Les derniers feux du rayon vert

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Amélie, vieille dame fantasque, est riche mais seule. Souvent, elle se réfugie dans un dédale mystérieux de propriétés et de lieux secrets où elle assouvit sa passion de l'écriture. Tom, le marginal, n'a pas connu les privilèges de sa nouvelle patronne ; pourtant, sa soif de culture et sa sensibilité le poussent irrémédiablement vers de nouveaux chemins. Ces deux êtres se croisent, s'éloignent, se retrouvent… Mais qu'a en tête Amélie ? Que cherche-t-elle vraiment dans cette rencontre aussi improbable ?
Publié le : jeudi 2 juin 2016
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EAN13 : 9782140011528
Nombre de pages : 246
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Inîrmière et assistante sociale de formation,  s’est longtemps engagée dans la vie civique. Elle a poursuivi ses études universitaires qui l’ont menée à enseigner la psychologie. Férue très jeune de littérature, elle se consacre désormais à l’écriture. Après , elle vous propose, pour sa centième année, son nouveau roman,
Odette Lévy
Les derniers feux du rayon vert
Roman
Les derniers feux du rayon vert
Écritures Collection fondée par Maguy Albet Vidal (Edgard),Arcanes dormants, 2016. Bodin (Véronique),La place des murmures, 2016. Lissorgues (Yvan),Manuelita, 2016. Hériche (Marie-Claire),Ferme la porte. Die Tür Zu, 2016. Danbakli (Yves),Le Festin des loups, 2016. Grellard (Jean-Mary),La Clé du Nil, 2016. Krassilchik (Irène),Jours intranquilles au paradis, 2016. Armand (Jean),Enfer et contre tous, 2016. Clos (Yvonne),Quand je serai une dame et que tu seras morte, 2016. Cladart (Thierry),Une bien étrange compagnie, 2016. Fontaine Kerbellec (Laurence),Carmencita ou l’aqueduc aux oranges, 2016. Renaud (Dominique),Le Voyage imaginaire, 2016. Schved (Jean-François),La Croix byzantine. Aïvali ou la mémoire des oliviers, 2016. Cervoni (Alain),La Voie de l’orphelin, 2016. Sanchez (Patricia),L’Aube d’été, 2016. * ** Ces quinze derniers titres de la collection sont classés par ordre chronologique en commençant par le plus récent. La liste complète des parutions, avec une courte présentation du contenu des ouvrages, peut être consultée sur le site www.harmattan.fr
Odette Lévy Les derniers feux du rayon vert
Roman
Du même auteur Un passé composé, L’Harmattan, 2010. © L’Harmattan, 2016 5-7, rue de l’Ecole-Polytechnique, 75005 Paris http://www.harmattan.fr diffusion.harmattan@wanadoo.fr ISBN : 978-2-343-09466-3 EAN : 9782343094663
out le monde la connaissait, la petite vieille du ses alléesTet venues : elle faisait partie de leurs trajets – à coin de la rue. Les gens détournaient leurs regards quand ils la rencontraient, habitués à peine l’ombre d’un sourire complice à son passage. Une vieille connaissance, quoi ! Il y a quelques années, cinq ans peut-être, elle avait échoué sous une pluie battante sur le trottoir d’un immeuble fraîchement ravalé contre lequel s’était glissé un énorme camion de déménagement. Il apparaissait là, vidé de son contenu, sous le regard atterré de la vieille dame réfugiée à l’abri d’un parasol délavé : n’étaient-ce pas tous ses biens déchargés sans égard, du moins le croyait-elle, depuis cette amphore perçant un sac dépenaillé jusqu’aux nombreuses caisses estampillées en grosses lettres rouges « Livres, Albums, Souvenirs » ? Sa vie défilait ainsi devant elle quand, soudain, l’une des caisses se renversa et s’ouvrit, laissant échapper quelques livres à tranche dorée, reliés en peau de chamois, qui roulèrent dans le caniveau proche de la bouche d’égout. Devant un tel désastre, la petite vieille, qui semblait jusqu’alors murée dans une inquiétude frisant la sinistrose, perdit tout à coup son sang-froid ; elle se mit à maugréer en dodelinant de la tête puis à gesticuler à coups de grandes envolées de plaidoirie, haranguant les passants témoins de son désarroi. Tous l’évitèrent, indifférents, sauf un. Une baguette de pain sous le bras, il s’arrêta, la fixa un moment comme pour tenter de pénétrer sa pensée, puis continua son chemin en haussant les épaules. Elle s’engouffra alors dans l’immeuble ; d’elle, il ne resta que des brins de paille défraîchie, des sacs effilochés au pied du platane et de nombreuses fleurs décapitées dans le bac du coin de la rue. On ne la revit plus pendant un temps indéterminé.
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Tout de même, elle devait bien avoir un nom, cette dame, mais personne ne le connaissait. Jusqu’au jour où une indiscrétion, après avoir rebondi plusieurs fois sur le pavé, le dévoila. Cette révélation se transforma rapidement en rumeurs ; or celles-ci, comme on le sait, se propagent, se faufilent partout et peuvent même provoquer des catastrophes comme briser une carrière politique ou détourner une armée, détruire une relation amoureuse ou plus prosaïquement brouiller les cartes d’une cartomancienne… Mais on n’en n’était pas là ! L’indiscrétion avait fait son chemin : du boucher au boulanger, du boulanger au volailler, du volailler au débit de tabac, du… Toute la place avait appris que la petite vieille s’appelait Amélie et, quand la rumeur se fut étendue, le nom de famille fut enfin reconnu au prix de plusieurs syllabes mal perçues, de transmissions erronées et de paroles malfaisantes qui traînaient derrière elles les noms de Crétin, de Gratin et de Catin, jusqu’à ce qu’un intellectuel démontrât que ce ne pouvait être que Chrétien. Tout le monde s’y rallia. Amélie Chrétien. On avait ajouté, quelque temps après, un « Madame » respectueux : c’était comme un jabot de dentelle suspendu à son cou gracile – image plus séduisante que celle de « femme-sandwich » qu’elle nous renvoyait jusqu’alors en déambulant dans les rues, selon qu’on la voyait de face ou de dos. C’est ainsi que la petite vieille du coin de la rue est devenue Mme Amélie Chrétien ; on lui avait créé une identité. Bonne route, Mme Amélie ! Amélie se tourne et retourne dans son lit. Elle sort un bras pour arrêter la sonnerie du réveil à portée de main ; elle se retourne en tirant la couverture par-dessus son épaule.
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Une lumière blonde de petit jour ensoleillé traverse les persiennes et gagne le lit. Amélie ouvre un œil, puis l’autre, les referme aussitôt avec une grimace ; elle s’enfonce plus profondément dans son lit. Une mouette esseulée, sans doute perdue, lance dans l’air son cri rauque et percutant de détresse. Amélie se soulève, retombe mollement sur le dos, elle sort sa langue, pourlèche ses lèvres ; elle se retourne à nouveau, se recroqueville en chien de fusil, enfouit sa tête dans l’oreiller en le serrant entre ses bras. Un bruit de claquettes sur le parquet du voisin rétablit Amélie sur le dos ; elle s’étend, glisse ses mains le long des hanches jusqu’aux genoux, cherche refuge entre ses cuisses ; un instant elle hésite puis doucement, elle se tourne sur le côté, tend son bras vers le drap frais ; elle palpe, elle cherche « l’absent » qui la renvoie à la tiède moiteur de la couche. Elle se réveille, mais ne se lève pas pour autant. Amélie jouit particulièrement de cet instant où elle retrouve son esprit parce que mille pensées gambadent déjà dans sa tête ; elle s’y prélasse avec volupté : des émois fugaces, des odeurs, des couleurs, puis des mots et des phrases : tout défile dans sa tête. Elle pose le pied par terre : une douleur à l’épaule crie la souffrance d’un corps qui réclame sa part de jouissance partagée. Place Saint-Fiacre, point d’ancrage d’un vieux quartier. Amélie vient d’arriver : tout lui semble tourner autour du kiosque à musique… Quelques vieux jouent aux boules dans le dédale des terrains de jeux limités par des planches vermoulues ; ils défient le ciel noir et menaçant qu’ils ont osé braver. Tout à coup, un éclair déchire la voûte plombée d’eau puis un second crépite en crachant des zébrures de feu ; l’eau commence à tomber, les joueurs jettent leurs boules à terre et se réfugient sous le monument rongé de rouille ; têtes
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