bien, le grand
Yurik à la chevelure blonde et à la silhouette
filiforme face à l’imposant Nestredo, petit de
taille mais affichant près de cent kilos.
Chacun des concurrents s’observa un instant,
avant que l’homme en lévitation au-dessus de
l’arène hurle :
– Que le combat commence !
Immédiatement les yeux de Yurik
s’illuminèrent d’une lueur rougeoyante, il serra
les dents et fit apparaître sous la force de la
concentration des veines battantes le long de
son cou. Nestredo quant à lui unit ses mains
vers le ciel et d’un claquement sec, il commença
38 Soif de pouvoir
à les frotter l’une contre l’autre provoquant une
liaison d’électricité statique sur ses membres.
Yurik ouvrit alors la bouche et expulsa une
boule de feu brûlante qui vint s’écraser en un
milliard de flammèches sur un bouclier
électrique enveloppant Nestredo. La foule resta
admirative face aux myriades de couleurs que leur
apportait le spectacle.
Nestredo sous la stupeur du public augmenta
sa masse, devenant énorme il grossit jusqu’à
prendre des mensurations disproportionnées,
dans un murmure le mot Pestilentia ! Retentit
suivit d’une flatulence nauséabonde qui permit
à Nestredo de reprendre sa masse normale. Là
un nuage toxique envahi l’ensemble de l’arène
et des gradins, occasionnant vomissements et
malaises chez les spectateurs.
Yurik fut transcendé par cet abominable
nuage puis s’écroula sur le sol inerte.
Ainsi se finit le premier combat, de manière
expéditive. Il fallut plusieurs heures aux
médecins pour soigner l’ensemble des spectateurs et
un bon nombre de sortilèges de vent pour que le
prochain combat puisse avoir lieu.
Celui-ci opposa un Elfe et un Lutin,
s’affrontant déjà par leur différence de taille,
l’Elfe dépassant le Lutin d’au moins un bon
mètre. Dès que le signal leur fut donné l’Elfe
transforma ses doigts en de longues lianes qui
vin39 Les chroniques de Carack
rent, à la manière d'une centaine de serpents,
entrelacer le lutin dans une accolade étouffante.
Le Lutin se débattait avec force et courage
mais pour réduire ses chances, l’Elfe le souleva
du sol, le spectacle devenait insoutenable, le
lutin arborait un visage violacé sous l’asphyxie et
sembla un instant sombrer dans l’inconscience,
faisant soulever telle une marée humaine
l’ensemble du public criant à l’effroi.
Mais subitement une lumière aveuglante
s’échappa du corps du lutin, et l’instant d’après,
les lianes étaient délectées par des flammes
brûlantes obligeant l’Elfe à se rétracter. Les yeux
des spectateurs étaient écarquillés car personne
ne comprit réellement ce qui venait de se
passer, jusqu’à ce qu’ils s’habituent à la lumière
pour s’apercevoir que le lutin venait de se
transformer en feux follets. Immédiatement l’Elfe
blessé dans son amour propre décida d’user
d’un sort d’eau, créant une vague gigantesque
envahissant la moitié de la cour de l’école, son
visage était devenu hideux, et reflétait une haine
ignoble informant quiconque sur son intention
de ne pas perdre le combat.
Mais ce qu’il omit, c’est que les lutins étaient
passés maître dans la dextérité des sorts d’air, et
en un instant il emplit ses poumons d’air et de
sa bouche, souffla un vent d’une violence
inouïe inversant la course de la vague, qui se
retourna contre l’Elfe l’emportant dans des
tour40 Soif de pouvoir
billons qui lui brisèrent les os en mille
morceaux. Le silence fit place, puis tel un torrent
impétueux le public acclama le Lutin dans des
vivats bruyants suivit d’applaudissements et de
tapements de pieds, se mêlant les uns aux autres
dans un tapage assourdissant. La tension était à
son comble lorsqu’Atalant et Xanthus
montèrent sur l’estrade, le public déchaîné scandait
des « Xanthus ! » de manière tonitruante,
amplifiant en même temps son ego à son paroxysme.
Dans des vas et vient incessants Xanthus
montait sur les cordes de la plateforme de combat
pour saluer les spectateurs en grognant et
hurlant tel un animal enragé.
Atalant restait dans son coin affichant une
mine délabrée par la tristesse et la honte de
devoir affronter le seul ami qu’il avait connu, qui
était devenu en cet instant si fourbe. Son esprit
était à tel point embrouillé qu’il n’entendit pas
l’homme en lévitation donner le départ du
combat…
Une fraction de seconde plus tard, il fut
percuté par un terrible éclair lui carbonisant le
torse et le projetant avec fureur contre les
cordes. Le regard de Xanthus était devenu
démentiel, crépitant de lueurs machiavéliques, la foule
l’ovationnait de plus belle face à cette action
fulgurante qui venait d’envoyer au tapis Atalant.
Dans une rage dévastatrice Xanthus frappa le
sol de ses poings créant un séisme craquelant de
41 Les chroniques de Carack
fissures la plateforme de combat. Atalant restait
le visage au sol secoué violemment par la
nouvelle attaque de son ami qui s’amplifia jusqu’à se
terminer en explosion de poussières et de
débris.
Le public retint son souffle, Xanthus était
toujours visible, mais il n’y avait plus aucune
trace d’Atalant, couvert par un nuage de
poussière opaque. De longues minutes passèrent
jusqu’à ce qu’une tornade soudaine balaye le
ring de ses débris stagnants.
Au centre de cet air tourbillonnant se dévoila
la silhouette d’Atalant les mains jointes
audessus de son front, ranimant la foule de vivats
et d’applaudissements. Il libéra ses mains en
direction de Xanthus, c’est alors qu’une tempête
glaciale tourbillonnante de flocons lui fouetta le
corps jusqu’à le statufier dans la glace.
Le vent s’apaisa, Atalant s’effondra au sol
épuisé par l’incommensurable énergie qu’il
venait de déployer. Seul restait debout sur les
gravats, Xanthus pétrifiée dans la stupeur. Le
silence fit place aux acclamations, les spectateurs
restant bouchent bées face à l’étonnante
prestation d’Atalant.
Celui-ci avec peine se redressa faisant
renaître l’engouement du public qui scanda le nom
d’Atalant en le glorifiant d’applaudissements.
Mais alors que tout le monde pensait que le
combat était terminé, des rayons lumineux
42 Soif de pouvoir
s’extirpèrent de la statue brisant la glace et
libérant Xanthus qui s’éleva dans les cieux. Les
yeux d’Atalant s’écarquillèrent lorsqu’il vit le ciel
s’obscurcir et se charger d’éclairs, Xanthus
rayonna d’une aura ténébreuse. Les foudres du
ciel s’abattirent alors sur lui dans un tonnerre
crépitant occasionnant la panique dans les
gradins, il venait d’user d’un sort interdit.
Xanthus scanda un mot qui résonna dans le
ciel, la terre et les vents : Armaggedon !
Immédiatement les nuages s’unirent avec les éclairs dans
un tourbillon d’énergie pure en tournoyant à la
manière d’un typhon, mais dans le fracas et les
explosions un autre mot surgit tout droit sortit
d’outre tombe : Vortéga !
Atalant se tenait au sol les mains en direction
de Xanthus prêt à parer l’attaque, lorsqu’un
halo lumineux se forma au-dessus de lui gravitant
jusqu’à atteindre une impressionnante
circonférence. Dans des cris horrifiés les spectateurs
couraient en tout sens cherchant une
échappatoire à cette mort certaine, mais l’énergie des
deux sorts se rencontra. … C’est alors que dans
une détonation tonitruante, le ciel et la terre
s’unifièrent une minute…

Atalant cligna un moment des yeux avant que
sa vision ne puisse faire le point sur son
environnement. Il était allongé sur un lit d’hôpital à
l’infirmerie de Gemelline. Autour se pressaient
43 Les chroniques de Carack
plusieurs personnes penchées au-dessus de lui,
ses mains se baladèrent sur la couche, jusqu’à
sentir le bâton en bois d’if des grands maîtres
sorciers.
– Xanthus ! Où est Xanthus ! Hurla Atalant.
À cet instant tous s’écartèrent pour laisser la
place à Palamentir :
– Je suis désolé. Dit Palamentir. Le vortex
qu’a créé ton sort a réussi à sauver les
spectateurs mais malheureusement pas, ton ami. Son
sortilège l’a envoyé dans les abysses de la mort.
Le visage d’Atalant se pétrifia, les larmes
envahissant son regard.
– Que s’est-il passé ? Pourquoi Xanthus est-il
devenu ainsi ? Sanglota-t’il.
– Une prophétie raconte qu’un jour arrivera
où le mal arrachera à la corporation des
magiciens leur plus grand sorcier pour en faire le
grand destructeur.
Il est aussi dit qu’à son opposé résidera un
magicien tout aussi puissant qui le combattra,
nous faisons cette épreuve depuis la nuit des
temps pour trouver ce magicien et aujourd’hui
te voilà.
Atalant pleurait de colère et de rage.
– Je vous déteste ! Hurla-t-il, vous n’êtes que
des monstres !
– Nous ne pouvons aller à l’encontre des
prophéties. Mais un jour tu le comprendras, à
présent tu dois te préparer pour un long voyage
44 Soif de pouvoir
car l’élu doit errer pour ne jamais être trouvé
par le mal.
Immédiatement, malgré les contestations
d’Atalant les professeurs l’attrapèrent, le
lavèrent et l’habillèrent, lui donnèrent des
vêtements propres, son bâton et des provisions
avant de le jeter dehors et de refermer les portes
derrière lui.
Atalant frappa la grande porte de ses poings
jusqu’à en saigner, mais rapidement il se résigna
et partit sur les routes sans réellement savoir où
il devait aller.
45
LE TITAN DES MERS
Atalant erra des semaines sur l’archipel des
mages se servant de ses sorts pour se nourrir et
de quelques baies qu’il trouvait sur son chemin.
Un jour il s’effondra épuisé sur les berges de
l’océan maudit où ses songes l’emportèrent
dans la démence de son combat qu’il avait
mené contre Xanthus. Lorsqu’il reprit ses esprits il
était sur un navire aux côtés d’un imposant
personnage dépassant largement de deux fois la
taille d’un homme normal.
– Bienvenue chez les vivants, jeune mage, on
m’appelle Tracks le titan des mers, et toi qui
estu ?
L’affirmation du titan le soulagea, il n’était
pas mort.
– Je suis Atalant, mage de l’école de
Gemelline, où sommes-nous ?
– Tu es sur mon navire de pêche, le «
Bérénice » en l’honneur de ma femme, je t’ai repêché
à demi-mort dans l’océan maudit, une vague
avait dû t’arracher à ta terre natale, malgré ton
inconscience et ta vie se défilant tu étais
fer47 Les chroniques de Carack
mement cramponné à ce bâton. Dit-il en
pointant du doigt le bâton de mage d’Atalant.
– Cela fait combien de temps ?
– Tu es resté près d’une semaine en proie à
des délires, parlant dans tes cauchemars d’un
dénommé Xanthus, tu semblais être désemparé.
Atalant eut le regard perdu un instant dans le
néant, puis il observa attentivement son
interlocuteur, malgré son imposante carrure et sa taille
démesurée, il affichait un visage jovial
enveloppé de longs cheveux châtain clair balayés par les
vents marins qui dévoilèrent un regard de glace
aux pupilles d’un blanc crémeux, typique des
titans de l’ancien monde. Il portait les apparats
des anciennes légions de conquérants sous le
commandement de Déméclès qui fut le premier
roi à fouler les terres sauvages et inhospitalières
de Mu.
– Pourquoi portez-vous les emblèmes de
l’empire ? Questionna subrepticement Atalant.
Le regard glaçant de Tracks se fit plus
perçant comme-ci d’anciens démons revenaient le
hanter.
– Il fut un temps où je me mêlai des affaires
humaines et j’en payai le prix, ou plutôt la vie
de mes congénères. À présent, je suis le seul
représentant de ma race et je porte les armoiries
de cet ancien empire de forcenés pour me
rappeler qu’il ne faut jamais faire confiance à un
homme.
48 Le titan des mers
Il n’en dit pas plus sur ce passé tourmenté,
mais ses yeux brûlaient d’une rage intense qui
transcenda Atalant d’un frisson d’inconfort.
– Ne sois pas inquiet, je ne considère pas les
mages comme des hommes à part entière, par
contre je me méfie des sorciers. Eclata-t-il d’un
rire tonitruant en frappant l’épaule d’Atalant qui
faillit vaciller par-dessus bord.
– Où allons-nous ?
– Pour l’instant nous naviguons vers les
hautes mers pour remplir nos cales de poissons que
nous irons vendre au port de Jabu en Fraternia.
Le nom de Fraternia sonna tel un gong dans
l’esprit d’Atalant, il se souvint alors des paroles
de Xanthus voulant partir de Gemelline pour
s’aventurer sur ces terres pour y vivre libre.
– Ne sois pas triste, mon jeune ami. Dit
Tracks en voyant la mine dépitée d’Atalant.
Dans quelque temps ton passé te semblera loin,
la mer a des vertus soignant les cœurs meurtris.
Et puis tu me sembles bien sympathique, je me
ferai un plaisir de naviguer en ta compagnie, à
présent relèves toi et admires ce que les dieux
on fait de plus beau, s’enorgueillit-il en tendant
le bras en direction de la plénitude de l’océan.
Atalant se redressa chancelant sur ses jambes
frêles et mal accoutumées à la vie sur un navire,
il balaya du regard l’immense pont du navire,
une cinquantaine de marins s’afféraient en tout
sens, grimpants le long des cordages ou serrant
49 Les chroniques de Carack
les artimons tendant des voiles gonflées par les
vents. La coque de bois craquait sous le poids
des vagues, mais ne se brisait jamais comme-ci
une main invisible supportait le navire.
– Toltégua est de notre côté scanda Tracks.
– Qui est Toltégua ? Demanda Atalant
intrigué.
– Quelle question ! Il est le dieu des mers et
des océans, celui que l’on prie pour que la
pêche soit bonne, des fois il n’écoute pas nos
prières et s’amuse de nous en déchaînant les eaux
ou en envoyant ses servantes les Xaltas,
d’impitoyables femmes aux corps de poissons.
– Qu’est ce qu’un dieu ? Je ne comprends
pas ?
– Mon jeune ami j’ai l’impression qu’il va te
falloir une vie entière en ma présence pour
parfaire à ton éducation. Les dieux sont les
créateurs de ce monde se partageant chaque
territoire de Gaya, ils sont au nombre de sept
chacun étant le gardien des éléments fondateurs de
notre planète. Au-dessus d’eux règnent…
– Un Balkior à tribord ! Un Balkior à
tribord ! Hurla la vigie en haut de son mat.
– Je crois que nous reporterons à plus tard
ces explications, mon jeune ami. Barre à bâbord
toute ! Vociféra-t-il, nous devons nous défaire
de cette bestiole !
Atalant regarda la mer par-dessus le
bastingage et aperçu un énorme cétacé représentant
50 Le titan des mers
dix fois la taille du « Bérénice », la gueule grande
ouverte se dirigeant dangereusement dans leur
direction.
– Le Balkior est un animal pacifique, mais il
ne voit absolument rien, et ce qui est le plus
embêtant c’est qu’il reste la gueule toujours
ouverte pour se nourrir de tout ce qui passe à sa
portée, nous y compris. Expliqua Tracks à
Atalant.
Étrangement le ciel se couvrit de lourds
nuages noirs déchirant le ciel d’éclairs tonitruant,
les flots s’agitèrent, le vent secoua les voiles et
les cordages claquèrent sur les mats dans des
bruits horrifiants. La coque du navire craquait
et se contorsionnait lugubrement, cette tempête
inaccoutumée empêchait le navire de virer de
bord, le gardant sur la trajectoire du Balkior
– Je crois que j’ai parlé trop vite, Toltégua est
loin d’être de notre côté, scanda Tracks dans la
tourmente.
La gueule béante du monstre se rapprochait
sérieusement, masquée de temps à autre par
d’énormes vagues ballottant le « Bérénice » en
tout sens. Les éclairs vinrent frapper avec
violence la surface de l’océan soulevant une vague
gargantuesque juste à l’arrière du Balkior
– Comme-ci nous avions besoin de ça à
présent !
Tracks s’avança en direction de la proue du
navire tenant dans sa main droite un harpon
gi51 Les chroniques de Carack
gantesque qu’aucun homme n’aurait eut la force
de soulever mais qui paraissait un fétu de paille
dans les mains du Titan. Soudain une lumière
aveuglante illumina le pont du navire, l’équipage
tel un seul homme se retourna en direction de
cette incandescence prenant source au sommet
du bâton d’Atalant. En lévitation au-dessus du
navire il évacua une formidable quantité
d’énergie statique venant iriser le bastingage et
les cordages de fulgurations bleutés s’agitant
tels des serpents furieux. Atalant en transe
abaissa son bâton en direction des eaux
tourmentées, aussitôt un rayon d’énergie vert
percuta avec violence la surface des flots à l’endroit
où se tenait le Balkior, séparant l’océan en deux.
Le Balkior dans des râles de douleurs s’effondra
dans la noirceur des eaux puis disparut, enfin
l’énorme vague s’écrasa dans le large sillon
qu’Atalant venait de créer pour disparaître en
même temps que la tempête.
Le soleil fit alors son apparition illuminant de
ses rayons bienfaiteurs le « Bérénice » secoué
mais intacte. L’ensemble de l’équipage
s’agenouilla alors face à l’homme qui venait de
leur sauver la vie.
– Allons bande de poltrons. Hurla Tracks.
Allez nous chercher du rhum que nous
puissions fêter cette victoire mon ami et moi, nous
lui devons tous la vie.
52

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