Les Crépuscules de Manon

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Manon, jeune adolescente n'a d'yeux que pour ses livres. Cette jeune fille ne prêtant que peu d'attention aux apparences, va pourtant s'épanouir et se découvrir un don surnaturel et exceptionnel qui va changer sa vie.

Romantisme, surprises, déchirements,... Plongez-vous dans cette histoire attachante et bouleversante.


Publié le : mardi 24 mai 2016
Lecture(s) : 2
Licence : Tous droits réservés
EAN13 : 9782390200017
Nombre de pages : non-communiqué
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Marie-Ange Wouters

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Les Crépuscules de Manon

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Flamingo éditions

 

Remerciements

 

 

Merci à mes deux enfants de me soutenir, « je vous aime ».

Merci à ma maman d'avoir toujours été là pour moi.

Merci à mon compagnon David, pour son écoute,

sa patience et son amour.

Merci à mon amie Micheline Lamoureux pour la première correction. Nous formons vraiment une belle équipe.

Merci à ma famille et amis qui me soutiennent et ce depuis le début.

Merci à mes lecteurs qui me suivent et me portent vers le haut.

Merci à ma maison d'édition « Flamingo » pour sa confiance.

 

Un clin d’œil à toi papa qui es juste à côté.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Ce roman est un ouvrage de pure fiction. Les noms, les caractères, les lieux et événements ainsi que le poison sont nés de l'imagination de l'auteur et utilisés de façon fictive.

Toute ressemblance avec des faits réels, des lieux existants ou des personnes vivantes ou mortes, serait purement fortuite.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

© Flamingo éditions

2016

ISBN : 978-2-39020-001-7

Couverture : ©AlBr

 

 

 

 

 


 

 

 

 

 

 

 

 

 

1.

 

 

 

 

Elle avait quatorze ans, elle était jolie mais s'enlaidissait par sa manière de se vêtir et de négliger sa coiffure. Elle s'appelait Manon et préférait, de loin, se promener dans les bois ou lire des romans plutôt que de passer des heures devant son miroir comme toutes les jeunes filles de son âge. La plupart du temps, ses trois frères la charriaient en lui disant qu'elle ne trouverait jamais de mari si elle ne devenait pas un peu plus féminine. Mais cela ne l’atteignait pas. Le jour où un garçon s'intéresserait à elle, peut-être ferait-elle un peu d’efforts mais rien n'était moins sûr. Pour elle, l’intérieur devait être plus fort que le physique. Pourtant, sa mère était une femme coquette qui prenait grand soin d'elle. Mais, à son grand désarroi, sa fille préférait enfiler une salopette, des bottes jaunes en caoutchouc et partir, avec un bon bouquin sous le bras, explorer la forêt. Elle avait toujours le chic pour dénicher un petit arbre au pied duquel elle aimait se reposer et lire. Les romans étaient, pour elle, la seule façon de s'évader et de rêver. Cette adolescente était solitaire et n'avait aucune amie. Cela ne lui déplaisait guère car elle n'avait aucune envie de parler chiffons, et encore moins des garçons qu’elle trouvait très peu intéressants. La rentrée scolaire aurait lieu dans quinze jours. De ce fait, elle en profitait pour se prélasser au maximum. C’était une très bonne élève, assidue et courageuse. Ses notes n'étaient jamais en dessous de neuf sur dix. Ses professeurs étaient heureux de compter, parmi leurs élèves, une étudiante aussi modèle. Cela, évidement, ne favorisait pas son adaptation au sein du groupe de ses consœurs. Celui-ci se composait de sept personnes toutes aussi médiocres les unes que les autres du point de vue intellectuel.

 

Il était dix-sept heures. Manon savait qu'elle devait prendre le chemin du retour car le dîner était servi à dix-huit heures trente, et celui ou celle qui n'était pas présent, était privé de manger. Sa mère, Sophie, tenait fermement la maison. C'était une femme avec une main de fer dans un gant de velours. Son époux, Thierry, était fier d’elle car elle était courageuse et la demeure était toujours impeccablement tenue. Quant à lui, il travaillait en qualité de contremaître dans une entreprise de construction. Cela faisait maintenant cinq ans qu'il avait été promu à ce grade et dix-huit ans qu'il travaillait pour la même société à savoir l'entreprise familiale de son beau-père. Il était volontaire, et surtout, intelligent. Il était respecté dans sa profession que ce soit par ses collaborateurs, ses ouvriers, son patron ou les clients. Toujours à l'écoute, il trouvait, la plupart du temps, des solutions efficaces aux problèmes que les maçons pouvaient rencontrer sur les chantiers. Ses journées débutaient à sept heures et se terminaient, en général, vers dix-sept heure trente. Il lui fallait une vingtaine de minutes pour rejoindre son domicile et cela lui convenait parfaitement.

 

Son épouse dressait la table pour le dîner pendant que les garçons se lavaient les mains. Esteban, l’aîné de la fratrie, allait sur ses vingt ans. Il lui restait une année d'études avant de se lancer sur le marché de l'emploi. Il avait déjà plusieurs options dans des garages de la région. Il s'était décidé, sur le tard, de la profession qu’il voulait exercer et il avait raté deux années scolaires. Maintenant que son choix était définitif, il se donnait les moyens d'y arriver et cela lui réussissait assez bien. Il était suivi de Steve qui, lui, allait sur ses dix-sept ans. Il avait encore une année à effectuer, et ensuite, il souhaitait débuter des études universitaires afin de devenir avocat. Il était très intelligent et envisageait cette carrière depuis toujours.

L'avant-dernier, François, ne savait absolument pas de quoi demain serait fait. A l'aube de ses seize ans, il était paresseux et n'avait jamais envie de rien. Il restait agglutiné, du matin au soir, sur sa console de jeux vidéo. Même lorsque le soleil brillait, il restait enfermé des heures entières à jouer avec ses amis virtuels. Il ne pratiquait aucun sport et cela ne le passionnait pas du tout. L'école ne l'intéressait pas plus, si bien qu'il se retrouvait dans la même classe que sa sœur. Leurs parents disaient toujours, en plaisantant, que celle-ci allait bientôt le dépasser. Ces paroles étaient presque une réalité.

 

Leur maison était splendide. Thierry et son épouse avaient mis cinq années afin d’en réaliser les plans avec l'architecte. Sophie savait exactement le style de maison qu'elle souhaitait, et grâce à une partie de l'héritage de ses grands-parents ajouté au salaire de son époux, son vœu avait été exaucé. La demeure se situait dans une rue très tranquille. Toutes les maisons étaient somptueuses. Les voisins les plus proches se situaient à une cinquantaine de mètres. Le calme y régnait du matin au soir et il n’y avait pas de grand-route àproximité.

 

La maison se composait de six chambres. Chaque enfant avait la sienne et chacune d'entre elles mesurait plus ou moins vingt mètres carrés. Ils possédaient tous leur propre salle de bains. De ce fait, il n'y avait jamais de file pour faire sa toilette le matin ou soir.

Le rez-de-chaussée était vaste. La cuisine, qui était le cœur de la maison, était très spacieuse. Sophie avait la cuisine de ses rêves. Le mobilier était de couleur bordeaux, et les meubles se composaient de grands tiroirs. Au milieu de celle-ci, se trouvait un énorme îlot central avec la table de cuisson électrique et la hotte. A côté de ce bloc, il y avait un grand comptoir où tout le monde prenait le petit-déjeuner et le goûter. Les repas principaux se prenaient dans la salle à manger. L'évier était situé juste devant la fenêtre qui donnait sur le jardin. Sophie avait voulu qu'une porte y soit apposée afin de pouvoir accéder à ce dernier sans faire de détour. Les murs étaient gris avec une touche de vert fluo pour égayer cette pièce à vivre. Juste à côté de celle-ci, une belle grande buanderie avait été construite. On y trouvait le congélateur et des armoires de rangements réservées à l'alimentation. Ensuite, on trouvait une autre buanderie destinée au linge. Machine à lessiver, séchoir et cordes à linge s'y trouvaient. Chaque salle de bains contenait une trappe et dès que les enfants avaient des affaires sales, ils ouvraient celle-ci et le linge atterrissait directement dans un grand bac qui se trouvait dans la laverie. Cela facilitait évidemment le travail de tous.

La salle à manger ne comportait qu'un beau bahut et une grande table pouvant accueillir douze convives. Mis à part deux cadres, cette pièce était totalement épurée. Une porte fenêtre lui donnait énormément de clarté. Lorsqu'on l’ouvrait en été, elle donnait directement sur la terrasse derrière la maison.

Le salon, quant à lui, était très chaleureux. Il se composait d'un divan en L prévu pour que tout le monde puisse regarder la télévision à son aise. Les meubles étaient de couleur noire et les murs de couleur blanche. Une touche de rouge était apposée ici et là. Les coussins et les cadres, grâce à cette couleur vive, donnaient une chaleur particulière. Il y avait un poêle à pellets pour les mois plus frais et la maison comportait un chauffage central à même le sol pour l’hiver. Il y avait également une porte fenêtre qui, elle aussi, donnait sur la terrasse du jardin.

Le grand hall d'entrée donnait sur une petite salle de bains (douche, évier et toilettes) pour les invités. A l'étage, se trouvaient les vastes chambres de chacun. La dernière pièce était une chambre d'ami qui bénéficiait, comme les autres, d'une salle de bains privative. Le bureau de Thierry se trouvait dans une annexe de la maison. Celui-ci avait été construit plus tard. Il donnait sur le jardin et sur la piscine. Cette dernière avait été pensée pour pouvoir en profiter été comme hiver : un toit amovible pour les jours où les températures étaient élevées et un chauffage à 27 degrés pour les jours plus froids.

Thierry travaillait dur pour que sa famille ne manque de rien. Lui qui venait d'une famille assez pauvre, s'en était fait la promesse. Il avait fait des études et s'était accroché pour réussir afin d'en arriver à sa situation actuelle.

 

Lorsqu'il avait rencontré Sophie, il l'avait immédiatement trouvée attirante. Cette femme avait une prestance et un charisme incroyables. Elle faisait tourner toutes les têtes. Cette rencontre se fit pendant une soirée d'inauguration. Thierry ne savait évidemment pas qui était Sophie et le charme avait opéré directement, d'un côté comme de l'autre. Lui était célibataire et Sophie, quant à elle, était promise au bras droit de son père. La famille de Sophie était fortunée depuis plusieurs générations.

 

Le fiancé de Sophie était de quinze ans son aîné. Mais provenant d'une famille aisée, il paraissait judicieux à tous qu’ils se marient. Tout était organisé. Sophie n'avait aucune attirance pour cet homme et ne ressentait pas de l'amour, mais de la tendresse. En effet, il était gentil, attentionné, affectueux, présentait bien et était assez bel homme. De son côté, Aurélien n’était pas non plus amoureux d’elle. Pour eux, c'était un mariage de convenance ni plus ni moins. Ils en avaient pris leur parti l'un et l'autre et se disaient, qu'avec le temps, peut-être que leurs sentiments changeraient. Pourtant, Sophie n'aspirait qu'à une chose, rencontrer le vrai amour, passionné, romantique, sincère et partagé.

 

Trois mois avant le mariage, Aurélien, parti en voyage d'affaires, succomba au charme d’une mauricienne. Il était donc revenu afin de rompre ses fiançailles et annuler le mariage. Les parents de Sophie étaient fous de rage et évidemment, il fut licencié sur le champ. Les parents d'Aurélien n'étaient guère plus en joie et décidèrent de renier leur fils unique. Sophie, quant à elle, lui souhaita tout le bonheur du monde et ils restèrent bons amis. Aujourd'hui encore, ils continuaient à communiquer via courriel.

 

Aurélien était maintenant papa de quatre enfants, et lui et son épouse étaient toujours aussi amoureux l'un de l'autre. Il avait créé son entreprise sur l’île Maurice et était vraiment heureux. Il n'avait jamais plus eu de nouvelles de ses parents, jusqu'à leur mort. En effet, le père d'Aurélien fit une attaque deux années après l'annulation du mariage et sa mère mourut quelques mois plus tard d'un cancer foudroyant. Il était fils unique, et malgré ce que son père avait proclamé, Aurélien avait hérité de tout l'empire familial. Il avait vendu lesimmeubles ainsi que les bons de caisses et, grâce à cet argent, il avait pu concrétiser son projet pour sa nouvelle vie. Depuis, ses affaires n'avaient fait que prospérer.

 

Lorsque Sophie avait croisé le regard de Thierry, elle était immédiatement tombée sous son charme. Mais son éducation ne lui permettait pas de faire le premier pas, si bien qu'elle avait dû attendre une bonne partie de la soirée avant qu'enfin Thierry ose l'inviter à danser.

 

Le père de Sophie, Marcel, s'était renseigné sur cet homme. Il ne venait certes pas du même milieu, mais d'après les renseignements obtenus, c'était un homme courageux, honnête, travailleur et qui faisait tout pour gravir les échelons et embrasser une belle carrière. Cet homme présentait bien. Sophie avait émis le souhait, après sa rupture avec Aurélien, de ne plus avoir à subir pareille humiliation et avait, dès lors, demandé à son père de la laisser choisir son futur époux. Celui-ci avait consenti car il regrettait amèrement d'avoir fait souffrir sa fille aux yeux de tous. Ce qu'il ne savait pas, c'était que Sophie n'en avait vraiment pas souffert, au contraire, cela était une libération.

 

Elle avait sauté sur l'occasion pour obtenir ce qu'elle souhaitait, à savoir avoir, peut-être un jour, la chance de rencontrer le grand amour.

Grâce à cela, elle avait pu se faire courtiser, comme il se devait, par Thierry. Celui-ci, par son allure et ses manières de gentleman, avait rapidement su conquérir le cœur de sa, il l'espérait future belle-mère, et par la même occasion, avoir l'approbation et la sympathie du père de Sophie. Depuis, cela faisait maintenant vingt-trois ans qu'ils s'étaient dit « oui » pour le meilleur et pour le pire. Sophie avait dix-neuf ans lorsqu'elle était devenue madame Glanor.

 

A quarante-deux ans, elle était une femme respectée, une épouse aimante et la maman de quatre enfants. Son père était toujours dans les affaires mais ne tarderait sans doute pas à se retirer. Sa mère était malade mais combative et ne se plaignait jamais. Sophie était fille unique et espérait que son époux reprendrait les ficelles de l'entreprise familiale lorsque son père prendrait sa retraite.

 

Elle espérait également que son fils cadet suivrait les traces de ses ancêtres, à savoir travailler dans l'entreprise familiale de construction. Thierry avait gravi les échelons grâce à sa ténacité. Il n'avait profité d'aucun favoritisme et il avait débuté au plus bas pour arriver pratiquement au sommet.

 

*

 

-Demain, Manon, nous irons faire des courses. Il te faut des nouveaux vêtements pour la rentrée scolaire.

-Mais pour quoi faire maman ? J'en ai assez !

-Je suis allée faire un tour dans ta garde-robe et tu n'as pratiquement rien. De plus, tes tenues ressemblent à des robes de bonne sœur !

-Et quand bien même, si cela me convient !

-Il va quand même falloir, ma chérie, que tu commences à changer un peu ton look. Tu vas sur quinze ans, il serait temps de devenir une jeune fille.

-J’en suis une, mais j'ai ma propre apparence, c'est tout.

-Écoute, je ne veux pas paraître méchante mais tu n'as aucun style. Tu pars à l'école avec des chemises de bûcheron !

-Je me sens bien comme ça !

-Tu n'as pas envie de vêtements un peu plus..., un peu plus féminins ?

-Non. Mais si tu y tiens, nous pouvons aller faire un tour dans les magasins, on pourra peut-être trouver un compromis.

 

Un sourire illumina le visage de Sophie.

 

-Avec plaisir, merci !

Thierry, qui n'avait pas manqué une seule parole de la discussion, ne dit rien. Il savait que cela satisfaisait son épouse, mais qu'en rentrant le lendemain, elle serait déçue des nouveaux achats de leur fille. C'était chaque année la même rengaine. Manon voulait contenter sa mère, mais c'était plus fort qu'elle, elle n'avait aucun goût vestimentaire et aimait s'habiller un peu n'importe comment.

Ses cheveux étaient longs mais elle n'en prenait pas soin non plus. Ils étaient abîmés aux pointes, et malgré les supplications de sa mère, Manon refusait de se rendre chez le coiffeur. De plus, elle portait de grosses lunettes qui lui donnaient un air de débile, mais elle n'en démordait pas, elle les aimait telles quelles. C'était également pour cela que Thierry était conscient que son épouse serait déçue lorsqu'elle rentrerait.

 

Effectivement, le soir, en revenant de leurs emplettes, Sophie avait une mine dépitée. Sa fille n'en avait fait qu'à sa tête. Malgré tout, afin de satisfaire sa mère, elle avait accepté d'acheter quelques petites robes à fleurs avec les gilets ainsi que les sandales assorties. Elle avait également opté pour des pantalons noirs et quelques petits pulls de plusieurs couleurs qui se mariaient avec tout. Sophie était consciente que sa fille ne les mettrait probablement jamais, mais au fond d'elle, l'espérait tout de même.

 

*

 

La rentrée scolaire approchait à grands pas. Manon n'était pas ravie de revoir le club des pimbêches de sa classe mais savait qu'elle n'avait pas le choix, de plus, elle adorait apprendre, ce qui pesait tout de même dans la balance. Heureusement, elle avait ses lectures qui lui permettaient de s'évader durant les récréations et la pause de midi. Depuis sa première année en secondaire, elle n'avait, jusqu'alors, jamais eu d'amies. En général, elle était même la tête de turc. Trop intellectuelle, pas assez au top au point de vue vestimentaire ou maquillage et toujours coiffée à l’arrache. Bref, le cliché type de la fille paysanne qui n'en avait rien à faire de son look. Ses frères, par contre, faisaient fureur. Ils étaient adulés par toutes les filles. Même François avait sa cour, mais celui-ci préférait discuter avec ses copains de jeux vidéo. Les filles, pour lui, n'étaient que des emmerdeuses et il n'avait pas envie de s’embêter avec l'une d'entre elles.

 

Steve avait une copine depuis quelques mois. Cette jeune fille avait seize ans et ils étudiaient dans le même établissement. Elle était très jolie mais pas aussi intelligente que lui. Du coup, ils ne passaient pas énormément de temps ensemble. En effet, il préférait lire des bouquins sur le métier qu'il s’était choisi plutôt que sortir en boite tous les week-ends.

 

La semaine précédant la rentrée scolaire, la famille avait l'habitude de se rendre à la mer où elle avait acheté un chalet, quelques années auparavant. Celui-ci était spacieux et Sophie autorisait chacun de ses enfants à y inviter un ami. Chaque année, François appréhendait cette escapade qui, pour lui, était un véritable calvaire. La règle était de n'emporter que des bouquins ou des jeux de société et interdiction formelle d'emmener une console de jeux. Pendant cette huitaine, François allait donc vivre dans la vraie vie, sans pouvoir se connecter à une quelconque console. Évidemment, aucun de ses amis ne souhaitait se joindre à la famille pour cette période puisqu’ils étaient tous aussi mordus les uns que les autres à cette addiction virtuelle.

Cette année, aucun ami ne serait donc de la partie.

 

Manon, par contre, adorait cette semaine et l'attendait avec impatience. Elle aimait se promener sur la plage et avait déniché un petit endroit où elle passait son temps à regarder l'horizon, rêvasser et prenait plaisir à lire ses bouquins. Elle dévorait littéralement les romans. Elle aimait, par-dessus tout, les aventures sentimentales. Elle détestait les livres policiers, fantastiques ou les histoires vraies, qui souvent la faisaient trop pleurer. Elle préférait laisser libre court à son imagination dans les romans « à l'eau de rose ».

 

Thierry et son épouse se réjouissaient également de ce dépaysement. Ils ne partaient pas souvent en vacances, mais cette semaine-là, ils y tenaient. Le départ s’effectuait à six heures. Ils faisaient une halte vers neuf heures, afin de prendre leur petit-déjeuner sur une aire d'autoroute, et ils arrivaient à destination vers onze heures.

Chacun prenait ses quartiers, ils mangeaient un morceau de baguette avec du fromage ou de la charcuterie, et ensuite, tout le monde vaquait à ses occupations. Sophie et Thierry allaient faire les courses pour la semaine, ainsi ils étaient tranquilles durant le reste du séjour. Ils avaient souvent la chance que cette dernière semaine d'août soit ensoleillée.

 

Manon, comme à son habitude, se consacrait à sa lecture. Elle ne prêtait pas attention à ce qu'il se passait autour d'elle. Ordinairement, elle arrivait à dénicher un petit coin calme, loin de l'agitation des touristes. Chaque année, elle changeait d'endroit. Cette fois, elle avait trouvé un bel arbre qui ferait office de point de chute pour elle et ses bouquins.

 

Le deuxième jour, Manon se précipita, dès son petit-déjeuner avalé, vers l'arbre qui l'attendait. Elle s'y installa, et après avoir respiré un grand coup, s'imprégna de sa lecture. Tout pouvait arriver, elle ne voyait ni n'entendait absolument rien. Si bien qu'à un moment, elle fut saisie de voir qu'un jeune homme était assis à côté d'elle avec, également, un livre entre les mains.

 

-Qui êtes-vous ? Que faites-vous là ?

 

Celui-ci releva la tête.

 

-Bonjour !

-Oui, bonjour ! Mais répondez à mes questions !

-Je fais comme vous. Hier, je suis venu repérer les lieux et j'ai déniché ce lieu. Il me semblait parfait pour venir m'y ressourcer avec un bon manuscrit.

-Mais, c'est mon arbre !

-Ah bon ?

-Non. Enfin, je veux dire que, moi aussi je l'avais localisé. Je viens ici depuis deux jours, donc j'étais la première !

-Mais, apparemment, il est assez large et grand pour nous deux.

-Non. Je ne souhaite pas discuter. Je me rends ici pour lire et rien d’autre. Si vous y venez également, vous aurez envie de parler et cela ne m'intéresse pas du tout.

-Pour votre gouverne, chère demoiselle, je n'ai pas, non plus, l'envie de papoter ! La preuve, vous ne vous étiez même pas aperçue de ma présence. Je cherchais un endroit calme afin de m'adonner à ma passion qu’est la lecture. Que cela vous plaise ou non, je viendrai quand même !

 

Manon fit la moue. Quelle poisse, pensa-t-elle. Au final, elle avait deux solutions : soit s’accommoder de la présence de cet intrus en mettant des règles strictes, soit chercher un autre endroit. Elle se rendit à l'évidence, elle devrait faire un effort car il était, pour elle, totalement impensable de chercher un autre emplacement. Celui-ci était plus que parfait.

 

-Bon... d'accord. Vous avez votre côté et j'ai le mien. Pas question de faire causette et d'apprendre à se connaître. On est bien d'accord ?

-Tout à fait.

-Bien.

-Bien.

 

Sur ce, Manon se leva. Il était l'heure de rentrer afin de retrouver sa famille pour le repas de midi. Elle reviendrait directement après et espérait que cette personne ne serait plus là. Sans un mot, et sans un regard en arrière, elle prit le chemin du retour. Le jeune homme, quant à lui, n'y avait pas fait attention. Il s'était déjà replongé dans sa lecture qui le passionnait au plus haut point. Une fois le déjeuner terminé, Manon aida sa mère à ranger la cuisine, et ensuite, fila vers son lieu de détente. Les garçons, quant à eux, préféraient flâner du matin au soir à la plage, ce que Manon ne supportait pas. La foule, les cris et la chaleur, très peu pour elle.

 

En arrivant près de « son » arbre, elle arborait un sourire radieux. L'inconnu était parti. Peut-être avait-il finalement décidé de chercher un autre endroit. Peut-être était-il reparti chez lui, peut-être que ses vacances étaient terminées. Mais au final, se dit-elle, je m'en fiche. Le plus important était qu'elle retrouve sa tranquillité.

 

Au bout de trois heures, Manon refermait son roman avec un sourire aux lèvres et un soupir qui en disait long.

 

-Je vois que vous êtes rêveuse. Cet ouvrage vous a-t-il plu ?

 

Manon eut un sursaut. Il était revenu et elle était tellement absorbée par son livre qu'elle ne l'avait même pas entendu.

 

      -Effectivement, j'ai apprécié. Je suis toujours déçue d'arriver à la fin.

-Je ressens exactement le même effet.

-Je ne pense pas que nous aimions la même lecture.

-Qu'aimez-vous lire en général ?

-Des romans qui me font m'évader. Des romans sentimentaux avec un brin d'intrigue.

-Alors nous avons les mêmes goûts.

Manon écarquilla ses grands yeux.

-Ah oui ? Vous ne lisez pas de thriller ou des romans policiers ?

-Rarement. Je recherche plutôt des œuvres qui me font rêver, sans trop de violence. La télévision n'a que des séries policières ou remplies de brutalité, je recherche donc totalement autre chose.

 

Manon se rendit alors compte qu'ils avaient des points communs. La discussion tourna autour des romans que l'un et l'autre avait lus. Ils remarquèrent, rapidement, qu'ils aimaient les mêmes auteurs et qu'ils avaient lu pas mal de livres en commun. Ils purent en discuter et donner leurs impressions. Cet échange était constructif voire même agréable. Au bout d'un long moment, Manon eut envie de connaître son prénom.

 

-Je m'appelle Manon. Et vous ?

-Mon prénom est Nicolas.

-Je suis désolée pour notre rencontre de ce matin. Il faut dire que je suis quelqu'un d'assez solitaire, donc...

-Je comprends parfaitement, j’aime également la solitude. Ma seule compagnie est la lecture.

-Vous venez tous les jours ?

-Oui. Et vous ?

-Oui. Enfin, pendant une semaine, car après, les vacances seront finies et je rentrerai chez moi.

-Pour ma part, je viens d'emménager ici. Du coup, cet arbre est et restera mon petit coin afin de me ressourcer. Évidemment quand le temps le permettra.

-Vous en avez de la chance. J'aimerai habiter ici. C'est un coin magnifique. De plus, la mer n'est pas loin. Il m’arrive, également de m'y rendre, les vagues me détendent. L'horizon me donne l'impression que celle-ci s'étend à l'infini, à perte de vue, un pur moment de bonheur. Je resterais des heures à contempler ce paysage.

-Pourquoi êtes-vous ici, dans un petit sentier, appuyée contre un arbre alors ?

-Car j'aime la mer lorsqu'il y fait calme. Pour l'instant, c'est la saison touristique, il y a trop de monde, de bruit et de soleil.

 

Nicolas riait. C'était aussi ce qu'il pensait.

 

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