Les Dames et les aventures du troubadour Raimon de Miraval

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Nous sommes aux XIIe et XIIIe siècles, durant la « première renaissance » européenne des lettres et de l’amour.

Raimon de Miraval, poète itinérant, exerce son art à la cour des plus illustres personnages de l’époque : vicomtes Trencavel, comtes de Toulouse, rois d’Aragon... Pour ce troubadour, un des premiers amoureux modernes, la quête de la Dame prime sur tout. Au détour d’une rencontre ou d’un fastueux repas ou bien confronté à une impitoyable croisade, il fréquente des femmes d’exception qui découvrent en ce temps-là leurs droits et pouvoirs : Azalaïs de Toulouse, Ermengarda de Castres, « Loba » (la Louve), Leonor d’Aragon... Porté par l’inspiration et le désir de Raimon, l’auteur entraîne le lecteur en chevauchées vers Carcassonne et Castres, Toulouse et Narbonne et même Barcelone et l’Aragon, faisant ainsi revivre la grande richesse de l’Histoire occitane et européenne d’alors.

Francis Pornon (auteur de romans, poèmes, carnets de voyage, chansons, pièces de théâtre et reportages) revient avec ce livre au roman historique.


Publié le : mercredi 12 octobre 2016
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EAN13 : 9782366521894
Nombre de pages : 360
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Postface

DU MÊME AUTEUR

Editions TDO

 

 

Editions TDO

ISBN 9782366521894

Couverture : Photo-montage TDO Éditions à partir de crédits photographiques The end of the quest de Franck Bernard Dicksee

 

 

www.tdo-editions.fr

 

LES DAMESETLES AVENTURES
DU TROUBADOUR RAIMONDE MIRAVAL

Francis Pornon

« D’Amor es totz mos cossiriers… »

« D’Amour est toute ma pensée :

Je ne me soucie que d’Amour […]

Car c’est d’Amour, quoi que l’on dise

Que vient ce qui prime en folie ou sens

Et tout ce que l’on fait d’Amour est bien. »

Raimon de Miraval,

chanson XII, in René Nelli:

Raimon de Miraval, du jeu subtil à l’amour fou.

 

 

 

« Cette morale de l’amour est le prélude des idées

qui feront plus tard de la France le flambeau du monde. »

Louis Aragon,

La Leçon de Riberac.

 

 

 

« J’ai suivi cet itinéraire qui se confondait avec celui de mon héroïne.

Peu à peu nos voix se sont juxtaposées ;

elle a emprunté ma langue, j’ai parlé avec ses mots. »

Michèle Teysseyre,

Moi, Veronica Franco, courtisane à Venise.

à Gilbert Baqué

Mes premières années se passèrent à l’ombre des chevelures de femmes et des frondaisons de châtaigniers. Elles furent illuminées par l’éclatant soleil du Cabardès entre les saisons au vent du nord mordant et au vent marin brûlant. C’est ma mère, la première dame que j’aimai, qui me le conta. Elle me rendait bien mon amour puisqu’elle me choisit pour nourrice la plus belle fille alentour. Celle-ci me donna le sein sans réserve, transfusant la vie dans mon petit corps, m’insufflant une vigueur mâle et une sensibilité dite féminine. Je fus pour toujours marqué par ces fruits inoubliables ornant la blanche et ronde pâte, ces baies fermes et vermeilles entre mes lèvres. À peine venais-je de naître que me fut déjà offert à pleine bouche ce que toute femme cache.

De plus, ces premières années, mes oreilles furent comblées par les chants de ma mère qui ne me laissait jamais m’endormir sans susurrer à mon oreille quelques morceaux mélodieux d’une chanson traditionnelle réchauffant mon âme fragile.

Ensuite je commençai à distinguer le monde et ceux qui l’habitaient, petit à petit je commençai à me connaître moi-même, ainsi qu’à entendre ce monde.

Je m’appelle Raimon de Miraval. Je suis né au XIIe siècle, au-dessus de Carcassonne, en un monde où règne la loi du plus fort. Les terres et les gens appartiennent aux seigneurs, les hommes prétextent quelque dieu pour justifier de terribles forfaits, les guerriers mutilent et tuent, les mâles prennent les femmes comme tributs. Or, voici qu’en ce même temps les poètes du Sud apprennent à l’Europe la poésie d’amour en langue d’oc, langue de chaude rocaille et de vents embaumés. Si bien que l’on aime à les copier partout, ainsi que fit le trouvère Chrestien de Troyes en la langue d’oïl, autrement dite langue des Francs ou de France. En ce monde sauvage et sombre je suis ballotté par les évènements et par les cataclysmes et aussi ensoleillé par le désir. Car aussi s’épanouit au milieu des tempêtes l’embellie délicate et passionnée, la poésie d’amour à chanter des belles dames.

Maintenant, après cinq décennies vécues, rendu au XIIIe siècle, me voici enfin dans la paix et la tranquillité de l’ombre, par-delà la montagne lumineuse. Il me fallut du temps pour jouir de la quiétude après le tumulte des batailles et des déroutes. Et cependant soufflent dans ma tête quatre vents chargés de tant de parfums féminins, tant de senteurs agrestes, tant d’arômes de cités merveilleuses, tant de souvenirs d’aventures et de voyages !

Et se pressent en ma bouche chansons mélodieuses et rythmées, images de chevauchées par forêts et garrigues, échos de castels pleins d’histoires, scènes de cours recelant des intrigues. Et encore, et surtout, flambent en mon cœur tellement de caresses de dames et tellement de passion d’elles que j’aime à en faire récit.

D’Amour est toute ma pensée :

Je ne me soucie que d’Amour…

 

Ce début d’une de mes chansons, écrite il y a déjà longtemps, je ne puis en renier un seul mot, après tout le trajet accompli. Je ne sais ce qui me reste encore à vivre ni si cela me réserve toujours l’amour.

Mais je sais que les mots et les faits de passion amoureuse sont ma seule richesse. L’amour est ce goût sans quoi la vie ne serait qu’une potion amère ou du moins un très fade brouet, alors qu’il est en fait un festin magnifique et délicieux.

C’est pourquoi je veux vous conter mes belles aventures.

1

Je naquis au castel de Miraval. L’édifice modeste était pour un petit garçon un merveilleux palais de contes dits à la veillée. On recommandait de ne jamais sortir de nuit dans la forêt pour ne pas rencontrer la Saurimonde, une fée bizarre, tantôt généreuse et tantôt malfaisante. De fait, les nuits n’étaient jamais silencieuses, habitées par les cris et les feulements de tout un univers vivant.

Sur la Montagne Noire, au nord de Carcassonne, dans une boucle de l’Orbiel torrentueux, le castel occupait un petit promontoire à l’abri des châtaigniers et dominant la plaine battue par vents et invasions. Le bâtiment était de dimensions réduites pour toute ma famille qui vivait là tant bien que mal, si bien que mes trois frères Bernart, Ermengaud et Aimeric, chevaliers comme moi, passaient leur temps à courir le monde. La grasse forêt des châtaigniers était dominée par des crêtes pelées au vent du nord. En bas c’était la plaine ocre du Lauragais devant le bleu marial des Pyrénées.

Le jour de ma naissance mon père était absent, comme souvent. Ma mère fit convoquer le ban et l’arrière-ban afin d’admirer le petit dernier dont elle venait d’accoucher. C’est alors qu’une dame de passage se pencha sur mon berceau en m’entendant babiller. Elle voulut prendre pour elle ce babil et en conclut que je ne passerais pas ma vie à guerroyer mais que je saurais chanter pour les belles dames.

Cette femme très belle, réputée la plus belle de toute la vicomté, à ce qu’on me dit plus tard, était mystérieuse. On ne lui connut pas d’homme malgré sa beauté car c’était une Albigeoise, une « Parfaite » partisane de la pureté cathare. Pour parachever sa prophétie elle fit appel au troubadour Bernart de Ventadorn qui chevauchait non loin sur la route passant la montagne. Le poète voulut bien détourner son cheval et la mule de son écuyer pour venir chanter en s’accompagnant de la flûte :

« Tant ai mo cor ple de joya… »

(J’ai le cœur si plein de joie…)

 

Pour le lecteur qui ne connaît la langue des troubadours, je traduis en langue des Francs, la langue des trouvères, celle du poète Chrestien de Troyes et de plus – hélas ! – celle de l’occupant Montfort dont il sera question par la suite. Nul doute que ces mots et cette mélodie teintèrent à jamais mon âme. Depuis, j’eus le goût du mot que l’on roule dans sa bouche en le léchant et le dégustant. Toujours j’eus le désir de composer de la musique en rythme marqué et en mélodie modulée. Ma mère était douce mais ne savait ni lire ni écrire. À une tante nommée Guilhelma je dois d’avoir reçu de l’instruction afin que, si le feu m’animait toujours, je pusse devenir clerc ou même troubadour. On m’assura qu’elle disait :

—La vraie richesse est celle du cœur et de l’esprit. L’enfant sans grande fortune peut recevoir son plus bel héritage fait de la langue et de la poésie.

Guilhelma était aussi Albigeoise et ne recherchait ni avoirs ni honneurs mais seulement une vie simple et droite. Sans enfant, elle se prit d’affection pour moi. Lettrée, elle m’apprit gracieusement à lire sur quelque parchemin de famille et en outre me donna les premiers rudiments de l’écriture. J’étais l’objet de tous ses soins. Quant à ceux du corps, elle voulut m’apprendre à le laver et l’entretenir contrairement aux pratiques courantes. Comme nous ne disposions point de baignoire au castel, elle et ma mère me conduisirent un jour d’été au torrent où elles me trempèrent et me frictionnèrent. Si bien qu’elles aperçurent des poux dans ma chevelure et que l’on me fit raser la tête, ce qui était courant avec les enfants.

Tout ceci ne m’empêchait pas de passer le plus clair de mes jeunes jours à courir les alentours du castel. J’aimais par-dessus tout sortir des pièces de notre demeure, ombreuses comme tous les intérieurs de bastides, afin de gambader dans la lumière.

Un soir que je rentrai crotté et transpirant comme d’habitude, je retrouvai ma mère en pleurs et mon père en colère. Comme celui-ci était manchot d’un bras, suite à quelque ancienne bataille, son seigneur profitait de sa faiblesse en arguant d’une incapacité à entretenir le castel. Le vicomte de Carcassonne, Rogier II Trencavel, venait d’envoyer un messager pour informer le chevalier de Miraval, vassal de Trencavel, que son suzerain reprenait lui-même le domaine en pleine propriété.

Je ne savais pas encore que notre Sud était disputé par trois princes. Le roi d’Angleterre s’était emparé de terres à l’Ouest dont Cahors et le Quercy. Le roi d’Aragon, qui possédait la vicomté de Milhau et le comté du Gévaudan, régnait aussi sur la basse Provence au-Sud-Est, alors que le comte de Toulouse et de Saint-Gilles possédait non seulement le Toulousain mais encore le Nord de la Provence. Parmi ses vicomtes certains étaient plus ou moins rétifs à reconnaître son autorité, dont justement notre suzerain, le vicomte Rogier II Trencavel qui administrait pour sa part le Carcassès, le Languedoc et l’Albigeois, qu’il tentait de soustraire au pouvoir du Comte. J’allais par la suite vivre les conséquences de tout cela…

Je n’étais donc qu’un tout petit parmi les grands et je redevenais pauvre ainsi que tous les miens. Néanmoins dans sa prétendue mansuétude notre seigneur nous laissait encore le loisir d’occuper les modestes lieux.

Le temps était sans pitié mais la garrigue et la forêt restaient mon domaine. Avec l’inconscience de l’enfance, je ne craignais pas de courir les chemins où les adultes redoutaient de mauvaises rencontres. On ne cheminait pas alors sans un ou plusieurs hommes d’armes afin d’être protégé des routiers qui pouvaient quitter les grands chemins pour venir se cacher sous les couverts. Pourtant je m’échappais journellement, courant sous les châtaigniers et les noisetiers, ramassant dans les clairières des baies ou des mûres qui ensanglantaient ma bouche. La saison venue, je récoltais des châtaignes que je plaçais dans ma chaisne, une longue chemise de lin, pour rentrer les casser avec une pierre et les faire cuire en cachette dans la cendre d’une cheminée.

Au fur et à mesure que les années s’ajoutèrent j’élargis le cercle de mes incursions. Souvent je levais sans l’avoir voulu un perdreau qui s’enfuyait soudain en m’effrayant. J’entendais parfois le rossignol mais je ne vis jamais cet oiseau que les légendes du coin disaient aller porter l’amour du garçon esseulé jusqu’à une belle lointaine. Je savais, parce que cela se disait, que les hommes doivent un jour partir à la recherche de l’amour.

Parfois je rencontrais des charbonniers qui brûlaient du bois dans de grandes meules. J’observais de loin leur manège mais ne m’approchais pas, ainsi que l’on me l’avait recommandé. Une fois je croisai un groupe de gens que je pris d’abord pour des animaux, tant ils étaient noirs et déguenillés. Dès qu’ils me virent ils se détournèrent en poussant et tirant de lourds fardeaux comme des bêtes de somme. Je sus par la suite que c’étaient des ouvriers ou des esclaves de la mine d’or.

Un jour que je m’étais éloigné plus que de coutume, je tombai sur une haie de roseaux bordant le ruisseau dans le bas du pays. À l’aide du coutelas qui ne me quittait plus depuis que mon grand-père m’en avait fait présent, je pus me tailler un sifflet grossier pour tenter d’imiter le rossignol ou le merle siffleur. Je rapportai également une belle tige dans laquelle un domestique m’aida à confectionner une flûte. C’est ainsi que je commençai petit à petit à apprendre tout seul à jouer de cet instrument.

Au début je ne produisais que des sons en désordre. Et puis j’émis assez vite quelques bouts de chansons mélodieuses. J’inventais tout seul des airs avec des trilles à la flûte et des chants en modulant spontanément ma voix. Comme je n’avais pas de camarade de mon âge ni de ma classe, je jetai mon dévolu sur la fille du domestique à qui je jouai et chantai les premiers couplets de ma composition. Cette petite-fille, une gamine à jolis yeux et à la voix aimable, était pourtant inculte. Elle n’avait jamais entendu sa mère chanter et elle écoutait d’une oreille distraite mes accents maladroits tout en jouant à la poupée avec une boule de chiffons.

Il me manquait de faire mon apprentissage pour une dame digne de ce nom. Ce fut vers ma dixième année que l’occasion allait m’en être offerte.

2

Guilhelma comprit vite qu’il me faudrait une autre formation que la voix de ma mère et les trilles du rossignol ou même ma propre improvisation dans les bois et au castel. Son frère Jòrdi avait renoncé à sa vie de chevalier errant pour se consacrer aux œuvres de ses amis « Bons hommes » albigeois. Il s’arrêtait pour visiter sa sœur avec les « Bonnes dames » à chacun de ses passages sur la route entre l’Albigès et le Carcassès. Elle lui parla de moi et de mes dons en chant. Je devais à son avis bénéficier de l’enseignement de grands troubadours afin d’épanouir mes capacités naturelles. Pour cela je devais partir. Il fut plus facile de convaincre ma famille qu’elle ne le pensait.

Ma mère commença par pleurer, puis me donna sa bénédiction.

—Va, mon fils ! Tu dois aller chercher fortune ailleurs pour vivre un grand destin.

Comme j’obtins également l’autorisation de mon père, le chevalier me prit un jour en charge avec mon balluchon pour Carcassonne. Je n’avais jusque-là jamais quitté les environs du castel. Jòrdi m’avait placé en croupe sur son cheval, un bel hongre alezan, docile et robuste. Je savais déjà monter mais mes parents n’avaient pas les moyens de m’offrir une monture. Je disparaissais derrière la carrure de l’homme qui ne portait pas d’armure mais un épais gambison de cuir cramoisi. Je devais me tenir fermement à sa taille et serrer les cuisses sur les flancs de la bête pour ne pas être déséquilibré par les cahots sur le chemin pierreux. Il fallait aussi prendre garde à ne pas recevoir de coups de l’écu qui ballottait ni de me prendre les jambes dans l’arc et l’épée accrochés à la selle. Nous étions suivis d’un seul compagnon de route, un soudard recruté pour la circonstance, homme bien armé et réputé aguerri.

Malgré tout l’inconfort de la situation, mon cœur bondissait de joie à l’idée de découvrir le monde. Au fur et à mesure de la chevauchée la forêt s’éclaircit puis se raréfia. Après les châtaigniers et les noisetiers, les grands hêtres et les chênes surplombèrent notre route et leur succédèrent houx et buis jalonnant les bords du vallon. Bientôt nous pûmes admirer à notre gauche des tours s’élevant sur des collines alors bien boisées. C’était la citadelle de Cabaret, composée de plusieurs castels et dont mon guide me rappela qu’elle était réputée imprenable. Surtout, ajouta-t-il, le sourire en coin, elle abritait de belles dames insoumises à leurs maris et accordant ou retirant leur amour à qui elles voulaient.

Je scrutai ces hautes tours découpant leurs murailles ombreuses sur le ciel incendié de soleil. En clignant des yeux pour soutenir le spectacle flamboyant on pouvait imaginer que la lumière et la chaleur baignant ces castels et les dames qui l’occupaient, rendaient la vie constamment brûlante de chants d’amour.

À l’approche de Carcassonne, au terme d’une bonne demi-journée de cheval, j’étais heureux mais rompu. D’autres tours s’élevaient devant nous, plus nombreuses, plus élancées et plus hautes encore au-dessus du flot de l’Aude. Jòrdi s’arrêta au bord du fleuve afin que nous pussions accomplir un peu de toilette. Les eaux, qu’il me dit encore torrentueuses en amont, s’étalaient déjà avec quelque volupté sous la ville. Nous allions pénétrer dans une des cités les plus opulentes et les plus brillantes du Sud, là où se trouvaient des seigneurs et de belles dames, des chevaliers et des troubadours.

Mon accompagnateur et son compère me prévinrent.

—Le vicomte Rogier II, seigneur du lieu, propriétaire de bien des castels dont celui de Miraval, possède une réputation de brute. On le surnomme « Taillefer » pour ses exploits guerriers, entre autres contre Béziers qu’il a reprise dans un carnage.

Comme souvent, ce soudard violent avait pour épouse une belle et fragile jeune femme à laquelle Jòrdi voulait me présenter car elle avait réputation de grande culture, bonté et raffinement. Azalaïs de Toulouse avait à l’âge de douze ans épousé Rogier II Trencavel parce qu’elle était fille du comte de Toulouse, Raimon V qui voulait s’allier le vicomte Trencavel, et parce que cette union permettait à Rogier de faire contrepoids au roi d’Aragon qui guignait ses terres du Razès avec Limoux et la haute vallée de l’Aude. Dotée de la ville de Lavaur et de cinq cents marcs d’argent, mais de plus lettrée et instruite, cette toute jeune dame enfin nubile et déjà fort mûrie, venait de rejoindre son époux. Amatrice de troubadours ainsi que l’était son père le célèbre comte de Toulouse, Raimon de Saint-Gilles, elle représentait ce que la région avait de plus fin et brillant.

En plein temps de guerres et de meurtres, de sacs et de rapines, de viols systématiques, en ce monde où les hommes ne pensaient qu’à la bataille, bien des dames ne songeaient qu’à s’unir avec l’un des plus puissants. En notre Sud étaient cependant certaines femmes différentes. La rumeur disait qu’Azalaïs, épouse de notre suzerain le vicomte seigneur de Carcassonne, restait pour lors indépendante, résidant séparément en ses propres appartements. Elle abritait à sa cour carcassonnaise un monde à part, une belle société riche, délicate et cultivée, un lieu de réception et de rencontre des troubadours.

Là, je devais pouvoir bénéficier de la générosité de la dame et des grands moyens dont elle disposait. Là même, je devais pouvoir rencontrer des troubadours de passage où bien hébergés à demeure, afin d’apprendre d’eux à composer des poèmes, c’est-à-dire à trobar, à trouver. Il ne fallait pas rater mon entrée.

Après nous être annoncés à la poterne, nous nous frayâmes un passage dans les ruelles tortueuses vers le castel qui se trouvait au centre de la cité fortifiée de Carcassonne. Nouveau pont-levis avec gardes. Un palefrenier prit le cheval par le licol pour l’emmener. Tandis que notre soudard s’arrêtait à l’estaminet, Jòrdi m’accompagna à pied vers le donjon où dame Azalaïs aimait à recevoir. J’entrai dans le castel comme dans une légende.

Tout était différent de ce que j’avais pu connaître à Miraval. Les portes et fenêtres étaient hautes et profondes, les murs couverts de peaux et de tapisseries atténuaient les bruits tandis que sur le sol était répandue une jonchée où nos pas chuchotaient. Des groupes de valets en livrée jaune passaient en silence. On nous accueillit en nous dirigeant d’abord vers les cuisines où ronflait un foyer d’enfer, pour absorber un brouet de gruau en guise de bienvenue.

Lorsque nous fûmes enfin admis à pénétrer dans une salle, ce fut à nouveau comme un rêve éveillé. Une lumière presque aussi forte qu’à l’extérieur régnait, déversée par de nombreux lustres suspendus où brûlaient de multiples chandelles. Sous les vastes voûtes flottaient du chant et de la musique. Au milieu d’un groupe où femmes et hommes étaient assis sur des tapis et des coussins, la châtelaine se trouvait juchée sur une sorte de trône couvert de fourrures blanches. Vêtue d’un long bliaud vert pomme et coiffée d’un léger voile de gaze, elle écoutait un homme qui, un pied sur un petit banc, chantait pour elle en s’accompagnant d’un instrument fait d’une caisse de bois en forme de poire et munie de cordes qu’il pinçait pour en tirer des notes vibrantes et résonantes. Par chance nous arrivions justement en pleine cour d’amour !

Cet homme qui jouait de la citole, m’expliqua-t-on, était Aimeric de Castelnau, un amoureux d’Azalaïs qui venait des environs de Toulouse. Il s’exécutait plutôt maladroitement, d’après ce qu’il me sembla. Ce n’était pas un troubadour professionnel mais seulement un homme de grand paratge, haute noblesse d’âme, qui se piquait de pratiquer le trobar, la poésie courtoise de plus en plus à la mode dans toutes les cours d’Europe où parvenait cet art venant de par chez nous.

La dame m’examina à peine et, sans interrompre son attention consacrée à ses invités, elle me fit signe de prendre place auprès d’elle tout en m’adressant un sourire qui me rassura. J’écoutais avec l’assistance le compliment banal du courtisan quand un murmure courut. Une présence nouvelle venait à passer. C’était une femme vêtue de voiles de gaze blanche qui la faisaient ressembler à un fantôme.

Quand elle se rapprocha je vis ses yeux ourlés de noir charbonnant au milieu d’un visage lumineux, ses dents étincelant de blancheur entre des lèvres d’un rouge sang qui tranchaient sous l’or d’une chevelure dévoilée par la gaze fine. Je n’avais jamais vu de dame aussi colorée et je me demandai comment il était possible de recevoir un spectacle beau à ce point sans tomber à la renverse. En tout cas, je n’avais plus de jambes et je dus m’asseoir à terre. Elle ne tarda pas à disparaître.

Je demandai à une suivante d’Azalaïs qui était cette personne. Elle me répondit qu’elle l’ignorait. L’apparition passait parfois ici, parfois ailleurs. On la croyait noble et puissante sans que personne sût vraiment qui elle était. On l’appelait « la Divine », tant elle semblait respectable et sans défaut.

Comme je bénéficiais du privilège d’être encore un enfant recommandé par un ami, Azalaïs annonça que je serai affecté au rôle de page pour servir la châtelaine avec l’injonction de rester toujours auprès d’elle. Dès les premiers jours je pus la voir en permanence et l’admirer à loisir. Je volais parfois quelque moment intime, une vision de ses dents blanches en sa bouche rouge à son repas, un peu de chair pâle à sa toilette. Une fragrance féminine mêlée d’essence de rose. Une mélodie tendre émanant de ses lèvres. Et je me repaissais de cette présence, ce parfum, cette voix, lesquels m’apprenaient comme on peut ne rien vouloir d’autre pour vivre qu’une femme admirée et aimée.

Elle m’avait tout d’abord fait baigner et examiner par une servante qui nota évidemment que, comme tout enfant et bien des adultes, j’hébergeais des parasites gênants dans mes cheveux. Loin d’user du remède radical que j’avais hélas connu plus jeune, la tonte, on se contenta de me laver et relaver la crinière avec une décoction de coriandre, également nommée « persil arabe ». Cette plante qui présentait l’avantage de prémunir également des démons me débarrassa assez vite des indésirables.

Par la suite on annonça l’arrivée d’un troubadour, un vrai, comme je rêvais depuis longtemps d’en rencontrer. C’était Arnaut de Maruelh que la dame avait appelé auprès d’elle. Il dénotait de la plupart des chevaliers vêtus de cuirs et de fer qui hantaient le castel, hirsutes, sales et barbus, en faisant sonner leurs étriers pour partir chasser avec le seigneur. Cet homme parut le cheveu court, glabre et vêtu avec recherche de tissus de couleur. Il paraissait d’une propreté exemplaire et sentait le benjoin comme s’il sortait d’un bain parfumé. La dame l’eût connu à Toulouse quand elle était encore fille, puis, comme la présence de l’homme fût devenue compromettante pour la jouvencelle, le poète eût dû s’exiler à Béziers. C’était ainsi qu’après le départ d’Aimeric de Castelnau, premier amant d’Azalaïs, Arnaut revenait vers elle, laquelle était toujours éprise de lui, si j’en pouvais juger d’après les longs regards qu’elle lui jetait.

J’en conçus déjà quelque petit pincement au cœur. Mais pour la première fois j’entendis de véritables vers d’amour de la part d’un authentique troubadour. Je ne comprenais peut-être pas tout encore. Je sentais pourtant la délicatesse des mots et surtout la force étrange de la poésie, cette énergie qui fait d’une phrase banale un chant mélodieux :

« D’aiçò sai grat als autres trobadors… »

(De ce sais gré aux autres troubadours)

Qu’en leurs chansons chacun affirme et signe

Que sa dame est la plus noble qui soit…

 

Cet homme savait jouer d’un autre instrument dont la caisse était en forme de corps de femme. C’était une vièle dont il tirait des sons agréables en frottant les cordes d’un archet. La voix et la vièle se suivaient et s’entremêlaient dans les circonvolutions de la musique. La dame demanda, ravie sans doute d’avoir un motif de maintenir l’homme auprès d’elle :

—Arnaut, je te prie de bien vouloir instruire ce garçon qui m’a été confié dans le dessein d’apprendre à trouver et chanter en troubadour.

Le poète accéda sans réticence à la demande. Il voulut bien consacrer un temps chaque jour pour instruire un jeune garçon qu’Azalaïs avait en sa protection. Au début je n’extirpais de la vièle que des sons rauques et gauches qui faisaient rire ma maîtresse. Peu à peu, pourtant, avec de la docilité et de l’insistance, avec surtout le désir de plaire, je parvins à accompagner honnêtement les quelques vers que je composais. Il s’agissait bien déjà de chansons d’amour mais elles étaient encore maladroites et la dame les recevait avec indulgence de la part d’un jouvenceau.

Le destin voulait que je ne me contente pas d’être un poète oral, contraint d’avoir recours à quelque clerc pour noter ses chansons. Grâce lui en soit rendue, ma protectrice se préoccupa de me faire perfectionner dans l’apprentissage de la lecture et de l’écriture. Le privilège de savoir écrire, rarissime au Nord à l’époque où même le roi était illettré, se rencontrait plus fréquemment au Sud, pays de droit écrit et terre de poésie développée en langue d’oc. J’avoue bien humblement que l’intérêt de la chose ne m’apparaissait pas spontanément et qu’à cet âge je préférais encore passer mon temps à courir les halliers ou même à composer de tête textes et musiques. Azalaïs me convainquit.

—Raimon, rien n’est plus aimable que la poésie d’amour. Et crois-moi, apprends à écrire ! Tu laisseras ainsi des traces de ta valeur qui pourra être reconnue partout. Et les dames pourront t’aimer très longtemps…

Il n’en fallait pas plus. Je me laissai convaincre par l’argument. Elle m’envoya auprès d’un vieux Juif lettré qui résidait en bas, dans le village entouré de remparts en bastide. Venu d’Espagne, de Tolède où il avait traduit des auteurs arabes, cet homme possédait dans sa maison un vrai trésor. Il s’agissait de plusieurs livres manuscrits sur parchemin ou papyrus par lesquels il me permit de développer mes facultés en lecture. Il pouvait disposer de papier d’Espagne, denrée rare et très coûteuse qu’il obtenait par ses amitiés à la cour d’Aragon. Ce papier fabriqué à partir de bois avait un avantage sur le parchemin fait de peau de porc ou de mouton traitée, il prenait bien l’encre et il était plus souple. L’homme m’apprit encore à tailler un roseau pour en faire un calame à tremper dans une encre fabriquée à base de charbon de bois, de blanc d’œuf et d’huile.

Il fallut bien du temps pour que je parvinsse à écrire correctement ce que je composais. Peu à peu je devins capable de noter mes créations en représentant les notes de musique par de petits carrés noirs sur les lignes d’une portée. En dessous j’inscrivais les mots. Écrire mes poèmes facilitait la mémoire et rendait la poésie durable. C’est ainsi que je confectionnai mon premier rouleau de manuscrit.

Cependant, au fur et à mesure que j’apprenais le trobar, je prenais de l’âge, du corps et de l’esprit. J’étais en train de devenir un homme. Vers ma quinzième année, l’oreille attentive et bienveillante d’Azalaïs ne me suffisait plus. Je me pris à rêver de recevoir son baiser sur la bouche comme un amant. Une nuit je songeai même que je la voyais nue. À partir de ce moment je me mis à la regarder d’une autre façon. De plus, lorsque je la voyais quitter un lieu, les joues rouges et la chevelure en désordre, alors qu’Arnaut la suivait en prenant un air innocent, j’enrageais comme un jeune chien privé de sa maîtresse et je manifestais de la rancœur à l’égard du troubadour favori de la vicomtesse.

Un matin qu’elle venait de se préparer et paraissait dans tout l’éclat de sa féminité rayonnante, vêtue avec goût d’un bliaut de soie tilleul et coiffée de tresses relevées sur sa nuque nue, je ne pus me retenir. Je tombai à genoux et, embrassant son giron sous les plis de sa robe, je me livrai à une maladroite déclaration à demi-mot :

—Ma dame, vous êtes… plus belle que… que le jour !

Elle rit d’un rire un peu forcé, ôta mes bras et me fit relever tout en faisant mine de ne point attacher d’importance à l’affaire. C’était la plus simple et la meilleure façon de me repousser. En me croisant quelque temps après, elle recula son visage, me toisa et déclara :

—Raimon, tu deviens un homme. Je ne puis plus te garder auprès de moi. Je dois te renvoyer à ta famille.

—Mais… Je suis parti de chez moi pour devenir quelqu’un de cultivé et reconnu, si possible un troubadour de renommée. Je ne veux encore retourner à Miraval !

Elle voulut bien tenir compte de ce désir et envoya un messager à la cour de Narbonne dont elle obtint la réponse attendue. Ermengarda, châtelaine de Narbonne, voulait bien me recevoir à sa cour afin que je pusse poursuivre ma formation de troubadour.

3

En prévision de mon départ Azalaïs m’avait offert des vêtements de qualité. Elle avait de plus obtenu que son époux me fît cadeau d’un palefroi. C’était une jument baie très docile, bien appropriée à mon jeune âge et cependant robuste, capable d’aller l’amble sur de longues distances. Je la trouvais très belle avec ses crins roux sur une peau noire. Tout équipée d’une selle neuve en cuir de Carcassonne, elle se nommait Fillou.

Au moment de partir ma protectrice ne put m’accompagner à la porte. Elle dut s’absenter d’urgence afin de se rendre à Lavaur. Son époux le vicomte Trencavel préférant s’abstenir par habileté politique, la vicomtesse partait à la tête d’une petite armée pour défendre Lavaur, assiégée par le légat du pape Henri de Marcy, cardinal d’Albano, lequel était chargé de la croisade contre les réformateurs cathares dans le Languedoc.

Les croisades ! J’en avais bien entendu parler. Depuis longtemps des seigneurs et des rois partaient s’embarquer pour l’outre-mer afin de pourfendre des païens et libérer des lieux saints. Mais j’ignorais que devait se tramer une croisade contre nos propres gens, sur nos terres même. Or voici qu’un pape venait de décréter qu’il fallait aller en Languedoc contre les Albigeois et que des chevaliers s’armaient et se rendaient sur place, partant pour la quarantaine, soit le nombre de jours requis afin d’être absous de leurs péchés.

Pour ma part je sortis de la forteresse en direction du sud comme convenu en profitant de l’équipée d’un groupe de trois cavaliers en armes et armures. En me voyant transporter un rouleau de papier dans un sac ils me demandèrent l’objet de mon voyage. Je leur indiquai simplement que je me rendais à Narbonne et que j’étais apprenti troubadour. L’un d’eux se mit alors à rire :

—Tu veux passer ta vie à chanter dans les jupes des femmes ?

—Et à cocufier leurs époux ? rajouta un autre.

Je ne sus que répondre, tant ces jugements me choquaient en contredisant ce que je pensais du noble et honoré métier de troubadour que je désirais apprendre par-dessus tout. Ces malotrus ne m’adressèrent plus la parole durant tout le trajet et se contentèrent d’évoquer entre eux batailles, chasses et tournois… quand ce n’étaient pas d’autres assauts contre des citadelles féminines, pas plus respectées que les forteresses de pierres.

Quant à moi je goûtais les traversées de villages poussiéreux mais débordants d’activité, les brefs passages en sous-bois frais et humides après les longues marches le long de vignes et de chaumes brûlées par le soleil qui lâchait ses averses bouillantes. Pour arriver dans la journée à Narbonne, nous nous arrêtâmes juste le temps de faire boire les chevaux et de prendre une collation. Il fallait bien dix heures de marche à cheval pour couvrir les quinze lieues de distance car ni le lourd harnachement des autres ni mon inexpérience ne permettaient de garder l’amble ou même le trot.

L’entrée dans la ville fut un grand étonnement. Des bateaux naviguaient sur l’Aude au bord des remparts car le fleuve allait se jeter dans la lagune communiquant avec la mer. Sur les quais s’activait une foule bigarrée pour charger et décharger les céréales et les épices aux multiples couleurs et de toutes senteurs. On se croyait déjà outre-mer car des hommes et des femmes de teintes variées parlaient toutes les langues.

Je quittai mes compagnons qui ne me manquèrent pas et je cherchai mon chemin vers le castel de la vicomtesse Ermengarda. Un jeune garçon s’offrit à me guider pour une petite pièce. Il me fit traverser le quartier juif. C’était un enchantement, une vraie ville orientale où des fleurs et des treilles agrémentaient les courettes et même les venelles étroites entre des maisons sans fenêtres. Les Juifs, marchands et administrateurs surtout, avaient été chassés du Maghreb et même du nord de l’Espagne. Pourchassés en France sur ordre du roi Philippe-Auguste, ils avaient trouvé asile entre autres à Narbonne, la cité aux maints peuples répartis en quartiers divers, dont les Wisigoths, les Africains et les Arabes.

En longeant le quartier maure, le garçon me glissa :

—Si tu as besoin d’argent, je peux t’adresser chez les Juifs à un bon usurier. Et si tu as besoin d’une fille, je peux t’en procurer une là, chez les Maures, il y en a de belles pas cher.

Je remerciai mon guide. Je brûlais bien de connaître enfin l’amour de corps d’une fille, à l’adolescence il était temps, mais je n’avais du tout pensé payer pour cela. L’amour c’était pour moi tellement autre chose ! Et je ne disposais d’ailleurs que d’une bourse assez légère. De plus je voulais me présenter sans attendre à la cour en espérant rencontrer des troubadours. Nous nous éloignâmes en évitant le quartier de l’évêque où s’élevait la cathédrale romane et où les autres religions étaient pourchassées, entre autres le catharisme des Albigeois.

Le castel de Narbonne ressemblait à celui de Carcassonne par la richesse de ses meubles et parures mais l’atmosphère y avait un autre parfum où dominaient les fragrances raffinées, féminines. En effet la vicomtesse maintenant âgée, sans homme après avoir été promise au roi d’Aragon et après s’être successivement donnée ou refusée à d’autres seigneurs, rassemblait autour d’elle une cour de suivantes. Je fus frappé par le grand nombre de femmes de toutes races et tous genres. Je sus aussi que la cour abritait nombre de troubadours. Plusieurs d’entre les plus célèbres en Europe se trouvaient là en permanence ou bien de passage et logeaient dans une aile à eux réservée.

Dès que je pus lui être présenté, Ermengarda me prit sous sa protection. Lorsqu’elle eut lu le pli de parchemin que m’avait confié Azalaïs, elle me fit conduire et installer dans l’aile des troubadours afin que je pusse profiter de leurs exemples et enseignements. Je ne me doutais pas que la chose serait difficile. Il me fallut du temps pour me faire accepter et parvenir à lier connaissance avec mes voisins qui passaient murés dans une réserve défensive contre les importuns. Enfin je...

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