Cet ouvrage et des milliers d'autres font partie de la bibliothèque YouScribe
Obtenez un accès à la bibliothèque pour les lire en ligne
On lit avec un ordinateur, une tablette ou son smartphone (streaming)
En savoir plus
ou
Achetez pour : 10,88 €

Lecture en ligne (cet ouvrage ne se télécharge pas)

Partagez cette publication

Du même publieur

A Jean Hélène de Rfi A toutes les victimes de la haine
INTRODUCTION
Kélétigui Sanogo appartient, à travers sa mère, à une famille de propriétaires terriens qui a donné son nom à la ville de Tiézankro, au cœur du pays éburnéen. Très jeune, il est animé par une farouche volonté de réussir. A l'approche de la quarantaine, il est à la tête de l'une des plus grandes fortunes de la zone forestière. Chez les Sanogo, on milite de père en fils dans les rangs du Rassemblement du Peuple Eburnéen. Seulement, les temps ont changé. La réinstallation du multipartisme contraint l'ancien parti unique à la cohabitation avec une centaine de formations politiques. Entre temps, l'héritier constitutionnel du père de l'indépendance crée un concept politique, l’éburnité, lequel se nourrit de tribalisme, de xénophobie et d'exclusion. Lorsqu'il apparaît qu'un candidat à la Présidence de la République est capable de battre le professeur Hermann Broh, successeur du Père de la Nation, le clan de l’éburnité au sein du RPE mène des manœuvres pour le disqualifier. Ce candidat auquel le clan attribue une origine étrangère est dans l'incapacité constitutionnelle de briguer la Présidence de la République Eburnine de Biélérazi compte tenu de la loi sur l'éligibilité. Telle est la situation dans laquelle se trouve Noah Diawara, ancien ministre de l'Economie et des Finances du Père Fondateur.
C'est un procédé que désapprouve Kélétigui Sanogo. Le notable de Tézankro, membre du bureau politique du RPE quitte ce parti pour soutenir le combat de l'opposition contre l’éburnité. Ses compagnons d'hier ne le lui pardonnent pas. Ils lui trouvent une origine étrangère. Il est arrêté et jeté en prison. Tiézankro est secouée par cet événement. La République Eburnine de Biélérazi est le théâtre d'une chasse aux sorcières. La suspicion s'installe entre les Biéléraziens. Le pays bascule dans la guerre. C'est le temps des escadrons de la mort et des charniers.
I
L'horloge indique cinq heures. La ville reste pourtant muette. Seul le chant du coq fend de temps en temps le silence. En dehors de cela, rien d'autre. Les rues sont désertes. Y a-t-il des fidèles à vouloir prendre le risque d'aller narguer, sous le couvre-feu, au nom de la foi, du sens de l'absolu de Dieu, les hommes en armes postés aux principaux carrefours de Tiézankro ? S'il s'agit de mourir en martyr, la ville avait déjà accompli sa part de sacrifice. La chasse aux assaillants, décrétée par les autorités locales, avait coûté la vie à quelques jeunes arrêtés abusivement, puis morts sous les sévices. Une fois de plus, l'appel du muezzin ne prendra pas son envol au-dessus des quartiers. Il reste désespérément cloué au sol. Il en est ainsi depuis des mois. Certes, les fidèles d'Allah ne sont pas les seuls à subir ces contraintes en fonction desquelles les églises et les temples ont réaménagé leurs heures de culte. Kélétigui Sanogo se tient debout dans un coin de son salon. Tourné vers l'orient, il multiplie les prosternations devant Allah. Il est rattrapé par les soucis quotidiens avant même d'avoir quitté le tapis. 5
Consécutive à un coup d'Etat militaire avorté, la crise politique que subit le pays parasite les affaires. La cartoucherie de Kélétigui Sanogo est fermée à la suite d'un ordre donné par le préfet du département quand sa boulangerie accumule les pertes. Sont également pour lui une source d'inquiétude son dépôt de pharmacie, sa librairie, sa station d'essence, sa société de transport et surtout ses plantations désertées par la main d'œuvre d'origine étrangère de plus en plus victime d'agressions xénophobes. Les habitants de Tiézankro se sont davantage appauvris en ces jours d'incertitude. Ils en sont réduits à recourir à certaines astuces pour pouvoir satisfaire leurs besoins alimentaires. Par exemple, ils échangent volontiers le peu de cacao et de café récolté contre le riz, l'huile et le sucre. De toute évidence, ce troc profite surtout aux commerçants libano-syriens installés depuis des générations à Tiézankro. Ceux-ci sont détenteurs du monopole s'agissant de la distribution des denrées de base. Il leur est attribué d'être habiles dans le maniement des dessous de table, pratique honteuse devant laquelle les fonctionnaires de Lagoonville aux salaires dérisoires sont si vulnérables. "C'est l'arme qu'ont utilisée les familles Toufic, Jaber et Assef", jure-t-on à Tiézankro, "pour écarter les concurrents locaux du commerce juteux des produits alimentaires de base". Redoutables Libano-Syriens qui attisent la frustration de la population toujours pauvre autour d'eux. Ils possèdent de belles résidences. Leurs magasins sont parmi les plus grands et leurs camions parmi les plus gros de la région. 6
Un pour Un
Permettre à tous d'accéder à la lecture
Pour chaque accès à la bibliothèque, YouScribe donne un accès à une personne dans le besoin