Les derniers Zélotes

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Ce livre relate l'histoire de Franck entre la France, son pays natal, et Israël où il s'installe définitivement. Il évoque les années difficiles mais souvent exaltantes de sa jeunesse dans le sud de la France. Puis ce seront les années passées dans ce pays d'Israël qui, confronté aux difficultés du siècle, semble parfois avoir perdu son âme.
Publié le : vendredi 2 janvier 2015
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EAN13 : 9782336366104
Nombre de pages : 176
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Les derniers Zélotes Dan Franck BAR-ILAN
La paix brisée
Ce livre relate l’itinéraire de Franck entre la France, son pays
natal, et Israël où il s’installe dé nitivement. Il évoque les années
dif ciles mais souvent exaltantes de sa jeunesse dans le sud
de la France. Puis ce seront les années passées dans ce pays
d’Israël qui, confronté aux dif cultés du siècle, semble parfois
avoir perdu son âme… Les derniers Zélotes
Ce roman, s’inspirant de faits réels, raconte l’histoire croisée
de deux êtres à la recherche d’eux-mêmes dans un monde La paix brisée
agité par les soubresauts du temps présent.
De la garrigue au désert du Néguev, de l’Occident à l’Orient,
le lecteur découvre une multiplicité de paysages variés et de Roman
sensibilités diverses.
Né en 1936, Dan Franck BAR-ILAN a passé sa jeunesse à
Béziers où il a fréquenté le lycée Henri IV. Après des études de
journalisme à Paris, il s’installe à Jérusalem en 1963 où il travaillera
à la radio israélienne de langue française. Il est actuellement
guide-conférencier diplômé d’État.
Illustration de couverture : L’auteur en
Israël. Photographie de Michel Bigle.
Lett resISBN : 978-2-343-04331-9
9 782343 043319
17 € Israéliennes
Dan Franck BAR-ILAN
Les derniers Zélotes • La paix brisée1©L’Harmattan,2014
57, ruedel’Ecolepolytechnique,75005Paris
http://www.harmattan.fr
diffusion.harmattan@wanadoo.fr
harmattan1@wanadoo.fr
ISBN:9782343043319
EAN:978234304331911
11111111111,1111,1111,11111111111111111,1,11111111111111LesderniersZélotes
Lapaixbrisée
111111Lettres israéliennes 111
Cette collection est consacrée à la littérature israélienne
contemporaine. Réservée à la prose, elle accueille des
œuvres rédigées directement en langue française ou des
traductions.
1111111111111111111111111111111111DanFranckBar Ilan
LesderniersZélotes
Lapaixbrisée
Roman
L’Harmattan
11111111,11111111111111111111111REMERCIEMENTS
AChristophe,àquijai osé,dansleminibusnousamenant
enGalilée,présenterquelquesesquissesdemonroman,et
qui ma très vivement encouragé et incité à continuer à
écrire,
A Odile, Gothy et Henri, qui ont fait un premier et dif
ficiletravaildecorrectionetdeprésentation,
AOdetteetMichelqui,euxaussiavecbeaucoupdepa
tience,detravailetdecorrections,ontfinalisélaréalisation
dumanuscrit,
Enfin, jaimerais y ajouter Véronique C. et Bob résidant
dansleSuddelaFrance,
DanieletNathalie,VivianeR.delarégiondeRouen,qui
mont soutenudansmadémarche.
Merci à tous ceux qui, de près oude loin, mont encou
ragédanscetteaudacieuseaventure.
11,111111111111111,111111111,1111111111111111111111111111111111111111111111111111111111111111111111111111111111111111111111UNEVIESANSPLUS
Cétait le début de shabbat à Jérusalem. Comme toujours
en Orient, la nuit tombe très vite en hiver. Les transports
en commun sétaient arrêtés depuis plus dune heure. La
circulationsétait,elleaussi,trèsfortementralentiecontrai
rement à celle de Tel Aviv. De ma fenêtre, jentendais les
chants de célébration qui montaientdune synagogue non
loindemonappartement.Jappréciaislapaixetlaquiétude
quapportaient ces fins de semaine. Bien quéloigné de la
religionetdesesrituels,jemesentaisenprofondecommu
nion avec mon peuple. Sur mon poste de radio, javais ré
ussiàcapteruneémissiondejazzdédiéeàDukeEllington
quandletéléphonesonna.
Jeusdumalàsituermoncorrespondant.CestJonathan,
me dit il. Très vite, je me remémorai ce personnage que
javaisperdudevuedepuisquelquesannées.Ilmedeman
daitavecinsistancedelerencontrer.«Ilfautquejeteparle,
jai eu grâce à Michaël, qui faisait partie de notre groupe
gauchiste,lenumérodetonportable.»
Jacceptai de le rencontrer et nous fixâmes le rendez
vous au lendemain après midi dans un café branché de
lancienportdeTel Aviv.Jeleretrouvaiassis,débonnaire,
unebarbehirsuteetsavoixrocailleusedetitiparisien,me
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111,111111111111111111111111111111111111111,111111111111111,1111111111,11111111,11111111111111111111111111111111111111111111111111111111111111111111111111,11,1111111,1111111111111111111,11111111111111111111111111111111criant:«Frank!Enfinnousnousretrouvons.»Membras
santavecbeaucoupdémotion,ilminvitaàmasseoirprès
delui.Aprèsavoirbuplusieurschopesdebièrelocale,ilse
mit à me parler à voix basse, lair effrayé, regardant avec
suspicionautourdelui,sapprochantdemoi,chuchotantà
mon oreille en mâchant ses mots comme sil avait des dif
ficultés à sexprimer. Son langage chaotique, ses yeux à
moitié ouverts, la rigidité de son corps, ses doigts crispés
et fermés, toute son attitude reflétait un profond désarroi.
Nousnousétionsrencontrésilyavaitplusieursannéeslors
dun meeting organisé à la mémoire de lassassinat
dYitzhakRabin.
Nousnoustrouvionscôteàcôte,silencieux,désemparés,
malheureux. Je lui faisais part de ma profonde tristesse
dansunhébreuunpeuhésitant,ilmeréponditenfrançais.
«Je te comprends, je suis comme toi.» Il y avait dans son
regard colère et lassitude. Il continua: «Tu vois ce quils
ont réussi à faire, ils sont puissants et le seront de plus en
plus, cest presque un drame cosmique.» Nous étions du
mêmebord,unegrandesympathiesétaitnouéeentrenous.
NousétionsdeuxenfantsdeFrancevenuspardeschemins
différents retrouver la terre de nos ancêtres avec cet idéal
etcetamourpourIsraël.Sonappelaprèsplusieursannées
desilence oùnous nous étionsperdus devuemavaitsur
pris. Il mexpliqua quil voulait partir à létranger, quil
étouffait ici, quil nen pouvait plus, quil y allait même de
savie.Ilmedemandaitdelaiderfinancièrementpourquil
puisse acheter un billet davion. Je trouvais sa démarche
osée,surtoutaprèscesannéesdesilence.Cependant,pour
le rassurer, je fis la promesse de lui trouver une solution.
Avantdenousquitter,ilsortitunépaisdossierdunvieux
cartabledécolieretmeletendit.«Prends le,medit il,fais
en ce que tu veux.» Puis il se leva soudainement, me
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1111111111111111111111111111111111111111111111111111111111111111111111111111111111111111111111111111111111111111111111111111111111111111111111111111111111111,11111111111111111111111111111111111111111111111111,111111111111111111111111111111111111111111111111111111111,11111111111111111111111111111111111,11111,11,1111111111111111111111serrant fortement dans ses bras, me dit adieu, et disparut
danslafoulenombreusequidéambulaitencedébutdesoi
rée.
Cesretrouvaillesmavaientbeaucouptroublé.Jequittai
à mon tour le bistro, emportant avec moi les écrits quil
mavaitconfiés,commeunesortedoffrandeànotreamitié
dantan.JeretournaiàJérusalem,posaisondossiersur un
vieux divan récupéré dans une salle des ventes. Le lende
mainmatin,enprenantmonpetitdéjeuner,jécoutaisurla
radio de Tsahal, la radio de larmée, un communiqué qui
faisait part de la noyade dun homme dun certain âge et
dontlecorpsavaitétéretrouvénusurlaplagedeTel Aviv.
Lapolicefaisaitsonenquête.Jeusdesuitelepressenti
mentquecenepouvaitêtre quelui.Cela futconfirmépar
lapressedanslesfaitsdivers:deuxlignesluiétaientconsa
crées,relatantlamortparnoyadeaccidentelleduncitadin
dorigine française. Sa mort me paraissait plus que sus
pecte, surtout après quil meut confié les menaces dont il
avait fait lobjet. Il me restait ce document quil mavait
confié et dont j’ignorais limportance quil représenterait
pourmoi.
En haut de la première page était mentionné, en carac
tères dimprimerie, un titre: «Une vie sans plus». Cétait
une sorte de biographie. Plus javançais dans la lecture de
son récit, mieux je comprenais lattitude désespérée quil
avait par moments qui lamenait à des excès de toutes
sortes. Alors, par devoir de mémoire, pour lamitié et la
confiance quil mavait témoignées, je décidais de publier
ses écrits, auxquels jai ajouté les miens sur lenquête quil
avaitentreprise,enrestant,autantquecelamétaitpossible,
leplusfidèleparrapportàsonrécit.Jedécouvraislecom
plotdontilétaitunedespremièresvictimes,etilmefallait
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111,111111111,11111111111111111111111111111111111111111,11111111111,111111111111111111111111111111111111111111111111111111111111111111111111,111111111111111111111111111111111111111111,1,11111111111111111111111111111111111111111111111111111111111111111111111111111111111111111111111111,111111111111111111111faire la lumière sur cette affaire afin de le laver de tout
soupçon.
Enpréambule,ilinsistaitsursavolontédévitercesbio
graphies ennuyeuses et même quelquefois indigestes, se
refusant à respecter une chronologie quil disait macabre.
Jai essayé de respecter sa volonté, cela peut expliquer ce
côté brouillon de ses Mémoires. Jai voulu vous en faire
partcommejecroisquillalui mêmesouhaité.Jevaisvous
leslivrertellesquelles.
Mespremièresannéessestompentdansdevaguessou
venirs où se dessinent quelques images troubles dun en
fantperturbé,peureuxettriste.Jerevoiscettegrandemai
son, peut être un château avec un splendide escalier en
spirale qui permettait laccès à un premier étage donnant
sur de grands dortoirs dont les murs étaient tapissés de
tentures aux motifs variés. Devant le perron se trouvait le
début dun parc quil fallait traverser en partie pour se
rendreauxlatrines,parcoursquimeparaissaitsemédem
bûchesredoutables.
Cétait une maison qui accueillait les enfants nayant
plusdeparents,ceux ciétantdécédés,ouabandonnéspar
leurs proches et souvent non reconnus. Jai des morceaux
desouvenirsquisedétachentcommelespiècesmalcollées
dun puzzle. Dans ma mémoire apparaissent quelques
images fortuites qui se bousculent. Je me trouve dans ce
quidoitêtrelesalondunevillaappartenantàceuxquise
rontmesparentsadoptifs.Ilyacetteimageinsupportable
demonpèredonnantunegifleàsonépouse,aprèsquelle
eutprismadéfense,suiteàunebouteilledevincherchéeà
la cave et que javais brisée malencontreusement en tom
bant,carvoulantrevenirplusrapidement.
Cette période de mon enfance fut marquée par de pe
tites joies et des moments de grande tristesse comme si,
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1111111111,111111111111111111111,111111111111111111111111111,1111111111111111111111111111111111111111,111111111111111111111111111111111111,111111111111111111111,1111111111111111111111,111111,111111111111111111111111111111111111,11111111111111111111111,11111111111111,11111111111111111111111111111déjà, je prévoyais le drame qui, plus tard, allait marquer
mondestinpourtoujours,apportantpleurs,incompréhen
sion et solitude. Aux marques affectueuses de ma mère
confirmant notre tendre complicité sopposait la froideur
de mon père dont le regard, souvent sévère, accompagné
de réflexions désobligeantes à mon égard, mamenait de
plusenplusàmerepliersurmoi même,timide,complexé,
introverti.
Jenviaislassurancedemescamaradesdécole,dautant
plus que ma scolarité était marquée par de nombreux
échecs, des brimades, des moqueries de la part des élèves
oudesmaîtresdécole,quelquefoisteintéesderelentsdan
tisémitisme. Dans cette période de puberté où le mystère
sexuel nest pas encore dévoilé et où les attouchements
entre adolescents me faisaient découvrir le plaisir, jétais
partagé entre le désir et un sentiment de culpabilité, gar
dantlesilencepouravoircommislafautelaplushonteuse.
Jemesouviensencoredemapremièrepollutionnocturne,
de la panique que javais éprouvée et de lattitude désem
parée de mes parents après leur avoir confié mon inquié
tude, incapables de me donner une explication sensée. Il
estvraiquàcetteépoquetoutcequiconcernaitdeprèsou
deloinlasexualitéétaithorssujet,surtoutdanslesmilieux
delapetite bourgeoisieisraélite.Onnedevaitpasenparler.
Cest dans cette ambiance familiale, parfois pesante, que
nousavionsvécu,macousineetmoi,entreriresetlarmes,
joiesetdésespoirdenfants.Nousavionscettesortedassu
rancedeceuxquiviventàlabridubesoin,dansuncertain
confort matériel dû à la situation économique de nos pa
rents respectifs, à savoir deux frères issus dune famille
juive dIzmir dont léducation stricte et primaire avait fait
deschefsrespectés,autoritairesetpleinsdepréjugés.
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1111111111111111111111111111111111111111111111,111111111111111111,11111111111111111111111,1111,11111111111111111111111111111111111,111111111111111111111111111111111111111111111111111,11111111111111111111111,1111111111111111,1111111,1111111111111111111111111111111111111111111111111111111111111Mon père sur un ton mi sérieux, mi plaisant, nous
voyanttrèsliésdisait:«Ah!plustardilsferontuntrèsbon
couple!»Celamelaissaitperplexe,carjavaistoujoursen
tendudireparmesparentsquilétaitfortementdéconseillé
de se marier entre les membres dune même famille, alors
macousineetmoi…Plustard,jecomprendrai…Pêle mêle
mes souvenirs interfèrent où des images que je croyais à
jamais disparues sentrecroisent, dissoutes dans le temps.
Jeneveuxpasdecesdatations,repèresdérisoiresquinous
limitent et raccourcissent notre vie: hier, aujourdhui, de
main, tout cela est linéaire. Seule la spirale minspire car
elle monte vers linfini, lintemporel. Vous pouvez donc
comprendre le désordre de mon récit, je ne veux pas me
repérerparunechronologieminutieusesurlesprincipaux
événements qui ont marqué ma vie, cela me protège de
linéluctable emprisedutemps.Alors,pardonne moi1, ,toi
qui,peut êtreparmégarde,lirascesécritsquejaivolontai
rementvoulusdisparates.
Jai quitté la France, je me trouve sur ce bateau de pas
sagers qui mamène vers ma nouvelle vie. Le jour vient à
peine de se lever. Nous approchons du port de Haïfa, on
peut mieux discerner les monts du Carmel, tout le monde
estsurlepont.Cestlémerveillement.Lentementnousap
prochonsdelacôte.Unsilencepresquereligieuxsinstalle,
remplaçantlesexclamationsdétonnementetlescrisdejoie,
lémotion est intense, une certaine gravité sempare de
nous. Pour beaucoup, une nouvelle vie va commencer et
noussommespartagésentrelinquiétudeetlenthousiasme.
Javais choisi avec laide du service de limmigration de
minstallerpourlemomentdansunkibboutzausuddulac
de Tibériade qui avait repris son nom biblique de
Kinnereth.C’étaitbondemeretrouverlà,danscettepartie
de la Galilée chantée par les poètes, m’imprégnant de
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,111111111111111111111111111111111111111111,1111111111111111111111,11111111111111111111111111111111111111111111111111111111,111111111111111111111111111,11111111111111111111111111111111111111111111111,1111111111111111111111111111111,111111111111111111,1111111111111111111111111111111111111111111111111,111111111111,1l’odeur de la terre au lever du jour, lorsqu’à l’Orient, les
premiersrayonsdusoleilviennentapporterunedoucelu
mière qui se diffuse en une palette de couleurs diaphanes
se propageant sur les flancs des collines parfois abruptes
du Golan. Je me reconstruisais lentement dans ce milieu
rural de Tel Katzir, colline de la moisson, oubliant mon
passérécentquiavaitvumarupturedramatiqueavecmon
père adoptif me chassant de sa maison et provoquant en
moi un désespoir infini qui mavait amené à vouloir en
mourir. De ce nom de village, jy décryptais une sorte de
message rempli de promesses. Pensant que rien nest for
tuit, je ressentais plus que jamais cette emprise du destin.
Cétaitcommeunesortedeprogrammationmystérieuseet
inexpliquée établie derrière le miroir. Mimprégnant des
odeursparfuméesémanantdeschampsrécemmentlabou
rés,jeretrouvaisledébutdunepaixintérieure.
Un silence paisible enveloppait la région bien que le
murprotecteurdebétonquientouraitlevillagerappelâtla
précaritéducessez le feuavecnosvoisinssyriens.
Nous commencions le travail aux champs tôt le matin.
Ces tâches agricoles me remplissaient de joie, me magni
fiaient, me légitimaient en tant que nouvel immigrant. Je
prenaisconsciencedeplusenpluschaquejourdemonap
partenance au peuple dIsraël. Je remplaçais la notion de
juif au profit de celle de citoyen. La métamorphose sac
complissait dans les meilleures conditions. Jétais heureux
etfierdeparticiperàcettenobleetgrandeaventurequétait
la continuation de la construction du pays, en relayant les
premiers qui étaient venus sinstaller au pays de nos an
cêtres. Je pensaisavoir rompu ce cordon ombilicalme rat
tachantàmonpays,laFrance.
Jemetrompais,maisjenelesavaispasencore.
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1111111111111111111111111111111111,111,1111111111111111111111111111111111111111,11,1111111111111111111111111111111111111111111111,11,1111111111111111111111111111111111111111111111111111111,11111111111111111111111111111111111111111111,11111111111,111111111111111111,111111111111111111111111111111111Côtoyer ce peuple courageux et tenace, que les tâches
lesplusarduesnedécourageaientpas,medonnaitlaforce
et la volonté dy participer avec enthousiasme. Le visage
des hommes marqués par le dur labeur du travail quoti
dien était souriant et accueillant. Ces regards vifs annon
çaientlapromessedejoursheureuxetjeparticipaisà leur
joie.Jemerevalorisaisàleurcontact.Grâceàeux,jedeve
naisuncitoyenàpartentière,participantàlaconstruction
dupays.Jedécouvraisletravailphysiquequichassaitmes
souvenirs chargés damertume, consolidait mon corps,
apaisait mes vagues de tristesse qui, lors de mes repos,
avaient tendance à menvahir. Ivre de cette bonne fatigue,
lesoir venu,jeplongeaiimmédiatementdans unsommeil
réparateur.JaiconnudesmomentsexaltantsoùleShabbat
arrivant, religieux ou laïques, nous transmettions par la
prière ou par les dansespopulaires notre joie de vivre. En
cetemps là,lesvillesétaientencoredemodestesagglomé
rations, les routes étroites et cabossées, les de
meures simples, petites, mais ceux qui les habitaient
avaient le cœur généreux, toujours prêts à aider leur pro
chain.Jemesouviensdecesdébutsdesoiréeoùnousnous
retrouvionstousensembledanslasalleàmangercollective
dukibboutz.
Nous préparions dans nos assiettes une salade compo
séedesaladeetdeconcombreramasséslejourmêmedans
lecarrédeterreaménagéprèsdesmaisons,enjardinpota
ger,etdesœufs récupérésdansnotreélevagedevolailles.
Quant aux laitages, bien que nous ayons eu plus de cent
têtesdebovins,lelaitobtenuallaitdirectementàlacoopé
rative, une petite quantité nous revenait sous formes di
verses. Souvent, quand javais une partie de laprès midi
libre,jedescendaisverslelacoù,assissurlaberge,jetrem
paislespiedsdanscetteeaufroide,merétablissantdemes
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1111111,111111111111,111111111111111111111111,111111111,,1111111111111111,11111111,11111111111111111111111111111111111111,111111111111111111111111111111111111111111111111111111111111111111111111111111111111111111111111111111,11,11111111111111111,1111111111111111111,1111111111111111111111111111111111111111111111111,1blessures intérieures. Je lavais mon âme, mélangeant le
sacré et le profane, dans une prière de remerciement au
Ciel,encommuniquantparlapenséeavecceuxquejavais
aimés,encorevivantsoumorts.
Jétaispurifié.Jerejetaishiermonenfance,majeunesse,
mêmemonnom,profitantduneloidupayspermettantde
prendreunnomhébraïque.JeprisceluideJonathan,aimé
deDavidettuéparlesPhilistinssurlemontGilboa.Quelle
étrange magie mentourait! Quelle présence invisible me
protégeait? Etait ce ma mère? Le mystère était grand,
javaisunefoisdepluslaconvictiondavoirundestinpar
ticulier. Cette terre, javais appris à laimer. De retour au
village,je merendisausecrétariatpour voirsijavaisreçu
uneréponseduDépartementdimmigrationsuiteàmade
mande dinscription à un oulpan, sorte décole où lon ap
prend en quelques mois les bases rudimentaires de la
langue.Lasituationsemblaitséterniser,maisjenavaisau
cunehâte,tantceséjouraukibboutzmétaitbénéfique.
Jétais icienharmonieaveclanature:monâmeetmon
corps ne faisaient plus quun avec la terre et le ciel. Je hu
maisavecforcecesparfumssubtilsdontlafleurdoranger
semblait être la fragrance dominante. Jétais saoul, jaurais
voulu lêtre pour toujours. Enfin arriva la réponse du Bu
reau dintégration me confirmant mon inscription pour
une période de six mois à loulpan académique de Jérusa
lem.Lelendemainmatin,après unbrefdétour ausecréta
riat pour leur faire part de mon départ et régulariser ma
situation, les remercier de leur accueil et de leur aide, je
partissansmêmedireaurevoiràceuxavecquijavaisnoué
des liens damitié. Je nai jamais pu mhabituer à ces sépa
rations accompagnées de promesses de sécrire, de rester
en contact, de se revoir. Je préférais ces départs soudains,
inattendus, chargés de mystère. Je pris le premier bus qui
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routeétaitlongue,lebusinconfortable,lesarrêtsfréquents.
Ilfallutbienplusdequatreheuresderoutepourarriverà
destination.
Jepriscontactpartéléphoneavecleresponsabledemon
dossier, comme on me lavait suggéré. Il mannonça quil
manquait un important document du bureau de Paris et
quilnepouvaitrienfairepourlemoment.Ilmedemanda
delerappelerchaquejour.Sentantmondésarroi,ilmepro
posa un logement provisoire, pas plus de deux semaines,
me dit il, aux frais du département de l’Agence juive.
Cétait un petit hôtel dans une rue sombre, encombrée de
poubelles non vidées dont les effluves nauséabondes re
montaient jusquau premier étage où lon mavait attribué
unetoutepetitechambresanstoilettesetdontlaseulevue
verslextérieurmétaitdonnéeparunelucarnesansrideau.
Chaque matin je prenais contact et chaque jour métait
donnée la même réponse: peut être demain, patience. Jai
vite appris ce mot hébreu: Savlanout. Mes modestes éco
nomiesdiminuaient.Jepaniquaisdautantplusqueladeu
xième semaine sétait écoulée et que je me retrouvais sans
logis.
Javais quitté la France, le kibboutz, rompu avec mes
amis,neconnaissantpersonnedanscetteville.Jétaisseul,
sans ressources nayant plus un sou en poche, perdu. Une
terrible angoisse menvahit, javais envie de hurler ma
peur:«Mère,oùétais tu?».Lesoirvenu,leventrecreux,
latêtevide,pleindedésespoir,errantprèsduport,jetrou
vais entre deux blocs de maisons un petit passage tran
quille, je mallongeais sur le sol, ivre de fatigue, et m’en
dormistrèsvite.
Je fus rapidement réveillé par une secousse assez forte,
quelquunminterpellait.Jouvrislesyeuxencorepleinsde
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