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Les corps acides

De
282 pages
Emiliano Mendoza, un ancien flic de Mexico, a quitté la police pour des raisons personnelles. A la demande d'une enquêtrice du FBI qu'il a connue jadis, il est chargé d'élucider la disparition d'une jeune Américaine et de six autres personnes dont cinq Mexicains. Ce roman, au-delà de l'enquête policière, est une réflexion sur le Mexique d'aujourd'hui, ravagé par la violence et la corruption, un narco-Etat, où le crime est impuni...
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Léda MICHELSON
Mexique, pays âpre et sanglant, terre des Aztèques
puis des Conquistadors, à présent royaume du crime
organisé et du narcotrafi c. Emiliano Mendoza, un
ancien fl ic de Mexico ayant appartenu au bureau
du procureur général du District fédéral, a quitté la
police pour des raisons personnelles. Il est chargé
d’élucider la disparition d’une jeune Américaine et
de six autres personnes dont cinq sont d’ascendance
mexicaine, à la demande d’une enquêtrice du FBI
qu’il a connue jadis. Les disparus n’ont en apparence
aucun lien entre eux.
Les corps acidesSon enquête le mène depuis la capitale à travers
le nord du Mexique, jusqu’aux villes frontières avec
les États-Unis. Sur sa route semée d’embûches, la Romanmort l’accompagne, sous sa forme la plus bestiale.
Arrivera-t-il à démêler l’écheveau de cette a aire
complexe, où sont impliqués les services secrets
américains ?
Une réfl exion sur le Mexique d’aujourd’hui, ravagé
par la violence et la corruption, un narco-État, où le
crime reste impuni…
Léda MICHELSON a fait de nombreux séjours aux États-Unis
et en Amérique centrale. Après un premier roman, Voyageor
(éditions Amalthée, 2011), où elle retrace le périple de François
René de Chateaubriand en Amérique, elle aborde le Mexique
moderne, à travers une enquête policière dont le héros solitaire
porte en lui la révolte d’un peuple soumis aux puissances
fi nancières et au narcotrafi c.
Photo de couverture : © Liorpt
ISBN : 978-2-343-05114-7
9 782343 051147
23 €
Rue des Écoles / Romans
Léda MICHELSON
Les corps acides
Rue des Écoles / Romans LES CORPS ACIDESRue des Écoles
Le secteur « Rue des Écoles » est dédié à l’édition de travaux
personnels, venus de tous horizons : historique, philosophique,
politique, etc. Il accueille également des œuvres de fiction
(romans) et des textes autobiographiques.
Déjà parus
Leclerc du Sablon (Françoise), Derrière la seizième porte, 2014.
Nicole-Le Hors (Jacqueline), La croix ou la bannière, 2014.
De l’Estourbeillon (Hubert), La Cité des hauteurs, 2014.
Coutarel (Colette), Promenade romantique à Pôle Emploi, 2014.
Baillet (Dominique), L’absence, 2014.
Zelwer (Charles), Face au miroir sans reflet, 2014.
Flouzat (Denise), Le journal d’E, 2014.
Barraux (Roland), La bicyclette de Hong Kong, 2014.
Lecomte (Emmanuelle), Lafi, récit de vie au Burkina, 2014.
Cambona (Christophe), Apologie du grand âge, 2014.
Girard (Marc), Ces géants qui m’ont précédé, 2014.
Monteil (Pierre), Les mensonges de l’Histoire, Tome 2, 2014.

Ces douze derniers titres de la collection sont classés par ordre
chronologique en commençant par le plus récent.
La liste complète des parutions, avec une courte présentation
du contenu des ouvrages, peut être consultée
sur le site www.harmattan.fr Léda MICHELSON
Les corps acides
roman





























© L’Harmattan, 2014

5-7, rue de l’École-Polytechnique, 75005 Paris

www.harmattan.com
diffusion.harmattan@wanadoo.fr
harmattan1@wanadoo.fr

ISBN : 978-2-343-05114-7
EAN : 9782343051147 « L’indifférence du Mexicain devant la mort se
nourrit de son indifférence devant la vie »
Octavio Paz, Le Labyrinthe de la SolitudePREMIÈRE PARTIE 1


Tout avait commencé par un banal coup de téléphone,
se remémorerait-il bien longtemps plus tard. Au bout du
fil, quelqu’un qu’il n’avait pas vu depuis deux ans, voire
même trois, calculait-il. La voix de la fille, malgré son
assurance, était tendue, il le devinait à sa façon de hacher
les mots et à sa manière brusque de raccrocher. Elle
n’avait pas donné de détails et ils s’étaient donné
rendezvous au bar de l’hôtel Hilton, à deux pas de l’avenue
Reforma. Il était arrivé en avance au rendez-vous, parce
qu’il n’avait pas grand-chose d’autre à faire. Il était aussi
curieux de la revoir. Le hall de l’hôtel était bondé mais il
l’avait repérée tout de suite. Il s’était contenté de lui serrer
la main, bien que leurs retrouvailles fissent naître en lui
une émotion certaine. A présent, alors qu’ils étaient assis
l’un en face de l’autre dans un box au fond du bar, et qu’il
pouvait la contempler à loisir, elle lui apparut encore plus
jolie que dans son souvenir. Ses cheveux avaient poussé et
lui balayaient les épaules, leur couleur fauve faisait
ressortir le gris limpide de ses yeux ombragés de cils très
noirs. Des créoles aux oreilles. Une robe bleu pétrole qui
lui arrivait au-dessus des genoux, mais très ajustée et qui
lui moulait la poitrine, et des sandales en cuir assorties, à
haut talon, très fashionista. Elle avait de belles jambes, des
chevilles fines et des genoux ronds à facette qu’il se prit
d’envie de caresser. Elle commanda un daiquiri tandis
qu’il se contentait d’eau minérale gazeuse. Il avait laissé
tomber l’alcool depuis son séjour aux US. Tout en la
regardant, il se demandait ce qu’elle pouvait bien venir
faire à Mexico. Une chose était sûre : elle avait besoin de
lui. Après les banalités d’usage, il attendit sans se presser
qu’elle en vînt au fait. Elle se renversa dans son fauteuil et
11 trempa ses lèvres dans son verre tout en le dévisageant
sans complaisance. Elle prenait son temps pour le jauger.
- Vous n’avez pas changé, Mendoza !
C’était plus un fait qu’elle énonçait qu’un véritable
compliment. Il inclina la tête.
- Vous, si !
Ils s’exprimaient en anglais.
- Que voulez-vous dire ?
- Que vous avez changé, mais que vous êtes encore
plus belle.
Elle se mit à rire, le visage presque détendu.
- J’aime votre pays, Mendoza, parce que les femmes,
ici, existent aux yeux des hommes et que cela nous fait du
bien. C’est vrai que depuis l’aéroport, je n’ai pas arrêté de
me faire draguer, c’est agréable, cela me change de mes
compatriotes !
- Ça ne m’étonne pas, dit Mendoza sans mentir.
Il ajouta en souriant :
- Je suppose que vous n’êtes pas venue au Mexique
juste pour me dire ça !
Comme elle restait silencieuse, il se pencha vers elle :
- Ecoutez Melissa, si vous arrêtiez de tourner autour du
pot, on pourrait peut-être gagner du temps ?
Elle hocha la tête et il eut l’impression de voir une larme
briller dans ses yeux d’ardoise claire.
- J’ai besoin d’un garde du corps, lâcha t-elle de
manière abrupte.
Il se renversa en arrière sur sa chaise, fermant à demi les
yeux.
- En quoi cela me concerne-t-il ?
- C’est vous que j’ai choisis, Mendoza. Elle parlait sans
hésitation aucune.
- Je crois que vous plaisantez, dit Mendoza sans avoir
trop l’air d’y croire.
- Non, c’est très sérieux au contraire !
12 - Qu’est-ce qui vous fait croire que je pourrais accepter
votre offre ?
- Vous êtes dans le métier, Mendoza !
- Vous êtes mal renseignée, c’était il y a bien
longtemps c’est vrai, pour un Président, mais à présent ce
job est fini pour moi.
- Alors, vous refusez ?
- Oui, dit Mendoza. Depuis la dernière fois que nous
nous sommes vus, j’ai tourné la page, vous savez.
- Vous avez quitté la police ?
- Définitivement, et sans regret.
- Je comprends. Après ce que vous avez traversé !
Elle avait du mal à cacher sa déception.
- Je ne veux pas être indiscrète, lança-t-elle au bout
d’un moment, mais comment gagnez-vous votre vie ?
- Vous n’allez pas me croire, dit Mendoza en souriant.
Je travaille à l’UNAM, au département d’Histoire.
Archiviste en quelque sorte.
- J’ai toujours su que vous étiez un type pas ordinaire.
En résumé, mon offre ne vous tente pas, dit-elle avec
dépit.
- A priori, non, dit Mendoza. Au fait, pourquoi ne vous
adressez-vous pas à votre agence d’origine ?
Elle soupira et but une gorgée de son daiquiri.
- Pensez-vous que si j’avais pu le faire, je serais ici à
Mexico en train de discuter avec vous ?
- Je vois, dit Mendoza, mais pourquoi m’avoir choisi,
moi ?
La réponse fusa, rapide.
- Vous êtes le seul en qui je peux avoir confiance.
Il y eut un silence, que rompit Mendoza.
- Venant de vous, c’est flatteur. Pourquoi, au juste,
avez-vous besoin d’un garde du corps ?
13 - C’est une assez longue histoire, commença-t-elle,
maintenant que vous avez refusé mon offre, êtes-vous sûr
de vouloir entendre la suite ?
- Vous auriez dû commencer par là ! Cela m’arrive
parfois de changer d’avis ! J’aimerais vous aider. En
disant cela, il était sincère.
- Très bien. J’enquête sur plusieurs disparitions,
commença-t-elle. De citoyens américains et mexicains.
Jusque là, rien de bien nouveau. Des centaines de cas de
personnes disparues sont notifiés tous les ans à la police.
La plupart des victimes ne sont pas retrouvées, quand elles
le sont, c’est à l’état de cadavres. Celles dont je m’occupe,
en revanche…
Elle s’interrompit, regardant autour d’elle. Subitement,
elle avait l’air soucieux.
- Je ne pense pas que le lieu soit bien choisi pour vous
en parler ! Connaissez-vous un endroit plus discret ?
- Chez moi, dit Mendoza sans réfléchir.
- C’est une bonne idée. Allons-y.
- J’espère que cela ne vous gêne pas ! Ajouta t-elle.
A présent, elle souriait.
- Mais non, c’est moi qui vous l’ai proposé !
Les choses se précipitaient presque malgré lui.
- A quel hôtel êtes-vous descendue ? demanda-t-il alors
qu’ils attendaient un taxi à l’extérieur.
- Ce n’est pas vraiment un hôtel, plutôt une pension de
famille, dans la zona rosa, que je connais depuis
longtemps. C’est une bonne adresse.
Il sentait qu’elle n’avait pas la moindre envie de lui en dire
plus. Il n’insista pas.
14 2


Le taxi les arrêta devant sa maison en début de soirée.
Elle regardait autour d’elle avec curiosité.
- C’est donc là, que vous habitez ! C’est un quartier
ravissant et très branché.
- Oui, de plus, c’est tranquille, dit Mendoza
brièvement.
La maison était silencieuse, comme d’habitude. Il la fit
asseoir dans le salon et se mit en quête de Guadalupe. A
cette heure, celle-ci regardait la télévision chez elle, dans
le petit appartement au fond du patio, qu’elle avait arrangé
à son goût.
- Désolé de te déranger, j’ai une invitée, dit Mendoza,
après avoir frappé. Peux-tu nous préparer à dîner ?
- Bien sûr, señor ! Tout est prêt, pour deux personnes.
Comme toujours, elle avait un sixième sens, pensa-t-il. Il
lui avait simplement annoncé qu’il avait rendez-vous
l’après-midi avec une gringa.
- Merci Lupe.
Il se sentait toujours coupable de la déranger le soir, bien
que ce fût devenu exceptionnel depuis longtemps.
- Voulez-vous que je vous apporte des
rafraîchissements, en attendant ?
- Bonne idée, merci.
Il rejoignit son invitée. Elle semblait n’avoir pas bougé
depuis leur arrivée, mais ses doigts qui pianotaient sur le
bras du fauteuil qu’elle occupait, témoignaient d’une
nervosité qu’elle ne maîtrisait pas.
- Je vous écoute, dit Mendoza.
- Très bien, je vais vous donner maintenant la raison de
ma venue à Mexico, dit calmement Melissa Hewitt.
- Il y a quelques mois, un couple prend contact avec le
FBI à Washington pour signaler une disparition. On
15 l’envoie à la section chargée de ces questions. Mais
l’inspecteur en poste me contacte car l’affaire, me dit-il,
n’est plus de son ressort. Il ne me donne pas de détails,
mais me demande de recevoir l’homme et la femme.
- Vous travaillez toujours pour le FBI ? L’interrompit
Mendoza.
- Oui, j’ai été promue Responsable du bureau, depuis la
mort de Thomas Ainsley, vous vous rappelez ?
- Ce n’était que justice.
- Certes, mais en contrepartie j’ai hérité de la plupart
des affaires compliquées, et dont personne ne veut !
Elle fit une pause.
- Bref, je reçois ce couple, Hans et Arlène Hofmann,
âge moyen, très BCBG, bien éduqués, des WASP, vous
voyez le genre !
Il ne voyait que trop bien.
- Le mari me raconte leur histoire. Leur fille de vingt
ans, Alexandra, a disparu depuis près d’un an. Il y a eu
bien sûr une enquête de police, mais qui n’a abouti à rien.
Elle était étudiante en biologie à l’Université de Los
Angeles, logée en résidence universitaire, et elle a disparu
le 12 novembre 2012 en fin d’après-midi, après être sortie
de sa chambre pour aller faire un jogging. Plus personne
ne l’a revue depuis. Aucun témoin. Mystère complet.
- En quoi cette histoire est-elle extraordinaire ?
demanda Mendoza. Elle a pu s’enfuir avec son amoureux,
cela arrive souvent chez les adolescentes !
- Dans son cas, cette hypothèse était exclue. C’était une
fille sérieuse, brillante, de plus elle avait un petit ami
depuis le collège, étudiant comme elle. Les parents le
connaissaient et l’aimaient beaucoup. Ils sont formels. Elle
ne l’aurait jamais lâché pour un autre.
- Vous ne pouvez pas en être sûre à cent pour cent.
- Le lendemain de sa disparition, c’était son
anniversaire, dit lentement Melissa. Elle avait préparé
elle16 même sa birthday party. Jamais, elle n’aurait laissé tomber
sa famille et ses amis sans rien dire, sur un coup de tête !
- Admettons, reste l’assassinat avec ou sans
enlèvement, réfléchit Mendoza.
- Là encore, la piste s’est arrêtée. Son cadavre n’a pas
été retrouvé et il n’y a jamais eu de demande de rançon,
comme l’espérait au début la famille.
- Donc, elle s’est volatilisée purement et simplement.
- Exactement, dit Melissa. Pendant des mois, les
parents ont vécu dans l’espoir de retrouver leur fille, ils
ont fait également appel à plusieurs agences de détectives
privés, sans aucun résultat. De guerre lasse, la police de
Los Angeles nous a refilé le bébé.
Elle s’interrompit alors que Guadalupe entrait, chargée
d’un plateau de boissons fraîches qu’elle posa
discrètement sur une table basse. Mendoza attendit qu’elle
se retire pour poser la seule question qui lui venait
immédiatement à l’esprit :
- Pourquoi, autant de remue-ménage pour une
disparition ?
- Ce que je ne vous ai pas dit, c’est que le père, Hans
Hofmann travaille pour le gouvernement fédéral. Il faisait
partie de l’équipe du président Bush. C’est un homme haut
placé.
- Je vois. Il vous a mis la pression. Que s’est-il passé
ensuite ?
- La famille avait perdu tout espoir, lorsqu’il y a
environ trois mois, les parents ont reçu une lettre, plus
simplement un bout de papier sur lequel étaient écrits ces
mots en espagnol : « Votre fille est morte, elle a été
assassinée. »
- N’importe qui aurait pu écrire ce mot, y compris un
gamin, intervint Mendoza. Ce pouvait être une
plaisanterie.
Melissa Hewitt secoua la tête, comme à regret.
17 - J’aimerais être de votre avis, mais malheureusement,
je ne pense pas. Nous avons pris ce mot très au sérieux. En
fait, comme si c’était le début d’une piste.
- Vous avez une idée sur l’auteur de ce message ?
- Aucune, avoua Melissa, je n’ai que des suppositions.
La phrase était écrite au stylo bille sur du papier kraft
banal, celui qui sert de sac d’emballage dans tous les
supermarchés, aucune empreinte reconnaissable, bien sûr.
- Vous avez dit que c’était en espagnol ?
- Oui, c’est une des raisons pour lesquelles je suis ici à
Mexico.
- Je suppose, dit Mendoza, que vous n’avez pas de vrai
suspect ?
- Aucun, non. J’ai interrogé à nouveau la famille, les
amis, sa colocataire, les gens de l’université, en pure perte.
Tous étaient très coopératifs, cette jeune fille était très
aimée, vous savez. Nous avons fait de multiples
prélèvements, effectué des recherches d’ADN dans
l’espoir de retrouver la trace d’un inconnu qu’elle aurait
pu rencontrer, tout ce que vous pouvez imaginer, nada.
Elle est sortie de sa chambre ce 12 novembre 2012 pour
aller jogger, et puis plus rien, comme si elle n’avait jamais
existé.
- En admettant que cette fille ait été assassinée, près de
la moitié de la population de Los Angeles est hispanique,
beaucoup auraient pu faire le coup. Pourquoi aller jusqu’à
Mexico ?
- J’ai repris l’enquête de A à Z, la voix de Melissa était
tendue, avec l’aide de la police de L.A., il est à peu près
certain que cette fille a été enlevée, je me suis donc
concentrée sur toutes les disparitions survenues à peu près
à la même date, dans un périmètre circonscrit à
l’université, et j’en ai trouvé une dizaine. J’en ai éliminé
quatre, un enfant et deux femmes et un homme qui ont été
18 finalement retrouvés, mais j’ai gardé les six autres. C’est
intéressant. Vous voulez connaître leur profil ?
Sentant qu’elle avait éveillé l’intérêt de Mendoza, sans
attendre sa réponse, elle récita de mémoire comme si elle
lisait ses fiches :
- Premier disparu : Luis Romano Juarez, né le 12
octobre 1982 à Cleveland, Ohio.
Famille d’origine mexicaine. Taille : 1,80 mètre pour 75
kg. Cheveux noirs, yeux bruns.
Travaillait comme serveur dans une pizzeria proche de
l’université. Il a quitté le restaurant le 8 novembre 2012,
c’était la fin de son service, vers 11 heures du soir, pour
rentrer chez lui. Il portait un blouson de flanelle, des jeans
et des chaussures de tennis. Ses collègues n’ont rien
remarqué d’anormal dans son comportement. Il a pris sa
voiture, garée à l’arrière du restaurant, mais n’est jamais
arrivé chez lui. Sa voiture a été retrouvée sur le parking
d’un centre commercial, à 15 kilomètres de là.
Signes distinctifs : un tatouage sur l’avant-bras gauche en
forme de serpent.
- Disparue numéro 2 : Michaela Gomez Wiles, née à
Monterrey, Mexique, le 18 juillet 1970. Taille 1,70 mètre,
cheveux bruns, yeux noisette. Sans profession, épouse de
Stanley Wiles, de nationalité américaine. Domiciliée à Los
Angeles, à trois kilomètres de UCLA, l’université de
Californie à Los Angeles. Disparue le 9 novembre 2012
alors qu’elle était allée chercher l’un de ses enfants à
l’école. C’est son mari qui s’est inquiété quand l’école a
téléphoné. Sa voiture, une Honda Civic blanche n’a pas
été retrouvée mais son mari est persuadé qu’elle a été
kidnappée. Pas de demande de rançon.
Portait lors de sa disparition des boucles d’oreille créoles.
Elle était vêtue d’un ensemble en daim et de bottes en cuir
noir.
19 - Disparu numéro 3 : Hector Raul Berry, né à Mexico
City le 20 mars 1969. A la double nationalité mexicaine et
américaine. Taille : 1,75 mètre pour 70 kg. Cheveux
blonds, yeux bleus.
Issu d’une riche famille installée à Ciudad Juarez et
propriétaire d’un ranch, qui tire ses ressources de l’élevage
de chevaux et de l’agriculture. Vit également à Los
Angeles. Disparu depuis le 10 novembre 2012. Semble
avoir été kidnappé, mais là encore, pas de demande de
rançon. Sa voiture a été retrouvée près de l’aéroport de
Burbank. Elle a été passée au peigne fin par le
département de police de Los Angeles, sans qu’aucune
trace n’ait été relevée, en particulier de sang.
- Disparue numéro 4 : Bethany Louise Vargas, née le
10 février 1987 à Los Angeles, Californie. Taille : 1,68
mètre pour 55 kg. Cheveux teints en blond, yeux bruns.
Travaillait comme hôtesse dans un spa à moins d’un
kilomètre de UCLA. Elle s’est absentée l’après-midi pour
aller faire une course. L’une de ses collègues l’a vue
téléphoner de son portable juste avant. Elle n’a pas utilisé
sa voiture, elle est partie à pied, mais n’est jamais
retournée à son travail. Elle est portée disparue depuis le
13 novembre 2012.
Signes distinctifs : un tatouage en forme de papillon sur
l’épaule droite, a les oreilles percées, et a un piercing sur
une narine et sur l’ombilic.
- Disparu numéro 5 : Samuel Justin Bradley, né à
Detroit, Michigan le 14 janvier 1978. Taille 1,85 mètre
pour 75 kg. Cheveux blonds foncés, yeux gris. Sa famille
a déménagé en Californie quand il avait cinq ans. Diplôme
d’économie de l’université de Berkeley. Enseigne à
UCLA depuis 3 ans. Disparu le matin du 14 novembre
2012 après avoir appelé sa petite amie pour lui dire qu’il
allait faire un tour en voiture mais n’est jamais revenu. Sa
voiture, une Mini Cooper n’a pas non plus été retrouvée.
20 - Disparue numéro 6 : Sarah Estéban Diaz, née à
Austin, Texas, de parents mexicains le 3 septembre 1985.
Taille 1,63 mètre pour 58 kg, cheveux roux, yeux verts.
Etudes de théâtre, puis tente sa chance à Hollywood.
Nombreux petits boulots. N’a jamais décroché de rôle,
sauf dans des films pornos. Disparue le 15 novembre
2012, à la sortie d’un bar vers 10 heures du soir. Un
témoin l’a vue monter dans une voiture avec deux
hommes. N’a plus jamais donné signe de vie.
Melissa s’interrompit et regarda Mendoza avec défi :
- Cela vous suffit-il ?
- Ce n’est déjà pas mal, admit-il. Il l’avait écoutée avec
attention.
Qu’est-ce que vous concluez de tout cela ?
- Vous ne voyez donc pas le lien ?
- En dehors du numéro 5, ce sont tous des hispaniques,
si lien il y a, et alors, qu’est-ce que cela prouve ?
- Vous avez raison sur ce point, mais quelque chose
d’autre ne vous frappe donc pas ?
- Pas vraiment !
- Ils ont tous disparu les uns après les autres, dit
lentement Melissa, entre le 8 et le 15 novembre, un par
jour. De plus, ils étaient tous relativement jeunes.
- Vous pensez à un tueur en série ?
- Je l’ai envisagé au début. Mais un crime par jour,
c’est peu plausible pour un seul homme. Et puis, aucun
cadavre n’a été retrouvé. Non, ils ont tous été enlevés et
emmenés hors de Californie. Ma théorie, c’est
qu’Alexandra s’est trouvée par hasard, malgré elle,
impliquée dans une sombre affaire mettant en scène des
ressortissants d’origine mexicaine, et que ça s’est mal
terminé pour elle. Point final.
- Qui vous dit qu’Alexandra n’était pas elle aussi
impliquée ? Rétorqua Mendoza. Bon, admettons que votre
intuition soit juste, qu’est-ce que vous comptez faire ?
21 - Rechercher si ces sept personnes, y compris
Alexandra, avaient un lien entre elles, et si elles se
connaissaient déjà avant de disparaître.
- Ne me dites pas que le FBI n’a pas été capable de
faire cette recherche depuis Washington ?
– Si, bien sûr, mais contrairement à ce que vous pensez,
notre enquête n’a pas retrouvé grand-chose. Aucun lien
entre eux. Une chose semble certaine, Alexandra n’a
jamais mis les pieds au Mexique.
- Je vois. Vous avez pris contact avec vos homologues
à Mexico ?
Elle secoua négativement la tête.
- C’est une affaire délicate. Comme vous le savez, nous
ne faisons pas trop confiance à votre police.
- En un sens, vous avez raison. Donc, vous n’opérez
pas de manière officielle ?
- Non.
Elle se pencha vers lui, se faisant pressante :
- J’ai vraiment besoin de votre aide, Mendoza.
Il la regarda droit dans les yeux.
- Dites-moi, Melissa, quand allez-vous réellement me
dire la vérité ?
Elle soutint son regard.
- Jusque là, je ne vous ai pas menti, se défendit-elle.
- Admettons, il y a toutefois une chose que je n’ai pas
pigé, c’est votre offre de garde du corps.
Elle frissonna légèrement en ramenant les bras contre sa
poitrine :
- Depuis le début de cette enquête on a tenté par deux
fois de me supprimer !
Il y eut un silence.
- Vous ne me croyez toujours pas, n’est-ce pas ?
- Je pense que maintenant vous dites la vérité. Le
visage de Mendoza s’était assombri.
22 - Dans quelles circonstances vous a-t-on prise pour
cible ?
- Les deux fois à Washington. La première fois, on m’a
tiré dessus pendant que je roulais en voiture. Je n’ai pas vu
le tireur. Il m’a ratée, mais l’impact de la balle était bien
visible. La deuxième fois, on m’a attaquée alors que je
rentrais chez moi, j’ai réussi à mettre mon assaillant en
fuite sans pouvoir le retrouver. Du vrai travail de
professionnel.
- Homme, femme ?
Elle haussa les épaules.
- Je n’en sais rien. L’enquête n’a rien donné bien sûr.
- Quel intérêt aurait-on à vous supprimer ?
- Je n’en vois aucun, si ce n’est de m’empêcher de
m’occuper de l’affaire Hofmann !
Malgré son ton dégagé, elle était soucieuse.
Elle regarda soudain sa montre.
- Il se fait tard, je dois rentrer à mon hôtel.
- Pas question, dit Mendoza d’un ton ferme. Vous allez
dîner avec moi. Ensuite, je vous propose de passer la nuit
ici.
Elle le regarda, amusée malgré elle.
- Vous ne voulez pas que je rentre à mon hôtel ? Est-ce
une proposition ?
- Ce n’est pas ce que vous pensez, riposta Mendoza.
Mais après ce que vous venez de me raconter, je ne veux
pas prendre de risque.
Il fit une pause.
- Finalement, disons que je suis d’accord pour vous
aider de manière officieuse. Je vais voir ce que je peux
déterrer sur vos disparus, mais je ne vous garantis rien,
étant donné que les faits remontent à un an.
Quelque part, elle paraissait soulagée.
- Je vous remercie, Mendoza. A propos, dit-elle d’un
ton désinvolte, c’est un travail rémunéré, sur la base de
23 5 000 dollars par semaine ! Avec en prime, 20 000 dollars
de récompense si nous retrouvons Alexandra. Mais je
veux suivre de près la progression de votre enquête.
Il fit entendre un sifflement.
- Vous auriez dû me le dire au tout début ! J’aurais
accepté tout de suite !
- Je voulais être sûre que l’argent n’était pas votre
moteur !
- Qu’en savez-vous ?
Il sourit de toutes ses dents.
- Pour sceller notre accord, et puisque nous sommes
associés, que diriez-vous de m’appeler Emiliano ?
24 3


- Quel jardin magnifique ! Je me sens presque en
vacances, s’exclama Melissa Hewitt.
C’était le lendemain de leurs retrouvailles. Ils prenaient
le petit-déjeuner, sur le patio, à l’ombre des lauriers-roses
et des cactus. Guadalupe avait concocté des plats
délicieux, goyaves coupées en morceaux, frijoles et œufs
brouillés, patates douces, avec une pile de tortillas toutes
chaudes qu’elle venait de cuire, le tout arrosé d’un café
assez fort qui n’avait rien d’américain.
- Je suis content que cela vous plaise, dit Mendoza.
Il avait passé la nuit à réfléchir et avait plutôt mal dormi.
- Vous savez, dit Melissa, comme si elle lisait dans ses
pensées. Je ne voudrais pas que vous pensiez que je vous
ai piégé ! Vous avez encore le temps de refuser mon offre.
Plus elle le regardait, plus elle le trouvait encore plus
séduisant que lors de leur rencontre aux Etats-Unis. Il
avait à peine vieilli, son corps était toujours aussi
athlétique. Il était très grand comme les Mexicains du
Nord, avec des épaules larges et musclées et des hanches
minces, mises en valeur par les jeans et le tee-shirt. Il avait
d’épais cheveux blond foncé, qui lui couvraient le cou, un
visage aux traits réguliers, bronzé par le soleil, et des yeux
pailletés de vert qui feraient fondre n’importe quelle
femme, pensait-elle.
- Je suis assez grand pour décider tout seul, dit
Mendoza brutalement.
Elle rougit légèrement.
- Désolée d’avoir heurté votre sensibilité.
- Excusez-moi, dit Mendoza. Je n’ai pas un caractère
facile.
- Je le savais, dit-elle doucement. Tenez.
Elle sortit de son sac une clé USB qu’elle lui tendit.
25 - C’est la liste des disparus et tous les renseignements
dont nous disposons. Pour votre enquête, locale, bien sûr.
- Vous saviez, dès le début, que j’allais accepter,
n’estce pas ? Murmura Mendoza en prenant la clé.
- A votre avis ?
Elle se leva avec grâce.
- Il faut que je retourne à mon hôtel. Le temps presse et
j’ai besoin de me changer.
- J’allais vous le proposer. Je vous y emmène en
voiture.
Malgré la circulation, le trajet ne fut pas très long. Elle lui
indiqua une petite rue à l’écart, dans la zona rosa. A cette
heure de la matinée, seuls les touristes étaient visibles.
- C’est mon rôle de vous accompagner, dit Mendoza.
- Ecoutez, je ne crois pas que je risque grand-chose
maintenant. J’ai des coups de fil à passer, des messages à
récupérer. Je vous propose de nous retrouver plus tard.
Manifestement, elle lui donnait congé.
- D’accord, dit Mendoza, mais n’hésitez pas à
m’appeler avant si vous avez des ennuis. Ils échangèrent
leurs numéros de portables.
- Je savais que je pouvais compter sur vous. Merci,
Emiliano.
Il la regarda s’engager dans la rue, et dès qu’elle eut
disparu, se lança à sa poursuite. Il connaissait si bien la
ville qu’il était certain qu’il n’y avait aucun hôtel ni
pension de famille dans cette zone. Intuitivement, il savait
qu’elle avait menti mais en ignorait la raison. Comme
pour confirmer ses doutes, au bout de la rue, il ne vit
personne. Ce n’était pas la première fois qu’il se faisait
mener en bateau par une femme. Pourtant, cette fois-ci,
c’était différent. Il n’avait plus le même état d’esprit. Il ne
pouvait pas changer le cours des choses, et se devait de
laisser les évènements venir à lui, tranquillement. Avec
26 fatalisme, il rebroussa chemin. Il laissa un bref message
sur le répondeur de Melissa. Cela faisait partie du jeu. Tôt
ou tard, elle reprendrait contact avec lui.
De retour chez lui, il brancha son ordinateur et regarda
le contenu de la clé. Sur ce point, Melissa n’avait pas
menti. Toutes les infos qu’elle lui avait données oralement
s’y trouvaient résumées ainsi que les photos des disparus.
Il fit défiler les fichiers. En bonus, celui d’Alexandra
Hofmann, le plus documenté. Ceux des Mexicains, en
comparaison, étaient minces. L’étaient-ils réellement, où
avaient-ils été expurgés volontairement par le FBI ? Bien
qu’il penchât vers la deuxième hypothèse, il se promettait
de poser la question à Melissa dès qu’il la verrait. Ses
yeux enregistrèrent automatiquement les moindres détails.
Alexandra Hofmann, née le 13 novembre 1992, à
Washington DC. Taille 1,72 mètre pour 54 kg. Cheveux
blond vénitien (couleur naturelle), yeux bleus.
Collectionne les succès scolaires depuis le collège.
Acceptée à Harvard et Berkeley, a préféré s’inscrire à
UCLA pour un master en biologie. Signes distinctifs :
oreilles percées et piercing à l’ombilic. Petite tache de
naissance marron clair sur l’épaule gauche.
A une demi-sœur plus âgée de dix ans du côté paternel.
Père, Hans Hofmann, veuf de sa première femme, alors en
poste à Washington, a épousé sa conseillère juridique, de
douze ans sa cadette, Angela Klossowski. De cette
deuxième union est née leur fille unique Alexandra.
Dévastés par sa disparition. Ont toujours gardé l’espoir
qu’elle soit vivante.
La suite ne lui apprit rien de plus qu’il ne connût déjà par
Melissa. Il examina la photo. C’était plus qu’une jolie
fille, l’intelligence transparaissait dans ses yeux vifs et son
menton volontaire dénotait une forte personnalité.
Il éplucha le dossier des disparus de Los Angeles : Au
total, cela faisait trois hommes et quatre femmes, si on
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