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Les derniers des Coeurs Liés

De
195 pages
Séléna, petite fille de dix ans, a été abandonnée par un homme en noir chez l'acariâtre madame Sandoeur, et depuis lors vit entourée de mystères : un pansement qu'on ne peut lui ôter, cette fillette qui lui ressemble tant dans ses rêves... Un jour elle se dresse contre les gardes du tyrannique seigneur Sans Nom qui lui jettent un horrible sort. Tout va alors changer pour Séléna. Elle fera la rencontre d'une vieille guérisseuse et du célèbre Alambic, magicien et parrain du roi Ulbin, qui l'aideront à se remettre de ce sortilège, et lui feront découvrir le monde caché de la magie. Cependant Séléna n'est pas au bout de ses peines. Quelques mois plus tard, les gardes la retrouvent, et la pousse à fuir vers la mystérieuse forêt des Alogiades.
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Les derniers des
Cœurs Liés
Ambre Sor
Les derniers des
Cœurs Liés
La lune d'or

















Le Manuscrit
www.manuscrit.com













 ditions Le Manuscrit, 2004
5bis, rue de l’Asile Popincourt
75011 Paris
TØlØphone : 01 48 07 50 00
TØlØcopie : 01 48 07 50 10
www.manuscrit.com
contact@manuscrit.com

ISBN : 2-7481-3667-5 (fichier numØrique)
ISBN : 2-7481-3666-7 (livre imprimØ)











Prologue




La pluie tombait drue en ce glacial soir d'hiver.
Les rues noires et humides, encore recouvertes d'une
fine couche de neige, semblaient de grands fleuves
sombres s'enfonçant dans l'abîme.
Soudain, un bruit de pas. Une silhouette
fuyante courait dans la ville emmitouflée dans une
grande cape noire et malgré la neige et le froid, ses
pieds nus continuaient leur course effrénée sans se
soucier des flaques d'eau gelées.
Tout à coup, le vrombissement d'un moteur se
fit entendre. La silhouette se retourna : c'était une jolie
jeune femme d'une trentaine d'années aux longs
cheveux ardents, dont les yeux d'or apeurés
étincelaient dans l'ombre de la nuit.
Après quelques instants, la jeune femme reprit sa
route plus vite que jamais, jetant par moment un coup
d'oeil à un mystérieux paquet qu'elle tenait serré dans
ses bras.
Débouchant sur une petite place au milieu des ruelles,
elle s'immobilisa soudain et parcourut d'un coup d'oeil
le lieu où elle se trouvait. Un homme surgit d'un coin
sombre.
- C'est toi ? demanda t-elle.
- Oui. Les enfants sont ici ?
Pour toute réponse, la jeune femme rousse entrouvrit
sa cape laissant entrevoir deux nourrissons,
Les derniers des Cœurs Liés
paisiblement endormis dans les bras l'un de l'autre.
Elle laissa échapper un faible sanglot.
- Il faut faire vite. Les gardes du seigneur ne vont pas
tarder à arriver, intervint l'homme d'une voix douce.
Je sais combien cela t'est pénible, mais ces enfants
doivent être séparés. Ne t'inquiète pas, ajouta t-il. J'ai
trouvé une famille de non magisciants qui s'en
occupera bien. Elle sera très heureuse.
- Oui, tu as raison, il en va de leur survie, soupira t-
elle.
L'homme s'approcha alors et attrapa un des
deux bébés, mais chacun d'eux, comme s'il sentait ce
que ce geste signifiait, s'éveilla et se mit à crier
brusquement, refusant de lâcher la main de l'autre.
Malheureusement, leurs efforts furent vains et
l'homme enfouit l'un des deux nourrissons en pleur
dans le pan de son manteau.
- Il faut que je te quitte à présent, déclara-t-il. Le
seigneur va s'apercevoir de mon absence. Bonne
chance Eva.
- Que Dieu te protège Victor.
C'est alors que l'homme disparut dans un éclat de
lumière, de cette sombre nuit.
La jeune femme resta un moment sans bouger
au milieu de la place. Ses larmes chaudes se mêlaient
à l'eau fraîche de la pluie, dégoulinant le long de son
visage. Son regard lumineux se perdait au loin… Puis,
comme s'arrachant à une profonde torpeur, elle se
retourna et fit quelques pas vers la ruelle par laquelle
elle était arrivée, serrant toujours contre son coeur, le
seul bébé qui lui restait.
Brusquement, un cri violent vint rompre le
silence.
8 Ambre Sor

- C'est elle ! Là bas, regardez !
- Saisissez vous en, lança une voix glaciale.
Les yeux de la jeune femme se teintèrent brusquement
d'une lueur de terreur et de désespoir. Elle fit quelques
pas en courant, tentant sa dernière chance de fuite,
mais en vain.
- Qu'on la ligote, continua la voix glaciale d'un ton
monocorde.
C'est alors que surgit de l'ombre, un géant plus
sombre encore. Il s'approcha de la jeune femme aux
yeux d'or d'un pas tranquille, et sans se soucier de ses
pleurs et de ses supplications, lui arracha le dernier
enfant.
- Où est le deuxième ? s'écria t-il. Qu'en as-tu fait
gueuse ? Où l'as tu caché ?
Pour toute réponse, un cri déchirant s'éleva dans le
ciel noir de cette nuit sans lune.
- Tuez-la.
Un des hommes qui l'accompagnait s'approcha une
baguette à la main, et attrapant la jeune femme par sa
crinière enflammée, s’écria: « Exozoï !!! »
De minuscules étoiles blanches sortirent de sa
baguette, et éteignirent le feu, qui brûlait dans ses
yeux.









9Les derniers des Cœurs Liés
10
Chapitre 1 : Séléna



- Allons Séléna ! Lève-toi ! Il y a du travail qui
t'attend ! s'écria madame Sandoeur.
Séléna ouvrit ses yeux d'or et après un long
bâillement, commença tranquillement à relever ses
cheveux roux en chignon, avant de les recouvrir d'un
fichu.
- Aïe !!!!
Madame Sandoeur venait de l'attraper au bras et la
traînait hors de la paillasse où elle passait d'habitude
la nuit.
- Je t'ai dit de te dépêcher ! Tu auras bien le temps
d'attacher tes maudits cheveux, une fois arrivée à la
bergerie ! Allez ! Vite paresseuse !!! Il est déjà cinq
heures !!! Enfile tes sabots, voilà ton quignon de
pain. Et maintenant file ! Je ne veux plus te revoir
avant ce soir !
Séléna franchit la porte de la cuisine en
courant. Chaque jour c'était la même chose, depuis
dix ans. Depuis dix ans déjà, un mystérieux homme
tout de noir habillé, était venu à son grand regret, la
confier aux soins de madame Sandoeur, avec sur elle
un seul bracelet avec son nom : Séléna, et un autre
petit bracelet de fils d'or qu'elle avait perdu depuis. A
partir de ce jour, la vie de Séléna ne fut qu'une longue
suite de brimades, de punitions injustes et de labeurs
incessants. Chaque jour, depuis l'âge de deux ans, elle
partait garder les chèvres et ne recevait pour son
travail que des insultes et un vieux bout de pain noir.
11Les derniers des Cœurs Liés
Même les chiens et le chat de la maison avaient une
vie meilleure! Eux, au moins, avaient parfois droit à
une petite caresse…
Mais un jour, cela changerait.... Séléna en était
sûre. Un jour, elle aurait assez d'argent pour quitter
cette chaumière, et partirait trouver ailleurs de
l'ouvrage. Elle se marierait peut-être, et peut-être
serait-elle heureuse.
Séléna arriva enfin à la bergerie, ses chèvres
devant elle. Elle les compta pour être sûre qu'aucune
d'elles ne s'était égarée et attendit un moment que
celles-ci se dispersent dans la prairie. Qu'il faisait
chaud aujourd'hui ! Si le temps continuait à se
montrer aussi favorable, on ne tarderait pas à récolter
le blé. Ce ne serait qu'une question de jour. Elle s'assit
sur une pierre, fatiguée, et se perdit dans la
contemplation des prés couleurs d'or. Au moins,
quand elle était aux champs, à garder les chèvres, il
n'y avait pas madame Sandoeur pour la harceler et
elle était tranquille toute la journée. C'était mieux
qu'en hiver ! Les chèvres restaient alors à l'étable et
Séléna devait passer la journée à aider la mégère pour
le ménage et la cuisine, et supporter ses moqueries et
ses criailleries incessantes.
Il était vrai que certains avaient parfois
beaucoup plus de raisons de se plaindre qu'elle :
madame Sandoeur était infecte mais elle ne la battait
que très rarement. Malgré tout, Séléna aurait bien
aimé pouvoir jouer avec les autres enfants de son âge,
patauger dans les grosses flaques d'eau, faire de
mauvaises farces aux paysans… Avoir des amis,
connaître ses parents et ses frères et sœurs, si elle en
avait ! Oui.... à bien réfléchir c'était ce qui lui
12 Ambre Sor

manquait le plus : un frère, une soeur, un peu plus
petit, avec de grands yeux dorés, comme elle. Un petit
frère ou une petite sœur, à protéger et à aimer, à
câliner, à dorloter ....
A la nuit tombante, Séléna décida de regagner
la maison. Elle aurait bien aimé rester ici plus
longtemps, mais madame Sandoeur l'aurait punie si
elle était arrivée en retard. Ce n'était pas tellement que
cela lui fasse peur, mais elle était affamée et ne
voulait pas prendre le risque d'être privée de repas,
une des punitions favorites de l’affreuse femme. Elle
hâta donc le pas, rabattant de temps à autre sur le
chemin les chèvres vagabondes, à l'aide de son bâton.
- C'est à cette heure que tu rentres ?! s'écria madame
Sandoeur, touillant de ses gros bras une soupe d’un
blanc opaque, dans laquelle flottaient de vagues bouts
de pomme de terre.
- Tu as de la chance de ne pas être privée de repas !
Tiens ! Attrape ce croûton de pain et va te coucher.
Nous sommes de corvée demain ! Le seigneur nous a
réquisitionnées pour aller faucher ses champs de blé.
Séléna fila jusqu'à sa paillasse sans dire un mot
et commença à grignoter son morceau de pain d'un air
sombre. Les corvées ! Quelle plaie !!! Toute une
journée avec madame Sandoeur ! Le fauchage du blé
était très fatiguant et pire encore, il fallait supporter
les brimades des gardes du seigneur, chargés de
surveiller les faucheurs. Jamais ils ne vous laissaient
faire une pause. Ils se plaçaient derrière vous, un fouet
à la main et n'hésitaient pas à s'en servir si vous
n'avanciez pas assez vite à leur goût. L'été dernier,
Séléna avait vu une vieille femme mourir de fatigue
sous leurs coups, et eux, sans la moindre pitié,
13Les derniers des Cœurs Liés
continuaient à la frapper et à rire ; à rire d'un rire
méchant, cruel, noir, plus noir que leurs habits noirs,
plus noirs qu'une nuit sans lune. Le seul souvenir de
ce rire suffisait à la glacer de terreur ; et demain, cela
pourrait bien être son tour.
Séléna ferma vite ses yeux et se décida à
dormir. Il ne fallait pas qu'elle pense à ça. Elle ne
mourrait pas. Elle ne se laisserait pas tuer. Elle serait
assez forte pour supporter cette journée de corvée,
comme elle l'avait toujours supportée auparavant.
Séléna s'endormit, le plus tranquillement possible.




















14
Chapitre 2 : Le songe



Il faisait encore nuit quand Séléna et madame
Sandoeur prirent le chemin qui les menait aux champs
du seigneur. Madame Sandoeur portait un panier
contenant une gourde d'eau fraîche, ainsi que du pain
et du fromage. Elle marchait à grands pas, si bien que
Séléna avait du mal à la suivre.
- Allons, ne traînasse pas ! maugréa madame
Sandoeur. Il nous reste encore deux lieues à parcourir
et l'aube pointe déjà !
Deux ou trois heures plus tard, elles arrivèrent
en vue des champs. Beaucoup étaient déjà au travail
et les gardes s'occupaient à réprimander les
retardataires à coup de fouet.
- Passons par la forêt, de peur qu'ils ne nous voient !!! fit
précipitamment madame Sandoeur. Je t'avais bien dit
que nous serions en retard !! ajouta-elle, contenant sa
colère de peur de se faire remarquer. Je ne sais pas ce qui
me retient de t'infliger une bonne correction.....! Tu verras ce
soir, quand nous serons rentrées !
Séléna la laissa dire sans rien ajouter. Elles
avaient marché si vite qu'elle n'était pas sûre de
pouvoir tenir longtemps sur ses jambes, et ceci
l'inquiétait beaucoup plus que les jérémiades de
madame Sandoeur.... Allons, et si elle se cachait dans
les bois pour se reposer un peu ? Personne ne s'en
apercevrait ! Les gardes étaient bien trop occupés
avec les faucheurs et de toute façon personne ne se
souciait d'elle .... Quand elle se sentirait mieux, elle
15Les derniers des Cœurs Liés
pourrait revenir travailler assez vite au gré des
gardes… Oui ! C'était une très bonne idée.
Séléna s'arrêta, laissant devant elle madame
Sandoeur, qui avançait toujours en se dandinant,
faisant des gestes démesurés, criant de plus en plus
fort, sans se rendre compte qu'elle était maintenant
seule. Alors, elle revint lentement sur ses pas et
s'enfonça de plus en plus profondément dans la forêt :
il fallait qu'elle s'éloigne un peu des champs pour ne
pas prendre le risque d'être vue par un soldat se
promenant dans les parages...
Quand elle estima avoir pénétré assez loin dans
les bois, Séléna essaya de repérer un arbre pas trop
difficile à escalader, mais assez touffu pour ne pas
être vue d'en bas. Elle remarqua alors un très beau et
majestueux chêne, muni de grandes branches. Elle y
grimpa donc avec l'agilité d'un petit écureuil, et s' y
installa confortablement.
Qu'on était bien ici ! Le calme, le silence de la
forêt, le seul piaillement joyeux des oiseaux… Il
faisait doux. Un petit vent frais venait délicatement
caresser ses joues et jouer avec les mèches rousses qui
s'échappaient de sa coiffe. Pourquoi ne pouvait-elle
pas rester ici pour toujours, à l'abri des gardes, des
colères de madame Sandoeur, dans cette odeur de pin,
de résine et de feuillage vert, si apaisante ?
Séléna contempla sa main gauche entourée
d'une bande blanche, et la tripota machinalement. Il
était bizarre ce bandage blanc, elle ne se rappelait pas
avoir vécu sans. Elle croyait se souvenir que c'était ce
mystérieux homme en noir qui l'avait attaché à sa
main et qu'il avait déclaré qu'on ne devait jamais le lui
enlever. Il aurait affirmé qu'il cachait une immonde
16 Ambre Sor

cicatrice qu'elle s'était faite en se brûlant étant petite...
Madame Sandoeur ne croyait pas beaucoup à cette
histoire et sa nature très curieuse l'avait poussé bien
des fois à essayer de le lui retirer ; cependant, malgré
sa force brutale, elle n'y était jamais parvenue. Oui, en
y pensant, toute cette histoire, c'était vraiment très
bizarre ....
Les yeux de Séléna commencèrent doucement
à se fermer. Elle n'avait pas beaucoup dormi la nuit
dernière, ni la nuit d'avant d'ailleurs .... Cette fraîcheur
et cette tranquillité lui donnaient vraiment sommeil.
Ses yeux devenaient de plus en plus lourds.
Tout à coup, tout devient sombre. Il pleut. Des
images défilent dans sa tête. Une femme rousse ; deux
bébés, l'homme en noir....une petite lumière, le bruit
d'une porte qui se referme. Des couloirs, des couloirs
interminables. Tout était sombre, très sombre, de plus
en plus sombre. Les pieds d'un homme qui marche :
elle les suit. Il marche vite. Elle court derrière lui.
Vite ! Vite ! Elle ne doit pas le perdre. Elle veut
savoir où il va. Il descend des escaliers. Tout
s'assombrit. On dirait qu'ils sont dans une tour, une
tour de château… Brusquement, il s'arrête et disparaît.
Une porte s'ouvre. Elle entre…
Elle se trouvait dans une pièce noire, très noire.
Seul un petit trou, dans le mur d'en face, laissait
passer un minuscule petit filet de lumière. Cette pièce
était l'image même de la tristesse et de l'angoisse et
sans qu'elle sache pourquoi, une grosse boule lui serra
la gorge et les larmes lui vinrent aux yeux. Tout était
calme, silencieux. Seul le bruit d'une goutte d'eau,
tombant régulièrement sur les dalles gris sombre de la
pièce, venait remplir ce vide de son assommant.
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