Les Cornemuses Suaves

De
Publié par

Une planète à deux soleils : l'un éclairant le nord de Terra d'une lumière douce, l'autre irradiant mystérieusement le sud de ses particules radioactives meurtrières. Une guerre secrète entre deux peuples : le nord sous le joug de la reine despotique Calusa et le sud voué à percer le secret d'une prophétie dont la clé réside à l'intérieur d'un tunnel antigravitationnel séparant les deux hémisphères. Un décalage temporel, des communications télépathiques, une base secréte, une histoire d'amour entre la jeune, sensuelle et intelligente Hectory, et Didier, réputé pour braver les radiations, un renégat intrépide, des moines aux pouvoirs surnaturels, une longue saga se terminant en une course contre la montre pour parer l'inévitable…  
Publié le : lundi 18 avril 2016
Lecture(s) : 0
Licence : Tous droits réservés
EAN13 : 9791026205012
Nombre de pages : non-communiqué
Voir plus Voir moins
Cette publication est uniquement disponible à l'achat

Barret Connors

Les Cornemuses Suaves

 


 

© Barret Connors, 2016

ISBN numérique : 979-10-262-0501-2

Image

Courriel : contact@librinova.com

Internet : www.librinova.com


 

Le Code de la propriété intellectuelle interdit les copies ou reproductions destinées à une utilisation collective. Toute représentation ou reproduction intégrale ou partielle faite par quelque procédé que ce soit, sans le consentement de l’auteur ou de ses ayants cause, est illicite et constitue une contrefaçon sanctionnée par les articles L335-2 et suivants du Code de la propriété intellectuelle.

 

 

 

 

À mon fils Gabriel, pour qu’il en fasse un film.

 

Barret C.

 

 

 

 

« Les Cornemuses suaves » appartient aux chroniques de l’histoire…

 

Chapitre 1

LE CONTEXTE

 

 

C’était au printemps de l’époque des Cornemuses suaves. On appelait les jeunes filles de la ville de Norcla par ce nom, car elles seules savaient danser la Scotta et personne d’autre ne pouvait les égaler dans ce domaine. Certains disaient que la Scotta tirait son nom d’un passé lointain, d’un pays où la cornemuse était le nom d’un instrument de musique qui avait servi à développer cette danse. Là-bas la cornemuse était jouée par des hommes portant des jupes. En fait on ne sait plus très bien. Il y a souvent des jeunes un peu fougueux qui s’évertuent à palabrer sur des sujets quelque peu obscurs. Le qualificatif « suaves » reflétait la douceur et le charme enivrant de ces jeunes demoiselles qui représentaient bonté et beauté et que rien de féminin ne pouvait égaler sur la planète Terra. Norcla était incontestablement plus que le nom de la capitale de l’hémisphère nord de Terra. C’était le paradis pour les hommes. Il fallait se battre et même parfois souffrir, voire presque mourir pour épouser une Cornemuse suave. Certains célibataires mécontents, dont le charme s’avérait insuffisant, s’étaient réfugiés dans la seule boisson alcoolisée de Norcla et l’avaient baptisée la cornemuse. La question qui jusqu’à ce jour ne peut encore être tranchée est : qui des deux est la plus enivrante, la boisson ou une seule de ces jeunes filles ? Toujours est-il que c’était le printemps sous le soleil Rava de l’hémisphère nord. C’était aussi l’époque fascinante où les jeunes Cornemuses qui avaient atteint l’âge de dix-huit ans choisissaient leurs futurs époux et sans aucune exception jamais, le gardaient pour la vie.

 

Une main derrière la nuque et les jambes de guingois, Georges se tenait debout parmi les ombres d’un décor vaporeux. Il essayait de reconstituer l’enchaînement des faits : était-il sous l’effet d’une drogue qu’on lui avait administrée ou un rayonnement invisible lui déchirait-il le dos ? Il regarda autour de lui et ne vit tout d’abord qu’une vague lueur. Son tuteur qui avait survécu à l’endoctrinement très rigoureux des moines Zoulas, aurait certainement compris pourquoi le transfert laissait subsister une douleur cervicale. Tout le long de sa vie, Georges avait dû recourir à une engeance de malfaiteurs pour survivre. Il avait souvent partagé des idéologies renégates et fréquenté beaucoup de gens n’ayant qu’un seul but en tête : nuire à la reine Calusa. Son tuteur ne lui aurait peut-être jamais pardonné ce qu’il venait de faire. Il scruta alors la paume de sa main. Des cheveux d’un reflet pourpre y étaient restés collés. Le sang s’était arrêté de couler. Il respira profondément. L’hémorragie n’aura pas lieu pensa-t-il. Il n’y avait pas eu d’explosion non plus. La prophétie semblait enrayée. Qu’avait-il bien pu se passer sur Terra ? Jamais une prédiction n’avait échoué... Ou alors cela voulait-il dire qu’il avait réussi ? Georges sentit une légère vague de plaisir s’emparer de lui. Il n’osait y croire. Et pourtant tout semblait concorder : la grande aiguille, bloquée sur le cadran de sa montre très poussiéreuse et encrassée de sable, ne faisait que confirmer la véracité des faits. Le tunnel antigravitationnel en avait bel et bien bloqué le mécanisme. Finalement et tout en soupirant d’un air réjoui, il se dit à voix haute cette fois, que son tuteur n’aurait dorénavant plus aucune raison de le haïr. Il se sentit soudain très vaillant et décida d’aller inspecter les alentours. Il restait encore une étape à accomplir avant la victoire finale.

 

Didier regardait ses traits dans un miroir, appliquant sur son visage gercé un baume lénifiant tout en nourrissant l’espoir qu’Hectory, cette année, le choisisse, lui. Il n’y aurait plus jamais une autre chance, non, c’était impossible. Didier le savait et commençait à regretter amèrement que le soleil Roturio lui ait donné de telles crevasses sur le visage et les ailes du nez en particulier.

— Bon sang ! Hectory ne voudra jamais embrasser un tel monstre !

Didier était du sud de la planète. C’est avec dédain qu’il avait appris, chaque jour de son enfance, à tolérer les rayonnements du soleil Roturio éclairant le sud du globe et à en subir amèrement les effets de la surdose de radioactivité. Rava qui ensoleille le nord, a une lumière douce et donne comme un air de vacances à tout ce qu’il éclaire, tout particulièrement à la ville de Norcla située, en latitude, vers le centre de l’hémisphère. Certaines légendes disent que la première Cornemuse suave, tout comme Rava, seraient issus de la même matrice. Roturio, par contre, est une vieille étoile, dit-on, et ses rayonnements deviennent de plus en plus radioactifs chaque année. C’est de là que Didier tirait ses engelures. Celles-ci n’avaient cessé d’empirer chaque fois qu’il était allé visiter les seuls membres survivants de sa famille, c’est-à-dire son père et sa vieille tante. Il n’y était pas retourné depuis des années et en avait de moins en moins envie, surtout depuis qu’il avait rencontré Hectory. Didier était venu au nord pour y chercher du travail. Il ne connaissait rien des Cornemuses suaves ; il était resté placide sous les injures des passants qui détestaient voir se promener des gens du sud. Ils représentaient, pour eux, une malédiction due à la contagion présumée des particules radioactives et préféraient les éviter. Certains même leur lançaient des pierres, d’autres les défiaient avec une attitude injurieuse. C’est cette scène d’insultes, dont elle avait été le témoin oculaire inattendu, qui avait plu ce jour-là à Hectory. Elle méprisait secrètement sa propre vie axée arbitrairement sur des activités, soi-disant royales, de danseuse émérite et de perfection féminine. Elle était en fait devenue un peu volage jusqu’à ce moment précis où elle s’était éprise de Didier. Elle ne savait pas encore comment expliquer pourquoi ce visage quelque peu repoussant l’avait en fait attirée. Elle avait cependant le sentiment intime que Didier avait réveillé chez elle une connaissance secrète, bien enfouie sous les séquelles de son « éducation ». Elle se souviendra toujours de son premier contact avec Didier : elle s’était vue elle-même, Hectory, à partir d’une certaine distance derrière son propre corps. De cette expérience, elle avait déduit que son endoctrinement de Cornemuse suave était fondé sur un dogme trop rigoureux et matérialiste entretenu par la reine Calusa. Le seul aspect spirituel de cette éducation dure et inflexible, se réduisait à conserver férocement ce rituel de danses et à entretenir très rigoureusement ces délicats corps de jeunes filles qui composaient l’entourage préféré de la reine. Cette foi en un avenir avec Didier lui valait maintenant les moqueries sournoises de la souveraine de Terra. Celle-ci ne cessait de lui rabâcher que Didier devrait subir une chirurgie esthétique, ainsi que trois longues années d’endoctrinement intensif chez les moines Zoulas, avant d’envisager quoi que ce soit. De toute façon il était bien trop tard pour cela, car c’est bien cette année que la jeune Hectory devait faire son choix et se lier pour la vie avec l’homme que la reine Calusa allait lui assigner si Hectory ne lui soumettait pas une proposition décente avant ce soir. La reine haïssait Didier. Calusa considérait ces indigènes venant du sud comme des animaux. C’est elle qui donnait toujours l’approbation finale, avant que ses « petites chéries » se marient lors de l’année de leurs dix-huit ans. Eh oui, il s’avérait que la vie allait devenir différente et d’un attrait quelque peu enivrant pour Hectory qui savait comment mener son plan à bien. Personne ne connaissait ses desseins cachés. Son père lui avait confié le secret le plus terrifiant de la planète, juste avant son départ pour l’au-delà. La vie d’Hectory avait pris un tournant ce jour-là. Il lui avait tout raconté, le « Piège », les lois de la physique à propos du faisceau anti-gravitationnel séparant le nord du sud, ainsi que les secrets du royaume de Rava et la raison de l’existence du cauchemar de Roturio. Son père lui avait tout révélé, documents à l’appui, sur les ancêtres de la reine Calusa livrés au libertinage, ainsi que la lignée spirituelle royale qui n’avait jamais comporté un tel acte de naissance portant le nom de Calusa. Elle avait rassemblé toutes les preuves et les avait bien cachées dans un endroit on ne peut plus secret. Seul une connaissance du « piège » lui-même permettait un accès à cette cachette. Pour ainsi dire, le secret renfermait la clé de sa propre découverte. Hectory était douée d’une intelligence extraordinaire, ce qui avait toujours fait peur à la reine Calusa qui s’inquiétait de ne pouvoir expliquer cet accroissement subit du quotient intellectuel d’Hectory depuis la mort de son père. Hectory agissait donc aujourd’hui d’une manière très désinvolte et faisait fi de ce que la reine concoctait pour son propre avenir. Oui, elle savait que le jour viendrait où il lui faudra recourir aux documents ; serait-ce déjà aujourd’hui ?

 

Chapitre 2

LA PROPHÉTIE

 

 

— Mademoiselle Hectory, que s’est-il passé quand ton père est parti pour le royaume des morts ?

Hectory désapprouvait ce terme « Mademoiselle », que la reine utilisait aussi envers ses domestiques.

— Calusa, mon père m’a laissé une aura de sagesse et s’est pressé de me faire comprendre que la vie est une denrée qui ne périt jamais.

La reine Calusa n’osait plus faire de commentaires sur le fait que la jeune fille l’appelait crûment par son prénom. Personne d’autre ne le faisait dans le royaume. La reine avait le pressentiment que la jeune Cornemuse suave ici présente, en savait beaucoup plus que n’importe qui d’autre sur Terra, qu’elle en connaissait en fait beaucoup trop. Hectory se pressa d’ajouter juste par plaisir :

— Les royaumes sont des genres de gouvernements qui pourraient être parfaits. En fait, un régime monarchique bienfaisant est probablement une institution politique qui pourrait fonctionner à merveille. Cependant, il m’est souvent venu à l’idée que les gens de Norcla et de Terra ne sont pas heureux. Les plaisirs de la danse et du mariage ne représentent pas tout. Comment t’expliques-tu, Calusa, que ton peuple n’ait même pas les moyens de faire des études plus poussées sur le rayonnement de Roturio ? Pourquoi n’établit-on pas une commission qui aurait pour tâche de trouver un remède destiné à aider les habitants vivant sous le soleil du sud ? Au lieu de cela règne l’accord général que l’on ne peut rien faire contre la fatalité et qu’il est acceptable de les laisser mourir un peu plus à chaque génération.

La reine Calusa toussota si légèrement, que seule une oreille entraînée pouvait déceler ce changement d’intonation à peine perceptible dans sa voix.

— Une Cornemuse suave ne s’intéresse, ni aux doctrines, ni à l’histoire, ni aux choses de la politique ! L’école des Cornemuses est la plus stricte de l’histoire de cet univers. Des gens des planètes avoisinantes se bousculent pour me rendre visite à l’occasion de la fête annuelle des célébrations traditionnelles. Ils paient beaucoup d’argent pour cela et chaque fois, ces sources de revenu rendent notre gouvernement plus fort. De richissimes nobles dépensent une fortune pour avoir une seule Cornemuse suave. Sans moi, cette école et tous les rituels ancestraux de Terra n’existeraient plus. Comment oses-tu dire de telles sottises ! Je viens d’ailleurs de m’entretenir récemment avec le Prince de Cornolina qui a proposé une fortune pour t’avoir toi, Hectory, et te faire Princesse. Cornolina est à deux univers de Terra. Tu seras merveilleusement bien là-bas et je me ferai en fait un plaisir personnel de pourvoir à sa requête. Tu pourras entretenir qui tu le souhaites de tes pensées philanthropiques exubérantes et tout autant que tu le désires. Le prince Siesmu est ingénieur galactique. Il est d’ailleurs totalement formel sur le fait que rien ne peut être entrepris concernant Roturio.

Hectory refoula un débordement de joie. Ce que son père lui avait divulgué se reflétait exactement dans le discours tenu par Calusa. Oui, cela confirmait effectivement l’existence véritable des intentions répréhensibles cachées de la reine. Seuls les esprits criminels cherchent à se débarrasser des gens bienveillants.

 

Georges sortit peu à peu de son engourdissement. Sa dernière tâche s’avérerait être un plaisir si les coordonnées temporelles qu’il avait calculées se révélaient justes. Il lui faudrait encore quelques heures pour le découvrir. Cependant, un paramètre semblait manquer dans ses notes qu’il avait vues et revues, sassées et ressassées encore et encore.

— Tout est vide autour de moi. Est-ce toujours ainsi ? Suis-je le seul à vivre dans cet univers parallèle ou quelqu’un d’autre a-t-il aussi accès à ce décalage temporel ?

Soyez le premier à déposer un commentaire !

17/1000 caractères maximum.

Diffusez cette publication

Vous aimerez aussi

Julien

de librinova

WAR 2.0

de librinova

suivant