Les ecchymoses

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Ce pourrait être la curieuse expérience d'une autopsie pratiquée sur un vivant. Et ce que l'on décèle chez Héloïse, à travers l'histoire d'amour qui nous est contée c'est l'ambivalence perpétuelle entre gravité et légèreté, violence et indifférence, malheur et éclat de rire, à fleur de peau, intensément. User de certaines blessures profondes, les creuser, afin d'en extraire une impulsion vitale. Assurément.
Publié le : lundi 1 décembre 2008
Lecture(s) : 216
EAN13 : 9782296209992
Nombre de pages : 171
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Les ecchymoses

@ L'HARMATTAN, 2008 5-7, rue de l'École-Polytechnique; 75005 Paris http://www.librairieharmattan.com diffusion.harmattan@wanadoo.fr harmattan l@wanadoo.fr ISBN: 978-2-296-06705-9 £AN : 9782296067059

HÉLOïsE

Les ecchymoses

L'Ht'mattan

A BernawlS.

Sommaire

Dédicace
Préface. . .. . . . . . . . . .. . . . . . .. . . .. .. . .. . . .. .. .. .. .. .. .. .. . . . .. . . . . . . . .. . . . . . . .. . .. .. ... Il

9

Je ne sais pas Entre le bleu et le vert L'instant Remerciements de l'auteur ..

15 35 91 169

Dédicace

«

Héloïse la première fois que je l'ai vue j'ai su que je serais

quelquefois son tonton putatif. Pas tout le temps mais quelquefois vraiment pour quelquefois jouer à la corriger comme un faux père alors plus doucement presque gentiment mais quand même sa chemise de nuit doucement gentiment arrachée. Et en lisant ses pages c'est bien la preuve. Parce qu'elle Héloïse c'est de là de cette nudité de cette espèce d'incroyable gloire de honte d'amour de joie et de peur qu'elle parle et crie et dessine et vit de là qu'elle veut toujours et qu'elle aime toujours toujours pouvoir pouvoir donner toujours arrachée à son dernier abri elle c'est depuis cette incroyable nudité qu'elle écri t » Jacques Serena

Préface

Ecchymose par un choc, brune, noire, familièrement

nJ. Épanchement de sang sous-cutané, provoqué par un trouble de la coagulation. Tache jaunâtre, bleue qui résulte de cet épanchement, appelée bleu.

Ne nous y trompons pas, Les ecchymoses n'est pas le journal d'une jeune femme battue dont l'épiderme en arc-en-ciel camouflerait la noirceur d'une âme à l'épreuve de violences conjugales. De journal, il en est question, tout autant que du couple. Mais les symptômes chromiques des coups portés s'apparentent ici aux couleurs des Voyelles d'Arthur Rimbaud, à la nécessité du Verbe dont l'alchimie seule permet de retranscrire la fièvre des sentiments. Du terme « journal il faut comprendre par là, une fois n'est pas coutume, que le roman classique change de peau, feignant de rendre toute personnelle, comme un cahier intime, une histoire aux profondeurs universelles. La volonté délibérée de l'auteur de s'affranchir d'un nom pour ne conserver que le prénom n'est pas un détail anodin ou une posture minaudant une narcissique singularité. Non, il faut bien y voir, avant tout, la détermination d'une écriture qui se veut intemporelle, partagée par tous. « Héloïse)} est un prénom sans âge, avec lequel il est possible de s'identifier. Ses passions restent communes à chacun: l'amour, cette étrange affaire de deux différences, la musique, la littérature, la violence et ce besoin, malgré tout, d'exister. Mais il est bien question de roman, pas d'erreur possible, aux vertUs secrètes du chuchotement, dans les coulisses d'une paradoxale complicité pudique.
)}

Car de la pudeur, Héloïse en a le courage: «au demeurant, je
n'ai rien crééparce que je n'ai pas créé le langage. Les mots étaient là bien avant moi et je joue avec eux comme on joue aux osselets». Également, comme dit précédemment, vis-à-vis de ceux qui, à la lecture rapide du tout sensationnel, ne comprendraient pas qu'au travers de ses mots à elle, se lisent les maux de l'Homme depuis la nuit des temps. On change d'époque, pas de Nature. Les ecchymoses sont à mettre entre les mains de tous et surtout à ne pas « déconseiller aux âmes sensibles». Parce qu'au-delà d'un éventuel constat de ce qui se traduit sur le corps par la souffrance, l'auteur rend possible d'en décrypter les causes, celles qui proviennent de l'intérieur, comme un voyage où l'on apprend de soi au regard de l'autre. Les ecchymoses, ce pourrait être la curieuse expérience d'une autopsie pratiquée sur un vivant. Et sans trop vouloir m'avancer, je crois déceler chez Héloïse un goût prononcé pour le jeu du tout possible: gravité et légèreté, violence et indifférence, malheur et éclat de rire, « endeuillement » et force de vivre. A fleur de peau et au cœur de l'être, intensément. Cette fille écrit, parce qu'elle sait ce qu'il y a d'important à révéler, d'essentiel à vivre, mais aussi parce qu'elle a compris que l'écrivain a ce pouvoir précieux de jouer des paradoxes, de se jouer de nos paradoxes. Aimer Héloïse, c'est saisir sa faculté d'user de certaines blessures profondes afin d'en faire des écorchures épidermiques colorées. Une contradiction apparente à elle seule mais dont le fond, aux aisances poétiques, s'accroche à des vérités simples et pourtant pas si évidentes de prime abord: « Alors cesserde vivre ce n'est rien, ce qui comptait cëtait que cesser d'aimer c'était la mort assurée» . Une fille qui ne triche pas en somme, avec cet air mutin tout en sourire en coin, et qui aime à se faire dessiner des couleurs sur la peau, comme si ses propres ecchymoses ne suffisaient pas.
Quel toupet, jeune fille tatouée

- jusqu'au-boutiste! - Avec
et la

cette délicieuse malice à l' œil dont tu peux t'enorgueillir

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vaillance, même au bord du précipice, de faire semblant de ne pas avoir peur, comme si rien ne t'échappait... Malgré tout, je ne me lasserai jamais de te dire que ton dragon sur l'épaule ne crache pas de fumée, ce qui est curieux pour un dragon et ce qui l'est encore plus sur une fille comme toi qui ne cesse de
dire:
« on ne fùme pas assez.

. .»

Renaud Santa Maria

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[En aparté] Il existe des êtres qu'on a envie de rencontrer. Pierre Mikaïloff est journaliste rock. Il découvre le rock and roll après avoir fait l'acquisition par erreur d'un album de Johnny Hallyday. Remis de ce premier choc culturel, joue avec les Désaxés, Jacno, compose la B.a. de Shimkent Hotel. Il est l'auteur de Some clichés, une enquête sur la disparition du Rock n 'roll chez L'Harmattan/ L'Écarlate paru en 2006. Il a joué le jeu de composer une bande-son pour Les ecchymoses, et je l'en remercie infiniment.

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" Pa
m mm'''..m

Bande-son

Je ne sais pas

par Pierre Mikaïloff

« C'était l'histoire d'une fille...
« Un

})

What to do, The Rolling Stones jour, elle a grandi... })
})

Le Tourbillon, Jeanne Moreau « Elle pense... Ma ligne de chance, Anna Karina « Elle est perdue. .. Two People in a Room, Stephan Eicher
})

«

Elle se demande comment ça ferait de mourir...
in the Sky, Norman
})

})

Spirit
«

Greenbaum

Elle ne sait pas... Distractions, Paul McCartney

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C'était l'histoire d'une fille qui avait dessiné toute sa vie. Elle avait dessiné parce qu'elle l'avait bien cherché. Elle avait cherché en elle ce qu'elle voulait atteindre, et avec le dessin elle avait atteint la vie. D n matin, sa main s'est arrêtée, et elle a écrit. - Écrire. Lui: - Oui. Elle le regarde: - Mais dis-moi la vérité. Lui: - Pour quoi faire? Elle dit:

-

Pour savoir. Il dit: Savoir quoi? Elle dit qu'elle ne sait pas.

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